« Au regard de son bilan, il n’y a pas de raison que le président du Faso ne soit pas candidat en 2020 », Lassané Savadogo, Secrétaire exécutif du MPP

LEFASO.NET | Par Oumar L. Ouédraogo • mercredi 27 juin 2018 à 20h49min

L’actualité nationale du week-end des 23 et 24 juin 2018 a incontestablement été celle des sorties médiatiques du président du Faso, Roch Kaboré, pour dresser le bilan à mi-parcours de son mandat. Sur cet exercice de redevabilité qui continue de nourrir l’actualité, surtout au plan politique, nous avons rencontré l’un des premiers responsables du parti, Lassané Savadogo. Dans cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder dans la matinée de mercredi, 27 juin 2018, le Secrétaire exécutif du MPP, Lassané Savadogo, par ailleurs directeur général de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) se félicite de l’intervention d’un Chef d’Etat en phase avec les préoccupations essentielles de son peuple.

« Au regard de son bilan, il n’y a pas de raison que le président du Faso ne soit pas candidat en 2020 », Lassané Savadogo, Secrétaire exécutif du MPP

Lefaso.net : Quelle appréciation faites-vous des dernières sorties médiatiques du président du Faso ?

Lassané Savadogo : Nous avons apprécié l’initiative qu’il a eue de faire cette sortie ; parce que nous sommes dans un système de démocratie, il est tout à fait normal que le mandataire, qu’il est, rende compte aux mandants (le peuple souverain du Burkina Faso à travers ses différentes composantes) de l’exécution de la mission qui lui a été confiée à travers son élection à la tête du pays. Nous avons également salué la forme dans laquelle les choses se sont passées ; il s’est d’abord exprimé en mooré sur les antennes de la radio Savane FM (le mooré étant la langue la plus parlée au Burkina Faso).

Il a voulu, par cette démarche, se faire comprendre par la majorité des locuteurs de cette langue. Je pense que cela est très important. Par la suite, il a eu le même exercice en français, qui permet de toucher un spectre très large de nos populations. Vous avez apprécié également avec nous, la modestie, la simplicité, l’humilité, la sobriété qui ont entouré ces différentes sorties et je pense que c’est en conformité avec la personnalité même du président, qui est un homme très simple, très modeste, très ouvert et très disposé au dialogue.

Et quand on en arrive au fond, vous vous rendrez compte également que le président du Faso n’a éludé aucune question ; il n’avait pas le choix des thématiques, ce sont des questions qu’on lui posait et auxquelles il devait répondre. Donc, son objectif n’était pas de parler de l’ensemble des questions se rapportant à la vie politique et sociale du Burkina Faso.

Nous avons dit également que ce n’est pas un discours sur la situation de la nation et que, par conséquent, tous les acteurs ne doivent pas forcement se retrouver à travers les questions qui ont été posées. Ce qui est important, c’est que les gens puissent se retrouver dans les réponses des questions qui ont été posées au président du Faso.

De ce point de vue, nous avons été pleinement satisfaits de la qualité des réponses qui ont été fournies (que ce soit sur le plan du bilan global même à mi-mandat de son programme, tout le monde le constate, il est très positif dans tous les secteurs). Il a passé en revue les secteurs de la santé, de l’éducation, l’énergie, l’eau, les infrastructures, etc.

Il a saisi également l’occasion pour rappeler certaines priorités que tout le monde constate avec lui : le phénomène de l’incivisme (pour lequel, il faut arriver à trouver une solution), l’insécurité (phénomène contre lequel, les dispositions sont prises pour permettre aux Burkinabè de se sentir en sécurité à l’intérieur de nos frontières), les questions liées à la justice (un sujet de préoccupation largement partagé par l’ensemble des Burkinabè, qui est une condition pour la réconciliation nationale), les mouvements sociaux (et là, nous sommes heureux de constater que l’appel du président a commencé à produire des effets ; dès le lendemain de son intervention, les travailleurs du ministère de l’économie, des Finances et du développement , à qui il a lancé un appel, ont effectivement repris le travail).

Le message a été entendu, le travail a été repris, et maintenant, il s’agit de renouer le dialogue avec le gouvernement pour trouver des réponses satisfaisantes à l’ensemble des préoccupations qui sont posées. Il a aussi abordé la question du vote des Burkinabè de l’étranger ; il ne s’agissait pas pour lui d’aller en profondeur sur les modalités pratiques de ce vote, mais plutôt de donner des orientations et sur la base desquelles, tous les autres acteurs vont travailler pour que cela soit une réalité.
Ce vote, comme il l’a rappelé, devra être effectif dès 2020 et je pense que tous les acteurs vont se mettre à contribution pour créer les conditions nécessaires pour un déroulement normal du processus en 2020.

Sur l’ensemble des thématiques abordées, le MPP est totalement en phase avec le président du Faso, parce que nous constatons que le président lui-même, est en phase avec les préoccupations essentielles du peuple burkinabè.
En somme, c’est un président du Faso qui est à la hauteur des défis du Burkina, et qui travaille à trouver des réponses satisfaisantes à l’ensemble de ces défis, qui s’est adressé aux Burkinabè à travers cette sortie.

Lefaso.net : Le choix de s’exprimer en langue nationale mooré a été décrié par certains Burkinabè. Ne craignez-vous pas que cette sortie produise des effets contraires ?

Lassané Savadogo : Pas du tout. Je pense que les gens sont raisonnables. Au Burkina Faso, il y a une soixantaine de langues nationales, et personne ne peut dire qu’elle maîtrise l’ensemble de ces langues. Et puis, parler dans sa langue maternelle, je pense que c’est un droit élémentaire.
Même à la faveur de l’écriture du projet de nouvelle Constitution, ce débat est revenu ; le droit d’avoir une langue maternelle et d’en faire usage. Le fait d’avoir une langue maternelle n’est pas un signe d’appartenance ethnique ou communautaire ; il y en a qui portent des patronymes mossis, mais leur langue maternelle n’est pas le mooré, c’est le dioula par exemple.

Donc, je pense que le président a fait usage d’une langue qu’il connaît, et qui est accessible à une grande majorité des populations du Burkina Faso. Au contraire, c’est quelque chose qu’il faut saluer, et des dispositions sont prises pour que ceux qui ne comprennent pas cette langue-là, puissent accéder au message que le président a délivré, à travers la traduction dans les autres langues nationales.

Notre objectif, je pense, c’est de travailler à ce que les langues nationales soient valorisées au Burkina Faso et que nous soyons fiers de parler dans nos langues, que nous soyons fiers que le président du Faso s’exprime dans sa langue maternelle pour délivrer des messages aux populations. Je pense que ce débat n’a pas prospéré au niveau de l’opinion (pour ce que j’ai pu suivre comme échanges là-dessus), bien au contraire, c’est un signe positif de plus à mettre sur le compte du président du Faso.

Lefaso.net : Afin de porter le bilan du Chef de l’Etat à la connaissance de l’ensemble des Burkinabè, quel dispositif votre parti prévoit-il ?

Lassané Savadogo : Nous le faisions déjà avant l’intervention du président du Faso. A travers les différentes sorties que nous organisons, nous rendons compte aux populations de la mise en œuvre du PNDES (Plan national de développement économique et social). Nous ne le faisons pas uniquement à l’échelle nationale, nous le faisons jusqu’au niveau local (parce que, quand c’est uniquement à l’échelle nationale, les gens peuvent se demander si ce qui est dit est vrai).

Quand vous êtes au niveau province ou commune, et que vous dites qu’il y a eu par exemple la réalisation d’un forage, d’un CSPS, d’une école, d’une route, etc., dans tel ou tel autre village, il n’y a pas de débat, les gens constatent par eux-mêmes que ce qui se dit est la vérité et sont très satisfaits de l’action menée par le gouvernement pour la mise en œuvre du programme du président du Faso.

Lefaso.net : Pour certains observateurs, la main tendue du président du Faso, qui a été acceptée par les syndicats du MINEFID, fragilise le gouvernement dont les appels avaient été auparavant rejetés. Est-ce votre avis ?

Juriste de formation, Lassané Savadogo fut, entre autre, ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État et Secrétaire général à la Primature.

Lassané Savadogo : Non ; parce que ce n’est pas le même niveau de responsabilité. Le président du Faso, c’est l’arbitre national. A la limite, à un moment donné, on peut considérer qu’entre un ministre et les syndicats, on peut avoir des incompréhensions. On peut même considérer qu’entre un gouvernement et le monde syndical, il peut arriver qu’il y ait des incompréhensions.

Mais, le président du Faso est au-dessus de tout cela ; c’est une personne qui est-là pour tout le monde, et qui est à mesure donc de départager des positions qui sont plus ou moins figées et je pense qu’ici, il est vraiment rentré dans son rôle. Il est intervenu, a reconnu la responsabilité dans la rupture du dialogue ; il a dit clairement que cela n’est pas du fait du gouvernement et le fait des syndicats, il a également dit que le dialogue ne se fait pas le couteau à la gorge, qu’il faut donc arrêter la grève et dialoguer avec le gouvernement. Ils (syndicats) ont obtempéré et ont repris le travail.

Maintenant, il s’agit de créer les conditions pour renouer le dialogue avec le gouvernement. Dans tous les cas, ce dialogue avait déjà connu des avancées sur les différents points de revendication qui figurent dans la plateforme. Et j’ai bon espoir que si le dialogue reprend, rapidement, on devra, si la bonne foi est partagée, aboutir à des solutions qui vont nous permettre de sortir par le haut.

Je pense également que cette grève-là va servir de leçon à tout le monde ; aussi bien au gouvernement qu’aux syndicats. Personne ne peut être contre les grèves (c’est un droit constitutionnel), mais il faut également savoir qu’en toute chose, il y a des limites qu’il ne faut pas dépasser ; il ne faut pas qu’on se bagarre autour du plat, au point de renverser le plat ; c’est ce à quoi on était en train d’assister.
Je suis donc heureux que l’esprit de responsabilité ait prévalu ; cela va nous mettre dans une nouvelle trajectoire en matière de dialogue social et de maintien de la paix sociale entre les différents acteurs.

Lefaso.net : Vous le souligniez si bien en disant qu’il faut maintenant « créer les conditions d’un dialogue » franc, sincère. Mais, qui et comment créer ces conditions ?

Lassané Savadogo : Le processus avait déjà commencé, c’est par la suite qu’il y a eu des difficultés et ça a donné l’impression que le dialogue a été rompu. Maintenant que les agents sont repartis occuper leur poste de travail, je pense que le président du Faso prendra les dispositions qu’il faut pour que le dialogue puisse être renoué dans de meilleures conditions possibles et dans de meilleurs délais.

Lefaso.net : Deux ans et demi que votre parti est au pouvoir. Quels sont, à ce stade, vos plus grands points de satisfaction ?

Lassané Savadogo : Ce sera difficile à dire ; parce qu’il y a certes des points de satisfaction, mais également des points de non-satisfaction. En toute chose, il faut savoir respecter l’équilibre et dire la vérité. Partant de là, notre principal point d’insatisfaction, c’est la sécurité ; le phénomène d’insécurité qui a endeuillé nos populations et qui a créé, à un moment donné, une sorte de psychose au sein des populations.

Même dans la circulation parfois, lorsqu’éclate un pneu, les gens sursautent, se demandant si ce ne sont pas des actes terroristes qui sont en train d’être perpétrés. C’est un aspect qui a énormément porté un coup à nos actions.
Heureusement qu’aujourd’hui, les choses évoluent très positivement avec la montée en puissance de nos services de renseignements et nos Forces de défense et de sécurité sont mieux équipées et font face, de manière la plus respectable, au défi que notre pays affronte dans ce domaine.

Il y a également, dans ce chapitre, la question liée à la production alimentaire (y compris les difficultés survenues dans la production cotonnière) qui est une préoccupation pour nous et le gouvernement travaille donc pour que tout entre en ordre dans ce domaine.
Nous souhaitons donc que la présente saison agricole se passe dans de bonnes conditions pour permettre au pays de renouer avec des niveaux de productions qui nous permettent d’atteindre les objectifs que nous poursuivons.

Là où nous pouvons dire vraiment que nous sommes pleinement satisfaits, c’est dans le cadre de la mise en œuvre du PNDES. Et ce, dans tous les domaines. Au plan politique par exemple, nous avons le projet de nouvelle Constitution, dont l’adoption a été annoncée pour 2019 par le président à travers un référendum. La mise en œuvre du PNDES a aussi permis de redresser beaucoup d’insuffisances dans les domaines de la santé, de l’éducation.

Vous constaterez aussi que dans le secteur relatif aux infrastructures, c’est visible ; il y a des chantiers qui sont en train d’être exécutés, nous plaçant vraiment dans des conditions meilleures pour le désenclavement interne et externe de notre pays. Dans le domaine de l’eau, l’objectif affiché par le président du Faso, c’est « zéro corvée d’eau » ; ce programme est en exécution et les effets sont très positifs sur les conditions de vie de nos populations.

Nous avons également la question de l’énergie ; aujourd’hui, on n’est pas surpris de voir dresser dans un village, des poteaux pour l’électrification. Alors que dans un passé récent, l’énergie n’était même pas accessible à certains chefs-lieux de provinces, à plus forte raison des communes rurales.
Les perspectives sont donc très intéressantes pour notre pays et nous avons bon espoir que d’ici à 2020, l’essentiel du programme du président du Faso pourra se réaliser pour permettre à notre peuple de trouver des réponses à un certain nombre de préoccupations qui sont essentielles pour son mieux-être.

Déjà, et sur le plan économique, les performances sont-là ; le taux de croissance qui est de 6 à 7% (ce n’est pas encore suffisant pour que ce soit ressenti de manière palpable dans le panier de la ménagère), si on le compare à nos performances passées et se référant à celui des pays voisins, vous constaterez que malgré ce qu’on appelle « morosité économique », les choses évoluent dans une bonne direction pour le Burkina Faso.
Il y a donc de quoi être fier et nous devons conjuguer nos efforts pour des performances encore plus accrues et mieux partagées pour l’ensemble des populations du Burkina Faso.

Lefaso.net : Question purement politique…, le Chef de l’Etat a laissé entendre qu’il sera candidat en 2020. N’est-ce pas surprenant que ce ne soit pas le MPP qui annonce sa candidature ?

Lassané Savadogo : Non ! Le président, pour être candidat à la présidence du Faso, sa candidature n’est pas forcement obligée d’être portée par un parti politique…

Lefason.net : … mais, pour ce qui est des organisations politiques, les mœurs ont toujours donné à voir des candidatures annoncées et portées par les partis d’origine (via un congrès ou toute autre instance), certainement pour faire prévaloir aussi l’esprit de consensus autour du candidat désigné !

Lassané Savadogo : Oui, mais dans tous les cas, les deux possibilités existent ; le parti peut proposer la candidature à une personnalité (qui accepte ou refuse), tout comme la personnalité peut exprimer sa candidature et le (les) parti (s) peut (vent) décider de la soutenir ou de ne pas la soutenir. Donc, dans tous les cas, ce sont des situations qui sont tout à fait normales. Et il faut savoir également que dans le cas d’espèce, il n’y a aucun problème entre le président du Faso et le parti, dont il est le leader.

Par conséquent, ce qu’il a dit reflète la pensée profonde de la plupart des militants du parti. Nous pensons donc qu’au regard de son bilan, il n’y a pas de raison que le président du Faso ne soit pas candidat à l’élection de 2020. L’essentiel pour nous, c’est de travailler pour que d’ici l’échéance, tous les engagements qu’il a eus à prendre avec le peuple burkinabè soient respectés, que l’élection se passe dans les meilleures conditions possibles et qu’il soit réélu pour le plus grand bonheur du peuple du Burkina Faso.
Donc, nous n’avons aucun complexe que le président du Faso ait annoncé son intention d’être candidat en 2020 (à partir du moment où la Constitution l’autorise à le faire), le parti fait fusion avec le président du Faso.

Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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