Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

vendredi 6 avril 2018 à 01h03min

La Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain Burkina Faso (COPAGEN) était face à la presse, ce jeudi 5 avril 2018 à Ouagadougou, pour dire « non à la transformation du Burkina Fao en laboratoire d’expérimentation des Organismes génétiquement modifiés (OGM) ». Cette position, l’organisation l’a réaffirmée sur la question du coton et surtout celle des moustiques génétiquement modifiés, élevés à Bobo-Dioulasso dans le cadre d’un projet.

Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

Les OGM, un sujet qui divise aussi bien au sein de la recherche scientifique, des agriculteurs mais aussi des consommateurs. Au Burkina Faso, la question, qui semblait avoir été oubliée avec le retrait du géant Monsanto de la filière coton et le retour progressif au coton conventionnel, est à l’ordre du jour avec les récentes sorties médiatiques de paysans appelant de tous leurs vœux au retour du coton Bt. A la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain/Burkina Faso (COPAGEN), regroupement d’ONG, d’associations, de chercheurs et de journalistes, l’on pense que l’argument évoqué, et qui tient sur la baisse du niveau de la production au cours de la campagne écoulée, n’est pas fondé.

« La vérité des champs » à travers une étude

Face à la presse, ce jeudi, les conférenciers avec à leur tête, le point focal de la coalition au Burkina, Aline Zongo, ont rappelé que le Mali et la Côte d’Ivoire, respectivement premier et troisième producteur ouest-africain pour la campagne 2017-2018 ne produisent que du coton conventionnel. Convaincus que personne ne peut prétendre connaître la vérité d’un champ mieux que le paysan, la COPAGEN dit avoir présenté l’année dernière une étude sur les impacts sociaux-économiques du coton Bt intitulé « Le coton Bt et nous : la vérité de nos champs ». Selon Ibrahim Ouédraogo, personne ressource et membre du conseil d’administration régional de COPAGEN, cette étude, basée sur les constats de 203 producteurs dans leurs champs durant trois campagnes, a révélé que les semences génétiquement modifiées entraine une augmentation des coûts de production de 7% alors que les rendements, eux, baissent d’environ 7%.

Pays cobaye ?

Aline Zongo, point focal de la COPAGEN Burkina Faso

L’autre inquiétude partagée par la COPAGEN aux hommes et femmes de médias concerne le projet Target Malaria qui travaille « à la mise au point d’une nouvelle technologie de lutte anti-vectorielle contre l’anophèle afin de contribuer à réduire la population de moustiques et du même coup le fardeau du paludisme en Afrique ». A en croire les conférenciers, c’est dans le cadre de ce projet que le Burkina Faso a importé d’Italie, depuis le 2 novembre 2016, des œufs de moustiques génétiquement modifiés. Selon M. Ibrahim Ouédraogo, le Burkina Faso est le seul pays « cobaye » en Afrique à expérimenter cela. L’Ouganda et le Mali n’ont pas eu l’autorisation de le faire.

« Ces œufs ont été confinés depuis le 3 novembre 2016 dans un laboratoire de l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé dans à Bobo-Dioulasso, pour une activité d’élevage en vue d’atteindre le nombre de 10 000 moustiques mâles stériles génétiquement modifiés », a confié Mme Aline Zongo. Et d’ajouter que selon le chronogramme du projet, les moustiques seront lâchés (dont 20 femelles), entre juillet et novembre 2018, pour une expérience d’observation dans l’un des villages : Bana, Pala ou Sourkoudiguin, dans la commune de Bobo-Dioulasso.

Appel à l’Agence nationale de biosécurité

Ibrahim Ouédraogo, membre du conseil d’administration régional de la COPAGEN et personne ressource

Face à cette situation, la COPAGEN se pose certaines interrogations notamment sur la nature des conséquences qui surviendraient si une femelle génétiquement modifiée, malgré toutes les précautions, piquait un malade du paludisme et le transmettait à d’autres sujets au sein de la population. « Dans un pays qui est pauvre où il n’y a pas un budget qui est prévu dans le cadre de cette recherche-là pour faire face aux dommages qui seront causés à la population », note Ibrahim Ouédraogo, la coalition se pose des questions sur les dispositions prises pour gérer les risques de résistance, de mutation de ces moustiques. Des questions qui n’ont pas trouvé réponses au cours de la rencontre avec les responsables du projet Target Malaria.

Sans être trop sur radical, la COPAGEN demande à l’Agence nationale de Biosécurité de différer la date prévue pour lâcher les 10 000 moustiques afin de mener des recherches plus approfondies pour démontrer que le pays est dans une situation de risque zéro. A l’Etat burkinabè, la coalition demande de s’inscrire dans l’approche précaution tel que préconisé par le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques.

En attendant, la COPAGEN a indiqué qu’il est prévu dans les prochains jours, une autre rencontre avec les responsables du projet Target Malaria.

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 6 avril à 09:58, par Damos En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

    Je pense que la COPAGEN devait d’abord s’approcher des premiers responsables de cette étude pour plus de renseignement au lieu de se focaliser uniquement sur le terme MOUSTIQUES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIES

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  • Le 6 avril à 10:25, par DAVID En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

    Ah Burkinabè, qui a mangé ton cerveau ? Je suis sur que ces moustiques OGM feront plus de mal que de bien.

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  • Le 6 avril à 13:04, par arnold1 En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

    tant que le paludisme est chassé nous on s’en fou
    vivement la fin du paludisme !!!

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  • Le 6 avril à 13:15, par La PlumeIntelligente En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

    Une autre question mérite d’être posée : "Que se passerait-il si une femelle génétiquement modifiée s’accouple avec un mâle sauvage c’est-à-dire qui n’est pas un OGM ?
    Il faudrait d’abord qu’à toutes ces questions, on trouve réponse avant de tenter la première expérience selon le chronogramme du projet à savoir lâchés les moustiques (dont 20 femelles), entre juillet et novembre 2018, pour une expérience d’observation dans l’un des villages : Bana, Pala ou Sourkoudiguin, dans la commune de Bobo-Dioulasso.

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  • Le 6 avril à 16:28, par Burkinabé En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

    Haaaa !!!!!! l’intellectualisme burkinabé ; vous êtes vraiment déphasé dans l’évolution. Quelle est cette façon médiévale de comprendre les choses. Rassurez-vous, ce n’est pas de la politique CDP vs MPP. C’est de la science pure guidé par une conscience qui se mène. Au moins chercher en profondeur avant de réagir de la sorte

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    • Le 6 avril à 19:46, par Jacques En réponse à : Moustiques OGM au Burkina Faso : Les inquiétudes de la COPAGEN

      "Science sans conscience n’est que ruine de l’âme". Où est l’éthique dans ce projet ? Le Burkina est un vaste champ d’expérimentation des Monsanto et Bill Gates. Coton Bt : presque 50 milliards de perte sèche pour les sociétés cotonnières tandis que la majorité des producteurs n’ont rien gagné ! et, même perdu beaucoup d’argent !
      Ce projet coûte plusieurs dizaine de milliards de F CFA (pour 3 pays) avec de véritable risque ou incertitude, sans réponse à ce jour par ce projet Target Malaria. Avec cet argent, on peut largement assainir notre cadre de vie (eaux stagnantes, eaux usées déversées n’importe où, dépôt d’ordures, etc. qui sont de vraies niches multiplicateurs de moustiques. Si j’étais méchant, je dirais que nous sommes les champions du monde pour élever et multiplier les moustiques vecteurs. Assainissons notre cadre de vie et environnement, nous aurons éliminer 90% voire 99% des moustiques vecteurs du paludisme. Votre évolution c’est quoi ? des moustiques transgéniques alors que vous dormez à côté d’immondices ! Soyez sérieux !

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