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Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • LEFASO.NET | Milaine Tiendrebeogo (Stagiaire) • vendredi 23 février 2018 à 17h42min
Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

Afin de lutter contre l’impact des pesticides en agriculture, l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE), en partenariat avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), a initié une étude dans le cadre du Programme 3E « Eau, Energie et Environnement ».. Financée par la direction de la Coopération Suisse, cette étude a principalement pour objectif de caractériser l’étendue de la contamination par les pesticides dans les zones maraîchères au Burkina Faso afin d’évaluer l’impact qui en découle sur l’environnement et la santé humaine. Les résultats de ladite étude qui s’est étalée sur cinq ans ont été présentés au cours d’un atelier, le jeudi 22 février 2018, à Kaya.

Comment permettre le développement harmonieux de l’agriculture, principale source de revenus pour les populations, tout en luttant contre l’insécurité alimentaire au Burkina Faso ? Pour apporter des réponses à cette question, le programme 3E « Eau, Energie et Environnement » a, depuis 2013, initié une étude sur l’impact des pesticides utilisés en agriculture maraîchère sur les retenues d’eau. Selon le Professeur Yacouba Konaté, enseignant chercheur à l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE), l’idée de réaliser une étude sur l’impact des pesticides vient d’une remarque faite sur l’utilisation abusive des pesticides dans l’agriculture maraîchère. Et pour lui, cette utilisation entraine des problèmes sanitaires néfastes sur l’homme et l’environnement. Conséquences que la majorité des hommes ignorent, selon lui. Face à cette situation, le programme 3E s’est donné pour mission de lutter contre ces impacts.

Vue d’ensemble des participants à l’atelier

L’étude qu’elle a menée a porté principalement sur cinq retenues d’eau qui sont le lac Bam, le lac Dem, le bassin du Nariaré, le barrage de Ziga et le barrage de Loumbila. Elle a également été réalisée sur plusieurs axes de recherches dont la caractérisation des pratiques agricoles et la sélection des substances cibles, l’évaluation de la contamination par les pesticides dans les matrices environnementales (eau, sols et sédiments), l’évaluation de l’exposition aux pesticides : les cheveux, l’évaluation des risques alimentaires, etc.

Résultats

Naaba Tigré Pickou, Parrain de la cérémonie

Des méthodes d’analyse multi résidu ont été développées et validées pour ce qui concerne l’analyse de l’eau, des sols et des sédiments. Au niveau de l’analyse des cheveux, l’étude a permis d’adapter une méthode utilisée pour l’analyse des pesticides dans les légumes pour effectuer une analyse de cheveux. Ainsi, sur une période de quatre ans, les données récoltées à l’aide de l’échantillon ponctuel et de capteurs passifs ont montré une variation saisonnière des concentrations de pesticides dans les eaux de surface des différents sites qui ont été étudiées. En effet, selon Yacouba Konaté, au cours de la saison sèche, les rares pics de pollution observés provenaient entre autres de l’utilisation des pesticides dans le maraichage.

Egalement, au cours de cette recherche, les chercheurs ont noté une contamination des eaux, plus fréquentes en saison pluvieuse et des substances détectées parmi lesquelles des pesticides organochlorés bannis. Ainsi, vingt-trois pesticides ont été détectés dans les sources d’eau potable. Un autre résultat important obtenu au cours de l’étude, c’est la contamination des eaux qui présentait un grand risque pour la survie des poissons, des cladocères et des invertébrés benthiques durant la saison sèche. L’étude a montré que 30% des échantillons d’eau des puits qui ont été soumis aux analyses sont impropres à la consommation.

Au niveau de la production maraîchère, il est ressorti que 36% de la centaine de légumes analysés par les chercheurs présentaient un taux de pesticides au-dessus des limites maximales résiduelles internationales. Les chercheurs ont également relevé durant cette étude une enquête sur les pratiques agricoles auprès de 540 maraîchers actifs sur les sites étudiés. On note essentiellement le manque criard d’équipement en protection individuelle. En effet selon les chercheurs, les maraîchers ne portent pas des tenues adaptées aux traitements des cultures.

Recommandations

Un participant recevant une attestation de reconnaissance

A l’issue de ces résultats obtenus durant ces recherches, des recommandations ont été faites au cours du présent atelier à l’endroit des producteurs. Selon le Professeur Yacouba Konaté, enseignant chercheur à 2iE et coordonnateur de la recherche sur l’impact des pesticides sur l’agriculture maraîchère. Elles concernent :
• La protection des ressources en eau à travers la couverture des puits et le lavage de l’équipement ;
• Le traitement des champs très tôt le matin ;
• Le port de vêtements en coton et de gants résistant aux produits chimiques ainsi que de chapeaux lavables ;
• Le port des équipements de protection individuelle en se rendant dans les champs.
Une initiative bien appréciée

Les participants à cet atelier ont salué l’initiative du programme 3E. « Les études qu’on recevra du Lac Dem pourraient servir à protéger les autres étendues d’eau. Je crois que si les riverains prennent conscience en respectant les conditions qui seront dites au cours de cet atelier, nous restaurerons l’eau et aussi nous mettrons fin à l’ensablement du lac pour le bonheur de la population » a laissé entendre Naaba Tigré de Pickou, parrain de cet atelier.

Comme doléances, Boureima Ouédraogo, cultivateur et éleveur, a émis le souhait d’avoir une boutique de vente de pesticides dans les normes pour que tous les travailleurs du Lac Dem puissent s’en procurer sans aucun risque ».
Au terme de cet atelier, des attestations de reconnaissance ont été remises à tous ceux qui ont contribué à l’atteinte des résultats de l’étude sur l’impact des pesticides utilisés en agriculture maraichère sur les retenues d’eau.

Milaine Tiendrebeogo (Stagiaire)
Le faso.net

Vos commentaires

  • Le 23 février 2018 à 23:23, par Schuber En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    Bel article oh combien révélateur de pollutions ignorées des villageois.Bravo à la journaliste pour la concision et l’intérêt de l’article

    Répondre à ce message

  • Le 25 février 2018 à 05:08, par C’est bien. En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    C’est un excellent travail. Ou est ce que les résultats disponibles ?

    Répondre à ce message

  • Le 25 février 2018 à 08:06, par abdoul En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    Etude très interessante et impliquant les vrais acteurs cest a dire les maraichers eux meme. Cependant, il faut aussi pensez au barrage de Ziga qui est utilisé pour la ville de Ouaga. Felicitation aux chercheurs de pour ces études tres pratiques qui fournissent des données qui permettent de mieux orienter les actions pour une durabilité l.activité de maraichage.

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  • Le 25 février 2018 à 08:32, par Zemosse En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    Étude très utile, mais incomplète car, qu’en est-il de l’impact de ces pesticides sur la santé des consommateurs (hommes, animaux) ? La finalité de l’étude est là, sinon, elle ne sert à rien. Pour que les maraîchers se convainquent de la dangerosité des pesticides, il faut qu’on leur explique avec des preuves à l’appui, les troubles métaboliques graves provoqués par certains pesticides. Des chercheurs de l’UO JKZ ont mis’en évidence l’intérêt dans l’utilisation des pesticides biologiques (extraits végétaux ). J’invite les initiateurs du projet à entrer en contact avec ces chercheurs à l’UFR/SVT. Le problème des pesticides est mondial ;
    la France vient de révéler que la majorités de ses fruits et légumes sont affectés par les pesticides et des mesures sont prises pour y remédier .

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    • Le 25 février 2018 à 16:15, par participant En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

      J’ai pris part à cet atelier de restitution sur l’impact des pesticides a agriculture maraîchères. Je remercie vivement les initiateurs de l’Institut 2iE pour la qualité des résultats présentés intégrant l’inventaire des pesticides utilisés dans les sites maraîchers, la quantification des concentrations dans les eaux , les sols, les sédiments et les impacts sur la santé. J’ai été très édifié par les résultats des tests de toxicités démontrées sur les marqueurs biologiques (poissons, amphibiens....) et les crustacés. Merci aux chercheurs de 2iE pour cette belle étude visant à aider les maraichers et les consommateurs que nous sommes à prendre conscience des dangers des pesticides ! Tout simplement félicitations !!!!!

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  • Le 25 février 2018 à 13:02, par clara En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    Article interessant et un bon rendu du journaliste. En reponse au commentaire precedant, je crois bien que l.article a parlé des effets sur les organismes vivants . Comment avoir acces aux resultats ? Y a t.il des publications ?

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  • Le 27 février 2018 à 12:41, par Véronique En réponse à : Utilisation des pesticides en agriculture : Le Programme 3E Eau prône une culture maraîchère saine

    Merci pour cet article. Je suis contente que ça avance sur le terrain de la connaissance des impacts des pesticides et que ça implique les maraichers pour une meilleure prise de conscience. Je travaille en France dans l’animation autour des cours d’eau et des captages pour diminuer les pollutions agricoles (notamment). Notre animation à la française sur l’eau pour inciter aux bonnes pratiques agricoles, est lente et très coûteuse car il n’y a pas d’interdiction. Il faut inciter, convaincre, dédommager, avec de nombreux acteurs. Ca prend des années et le résultat en terme de diminution des pesticides est mitigé. Ca augmente encore dans bien des endroits ! Une fois que le problème est identifié et reconnu, autour des lacs ou des captages, il faut du courage politique pour prendre des mesures, comme interdire les pesticides/engrais dans des périmètres définis et accompagner les producteurs dans des solutions alternatives. Bon courage.

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