Média et Justice : Le sujet au cœur d’une rencontre

LEFASO.NET | Aïssata Laure G. SIDIBE • mercredi 2 mai 2018 à 22h54min

C’est une tradition ! Chaque 3 mai, le Burkina Faso à l’instar d’autres pays, commémore la Journée internationale de la liberté de la presse et d’expression. Dans le cadre des activités de cette journée, le Centre national de presse Norbert Zongo a organisé un atelier de réflexion sur les relations entre « Médias et Justice ». Le but ultime de cet espace de dialogue et d’échanges était de permettre aux deux parties d’apprendre à se connaitre afin de conjuguer leurs efforts pour le renforcement et l’encrage de l’Etat de droit au Burkina Faso.

Média et Justice : Le sujet au cœur d’une rencontre

Dans leurs activités au quotidien, les journalistes sont confrontés à diverses difficultés dont l’incompréhension entre eux et certains acteurs judiciaires. « Pendant que le journaliste veut le scoop pour informer son public, le magistrat, lui, a l’obligation de réserve et le secret de l’instruction dont la violation peut entrainer des poursuites pénales », a signifié Harouna Yoda, 1er substitut du procureur du Faso, qui a présenté une communication sur « enjeux et défis de la réorganisation de l’appareil judiciaire au Burkina Faso ». Pour lui, ces deux impératifs mis côte-à-côte font que les deux personnages sont appelés à avoir de petits couacs au quotidien et même des conflits relativement ouverts.

Pourtant, le 3e pouvoir que constitue le pouvoir judiciaire et le 4e pourvoir (la presse) ont en commun un certain nombre de principes et de valeurs dont la liberté et la vérité. Ils ont pour matière les faits. Ce qui amène Pr Serge Théophile Balima à dire qu’ils sont complémentaires : « Le juge a souvent besoin des révélations de la presse pour affiner et orienter ses enquêtes judiciaires. Le journaliste a aussi besoin du juge d’instruction pour avoir certains éléments ».

Cependant, il convient de noter qu’il existe une grande nuance entre les deux mondes. Le juge peut décider d’un mandat de dépôt alors que le journaliste même s’il dit la vérité n’a pas ce pouvoir-là. Et sur le traitement de l’information judiciaire, Pr Balima est resté sur sa soif. « Souvent dans la presse, on lit des conclusions hatives qui font plaisir aux citoyens ordinaires, mais en réalité ça empoisse le bon fonctionnement de la justice ».

Face à une telle situation, le cri de cœur du Colonel Sita Sangaré directeur de la justice militaire, a été d’inviter les responsables de médias à se doter de spécialistes des questions juridiques et judiciaires au sein des rédactions. « Chaque fois qu’il y a des assises, les journalistes attendent les avocats pour des interviews. Est-ce que vous êtes sûrs que ce que l’avocat vous dit, c’est la vérité ? », A-t-il demandé. Pour lui, la personne indiquée en pareille situation est le procureur.

Poursuivant, Sita Sangaré a livré aux participants, les forces et faiblesses du tribunal militaire dans l’édification d’un Etat de droit. En termes d’atouts, il a mentionné l’existence de textes législatifs, de meilleurs traitements des infractions militaires et de la spécificité de l’état militaire. Sans oublier, le facteur de rapprochement et de compréhension entre militaires et civils.

En ce qui concerne les défis, l’insurrection populaire, l’un des moments forts dans le processus démocratique du Burkina Faso, est en tête de liste. « Depuis cette insurrection des 30 et 31 octobre, les paroles se sont libérées, les populations sont devenues plus critiques », constate le Col Sangaré. A cela, s’ajoutent le développement des techniques de l’information et de la communication et la particularité du corps judiciaire. Ce dernier corps est particulier avec son langage qui n’est pas accessible à tout le monde. D’où l’intérêt des chroniques judicaires dans les rédactions.

« Le journaliste est très important. Il sert d’éveil de la conscience des populations. Mais s’il n’a pas une connaissance, comment il peut faire un compte rendu assez fidèle et sérieux des débats judiciaires ? ». La méconnaissance de l’institution/du corps judiciaire en général, le non rattachement au Conseil supérieur de la magistrature, le statut des personnels des Forces armées, sont aussi des défis à relever.

Relativement au statut des personnels des Forces armées, Le Col Sita Sangaré a été on ne peut plus clair : « (…) L’objectif de la communication au niveau de la hiérarchie est très simple : Il ne faut pas que quelqu’un se mette à communiquer et dire des choses qui vont engager l’ensemble des armées alors que ce n’est pas la vraie version. Ça peut être des propos. Pour vous de la presse vous pouvez dire que ça n’engage que la personne, mais ce n’est pas forcément vu comme ça ».

En rappel, les participants à l’atelier ont échangé autour des communications traitant des « forces et faiblesses du tribunal militaire dans l’édification d’un Etat de droit », « comment amener les journalistes et les acteurs de la justice à mieux travailler ? ». Aussi, ont-ils été édifiés sur « la notion de défense de la veuve et de l’orphelin a-t-elle encore un sens de nos jours ? Si Oui quelle déontologie pour l’avocat en vue d’un Burkina plus juste et réconcilié ? ».

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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  • Pr Serge Théophile Balima

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