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Braquage sur l’axe Ouaga-Pô : "C’était comme au Far-West" selon Ouezen Louis Oulon

Accueil > Actualités > Société • • mardi 26 juillet 2005 à 07h43min

Le journaliste Ouezen Louis Oulon dela RTB, victime du braquage sur la route de Pô, raconte, minute après minute, le calvaire. Un témoignage pathétique. Comme si vous y étiez...

C’est le plus violent des braquages jamais enregistrés sur l’axe Ouaga- Pô ! Le plus osé aussi ! Le plus professionnel des braquages ! Ça s’est passé comme au Far West. Le miraculé de ce braquage que je suis ne aurait parler si j’avais été tué. Je ne sais pas jusqu’à présent comment mon ami Maître Harouna Sawadogo et moi avons pu sortir vivants de ce braquage.

Il y a longtemps que nous envisagions ce voyage sur Pô, mais depuis le dernier braquage de juin, nous avons voulu voir l’organisation des hommes de Djibril Bassolet et de Yéro Boly sur le terrain avant de le programmer. Samedi 23 juillet, alors que nous apprenions qu’en principe les gendarmes établissaient un quartier général sur le pont du Nazinon soutenus par des patrouilles régulières, nous n’avons pas hésité à prendre la route de Pô. Un voyage paisible puisque chemin faisant, nous avons constaté effectivement que les gendarmes avaient pris service sur le pont Nazinon ; un bonjour amical à travers les vitres de notre voiture et nous voilà rassurés que désormais, nous pourrions voyager tranquillement sur cet axe routier réputé pour ses braquages.

Comme dans un western

A moins d’un kilomètre du nouveau poste de gendarmerie, une chose étrange se produit devant nous. Un car de transport en commun à 100 mètres devant nous est pris d’assaut par des individus qui tirent par la gauche sur le véhicule. Il est 9heures 42 mm. Maître Sawadogo qui était au volent ne me posera pas de question pour que je lui dise que ce sont des braqueurs. Qu’est ce qu’il doit faire ? Une marche arrière ! Réponse sèche de ma part car la distance était à mon avis raisonnable pour faire demi tour. A peine a-t-il actionné la marche arrière que juste à notre gauche, un autre groupe d’individus surgit, ouvrant immédiatement le feu sur notre voiture. Des tirs à bout portant sur les roues, sur la portière et sur les vitres.

Nous devons notre salut au véhicule qui était blindé en fait, puisque aucune de ces balles ne nous atteignait. Derrière nous, à quelques mètres, un autre groupe en embuscade nous attendait. Pris de peur et après un moment d’inertie de mon ami qui me donnait l’impression d’avoir été touché, je me suis souvenu que pendant les petites formations militaires que j’ai reçues, nos instructeurs militaires nous avaient toujours dit que devant de telles situations, il faut se coucher sur son ventre ce que je fis en me jetant au sol.

Il n’en fallait pas plus pour énerver les bandits qui me sommèrent de rejoindre l’intérieur de la voiture d’une voix sèche, en mooré avec un accent peulh. Les coups de feu cessèrent dès cet instant. Nous avons été invité à nous coucher sur le goudron et à donner l’argent, tout notre argent parce que, disent ils, si quelqu’un garde par devers lui de l’argent et qu’ils le découvrent pendant les fouilles,ils vont abattre la personne.

L’intention de nos bourreaux était claire : ces gens-là ne sont pas des enfants de chœur. Nous sommes ensuite invités à quitter le goudron pour nous coucher dans l’herbe ; l’un des bandits de nous dire que eux, ils ne sont pas méchants mais que c’est juste de l’argent qu’ils veulent. Nous pouvons alors voir les visages de ces maîtres du parc Kaboré Tambi qui ne portaient de masques sauf un seul qui s’était juste couvert la bouche et le nez avec un mouchoir. Leurs morphologies confirment d’ailleurs ce que leur accent nous laissait comme impression. Il s’agit bien de peulhs sauf un, dont la morphologie n’était apparemment de la même origine que ses compagnons.

"Un car criblé de balles"

A peine nous ont-ils installé que d’autres victimes arrivèrent, accueillis par des coups de feux nourris. Le scénario est identique. Quelques instants plus tard, un camion de la société Kossouka arrive mais refuse de s’arrêter. Le car est criblé de balles mais réussi à passer. Il fera long feu puisque nous découvrirons plus tard que le chauffeur a été grièvement bléssé ainsi que des passagers dont une européenne.

Un des blessés est finalement mort après. Quant à nous, les victimes conquises, nous étions toujours avec l’assurance toutefois que le braquage de ce 24 juillet 2005 était le dernier et qu’après nous, il n’y aura plus jamais de victimes sur cette route tellement nous étions sûrs que les gendarmes qui étaient à 3 ou 4 km de nous entendaient bien les coups de fusils et étaient donc en train de nous venir au secours. Notre peur résidait dans l’incertitude du dénouement entre Django et Sabata. Ces gendarmes ne nous confondront-ils pas aux bandits qui n’avaient de signes particuliers ?

Près d’une heure que l’opération a duré (45mn, c’était une épreuve insoutenable de nerfs pour nous) et pas un seul secouriste. Le colonel Gnissi pris dans le piège est logé à la même enseigne que nous. (Sa chance, c’est qu’il ne portait de tenue). Nous sommes invités tous à disparaître avec nos voitures ; ce que nous fîmes immédiatement. La mercedès du colonel est réquisitionnée par les braqueurs qui l’invite à passer ensuite à côté du poste de gendarmerie sur le pont Nazinon pour la récupérer.

Les Gendarmes ont fui le combat

Ils foncèrent effectivement vers le poste et au niveau du pont qui côtoie le grand pont Nazinon, la voiture du colonel Gnissi est jetée dans le trou et comme pour inviter les gendarmes au combat, ils tirent sur les "forces régulières".

La réaction est immédiate. Les bandits prennent alors la brousse à pied sous les regards des hommes de Djibrill Bassolet et de Yéro Boly qui ont refusé de les poursuivre. Une démission qui ne se justifiait pas, puisque, pour un fois, l’ennemi recherché était là, en face. Les moyens étaient pratiquement les mêmes (ils étaient tous à pied), et même que les gendarmes étaient du point de vue équipement plus dotés que leurs adversaires. Les braqueurs, environ sept (disons que s’ils avaient pu tous entrer dans une voiture faites vos calculs !) avaient une kalachnikov, un fusil de chasse et des pistolets, alors que les gendarmes avaient tous des kalachnikovs, des gilets pare balles et même des casques de protection de la tête.

Pour un baptême de feu, ça a été une défaite pour ces pandores qui, toute honte bue, ont fui le combat. Un d’entre eux a lancé que "nous ne connaissons pas la brousse" après que nous les eûmes taquinés qu’ils fui le combat ; un gendarme d’ajouter que c’est à cause de leur riposte qu’ils n’ont pas brûlé le poste de contrôle pour continuer leur trajet.

A la question de savoir s’ils n’ont pas entendu les coups de feu juste à côté qui ont duré près d’une heure ils ont eu l’honnêteté de nous répondre par l’affirmative mais seulement nous ont-ils dit, ils ne savaient pas si c’était des manœuvres ou pas. Nous n’étions pas au bout de nos déception quand, avec le renfort venu de Pô, au lieu de descendre dans la brousse pour rechercher les Gourous de la forêt de Pô, ils étaient une dizaine de gendarmes et de militaires à se mobiliser pour sortir la voiture du colonel du ravin. C’est la voiture du patron !

Les indicateurs suspects

Il y avait des choses assez curieuses qui ont attiré notre attention. C’est le mouvement de deux peulhs sur une moto que nous avons rencontré juste après le braquage qui se dirigeaient vers le lieu du braquage en provenance de Pô après lesquels est arrivée la patrouille ; lorsque nous avons décidé de revenir sur les lieux avec le cortège de renfort venu plus tard de Pô, nous avons encore rencontré les mêmes individus sur la moto retournant à Pô. Quelque chose nous fait croire que ce sont eux qui informent probablement les braqueurs de l’arrivée imminente de la patrouille (qui va très lentement).

Doute confirmé par les passagers de la compagnie Kossouka qui ont forcé le passage mais obligés de s’arrêter quelques centaines de mètres après à cause des blessures du chauffeur, qui nous rapportent que les motocyclistes étaient arrêtés juste à côté. C’était trop tard puisqu’ils avaient eu le temps de rentrer à Pô.

Il y aurait sur le tronçon Nobéré - pont du Nazinon, un autre groupe de renseignements qui surveille la patrouille venant de Ouagadougou. Sur ce tronçon, les gendarmes ont ramené trois peulhs qui roulaient sur deux motos ; des présumés agents de renseignement des braqueurs mais pas les braqueurs. Tout Pô serait en liesse parce que les braqueurs ont été arrêtés. Précisons que ce ne sont pas les braqueurs qui ont été arrêtés mais des présumés agents de renseignement des bandits.

Les failles qui profitent aux bandits

Nous avons beaucoup d’admiration et de respect pour ces hommes de tenue qui assurent la patrouille depuis décembre 2004. Notre propos n’est pas de saper ces efforts que nous saluons, mais de faire des remarques qui seront, à notre avis, constructive. La première remarque porte sur la fréquence de passage des équipes de patrouilles qui passent et repassent pratiquement à des intervalles réguliers.

C’est juste après le passage de la patrouille pour Pô que le braquage de dimanche a eu lieu et moins de cinq minutes après la fin du braquage que l’équipe de braquage a fait son retour. C’est dire toute l’intelligence des bandits qui ont travaillé au chrono. Ils opèrent juste après le passage de la patrouille et libèrent les lieux juste avant le retour de la patrouille. Ils infligent sur ce plan, une leçon de stratégie aux concepteurs de cette patrouille sur lesquels reposent les espoirs de tous les usagers de cette route. Autre élément, la sécurité de l’axe Pô-Nobéré, et ces derniers temps Pô Ouaga dont ils ont la charge, se limiterait d’après ce que nous voyons jusqu’à présent, à la seule route goudronnée et ses abords.

Une situation qui profite aux braqueurs qui ont installé leur quartier général dans le parc Kaboré Tambi duquel ils regardent les patrouilles passer et repasser pour agir en toute tranquillité. A cette allure, je ne dis pas que les hommes de Djibril Bassolet et de Yéro Boly sont à l’abri du sort des policiers de Koupéla , ou que le poste de gendarmerie installé dimanche 24 Juillet 2005 est à l’abri d’une attaque nocturne et pourquoi pas, de jour. Le manque de moyens de communication radio entre les équipes mobiles et celle fixe, a joué aussi sur la réussite de l’opération.

Toute activité militaire dans la forêt doit être signalée pour que des coups de fusils de braqueurs ne soient pas assimilés à des entraînements commando comme les gendarmes du nouveau poste de contrôle nous ont laissé entendre(espérons qu’ils sont sincères). Il faut avouer qu’au moment du braquage, l’équipe du poste du Nazinon n’avait pas de moyens de locomotion. Tous les véhicules étaient allés à Pô pour un ravitaillement, nous ont-ils confié.
On n’a pas besoin d’être expert en sécurité pour comprendre que la forêt a besoin d’être sécurisée.

Manque de moyens, nous dira-t-on ! Un général de l’armée burkinabé nous a dit un jour que "dans l’armée on ne parle pas de moyens. C’est une question de volonté". Pô réputée ville militaire où sont formés des militaires pour les éventualités de guerre entre autres, est aujourd’hui entourée d’est en ouest du sud au nord par des bandits de grand chemin( les braquages ont lieu sur tous les axes dans tous les départements).

De combien de milliards avons-nous besoin pour battre le rappel des troupes de toutes les institutions militaires et sécuritaire de la ville pour prendre d’assaut la forêt ? S’il faut l’hélicoptère de la base aérienne comme des gendarmes nous le souffle de façon intempestive, qu’est ce que cela coûte, puisque des privés le louent à 400 000 francs heure ? Dans leur approche, on ne sait pas si nos forces de l’ordre jouent sur la dissuasion, ou si elles veulent affronter les bandits. Une confusion qui fait que ni dans l’approche de la dissuasion, ni dans celle de l’affrontement, les initiatives ne vont jusqu’au bout.

Ouézen Louis Oulon
Le Pays

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