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Région du Nord : Déjà cinq morts et plusieurs blessés sur le nouveau site d’or de Kouri

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Mines, mineurs, miniers, énergie • LEFASO.NET | Par Yann NIKIEMA • lundi 25 juin 2018 à 10h00min
Région du Nord : Déjà cinq morts et plusieurs blessés sur le nouveau site d’or de Kouri

Kouri, village rattaché à la commune urbaine de Ouahigouya (Yatenga), est particulièrement en effervescence depuis quelques semaines. L’or y serait apparu, entraînant une ruée de plusieurs milliers de personnes vers cette bourgade, à la recherche du métal jaune. Immersion dans un univers où les problèmes sécuritaires, environnementaux, sanitaires et sociaux tapent à l’œil.

La nouvelle selon laquelle l’or est apparu dans le village de Kouri, situé à peine 4km à la sortie ouest de la ville de Ouahigouya, s’est rependue peu avant le mois du Ramadan. Dès lors, une marée humaine s’est déferlée sur le village. Burkinabè venus de plusieurs régions, Maliens, Guinéens, Nigériens, Ivoiriens sont à l’œuvre pour sortir l’or des profondeurs du sous-sol de ce village d’à peine 2 500 habitants, qui vivaient paisiblement de l’agriculture. Hommes, femmes, enfants, jeunes, élèves, acteurs du secteur informel, ils sont des milliers à se positionner dans cet espace, dans l’espoir de profiter des retombées de l’activité aurifère.

Un véritable site sauvage

Il est 14h en cet après-midi du dimanche 24 juin 2018. Le soleil se fait sentir malgré les nuages persistants en ce début de saison hivernale. Un balayage du regard nous laisse estimer l’étendue du site à au moins 2km. Un calme flatteur y règne du fait, probablement, des quelques millimètres d’eau tombés la nuit précédente dans la ville de Ouahigouya et son hinterland.

Maire de Ouahigouya en pleine séance de sensibilisation

Au fur et à mesure que nous avançons au cœur du site, des odeurs de sueur, d’excréments d’animaux, d’argile mouillée par les eaux de la dernière pluie, nous incommodent. Une véritable marée humaine en mouvement permanent se côtoie dans un espace assez restreint à cause de la mitoyenneté des trous. Des embouteillages sont constatés par endroits ; piétons, taxis-motos et motocyclistes, entre injures et excuses, chacun se fraie son passage. Boutiquiers, restauratrices, vendeuses d’eau, grilleurs de viande partagent sans soucis le voisinage avec les chercheurs d’or.

Des trous creusés en désordre s’étendent à perte de vue avec des profondeurs diverses, et certaines sont apparemment abandonnés par leurs propriétaires. « Nous sommes venus de Kouka dans la Boucle du Mouhoun dès que nous avons eu vent des pépites d’or que des gens ont eues.
Nous aussi, nous sommes là pour tenter notre chance. Aujourd’hui le travail est au ralenti du fait de la pluie qui a envahi les trous », nous confie un orpailleur et ses creuseurs, visiblement pressés que nous les laissions travailler.

Hamadé, la trentaine environ, dit être venu de Gaoua avec son équipe et son armada à la recherche de l’or, car c’est leur business quotidien. « Le sol est argileux en profondeur, ça nous inquiète un peu mais nous allons utiliser notre professionnalisme en la matière pour parer aux éboulements, à défaut, nous allons laisser tomber », soutient-il, envahi d’optimisme malgré tout.

Un besoin de sensibilisation et d’organisation

À en croire les orpailleurs et confirmé par les conseillers et le président CVD du village, le site est très dangereux par endroits au regard de la nature du sol. L’on dénombre déjà officiellement cinq victimes d’éboulements dont le dernier date du lundi 25 juin. C’est véritablement le nœud gordien à cause de la saison hivernale qui s’annonce.
Pour Issouf Sawadogo, les victimes et blessés des éboulements sont ce qu’il appelle, dans le jargon des orpailleurs, des « Topo-Man ». Pour lui, ce sont des jeunes appâtés par le filon, qui s’introduisent frauduleusement dans les trous tard dans la nuit, bravant la dangerosité liée au risque d’éboulement.

Au moment où nous achevions notre entretien, à quelques pas de là, nous apercevions un groupe de jeunes fraichement arrivés. Mady Kaboré dit être venu avec son équipe de leur Pouytenga natal (province du Kouritenga) pour la recherche de l’or. Visiblement pas inquiet du fait que le site, au regard de la loi, devrait être fermé à quelques cinq jours de leur arrivée, l’intrépide Mady espère un arrangement avec les autorités pour la prolongation du délai.
« Personnellement, j’ai fait la sous-région dans le cadre de l’orpaillage ; nos informations nous rassurent de la rentabilité de ce site. Nous allons nous installer rapidement et attendre de voir comment la situation va évoluer », s’empresse de lancer le jeune orpailleur.

Des mesures appropriées s’imposent

Il convient de signaler au passage que l’orpaillage, de surcroît en zone urbaine, est formellement interdit. Certes le site de Kouri est confiné dans un village mais il n’est en réalité qu’une proche banlieue de Ouahigouya (4km). L’application stricte des textes sera le seul salut afin d’éviter une propagation du phénomène. En attendant, le bourgmestre de la ville, Boureima Basile Ouédraogo, s’est entretenu avec les occupants des lieux pour leur signifier clairement que le 30 juin 2018, conformément à la loi, le site sera fermé.

Malgré ses tentatives de convaincre les uns et les autres la pilule semble passer difficilement. Rasmata Bélem, vanneuse sur le site, s’inquiète du fait qu’elle vient de faire un investissement de 150 000 F CFA pour s’installer il y a de cela cinq jours. « Vraiment je ne savais pas qu’il y a un texte qui dit de fermer le site à la fin du mois de juin.

Il faut que les autorités comprennent et nous octroient au moins quelques semaines pour nous permettre de récupérer l’argent investi », se lamente dame Bélem. Sayouba dit « Millions » tout en rendant grâce à Dieu pour ce qu’il a gagné dans l’orpaillage, abonde dans le même sens et demande à ce que soit octroyé aux orpailleurs au moins un mois de plus, avant la fermeture.
« Je remercie le maire d’être passé s’entretenir avec les ‘‘Tandaodo’’ (c’est-à-dire les orpailleurs). Je le soutiens personnellement dans son action qui contribuera à sauver des vies humaines et à amener les gens au respect de la loi », laissera entendre Sayouba. Il souhaiterait par ailleurs que soit mise en place une organisation rigoureuse sur le site avec le soutien du syndicat des orpailleurs. Lire la suite

Messages

  • Il faut que l’autorité se montre ferme ! Pas de sentiments !

  • l’or vu sous cet angle est une malédiction. y a t il un capitaine à la barre ?

  • Qu’attend l’autorité pour fermer cette mine. Cinq morts c’est beaucoup trop. On dira que les mines artisanales contribue à réduire la pauvreté des populations mais il faut tenir compte de la période des pluies ou les éboulements sont fréquents. Nous ne sommes pas contre ceux qui y travaillent mais il faut reconnaître que la vie humaine est sacrée.

  • Nous les Burkinabès nous ne reflechissons pas loin quoi. On pense à aujourd’hui et pas pour demain. Regardez les sachets plastiques, les produits chimique toxiques comme le mercure, la défécation, les préservatifs usagés, les trous très profonds que ces FarWest men la vont laisser en partant. Ce village mettra près de 10 ans avant de s’en remettre. Et plusieurs enfants seront victimes des effets néfastes de la pollution. Mais tout celà, personne ne s’en soucie, pas même le journaliste qui a fait le reportage n’en parlons pas du maire et de ces orpailleurs. Nous faisons tous semblant de ne pas voir un problème qui va nous chauffer tous : la pollution. Nous sommes tous inciviques et jetons tout sans se soucier de ce que nos enfants souffrirons demain. Les occidentaux ont fait ces mêmes erreurs pendant la ruée vers l’or au Far West il y a 300 ans et ont compri la leçon. Nous sommes au courant de cela mais nous copions mal sans se soucier des conséquences. Je pleure nos enfants et petits enfants. Il naitront deja pollué d’ailleurs. C’est domage

  • Lors de son bilan de mi mandat à la télé, Rock a dit qu’il y a un capitaine dans le bateau. Le cas de ce site d’orpaillage représente un tout petit "iceberg" que le bateau est entrain de rencontrer et on lui demande d’ordonner une manœuvre pour l’éviter. Qu’il ordonne la fermeture du site pour nous assurer que le pays est gouverné et nous allons voir.

    En d’autres temps, ce serait le délégué CDR du village qui allait ordonné la fermeture du site (sans se référer à Ouagadougou) et tout le monde se plierait sans broncher.

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