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Littérature : « Nécrose à Koufa », le premier bébé littéraire de l’inspecteur Etienne Gnoumou

Accueil > Actualités > Société • • mercredi 5 septembre 2018 à 20h30min
Littérature : « Nécrose à Koufa », le premier bébé littéraire de l’inspecteur Etienne Gnoumou

« Nécrose à Koufa ». C’est le titre évocateur de l’ouvrage de cet inspecteur d’éducation de jeunes enfants au ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation. Etienne Gnoumou, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est l’actuel directeur provincial de l’éducation préscolaire, primaire et non-formelle du Yagha, région du Sahel. Titulaire d’une maîtrise en Lettres modernes de l’Université de Ouagadougou, d’un Master II spécialisé en Management stratégique et opérationnel ainsi que d’un Master en Éducation et Formation, option Politiques sectorielles et Gestion des systèmes éducatifs, ce natif de Pompoï (province des Balé, région de la Boucle du Mouhoun) est un mordu de la littérature. À quelques heures de la sortie officielle de son premier ouvrage, ce vendredi 7 septembre 2018 à Ouagadougou, l’auteur a bien voulu, par cet entretien, dévoiler les grandes lignes de cette première signature littéraire. Entretien ... !

Lefaso.net : Quel est le thème à l’honneur dans cet ouvrage ?

Etienne Gnoumou (E.G.) : L’ouvrage parle de la communalisation. Vous savez que c’est une « nouveauté » que beaucoup de gens ne maîtrisent pas. Il était donc de bon ton que je puisse aussi apporter ma pierre à travers la sensibilisation des populations sur la décentralisation. Les avantages, mais aussi les inconvénients. C’est un ouvrage que j’ai commencé à écrire depuis 2006.

Lefaso.net : Pourquoi autant de temps pour sortir cet ouvrage ?

E.G. : Vous savez que le domaine de la littérature, de l’écriture, est un domaine complexe, qui présente d’énormes difficultés. Aussi, mes occupations professionnelles ne m’ont pas permis de suivre le dossier de bout en bout. Alors, le premier essai est nettement différent du projet fini ; parce qu’au fur et à mesure qu’on avance dans le temps, on a de nouvelles idées, on a de nouvelles thématiques à apporter. C’est ce qui fait que le document a mis effectivement du temps.

Le premier essai était plus ou moins auto-biographique (ce qui est tout à fait normal, parce que tout écrivain, quand il commence dans la littérature, a tendance à relater son vécu quotidien, mais avec le temps, il arrive à se détacher de ce vécu pour se projeter dans la société à travers les réalités vécues par ses concitoyens). C’est ce que j’ai voulu justement présenter à travers cet ouvrage.

Lefaso.net : Quand on regarde votre profil professionnel et le thème abordé, on relève tout de suite qu’il n’y a pas de lien ! Qu’est-ce qui vous a motivé sur cette question ?

E.G. : On a l’impression qu’il n’y a pas de lien. Mais, en tant qu’éducateur, mon rôle est d’informer et de sensibiliser sur des thématiques qui touchent la société. Du reste, en tant que citoyen ayant vécu la période des Délégations spéciales, j’ai fait le constat que cette période était acceptée ou mal vécue par des populations par endroits. Par conséquent, j’ai juste donné mon point de vue et mes appréhensions sur cette forme de gouvernance à travers la décentralisation.

Lefaso.net : Etes-vous donc à votre premier ouvrage ?

E.G. : Oui, je suis au tout premier. C’est mon tout premier bébé mis au monde.

Lefaso.net : « NECROSE à Koufa » est le titre évocateur de cet ouvrage. Pouvez-vous le décortiquer pour nos lecteurs et dire également quels sont les objectifs recherchés à travers cet ouvrage ?

E.G. : « NECROSE » est un terme emprunté du lexique médical, venant de « Necrosis » qui est la mort des cellules, des tissus. Par analogie, c’est la mort programmée, la déperdition ou l’effritement des valeurs culturelles à travers une nouveauté qui s’est installée dans le village de Koufa. J’ai poursuivi trois objectifs majeurs. Dans un premier temps, j’ai voulu mettre en lumière ces valeurs culturelles, faire connaître au public un certain nombre de nos valeurs sociales en voie de disparition.

Le deuxième aspect que j’ai voulu mettre en évidence à travers ce livre, c’est pour signifier que la littérature peut contribuer au développement. Mon rôle était de communiquer sur la communalisation, outil de développement, de sorte à ce que les populations puissent s’approprier cette nouvelle forme de gouvernance qui doit être participative, pour impulser leur propre développement.

Le troisième objectif recherché, c’est aussi de pouvoir dénoncer les tares de la société, parce qu’il y a des thèmes secondaires qui sont abordés ici, notamment l’infidélité, l’adultère, la mendicité, l’alcoolisme, la violation des droits humains, l’incivisme, etc. Autant de problématiques que j’ai voulu dénoncer à travers cet ouvrage, de sorte à ce que les populations puissent prendre conscience et changer de comportements.

Lefaso.net : Quel est le lien qu’on peut faire entre éducation et communalisation ?

E.G. : Les deux ont un lien très étroit ; parce que, pour pouvoir réussir la décentralisation, il faut que les acteurs de premier plan et les populations soient bien formées, aient des connaissances solides de base pour leur permettre de s’approprier véritablement cette option de gouvernance. Dans ces conditions, l’éducation devient un adjuvant utile pour la réussite de la communalisation.

Par ailleurs, la communalisation doit pouvoir améliorer significativement la qualité de l’éducation ; raison pour laquelle le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation a bien fait en transférant le domaine aux collectivités territoriales ; de sorte à ce que les communes puissent s’ en approprier de ses écoles pour se développer. Ce sont donc des aspects intimement liés. On ne peut pas parler de décentralisation, sans parler d’une forte éducation. L’éducation également est un élément pour propulser la communalisation.

Lefaso.net : Qui sont les acteurs qui ont été utiles pour vous dans cette rédaction ?

E.G. : Une œuvre littéraire, c’est d’abord de la fiction. Mais à la lecture du document, vous vous rendez compte tout de suite qu’il y a une corrélation avec le vécu quotidien. Si vous prenez le personnage principal, qui est Yazon, c’est un farouche défenseur des valeurs culturelles, le garant des traditions. Si vous prenez également le préfet, Alfred, il est un farouche défenseur de la communalisation, un acteur de premier plan dans la mise en œuvre de la décentralisation. Donc, ces personnages ont mené un duel ; chacun défend ses points de vue. Alors, comment faire cette conjugaison ? A la fin de l‘ouvrage, cette conjugaison des deux valeurs va apparaître : la tradition et la modernité.

Lefaso.net : Ce qui voudrait dire que la décentralisation ne doit pas empiéter les valeurs traditionnelles ?

E.G. : Tout à fait. Malheureusement, ici, la communalisation a été mal négociée. Elle a été plus ou moins imposée par le président de la République de Nakibou, une république imaginaire, et mise en œuvre par le préfet Alfred. Sinon, le schéma normal voudrait que ça passe par une participation active des populations à la base, et non une imposition, pour que les objectifs soient atteints.

Il faut d’abord passer par la négociation, expliquer les bien-fondés de cette forme de gouvernance. Car, si cela est bien compris, les populations vont adhérer et ce sont elles-mêmes qui vont impulser le développement. Ce qui interpelle également nos dirigeants à toujours écouter les populations, leurs besoins et surtout les sensibiliser, communiquer. C’est par la communication que les populations vont percevoir les bien-fondés des actions. Sinon, de prime abord, ce n’est pas une mauvaise chose, mais c’est la manière de procéder qui n’a pas été orthodoxe. Si fait que ça a créé une résistance de la population, à travers son premier responsable qui est le chef Yazon.

J’ai aussi mis en lumière cette envie de se détacher de la gérontocratie à travers les jeunes ; puisqu’une frange des jeunes a accueilli de manière favorable, la communalisation. Cela vient leur offrir une liberté d’expression (liberté que j’ai aussi mise en exergue), ce qui n’était pas le cas de par le passé avec les anciens. Donc, quelque part, les jeunes ont acclamé cette liberté pendant que les anciens la désapprouvent.

Lefaso.net : On se retrouve, en quelque sorte, dans une dualité entre conservatistes et progressistes !

E.G. : Tout à fait. Il y a conflit entre vieux et jeunes, conflit entre tradition et modernité. Dès lors, comment trouver cette symbiose pour atteindre les objectifs escomptés par la communalisation ? L’ouvrage, à la fin, fait des propositions à cet effet.

Lefaso.net : A qui est destiné l’ouvrage « Nécrose à Koufa » ?

E.G. : C’est à tout le monde. D’abord, les hommes de Lettres, les étudiants, les élèves, le politique, notamment les maires qui sont au cœur du processus. S’ils (les maires) arrivent à lire le document, ils vont comprendre que, justement, il y a des attentes fortes des populations qu’il faille nécessairement prendre en compte.

Lefaso.net : D’autres thématiques déjà en ligne de mire ?

E.G. : Tout à fait ; étant un jeune écrivain en herbe, je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Malgré les difficultés, nous allons travailler encore à produire quelque chose. Mais d’ores et déjà, j’ai dans le circuit, un recueil de poèmes, parce que c’est également une de mes passions, la poésie. En fonction de mes occupations professionnelles, je verrai comment faire en sorte que le prochain ouvrage puisse voir le jour dans de meilleurs délais.

Lefaso.net : Que représente pour vous la littéraire ?

E.G. : C’est pour moi, une manière de vivre. À travers la lecture, je découvre des conseillers, j’arrive à me récréer, à me faire une certaine personnalité et à me définir. L’écriture constitue pour moi un passe-temps utile, une manière de me retrouver et de vivre autrement ma vie. C’est donc une passion pour moi.

Lefaso.net : Quels sont les partenaires qui vous ont accompagné dans ce premier ouvrage ?

E.G. : Pour la production de ce document, je vous avoue que c’est une publication à compte d’auteur. C’est également l’une des difficultés de la production littéraire au Burkina Faso (en Afrique de façon générale). Aujourd’hui, même quand vous avez l’idée, comment la concrétiser ? Le circuit normal voudrait qu’une fois l’auteur dépose son manuscrit, que l’éditeur prenne en charge les autres aspects, notamment la production de l’ouvrage jusqu’à sa distribution.

Mais aujourd’hui, le constat est amer ; les éditeurs sont de plus en plus réticents aux financements des ouvrages, parce qu’ils se disent que les gens ne lisent pas. Donc, ils se disent que c’est un « investissement à perte ». Il appartient à l’auteur, passionné par son projet, de supporter toutes les dépenses.
Et j’aime comparer l’écriture au mariage. Le mariage est un domaine où souvent, on n’est pas sûr de pouvoir réussir dans la vie du foyer, mais on y va quand même parce qu’on aime sa femme, parce qu’on aime vivre en famille, parce qu’on a des projets en famille et parce qu’on croit à la famille.

C’est pour cela on va devant le maire pour signer l’acte de mariage. Donc, en écrivant, l’auteur peut ne pas avoir des acteurs pour l’accompagner dans la production du livre, il peut ne même pas avoir de lecteurs (parce qu’aujourd’hui avec les TIC, les gens sont plus tournés vers le sensationnel), mais il croit à ses idées, même si cela nécessite un coût. C’est le calvaire quotidien des écrivains de nos jours.

Lefaso.net : Et la dédicace de l’ouvrage est prévue pour ce vendredi, le 7 septembre prochain, apprend-on !

E.G. : Effectivement, et elle verra la présence d’un certain nombre d’acteurs qui m’accompagnent, dont le ministre de l’Education nationale et de l’Alphabétisation qui a accepté présider la cérémonie de dédicace et Mme le ministre de la Femme, de la Solidarité Nationale et de la Famille, qui a accepté parrainer l’évènement.

Il y a également la Société des auteurs, des gens de l’écrit et du savoir (SAGES) qui a accepté piloter la cérémonie de dédicace. Je profite également de l’occasion que vous m’offrez, pour témoigner ma gratitude à monsieur Kantagba Adamou qui a préfacé le document, à mon éditeur, mon imprimeur, mes lectures-correcteurs et à tous les acteurs qui ont, d’une manière ou d’une autre, contribué à ce que le projet voit le jour.

Lefaso.net : Aujourd’hui, le goût à la lecture n’est pas largement partagé dans la société. Pourtant, selon les spécialistes, « les connaissances, c’est dans les livres ». Quel message avez-vous à l’ensemble des lecteurs, surtout aux jeunes ?

E.G. :
Je voudrais inviter la jeunesse burkinabè en particulier, à se mettre dans la lecture, à communier avec la lecture ; parce que, c’est dans la lecture qu’on découvre tout. Toutes les connaissances sont dans le livre. A travers la lecture, on arrive à acquérir les connaissances utiles pour sa vie et à se récréer sainement. Donc, la lecture, c’est un tout. La lecture éveille l’esprit, elle forme la personnalité, elle développe des capacités en écriture.

Je voudrais dire également à la jeunesse que l’écriture ne doit pas constituer un mythe, parce que si certains ont pu franchir le cap, c’est que d’autres aussi peuvent le faire. J’invite aussi les chefs d’établissement à proposer souvent des ouvrages burkinabè pour « consommation » ; parce que, c’est le reflet de notre identité.

De par le passé, on faisait l’apologie des ouvrages externes, mais aujourd’hui, quand vous regardez les rayons des bibliothèques, il y a différents auteurs, qui ont pu, malgré tout, produire des ouvrages de belles factures. Alors, les chefs d’établissement pourraient proposer aux élèves et étudiants, ces ouvrages. Cela permet également de magnifier notre potentiel. Donc, tout cela entre dans la stratégie de promotion du livre au Burkina.

Lefaso.net : Combien va coûter l’ouvrage et comment peut-on vous contacter … ?

E.G. : L’ouvrage coûte 3 000 F CFA et est disponible à la Librairie de la jeunesse, à la Librairie Mercury, à la Librairie « Éduquons ensemble nos enfants », et dans bien d’autres de la place. Auprès de l’auteur (etiennegnoumou@yahoo.fr ; 70127329). Je suis disposé à répondre à toutes les préoccupations de mes lecteurs (parce que, c’est à travers eux que l’auteur peut se corriger, s’améliorer et innover).
Je voudrais également demander l’indulgence des lecteurs pour les insuffisances qu’ils viendraient à constater car, comme on le dit, aucune œuvre humaine n’est parfaite. Leurs éventuelles critiques pourront nous permettre de nous améliorer les fois prochaines.

Je voudrais également inviter le public à venir communier avec les hommes de Lettres, le jour de la dédicace, le vendredi 7 septembre 2018, à partir de 10h au Centre national des archives. C’est ce jour que les devanciers vont présenter l’ouvrage, « Nécrose à Koufa » pour faire des analyses critiques, mieux présenter l’ouvrage.

Lefaso.net : On imagine donc qu’il y aura la crème de la littérature burkinabè … !

E.G. : Effectivement, et c’est le moment non seulement de découvrir l’ouvrage, ses facettes cachées, mais également tous ces hommes de Lettres qui seront là ce jour.

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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