Exploitation des données personnelles par Facebook et Cie : L’Afrique doit ériger une muraille juridique

mercredi 11 avril 2018 à 18h24min

Sanctionné plusieurs fois en Europe, à coup de millions d’euros, Facebook n’a pas fini de nous surprendre avec ses déboires dans l’utilisation des données personnelles de ses utilisateurs. Le scandale de trop qui devrait interpeller le continent africain, celui de Cambridge Analytica.

Exploitation des données personnelles par Facebook et Cie : L’Afrique doit ériger une muraille juridique

C’est connu. En marketing « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » ou « Si vous êtes le produit, alors ce n’est pas gratuit ». C’est pareil avec Facebook, application gratuite disponible sur les plateformes de téléchargement mobile. S’est-on déjà demandé ce que le géant californien gagne en contrepartie et comment il arrive à brasser autant de milliards de dollars ? Le Big Data est une mine d’or pour les GAFA, entendez par là le quartetGoogle, Apple, Facebook, Amazon.

Par exemple Facebook se fait 4 milliards de dollars de profits grâce à l’exploitation des données de ses utilisateurs. Le récent scandale avec la start-up Cambridge Analytica qui a récupéré des données Facebook de dizaines de millions d’utilisateurs et celles de leurs amis grâce à un questionnaire est encore frais dans les mémoires. Même si Facebook s’est dit victime d’un partenaire indélicat, cela n’a pas empêché le Congrès américain de l’auditionner, hier mardi 11 avril. Alors que des sanctions se profilent à l’horizon en Europe et aux Etats-Unis, l’Afrique semble muette. Même si le scandale ne le concerne pas vraiment, le continent s’est-il déjà prononcé sur la question de la protection des données personnelles à part de demander à Facebook (Et là nous parlons de ces 12 pays) d’accéder à plus de données personnelles de leurs citoyens.

Peut-être bien que le continent africain dans sa partie francophone ne pèse pas assez lourd dans la bourse de Facebook, peut-être bien que les Etats n’en ont cure que les données des africains soient utilisées pour du business « illégal » ou peut-être bien qu’un Etat ne gagnera jamais une bataille judiciaire contre une multinationale. A force de rester muet et de se contenter des « Peut-être », nous risquons de ne pas nous réveiller. Les données des utilisateurs africains, qui banalisent généralement les conditions d’utilisation et les clauses de confidentialité, sont et seront récupérées à des fins mercantiles.

En 2004, le Burkina Faso est le premier pays d’Afrique francophone à disposer d’une loi sur la protection des données à caractère personnel, la loi N° 010-2004/AN. Cela fait du Burkina, un pays respecté sur la scène internationale. Les articles 46 à 55 de cette loi prévoient les sanctions pénales pour les contrevenants. Il s’agit entre autres de « ceux qui collectent des données par un moyen frauduleux, déloyal ou illicite » et « ceux qui conservent en mémoire informatisée sans l’accord exprès de l’intéressé, des données normatives qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales, ethniques ou les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou les appartenances syndicales ou les mœurs des personnes ».

Aujourd’hui, la loi est en relecture sans doute pour être plus répressive et tenir compte des évolutions rapides dans le domaine. Il faudra que les acteurs prennent en compte sérieusement l’utilisation massive des données des citoyens par les grands commerçants du Big data. Chaque Etat doit en tenir compte dans sa législation en mettant en avant l’intérêt général. Travailler en autarcie ne nous profitera pas ; l’Afrique doit constituer un front uni pour défendre ses intérêts. Certes, les Africains sont plus consommateurs que producteurs dans la chaine de l’économie numérique, mais ils doivent se préparer juridiquement à affronter les « Géants » lorsque leurs données personnelles sont vendues comme des cacahuètes au marché de Garango.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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