Olympe BHÊLY-QUENUM rend hommage à Idrissa Ouédraogo

vendredi 23 février 2018 à 17h58min

Dans ce témoignage, l’écrivain béninois, Olympe BHÊLY-QUENUM, auteur de plusieurs classiques de la littérature africaine comme "Un piège sans fin", rend hommage au réalisateur Idrissa Ouédraogo, décédé le 18 février 2018.

Olympe BHÊLY-QUENUM rend hommage à Idrissa Ouédraogo

1991 ou 1992. Sembene Ousmane en me téléphonant demande si je connais Idrissa Ouédraogo ; sans attendre ma réponse, il déclare : « toi qui es si Grec, tu devrais voir Tilaï. »

À son habitude énigmatique quand il taquinait, sans en expliquer le motif il ajouta : « un de tes romans est qualifié de tragédie grecque en Afrique, tu devrais connaître Idrissa… »

Des années plus tard, chez un disquaire du 15ème arrondissement de Paris, j’ai trouvé Tilaï en DVD et cinq DVD des films de Sembene Ousmane.

Tilaï ? Beauté, splendeur, force poignante dans la profondeur des choses d’Afrique ? Ici, Idrissa Ouédraogou bat les cartes et abat son jeu comme dans une tragédie grecque ! mais j’avais l’impression qu’il n’aurait pas fait autrement n’importe où au monde ; l’Afrique apporte quelque chose de grandiose dans ce film ; mais à la fin du DVD m’étaient venus à l’esprit deux récits de l’Ancien Testament :
Ruben incestueux en faisant l’amour avec Bala, concubine de Jacob, son père ; plus tragique : les relations sexuelles du roi David avec Bethsabée ! « C’était monnaie courante dans des grands royaumes d’Afrique » me dit Hampate Bâ. Le sublime dans le cas du roi des Hébreux est la création du psaume 51 (Miserere) ; Mozart nous ramène dans Davidde penitente (K 469).

J’aurais aimé connaître le magnifique artiste qu’était Idrissa OUEDRAOGO comme l’avait souhaité Ousmane mais il s’en est allé…plus jeune. Mes profondes condoléances à sa famille. Ses DVD de ses productions seront nombreux dans ma discothèque.

2017. J’ai découvert un article intitulé Portraits de producteurs d’Afrique subsaharienne francophone et il y avait sa photo. « Tiens ! c’est lui ? » m’étais-je dit et enregistrai le texte.

Président de la République française, Emmanuel MACRON déclarait à Ouagadoudou : « Les pionniers du cinéma africain de Paulin SOUMANOU VIEYRA à Ousmane SEMBENE se sont battus pour faire émerger la voix d’une Afrique indépendante, libre de porter son propre regard sur elle-même et nous devons continuer d’avoir une culture, une volonté de porter justement ce regard libre. La France en conserve précieusement la trace au sein de la cinémathèque Afrique qui rassemble près de 1.700 films coproduits par la France dans plus de 30 pays. Cette mémoire de l’Afrique et de son cinéma je veux la mettre à la disposition à la fois de la jeunesse africaine et de la jeunesse française, ce sera un des grands objectifs de cette Saison des cultures africaines. »

Idrissa OUEDRAOGO, solide homme de culture et rocher du cinéma africain n’existe pas dans ce texte ; inculture ou ostracisme, les scribes de l’Elysée auront récidivé les cas du sommet de la Francophonie en 1995 au Bénin et plus tard, en 2004 à Ouagadougou1 Un rituel ?

Olympe BHÊLY-QUENUM

1.Au pays dit « Quartier latin de l’ex-AOF, Jacques Chira n’avait mentionné aucun écrivain de la terre natale du roi Béhanzin, bien qu’il y eût Paul Hazoumè, auteur du célèbre roman historique Doguicimi, Conseiller ou sénateur de l’Union française. Rapporteur du transfert au Panthéon des cendres Félix EBOUE et de Victor Schoelcher en 1949 ; le discours de Chirac oublia aussi Maximilien Quenum, professeur de philosophie, sénateur, auteur de « Au pays des Fons ». Au sommet de la Francophonie à Ouagadougou, aucun ouvrage de Joseph Ki- Zerbo, ni ceux de Monique Ilboudo, alors ministre, n’étaient dans les Bibliobus.

Messages

  • Olympe BHÊLY-QUENUM, ce nom me rappelle "Un piège sans fin". Je me souviens comme si c’était hier, le texte de notre dictée à l’école primaire. Même si à l’époque, tout petit, je ne comprenais pas grand-chose, la profondeur et la qualité du texte m’ont marqué. A présent que je suis devenu mature, je me ferai le devoir d’acheter ce roman pour le lire à tête reposée et savourer à nouveau les talents de ce génie de l’écriture.
    Merci pour le bel hommage que vous avez rendu à Idrissa Ouédraogo, une autre légende de l’Afrique.

    • A lire votre message, on sait que vous avez usé votre culotte sur les table-banc de la bonne école. Aucune faute, même les accents sont à leur place. Mon regret, c’est que de la volonté de l’Occident et de par la complicité d’africains avides et fainéants, vous et nous-autres appartenons à une race en perdition héritage compris.
      Oh, jeunesse contemporaine,
      - ouvre tes oreilles,
      - ouvre tes yeux,
      et prends pitié de ce que tu perds
      et par un baroud d’honneur vole, va et nous venge !

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