Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • lundi 20 août 2018 à 23h58min

Jeune Caporal, né le 1er janvier 1990, Saïdou Lankoandé était à la barre ce 20 aout 2018 pour répondre de trois chefs d’accusation. Poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires ; il a plaidé non coupable. Pour autant, l’accusé a reconnu avoir roué de coups un manifestant couché à plat ventre aux encablures de la place de la nation. Le Caporal est également allé à la frontière du Togo pendant le coup d’Etat. Pourquoi faire ? « Le chef de mission viendra répondre », s’est-il contenté.

Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

Un interrogatoire violent au départ, mais apaisé à la fin. Le Caporal Saïdou Lankoandé à la barre n’est pas passé inaperçu. Quand le président du tribunal Seydou Ouédraogo le présente au moment de sa comparution, il précise que c’est pendant les faits, c’est-à-dire, en septembre 2015, qu’il était père d’un enfant. Maintenant, « j’ai deux enfants », précise-t-il, avant d’ajouter qu’il n’est pas marié.

Dans sa narration des faits, il fait savoir que le 16 septembre, en tant que moniteur de sport, il préparait un match de volleyball, quand on lui fit savoir qu’il y a rassemblement. Il enfile alors sa tenue et s’y rend. La seule information qu’il retient est la consignation du camp. Après le rassemblement, le Caporal explique qu’il est resté au camp, puis est rentré dormir. Le parquet veut savoir pourquoi le camp a été consigné, mais le Caporal estime que c’est celui qui a pris cette décision de consignation du camp qui peut en donner les raisons.

Le 17 septembre 2015 également, au rassemblement de 7h, il est demandé à la troupe de rester sur place. Mais après ladite rencontre, le Sergent Zoubélé Jean Martial Ouédraogo vint le voir sur une grosse moto et lui demande de l’accompagner en ville pour une « reconnaissance ». Le Caporal demande la permission à son supérieur, le Sergent Couldiaty, qui lui répond qu’il peut faire ce qu’il veut. L’accusé monte derrière, son arme en main, direction la place de la Nation.

Quel a été votre itinéraire ? lui demande le président du tribunal. « Le sergent vous précisera, j’étais assis derrière, je ne sais pas ». Poursuivant sa narration, il fait savoir qu’au rond-point du 2 octobre, des manifestants leur jetaient des cailloux. « J’ai frappé involontairement un manifestant avec ma cordelette », reconnait-il avant de demander pardon pour son acte.
En réalité, plus tard, il expliquera avoir couché le manifestant de force à plat ventre, avant de le rouer de coups. Par contre, le Caporal s’est dédit quant à l’utilisation de son arme. Lors des enquêtes, il avait avoué avoir effectué des tirs en l’air. A la barre, il est revenu sur ses dires.

Aussi, il n’en dira pas plus sur l’objet de cette « reconnaissance », malgré les affirmations du parquet qui estime qu’il s’agissait d’ouvrir la voie, pour des véhicules.
Pour la partie civile, « la messe est dite », pour l’accusé parce que les infractions contre lui sont constituées, même s’il tente de revenir sur certains de ses propos tenus lors de l’enquête préliminaires. Le conseil de l’accusé, Me Bama, monte au créneau pour dire que si la messe est dite, le procès n’a plus sa raison d’être. Devant la barre, selon lui, c’est le « terminus » de l’instruction et son client a le droit fondamental de remettre en cause ses déclarations.

Une mission à Cinkanssé

Au rassemblement dans la soirée du 17 aout 2015, le Caporal Lankoandé est désigné pour une mission à la frontière du Burkina avec le Togo, vers Cinkanssé. Il s’agissait d’aller « chercher quelque chose », note-t-il, et de préciser que c’est le Lieutenant Boureina Zagré qui pilotait ladite mission.

Combien de véhicules ont-ils été mobilisés pour la mission ? Quelle est la marque des véhicules ? Questionne le président. « Je ne connais pas la marque. Je sais que j’étais dans un véhicule », répond l’accusé, d’un ton sec. Le président Seydou Ouédraogo, rebondit en demandant combien de personnes composaient la mission. « Je n’étais pas chef de mission », répond l’accusé.

La dureté du verbe du Caporal Saïdou Lankoandé, son attitude frisant parfois l’arrogance et l’indiscipline, amèneront le président à suspendre momentanément l’audience. Au retour, en tant que militaire, c’est le commandant Alioune Zanré, directeur de la justice militaire qui remonte les bretelles à l’accusé. « Il faut vous calmer, vous maitriser.
Le tribunal militaire est une prolongation de l’action militaire, et ici, vous êtes aussi devant vos chefs », lui conseille Alioune Zanré qui insiste pour que le jeune Caporal reste digne, et qu’il fasse preuve de maitrise de soi.

« Je suis désolé », répondra l’accusé qui dès lors, adoptera une autre attitude plus calme, et de repentance sur son acte qui a consisté à fouetter un manifestant. « Je ne dors pas à cause de ça, bien qu’en liberté provisoire, quand j’y pense, je n’arrive même pas à manger. S’il est là (sa victime, Ndlr.) qu’il vienne je vais lui demander pardon », insistera-t-il.

Déclaration d’amour et mea culpa

Pour le parquet, la mission de Cinkanssé a consisté à aller chercher du matériel de maintien d’ordre en territoire togolais. A l’aller, le Lieutenant chef de mission aurait déclaré devant les juges que certains ont fait usage de leurs armes pour dégager la route obstruée par des manifestants. Ils auraient tiré en l’air.

Au retour également, certains militaires de la mission auraient usé de leurs cordelettes pour fouetter des manifestants qui obstruaient la voie. Pour le Caporal Saïdou Lankoandé, ces déclarations n’engagent que son auteur, qui viendra s’expliquer. Lui n’a pas souvenance de ces événements survenus lors de la mission.

« J’aime l’armée jusqu’à présent, je l’adore, hier, aujourd’hui, demain, même après », a déclaré le Caporal. Il reconnait avoir beaucoup appris, et réfléchi durant les 7 mois qu’il a passés à la MACA (Maison d’arrêt et de correction des armées), et il a été corrigé. « Je suis là pour que vous me conseilliez. J’ai gouté, j’ai pris acte, ça ne se reproduira plus », a-t-il poursuivi avant de souhaiter prompt rétablissement aux blessés et paix aux âmes des disparus.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 21 août à 08:04, par Tout En réponse à : Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

    Tous les accusés ou presque ont adopté la même stratégie de défenses. Qu’est ce que ce régime nous propose encore à l’issu d’un tel procès ? La guerre ?

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  • Le 21 août à 12:23, par Le réaliste En réponse à : Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

    C’est l’education propre justement a l’ex RSP. Impolitesse, arrogance, insoumission, irrespectueux, sans pitie a l’encontre de quiconque, y compris leurs propres geniteurs. Leur salut etait uniquement leur hierarchie de cde fameux ex RSP et c’est pourquoi ce qui devrait arriver arriva.

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  • Le 21 août à 18:30, par TANGA En réponse à : Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

    Monsieur EN TOUT se demande ce que ce régime nous propose encore. Mais est le régime qui fait les jugements ? Vous faites ainsi pour détourner les lecteurs afin de jeter le faux dans l’air pour puis juguler. A quoi cela vous servira ?
    Le réaliste, je pense que tu vis dans l’obscurité et que tu es tourmenté ; tu ne peux donc pas être réaliste. Un corps comme le RSP, il nous le fallait et il le faut encore ! Oui ! Vous insultez qui ? De quels parents voulez vous parler quand vous dites leurs propres géniteurs ? Vous êtes trop petit pour juger un ensemble de personnes ayant pensé créer le RSP. Pire, vous êtes mal placé pour critiquer les parents de ces hommes. Donc dans les deux cas, vus êtes fautif.
    Il est arrivé au Burkina que le RSP ou partie du RSP a été utilisé par des gens pour terroriser partie de la population. Cela ne veut pas dire que le RSP ne devait pas exister. Et si le RSP n’avait jamais vu jour ? Les Bandits qui écument notre pays actuellement auraient déjà prit le contrôle de tout le territoire si vous saviez.
    Chers tous, l’incivisme notoire de certains Burkinabès de nos jours et plus dangereux que le RSP. Il aurait fallu déplacer le RSP ailleurs et le pays s’en portera mieux. Voila que la police et la gendarmerie sont obligés d’aller sur les fronts Est et Nord à la place d’éléments valides laissant ainsi l’ordre à l’intérieur même du pays sans contrôle.
    Dans tous les pays du monde, il y a des corps comme le RSP. Changez peut être son nom si cela vous dérange.
    Prompte rétablissement à tous les blessés et paix aux âmes des disparus !

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  • Le 22 août à 10:02, par la voix du silence En réponse à : Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

    J’ai tjs peur de celui qui n’a jamais honte car il n’est pas loin d’un criminel qui cherche tjrs à se justifier de ses actes ignobles. Je vais vous aider à vs justifier de ce que le fameux et incontournable RSP à rendu comme service à son peuple. voici une partie visible de la somme des biens du fameux RSP : Le RSP à :
    - Terrorisé et traumatiser son propre peuple
    - A collaboré avec des terroristes de peur de les affronter c’est une lâcheté mais nous les affrontons quelques soit le pris à payer c’est ca être burkinabè
    - A tuer et bruler Norbert zongo et ses frères et beaucoup d’autres
    - A colaboré avec le diable et utiliser l’argent du peuple pr accomplir leur devoir satanique maintenant ou vs aviez mis votre arrogance puisque le diable a fui la queue entre les jambes face à la détermination du peuble. vs n’aviez réellement pas honte

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  • Le 22 août à 14:00, par Ka En réponse à : Audition : « Je l’ai couché à plat ventre et je l’ai frappé », concède le Caporal Saïdou Lankoandé

    ’’’A’’’ l’internaute Tanga, je vais respecter notre honorable Webmaster et toute l’équipe de Lefaso.net, et être indulgent avec toi : Mais si tu as que ça pour gesticuler et berner les lecteurs de Lefaso.net arrête ton char. As-tu dans ton souvenir si tu as vécu de ce qui s’est passé sur la route de Sapuy, ou les éléments du RSP ont canardé et calciner le valeureux journaliste Norbert Zongo et ses compagnons dans sa voiture ? As-tu en mémoire de Thomas Sankara canardé au Conseil de l’Entente avec ses compagnons ? As-tu en mémoire les tortures faites sur David Ouédraogo et son compagnon de cellule ? Les morts du coup d’état a la maternelle de Djibril Bassolé et de Diendéré Gilbert ? Le couvre-feu ordonné par le RSP dont toutes les pharmacies des villes étaient fermées en laissant mourir des milliers de personnes qu’on n’en parle pas ? Tu n’es qu’un aveugle vivant en dehors de ton pays dont tu ne connais pas la réalité.

    Un corps comme le RSP formé pour tuer son peuple on n’en veut plus au Burkina. Ou des intellectuels avec des idées criminels comme toi, les Burkinabé n’en veulent pas.
    Qu’est-ce qu’on peut retenir en lisant ta critique non fondée ? ‘’’ Qu’il y a des Burkinabé à l’extérieur comme toi, irresponsables, qui souhaitent, ou préparent une guerre civile au Burkina en remuant la plaie. Mais des personnes comme toi Tanga avec ton RSP, doivent comprendre que les enjeux sont devenus tels que ceux qui ont lourdement investi pour que l’alternance politique du Burkina soit une réalité, ne se laisseront pas faire. Ce sont des internautes bornés comme vous qui remuent la plaie avec un couteau a deux lames en glorifiant les tueurs, que je demande de remonter l’histoire récente de notre pays et représentons-nous ce pays sous Blaise Compaoré, François Compaoré, Alizeta Gando, Le RSP et consorts. Qu’aurions-nous vécu sous ces vendeurs d’illusions et des crimes gratuits, dans un cas ou un autre ?
    Tanga en regardant et écoutant toutes les mensonges de tes éléments du RSP devant les juges militaires, ce régiment était une armée de Gueux. Diendéré Gilbert et Djibril Bassolé avec leurs éléments était un cancers incurables pour le peuple burkinabé durant des années. Malgré qu’ils soient à l’ombre, ils continuent de nous ronger de l’intérieur.
    Oui le Burkina a besoin d’un vrai corps d’élite de protection, mais pas avec un esprit qui les été programmé pour tuer qui ils veulent, là où ils veulent. Oui à un corps d’élite au Burkina pour protéger le peuple et non le tuer, a l’exemple des éléments du GIGN du RAID à la Française dont la discipline et l’intelligence qui sont, entre autres, des qualités d’un bon militaire, et doivent être mis en avant le sens de l’honneur, la probité, le professionnalisme et le comportement : Et tout manquement doit être sanctionné selon la gravité des faits.

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