Mission Fas’eau : La signature des premiers protocoles prévue ce 19 juin

LEFASO.NET | Par Herman Frédéric Bassolé • dimanche 17 juin 2018 à 23h02min

Promouvoir les droits humains à l’eau et à l’assainissement, afin qu’ils deviennent une réalité aussi bien dans la conscience des autorités publiques que dans celle des citoyens. Telle est la délicate tâche de la Mission Fas’eau, un consortium de seize organisations de la société civile et de médias burkinabè. Financée par la coopération danoise à travers le Fonds DANIDA, la Mission a été officiellement lancée à Dédougou, l’une des communes bénéficiaires (avec Nouna) de la phase pilote, en janvier dernier. Et depuis lors, plusieurs activités ont été menées. Dans quelques jours, trois organisations devront signer un protocole et bénéficier d’une subvention pour la mise en œuvre de leurs projets. Pour en savoir davantage, nous avons rencontré le coordonnateur de la Mission Fas’eau à IRC Burkina, Hilaire Dongobada, le samedi 16 juin 2018. Entretien.

Mission Fas’eau : La signature des premiers protocoles prévue ce 19 juin

Lefaso.net : Expliquez-nous plus en détails ce qu’est la Mission Fas’eau ?

Hilaire Dongobada (H.D.) : La mission Fas’eau est une initiative de seize organisations de la société civile et de médias qui vise à promouvoir la réalisation des droits humains à l’eau et à l’assainissement. Comme vous le savez, les droits humains à l’eau et à l’assainissement ont été reconnus dans la Constitution burkinabè depuis novembre 2015 et par la communauté internationale en 2010. Il s’agit pour nous de faire en sorte que ces droits humains deviennent une réalité aussi bien dans la conscience des autorités publiques que dans la conscience des citoyens.

Nous recherchons donc une double finalité dans le cadre de la mise en œuvre de cette Mission : d’une part amener les autorités publiques à amplifier leurs actions en intégrant pleinement la réalisation des droits humains à l’eau et à l’assainissement dans leurs actions, d’autre part, amener les citoyens à être beaucoup plus revendicatifs, à exiger davantage la réalisation de ces droits à l’eau et à l’assainissement par les autorités publiques.

Alors l’approche opérationnelle de mise en œuvre consiste en fait à multiplier ce qui se fait déjà parce que, effectivement, les problèmes d’eau et d’assainissement ne datent pas d’aujourd’hui. Ils sont régulièrement soulevés mais dans le cas de la Mission, il s’agit pour nous de travailler à ce que tous les efforts qui sont faits jusque-là soient multipliés et soient relayés avec davantage plus de visibilité. La Mission intervient dans un environnement ouvert où il y a plusieurs initiatives qui existent déjà. Nous travaillons à développer les synergies existantes. Il y a par exemple le Présimètre mis en œuvre par Diakonia avec la participation de WaterAid, membre de la Mission Fas’eau. Nous travaillons ensemble à amplifier les différentes initiatives dans le cadre de la mission Fas’eau.

Lefaso.net : Quelle appréciation faites-vous du respect des droits humains à l’eau et à l’assainissement au Burkina Faso ?

H.D. : Je vais vous donner une petite anecdote. Lorsqu’un point d’eau est réalisé dans un village, l’autorité vient faire la remise de ce point d’eau en disant que c’est le gouvernement qui fait ce don. Ainsi, la communauté villageoise se mobilise pour venir remercier l’autorité publique d’avoir pensé à alléger ses souffrances. C’était cela la situation. Tout le monde pensait que faire un point d’eau pour les populations était un effort surhumain de l’autorité publique, alors que non. C’est pourtant un droit. L’autorité publique a le devoir de faire en sorte que la communauté ait l’eau et l’assainissement. C’est cette compréhension de la réalisation du droit à l’eau et à l’assainissement que nous voulons promouvoir dans le cadre de la Mission Fas’eau. Nous y travaillons depuis douze mois et aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il y a des avancées.

Du côté de l’autorité publique, de plus en plus, le ministre en charge de l’Eau et de l’Assainissement fait l’effort d’améliorer ses instruments de politique, commence à traduire en actes l’Approche fondée sur les droits humains (AFDH). Il fait également beaucoup pour rendre visibles les actions menées sur le terrain.

Aussi à l’Assemblée nationale, le chef du gouvernement a fait beaucoup d’efforts dans sa déclaration sur la situation de la nation pour expliquer comment le gouvernement travaille à réaliser les droits humains à l’eau et à l’assainissement. Au-delà de tout cela, il fait également beaucoup de descentes sur le terrain pour dire aux populations que le gouvernement fait également beaucoup d’efforts.

Outre ces deux personnalités, il y a les autres membres du gouvernement qui sont interpellés sur les plateaux de télévision dans le cadre du Présimètre. Nous avons vu le ministre de la Santé, le ministre de l’Économie et des Finances et enfin le ministre de l’Habitat et l’Urbanisme. Nous voyons qu’au niveau de l’autorité publique, cette question commence à être prise à bras-le-corps.

Les OSC et les médias membres du consortium ont également fait beaucoup de progrès. Avant, les questions de droits à l’eau et à l’assainissement n’étaient portées que par des ONG internationales qui ont milité à ce que cela soit inscrit dans la Constitution et que cela soit traduit dans les politiques publiques.

Mais aujourd’hui, nous avons des organisations nationales qui commencent à porter la question de l’eau et de l’assainissement sous l’angle des droits humains. Il y a par exemple la Ligue des consommateurs qui a organisé une conférence d’interpellation, un mois après la célébration de la fête de l’indépendance à Gaoua, pour faire le bilan de tout ce qui a été fait et de tout ce qui n’a pas été fait afin d’interpeller davantage l’autorité publique sur les mesures qui ont été prises pour achever ce qui doit l’être. Les médias également relaient de plus en plus d’informations sur la question de l’eau et de l’assainissement sous l’angle droits humains. Il y a la radio Oméga, la Télévision nationale, Lefaso.net, FasoZine, Savane FM. Après ces douze mois de mise en œuvre de sensibilisation, il y a une prise de conscience qui se manifeste au niveau de l’opinion publique.

Lefaso.net : Dites-nous comment s’est fait le choix des membres de ce consortium et quelle est leur mission ?

H.D. : La question du droit à l’eau et à l’assainissement est assez récente. Comme je l’ai dit, elle n’était pas suffisamment portée par l’opinion nationale. Il est vrai que nous avons vu des médias qui parlaient des problèmes d’eau mais pas sous l’angle droits humains. Pour la réussite de cette mission, nous avons identifié des organisations qui mènent des actions par elles-mêmes dans divers domaines.

Quand vous prenez le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP), il s’agit d’une organisation bien connue, qui parle beaucoup de droits notamment sur les questions de liberté de presse. Mais ce mouvement ne parlait pas nécessairement des questions de droits à l’eau et à l’assainissement. La Ligue des consommateurs aussi fait beaucoup d’interventions sur les produits de première nécessité mais pas nécessairement sur le droit à l’eau et à l’assainissement. Les femmes juristes également défendent beaucoup les droits des femmes mais pas les difficultés qu’elles vivent notamment dans l’accès à l’eau et à l’assainissement. Nous avons essayé de mettre ensemble ces différentes organisations au nombre de seize (Lefaso.net, FasoZine, RTB, Savane Fm et Radio Oméga, IRC, AFJ/BF, CGEE, CNLB, Eau Vive, LCB, LVIA, MBDHP, Musée de l’Eau, SPONG, WaterAid). Ce groupe fonctionne bien.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui justifie le choix des villes de Dédougou et de Nouna, comme zones d’intervention de la mission ?

H.D. : Effectivement les deux communes, Dédougou et Nouna, ont été retenues pour la phase pilote de cette Mission. Comme il s’agit d’une phase pilote, on ne pouvait pas démarrer sur plusieurs communes à la fois ; c’est ce qui nous a conduits à commencer avec deux communes urbaines, proches, où on peut aborder la question. Aussi, ces deux communes sont dans l’une des zones les plus défavorisées du pays en matière d’eau et d’assainissement. Ces deux communes bénéficient aussi de programmes de la part de certains partenaires qui pourront concourir à réaliser les investissements nécessaires pour régler les questions d’accès à l’eau et à l’assainissement.

Lefaso.net : Après le lancement de la mission en janvier 2018 à Dédougou, quelles sont les principales actions qui ont été menées et celles à venir ?

H.D. : Le lancement de la Mission a eu lieu en janvier 2018 et depuis les études de base ont été réalisées pour identifier les principales caractéristiques sur lesquelles on doit s’appuyer pour mener les activités. Nous avons réalisé cinq études de base : l’identification des leviers socioculturels favorables à la promotion des Droits humains à l’eau et à l’assainissement (DHEA), les indicateurs pour la mesure des performances des DHEA, la prise en compte de l’Approche fondée sur les droits humains (AFDH) dans la législation burkinabè, la justiciabilité de ces droits et les limites des plateformes de concertation en Approvisionnement en eau potable, hygiène et assainissement (AEPHA) et en Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE). Sur la base de ces études, nous avons pu formuler le plan de travail 2018.

Je tiens à rappeler que dans la deuxième phase de la Mission, chaque organisation va mettre en œuvre son propre projet pour promouvoir les droits humains à l’eau et à l’assainissement. Nous avons lancé à cet effet, un appel à projets. Dix propositions ont été retenues dont quatre propositions de médias et six propositions d’OSC. Il y a la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB), la radio Oméga, Savane FM et Lefaso.net, le Secrétariat permanent des ONG (SPONG), le Mouvement burkinabè des droits de l’Homme et des peuples (MBDHP), la Ligue des consommateurs, l’Association des femmes juristes, le Musée de l’eau et le Centre pour la gouvernance de l’eau et de l’environnement. Parmi ces dix projets retenus pour bénéficier d’une subvention, trois vont signer leurs protocoles le mardi 19 juin 2018. Il s’agit du SPONG, de la Ligue des consommateurs et de l’Association des femmes juristes du Burkina. Les autres signatures vont suivre au fur et à mesure de la finalisation des autres projets.

Chacun va recevoir des fonds de la Mission Fas’eau pour mener des activités qui concourent à promouvoir les droits à l’eau et à l’assainissement. Ces activités doivent non seulement permettre d’exiger plus de redevabilité de la part de l’autorité publique mais aussi de développer la conscience et le devoir des citoyens. Tous ces projets vont démarrer d’ici début juillet et nous pensons que l’environnement national va être secoué par la mise en œuvre de ces différents projets.

Indépendamment de cela, nous allons lancer une vague de formations de formateurs pour qu’au moins plus de 500 personnes, à travers le pays, soient formées à la compréhension du droit à l’eau et à l’assainissement. À l’issue de ces formations, il y aura certainement des actions qui seront initiées. Les personnes qui seront formées seront issues du groupe des débiteurs d’obligation (autorité publique et tous ses démembrements) mais aussi du groupe des citoyens organisés à travers les différents réseaux.

Parallèlement à cela, dans le cadre de la Mission, nous allons aussi renforcer notre assistance technique auprès des institutions publiques notamment au niveau du ministère de l’Eau et de l’Assainissement pour les aider à traduire concrètement les droits humains à l’eau et à l’assainissement dans les différents instruments du secteur. Aussi, au niveau du secteur de la justice, nous allons travailler à ce que tous les instruments juridiques puissent pleinement intégrer la question. Je vous donne un exemple. Si quelqu’un veut porter plainte contre une commune ou un opérateur de service parce qu’il estime que ses droits sont violés, les mécanismes actuels ne facilitent pas les choses. Donc nous devons travailler avec le ministère de la Justice à faciliter l’accès des citoyens à des mécanismes juridiques permettant d’aller vers la réparation des préjudices. Aussi en direction de l’Assemblée nationale qui interpelle beaucoup le gouvernement, nous allons travailler à renforcer son action par rapport au contrôle de l’action gouvernementale et au plaidoyer pour plus de ressources accordées aux questions d’eau et d’assainissement dans le budget national.

Lefaso.net : Êtes-vous satisfait du déroulement du planning des activités de ces douze premiers mois ?

H.D. : Aujourd’hui, lorsqu’on voit l’éveil des consciences du côté des citoyens et des institutions publiques sur la question du droit à l’eau et à l’assainissement, on ne peut qu’être satisfait. Surtout que nous n’avons pas encore formé les gens et que nous n’avons pas encore mis à la disposition des organisations les subventions nécessaires. Il y a un premier pas qui est déjà franchi.

Lefaso.net : Avez-vous rencontré des difficultés durant ces douze mois ?

H.D. : La principale difficulté que nous pouvons relever, c’était la méfiance au départ. Lorsque nous avons commencé à parler de promotion des droits humains à l’eau et à l’assainissement, on n’était pas nécessairement bien compris de la part de nos différents interlocuteurs. Cela a retardé la mise en place des mécanismes de collaboration surtout avec les institutions publiques. Mais aujourd’hui, ces difficultés sont dépassées et nous avons de bonnes bases de collaboration avec ces institutions qui participent pleinement aux différentes activités menées par les membres du consortium.

Des protocoles seront également signés avec notamment le ministère de l’Eau et de l’Assainissement, le ministère de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique et l’Assemblée nationale. Nous avons aussi pris beaucoup de temps pour renforcer les capacités des membres du Consortium. La compréhension sur la question des droits humains à l’eau et à l’assainissement n’était pas la même au départ. Il a fallu donc beaucoup de temps pour former et sensibiliser les membres du Consortium.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui est prévu déjà après la phase pilote ? Vous y pensez… ?

H.D. : Bien sûr que nous nous projetons déjà dans l’après phase-pilote. Cette première phase bénéficie d’un financement de la coopération danoise (DANIDA) avec l’assistance technique de OXFAM. Nous profitons saluer ces deux structures pour cette opportunité offerte au Consortium conduit par IRC et WaterAid. Nous sommes convaincus que les résultats qui seront obtenus au cours de cette phase pilote vont amener d’autres partenaires techniques et financiers à s’investir dans la promotion du droit à l’eau et à l’assainissement et à accorder certainement des financements pour que dans les autres régions du pays, l’approche puisse être mise en œuvre.

Pendant cette phase pilote, n’oublions pas que nous ne travaillons qu’à pas Dédougou et à Nouna. Nous touchons aussi tous ceux qui sont au niveau central, par exemple toutes les Directions régionales de l’eau et de l’assainissement vont participer aux sessions de formation qui seront organisées. Tout cela, pour préparer le terrain pour le passage à l’échelle nationale. Sachons qu’au Burkina Faso, nous sommes tous engagés dans la réalisation de l’accès universel à l’eau et à l’assainissement à l’horizon 2030.

Lefaso.net : Un dernier mot

H.D. : C’est le lieu pour nous de remercier l’ensemble des partenaires qui sont engagés dans cette délicate mission de promouvoir les droits humains à l’eau et à l’assainissement. Les problèmes d’eau existent depuis longtemps et ils continuent. Nous ne pensons pas pouvoir régler tous les problèmes avec la mise en œuvre de la Mission Fas’eau. Mais, nous allons au moins jeter les bases. Nous allons aider à accélérer les progrès qui doivent être réalisés pour que les populations aient accès à l’eau et à l’assainissement. Nous exhortons donc les autorités publiques à accompagner cette mission parce que sa réussite fera du bien à tous.

Aux OSC engagées dans la mission, nous les encourageons à continuer leur engagement et les efforts qu’ils déploient pour qu’au-delà de cette mission, que chaque organisation puisse développer ses propres capacités à promouvoir les droits humains à l’eau et à l’assainissement. Et à l’endroit de tous les partenaires qui accompagnent le gouvernement burkinabè sur les questions d’eau et d’assainissement, nous leur demandons de suivre et de s’impliquer, de participer aux différentes activités qui seront menées dans le cadre de la Mission Fas’eau afin qu’ensemble, on puisse tracer le chemin de l’accès universel à l’eau et à l’assainissement au Burkina Faso.

Entretien réalisé par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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