Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

Ceci est une contribution de Daouda OUEDRAOGO, Doctorant en droit, université de Bordeaux • vendredi 9 mars 2018 à 01h10min

Depuis quelques mois, notre pays et sa capitale en particulier sont devenus le théâtre d’attaques terroristes, toutes plus meurtrières les unes que les autres. Les dernières en date, celles survenues le vendredi 2 mars 2018 viennent donc s’ajouter à une série aussi longue qu’insoutenable.

Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

Plus qu’un problème conjoncturel, le terrorisme semble désormais vouloir s’installer durablement dans notre pays au point que l’heure n’a jamais paru aussi grave. Mais la singularité des dernières attaques par rapport à celles perpétrées le 15 janvier 2016 et le 13 août 2017 ne tient ni à sa violence, ni même au nombre de victimes, 8 morts militaires, 8 morts de trop. Elle tient à son mode opératoire, les assaillants se seraient fait passer pour des soldats burkinabè, et surtout à sa cible, l’Etat-Major Général des Armées. Il semble d’ailleurs que l’objectif des assaillants était de « décapiter » le haut commandement militaire de notre pays supposé être en réunion à ce moment-là.

Il ressort de ceci le constat suivant : on n’a plus affaire à un terrorisme d’opportunité qui s’attaque à des civils tranquillement attablés dans un bar ou dans un restaurant ; on a désormais affaire à un terrorisme sophistiqué qui en s’attaquant aux institutions et aux symboles de l’Etat ne cherche rien d’autres qu’à le déstabiliser, voire à l’anéantir. Face à une perspective aussi sombre, on ne peut plus se contenter de simples incantations, pas plus qu’on ne se saurait se résoudre à des prières œcuméniques, fussent-elles nécessaires. On doit agir, collectivement, rapidement et de la manière la plus judicieuse. J’en appelle ici, solennellement au chef de l’Etat et à son gouvernement afin qu’ils prennent toutes les mesures promptes à enrayer cette menace.

À tort ou à raison, certains ont qualifié les attaques terroristes du 2 mars d’actes de guerre. Cette qualification me parait un peu excessive même si bien évidemment, je ne perds pas de vue l’idée qu’elle sous-tend. A supposer que nous soyons effectivement en guerre contre le terrorisme, cela nécessiterait donc que l’on consente à un effort de guerre pour remporter la victoire. Cet effort ne peut se résumer à des déclarations d’intention, ni même aux traditionnels appels à l’unité nationale, toujours importants mais jamais suffisants. L’effort de guerre suppose que l’Etat mette tous les moyens nécessaires dans la lutte. En clair, qu’il accorde des moyens supplémentaires à nos FDS dont la bravoure seule ne peut à l’évidence venir à bout d’un ennemi dont la détermination et la perfidie nous laisse chaque fois dans un état de sidération.

Mais aussi volontaire soit-il, le gouvernement seul ne peut assumer cet effort de guerre. Il a besoin du concours de tout le peuple, des commerçants, des artisans, des travailleurs aussi bien du privé que du public. Ces derniers pourraient par exemple, le temps que la situation s’apaise, observer une trêve sociale, de sorte que les fonds qui auraient éventuellement servi à satisfaire leurs revendications bien souvent plus corporatistes que sociales, avouons-le, servent sous le contrôle de l’ASCE-LC à acheter de nouveaux équipements au profit de nos FDS qui travaillent dans des conditions déjà peu enviables, à motiver financièrement ceux d’entre-deux qui sont en mission en zones difficile et d’une manière générale à améliorer tout le dispositif de renseignement, de défense et de sécurité dont l’indigence a été mise à nu par les attaques du 2 mars. Fort de cela, il est urgent que les partenaires sociaux et autres organisations syndicales reviennent à la raison, qu’ils fassent preuve de responsabilité dans un contexte très difficile. L’histoire des grandes nations nous enseigne en effet que la construction d’un Etat libre, sûr, prospère et démocratique suppose des sacrifices que chacun doit assumer à concurrence de ses responsabilités.

La vérité n’est pas toujours bonne à dire, ni à entendre d’ailleurs mais le peuple ne comprendrait pas que pendant que sa liberté et à sa sécurité sont mises à rude épreuve, certains pour des intérêts qui ne sont pas toujours légitimes refusent de participer à l’effort de guerre, que dis-je à l’effort de solidarité que la gravité de la situation exige de nous.

Mais si la lutte contre le terrorisme nécessite un réarmement mental et matériel, il serait illusoire de penser que cela suffise. La réponse à la crise sécuritaire ne peut pas qu’être sécuritaire. Elle doit aussi et surtout être sociale, économique et peut-être même philosophique. On doit l’admettre, ces terroristes aussi barbares soient-ils, sont des nôtres et leur barbarie ne peut pas nous être étrangère. Dans le cas spécifique de notre pays, c’est la pauvreté, le sentiment d’abandon, l’obscurantisme et le manque de perspective qui ont constitué le lit sur lequel est né et a prospéré le terrorisme. Tout ceci ne justifie certainement pas toute la barbarie dont nous avons été encore victimes mais peut contribuer à expliquer comment des jeunes gens qui pourraient être pour certains des frères pour d’autres des enfants s’abandonnent à une idéologie qui sème mort et désolation sur son passage.

C’est là l’occasion pour moi de mettre l’Etat devant ses responsabilités. Il ne doit plus et ne peut plus se défausser car cette crise sécuritaire est aussi la conséquence de sa faiblesse et de son absence un peu partout sur le territoire national mais surtout dans le Nord du pays, situation qui a fait prospérer des idéologies antinationales. Rapidement et sans aucun préjudice pour les autres régions, l’Etat doit donc réinvestir la région du Nord avec plus d’écoles, plus de dispensaires, davantage de projets de développement qui redonnent à ses habitants la fierté d’être burkinabè. Le Programme d’urgence du Sahel d’un montant de 154,9 milliards de F CFA pour l’année 2018 semble avoir compris cette nécessité. Il reste à espérer que sa gestion soit saine et que sa mise en œuvre apporte des réponses efficaces aux problèmes des populations concernées, car c’est seulement de cette manière que l’on pourra tarir la source du terrorisme.

Daouda OUEDRAOGO
Doctorant en droit, université de Bordeaux

Vos commentaires

  • Le 9 mars à 02:14, par Tendancieux En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Monsieur Ouedraogo.
    Votre opinion est très tendancieuse.

    D’abord quelques bémols : "Les terroristes se seraient faits passer pour des burkinabè ". Si vous avez suivi la conférence de presse du parquet du procureur du Faso animée en date 06 mars 2018 il était clairement ressorti que les assaillants n’étaient pas en tenu militaire burkinabè. Mais par contre il serait possible qu’il y ait eu des complicités burkinabè. Avec votre opinion On voit aussi que vous vous alignez derrière ce qu’ont dit les médias françaises.

    Ensuite : vous récriminez ceux qui qualifient l’attaque de 2 mars 2018, d’acte de guerre que vous trouvez un peu excessif et que vous tenez à relativiser. Elle est tendancieuse votre point de vue. Les arguments c’est vous même qui l’apporter , pourquoi ? Un peu plus haut, Vous avez fait un constat que "on n’a plus affaire à un terrorisme d’opportunité qui s’attaque à des civils tranquillement attablés dans un bar ou dans un restaurant ; on a désormais affaire à un terrorisme sophistiqué qui en s’attaquant aux institutions et aux symboles de l’Etat ne cherche rien d’autre qu’à le déstabiliser et voir même l’anéantir". De plus votre "désormais" n’est pas correct et ce n’est pas la première fois que les terroristes s’en prennent aux institutions et aux symboles de l’Etat. Combien de fois les postes de police de gendarmerie et d’école ont été déjà attaqués dans le Sahel ? A l’Est ? A l’ouest ? Existe - elle une meilleure déclaration de guerre contre l’Etat du Burkina Faso autre que cela ? Je trouve donc très tendancieuse votre opinion.

    Enfin : l’effort de guerre qui vous demandez ne dois pas être unilatéral mais plutôt trilatéral : à commencer d’abord par le président et ses ministres ensuite les responsables d’institutions et enfin les travailleurs. Si vous voulez être impartial vous devez traiter tout le monde avec respect.

    Cordialement

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  • Le 9 mars à 06:42, par brakibra En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Cher Ouedraogo,

    "C’est là l’occasion pour moi de mettre l’Etat devant ses responsabilités. Il ne doit plus et ne peut plus se défausser car cette crise sécuritaire est aussi la conséquence de sa faiblesse et de son absence un peu partout sur le territoire national mais surtout dans le Nord du pays, situation qui a fait prospérer des idéologies antinationales.........

    Tu as tout gaché. Fallait arreter ton develloppement avant ce paragraphe.

    Quand on a rien à dire on se tait. Quand on connait pas on demande. Tu maitrise la géographie du pays ? Bien que tu sois OUEDRAOGO, je me demande si tu connais le Nord du Burkina. Une petite révision s’impose. Faudra venir pendant les vacances, ça peut aider.

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  • Le 9 mars à 10:47, par Thinkxtra En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Votre analyse Mr Ouedraogo n’apporte rien de concret comme solution. Pour moi, la solution est simple. On cartographie les ilôts de fanatiques à l’echelle nationale (si ce n’est deja fait !), on lance des opérations coups de point comme c’était le cas il y a quelques temps et surtout on assume en affrontant la communauté internationale et ses prétendus sbires sur les questions des droits. La paix et la sécurité à un prix et il faut l’assumer. Bien entendu certains de ces fanatiques sont nos frères ou soeurs, mais il faut savoir opérér des choix et arracher la mauvaise herbes des champs.

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  • Le 9 mars à 10:57, par Ka En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Les analyses des personnes irresponsables qui ne connaissent pas les fonds des sujets qu’ils veulent intervenir doivent être bien analysés avant de nous les vomir. Surtout sur le terrorisme, ’’’un sujet qui demande des réflexions mûries avant de s’aventurer pour mettre en danger un peuple déjà meurtri et reste des chairs à canon de ces diables d’une nouvelle génération sans pitié.’’’ Qu’il soit un homme politique de haut rang, ou un futur juriste, ‘’’’quand on est un intellectuel honnête et respectueux, on s’abstient de parler n’importe quoi ou d’écrire sur des sujets où on est incompétent.’’’ Cette analyse est dans le virtuel et mal pensée. Venez sur place, et vous verrez le réel.

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    • Le 9 mars à 18:06, par Yako En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

      Quelle intolérance.Un langage ordurier digne d’un terroriste du web.En effet,Mr Ouedraogo a produit une analyse sur la situation de son pays c’est un droit.D’où viennent donc ces injures ? Un peu du respect pour les autres car votre vérité à vous Mr Ka ne descend pas du mont des oliviers.Apprenez à relativiser vos jugements,vous n’êtes pas le seul à avoir le monopole du terrorisme verbal.
      Fraternellement. Yako.Citoyen Burkinabe depuis 1000 ans

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      • Le 9 mars à 19:56, par Ka En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

        Yako : rappelle-toi la dernière fois que je t’ai dit que toutes tes critiques stériles à mon égard ne méritent aucune auto critique de ma part. Je t’ai bien dit de profiter ton exile doré en France et laisser les Burkinabé meurtri par vos crimes de se débrouiller pour s’en sortir. Tu n’as pas honte de pointer ton nez après avoir vu les excès de ton mentor Blaise Compaoré qui se venge sur son propre peuple qui lui a tout donné ? Envoyer ses amis Djihadistes tuer nos pauvres enfants est inhumain, et vous deviez le raisonner au lieu de fermer les yeux.

        Malheureusement je te comprends, car le constat est clair : ‘’’Vous aviez pris la fâcheuse habitude de violer le droit et les valeurs fondamentales de notre société. Cette situation a conduit à la banalisation du mal, à la déresponsabilisation, à la criminalité politique, à l’impunité et la déliquescence des mœurs.’’’’ Depuis l’insurrection tu es venus sur le forum pour soutenir l’insoutenable avec arrogance pour faire plaisir a ton mentor introverti, mais sache qu’on récolte ce qu’on sème dans ce bas monde. Quand a ma vérité sur mes critiques fondées sur des argumentation solides, elle rougit les yeux mais les crèves pas.

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    • Le 9 mars à 22:54, par Ko En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

      Monsieur Ouédraogo a au moins le mérite d’exprimer ses opinions à visage découvert. De ce point de vue, il est plus utile que tous ceux qui comme vous et moi, avancent masqués, pour des raisons qui leur appartiennent..
      Félicitations, Monsieur Ouédraogo

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  • Le 9 mars à 11:17, par Thinkxtra En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Votre analyse Mr Ouedraogo n’apporte rien de concret comme solution. Pour moi, la solution est simple. On cartographie les ilôts de fanatiques à l’echelle nationale (si ce n’est deja fait !), on lance des opérations coups de point comme c’était le cas il y a quelques temps et surtout on assume en affrontant la communauté internationale et ses prétendus sbires sur les questions des droits. La paix et la sécurité à un prix et il faut l’assumer. Bien entendu certains de ces fanatiques sont nos frères ou soeurs, mais il faut savoir opérér des choix et arracher la mauvaise herbes des champs.

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  • Le 9 mars à 13:10, par TANGA En réponse à : Lutte contre le terrorisme : une responsabilité étatique certes mais une responsabilité fondamentalement collective et citoyenne

    Je suis d’accord avec vous jusque là où vous parlez de droit.
    Un bandit n’a pas de droit !
    Quel pays a négocier et avec qui pour aller taper sur les bandits ? Des pays même ont inventé des alibis pour détruire d’autres pour le pétrole. (USA et ANGLETERRE pour l’IRAK, FRANCE pour la LIBYE) et personne n’a dit mot.
    Nous ne négocions pas. SI les français veulent s’interposer comme ils le font au Mali, alors ils s’exposent (leurs soldats sur les front et leurs civils vivant chez nous).
    Mieux des bandits peuvent s’entretuer et puis il n’y a rien. Suivez mon regard.

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