Mine artisanale de Nébia : Députés et orpailleurs échangent sur les risques de pollution d’eau

mercredi 11 avril 2018 à 00h35min

Une équipe du Réseau des parlementaires pour l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement du Burkina Faso (REPHA/BF), composée des députés Badiara Michel et Zongo/Yanogo Karidia, était ce mardi 10 avril 2018, dans le village de Nébia dans la commune rurale de Dassa (Province du Sanguié). Objectif : échanger avec les orpailleurs et les premiers responsables du village sur les risques de contamination des eaux par les produits toxiques (mercure, cyanure) dont la manipulation demande beaucoup de précautions.

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Mine artisanale de Nébia : Députés et orpailleurs échangent sur les risques de pollution d’eau

C’est un secret de polichinelle. L’orpaillage au Burkina Faso prend des proportions inquiétantes. Les fosses et galeries poussent comme des champignons, la ruée vers l’or n’est plus la seule affaire des hommes virils qui ont le goût du risque. Les femmes et les gamins s’y mettent. Ils côtoient au quotidien des produits toxiques polluants tels que le cyanure et le mercure. Ces produits, s’ils ne sont pas utilisés par des personnes averties et expérimentées, peuvent être mortels pour l’Homme et les animaux à travers la contamination des eaux souterraines et de surface.

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L’équipe du REPHA lors des échanges avec les orpailleurs

Pour le Réseau des parlementaires burkinabè pour l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement, les risques sanitaires et environnementaux sont imminents. Deux de ses membres, les députés Badiara Michel et Zongo/Yanogo, ont rencontré ce mardi 10 avril, des orpailleurs du village de Nébia, dans la commune de Dassa, pour échanger sur la question. Ils avaient à leurs côtés le directeur provincial de l’environnement du Sanguié, Sounkalo Coulibaly, et un représentant de la direction régionale de l’eau et de l’assainissement du Centre-ouest, Porgo Moumouni.

Le mercure utilisé lors de l’achat

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Les représentants provinciaux de l’environnement étaient de la partie

Au cours des échanges, les orpailleurs, y compris le CVD Badiel Karim, ont presque juré la main sur le cœur n’utiliser l’eau des forages que pour la consommation et non pour leurs activités. L’eau utilisée sur le site pour le traitement du minerai provient, à les en croire, des puits et des fosses de fortune mais pas des forages. Toujours selon leurs explications, au lavage du minerai, les petites particules d’or sont collectées à la main et le mercure qui coûterait 400 000 F CFA le litre, n’est utilisé par l’acheteur d’or que lorsque l’orpailleur se présente à lui.

Conscience des risques

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Visite de puits à grand diamètre taris à cause des activités des orpailleurs

Concernant l’existence de textes sur l’interdiction de l’utilisation des produits tels que le mercure et le cyanure, les exploitants disent en savoir quelque chose et confient, pour l’instant, n’avoir pas eu maille à partir avec la loi. Sauf, l’un d’eux qui a été contraint, en territoire malien, de payer des taxes à hauteur de 50 000 F CFA pour avoir eu du mercure en sa possession.

Les orpailleurs sont-ils conscients des risques que représente le mercure ? Oui, à en juger par les réponses des uns et des autres : maux de ventre, problèmes respiratoires, dommages au cerveau pouvant conduire à la mort. Sur la nocivité du mercure, le chef de terre dira aux députés avoir été témoin de la corrosion d’un récipient en aluminium par du mercure.

Cinq ans de vie pour un barrage

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Photo de famille

Après les échanges, l’équipe parlementaire a visité un forage réalisé dans le cadre d’un projet financé par l’UNICEF. Fermé pour raison de contamination à l’arsenic dont la teneur était très élevée, le forage a été remplacé par un autre, construit par la direction générale de l’eau potable, a indiqué M. Porgo Moumouni. La visite s’est poursuivie sur le site qui abritait le barrage de Nébia, construit en 2009 mais qui a cédé en 2015, selon le CVD. Les populations vivaient des jardins maraichers dont les « fossiles » sont toujours visibles. Les monticules de terre créés par les orpailleurs à la recherche d’eau sont épars tout autour des puits à grand diamètre complètement taris. La verdure a laissé la place à une monotonie que l’or n’arrive à dissiper.

C’est sur cette image de désolation que les députés ont pris congés de leurs hôtes. Les résultats de ces sorties à l’instar d’autres effectuées par les députés membres du réseau, seront comptabilisés. Ils permettront au REPHA/BF et ses partenaires d’interpeller les autorités compétentes pour qu’elles prennent en compte les réalités que vivent les populations avec l’utilisation incontrôlée des produits toxiques dans l’extraction de l’or.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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