De Maizières-lès-Vic à Ouagadougou : Sur les traces de Nicolas, un jeune français éleveur de porcs

LEFASO.NET | Herman Frédéric Bassolé • lundi 19 mars 2018 à 00h56min

Loin de Maizières-lès-Vic, son village natal, situé près de la ville de Nancy, Nicolas, 30 ans, vit sa passion à Ouagadougou. Installé depuis 2011 à Kossodo, à la périphérie sud de la capitale burkinabè, ce jeune français, titulaire d’une licence en Biologie, pratique l’élevage de porcs, l’aviculture et la culture maraichère dans sa ferme loin des caméras. Portrait !

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De Maizières-lès-Vic à Ouagadougou : Sur les traces de Nicolas, un jeune français éleveur de porcs

Poussière, piste tortueuse et canicule. Il faut être solitaire pour s’isoler, à une demi-heure de route de Ouagadougou, dans un paysage monotone, loin de l’électricité et de l’eau courante. Malgré la forte chaleur qui a transformé le sol en grille-pain géant, en ce mois de février, nous voici en route pour la ferme de Nicolas. Les grands pylônes électriques nous servent de GPS jusqu’à cet atelier de mécanique en bordure d’une route érodée, qui visiblement a subi les frais de la ruée des agrégats en saison pluvieuse. Une halte et nous passons un appel pour donner notre position. A l’autre bout du fil, Nicolas. A peine avons-nous raccroché que le jeune homme vint nous conduire dans son QG, chevauchant sur une moto grosse cylindrée.

Les légumes pour sa propre consommation

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Bâtie sur un terrain de trois hectares, la ferme est située à Kossodo à la périphérie Sud de Ouagadougou

D’une superficie de trois (3) hectares, le terrain est à moitié exploité pour l’élevage des porcs (une truie pouvant atteindre 250 kg), des canards, des oies, des poules, des cailles, des pintades, des paons, des dindons, des pigeons, des lapins, ainsi que pour la culture d’aubergines, de poivrons, de tomates, de piment, de carottes, et de patates. Si certains animaux comme les porcs et les canards sont vendus par moments par le jeune fermier, les produits maraichers, quant à eux, sont utilisés pour sa propre consommation. « J’aime tout, je mange tout. Le tô à la sauce oseille passe facilement mais pas les sauces gluantes. Je ne mange que la viande issue de ma ferme. Jamais de viande dehors », explique le jeune français, qui raconte également avoir consommé de la viande de boa, tué dans l’enclos des oies, ces oiseaux réputés agressifs quand il s’agit de protéger leurs territoires.

Une absence de sept ans

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C’est l’heure du repos pour ces truies dont le poids varie entre 200 et 250 kg

De Maizières-lès-Vic à Ouagadougou. C’est quoi l’histoire ? Titulaire d’une licence de Biologie, Nicolas, qui rêvait depuis tout petit de devenir vétérinaire, séjourne pour la première fois au Burkina en 2007 dans le cadre des activités de l’association « Terre de plume ». Il y passe près de trois semaines avant de retourner en France. Le devoir le rappelle une deuxième fois au pays des Hommes intègres en 2011. Cette fois, il décide de rester pour lancer son projet de ferme agricole dont le démarrage nécessitait la réalisation d’un forage et d’une pompe. Mais, faute de moyens, il retourne dans son pays pour un boulot de six mois, histoire de se faire de petites économies avant de revenir à Ouagadougou. Et depuis 2011, il n’est plus retourné auprès des siens « J’aime bien le climat ici. J’aime quand il fait chaud », nous lance-t-il avec un brin de sourire.

Un soutien de taille de son village

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La case qui sert d’habitation à Nicolas en attendant...

Nicolas bénéficie du soutien de ses parents, qui lui rendent régulièrement visite à Ouagadougou. Les habitants de son village ont même créé une petite association, Rafiki, pour l’aider à développer son projet qui n’était qu’agricole au démarrage. Cet appui a été une véritable bouffée d’oxygène pour le jeune fermier, lorsque les plants de tomates et courgettes subissaient des attaques d’insectes. Vu le débit (2m3 d’eau) de son forage, insuffisant pour développer la culture maraichère, Nicolas se lance en 2015 dans l’élevage de porcs, après avoir suivi une formation auprès de son voisin, un compatriote français. Il décide d’en faire son activité principale à côté de l’élevage des lapins et de la volaille. « Contrairement à ce qui se fait, j’élève les porcs en plein air, dans de vastes enclos. Ils sont en semi-liberté. J’essaie de tout élever de façon bio, loin des petites cages », explique-t-il. Et de poursuivre que sa ferme est un cas d’école pour de jeunes fermiers qui viennent s’y former ou acheter un couple ou des porcins pour développer leur activité.

En quête d’un deuxième forage

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L’achèvement de la future maison

Nicolas a des projets. Il ambitionne s’investir davantage dans le développement des volailles d’ornement et réaliser un autre forage pour développer le maraichage, toute chose qui permettra d’améliorer les revenus de ses quatre employés. D’ailleurs, c’est au contact de ceux-là qu’il a réussi à dompter sa timidité même si c’est difficilement qu’il a répondu à nos questions, le regard ailleurs. « J’étais très réservé en France et même ici, j’avais beaucoup de mal à aller vers les gens. Mais depuis lors, je me suis amélioré », relate-t-il. Et même s’il rassure n’avoir pas de problème avec ses voisins, Nicolas déplore le fait que certains laissent leurs animaux domestiques tels que les porcs et les chèvres divaguer et envahir sa ferme, pourtant clôturée avec du barbelé.

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Une vue des canards et poulets de la ferme

Nicolas, est-il un homme riche ? A cette question, le jeune français répond par la négative, toujours avec ce sourire mystérieux, lancé en direction de sa case alimentée en énergie solaire. C’est là qu’il passe ses nuits en attendant d’achever sa maisonnette qu’il construit seul depuis septembre 2017. Pense-t-il un jour retourner en France avec sa compagne burkinabè ? La question reste posée et ce n’est pas l’envie qui lui manque. « J’ignore encore pourquoi je n’ai pas fui d’ici, ironise-t-il. Tous les jours j’y pense mais je suis là ».

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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