Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

lundi 22 janvier 2018 à 01h08min

Depuis que les autorités de notre pays ont pris tardivement conscience de la nécessité de réformer notre système éducatif, on assiste à la montée de réflexions ou de pensées erronées de nature à dénigrer l’enseignement général au profit de l’autre pendant de l’enseignement qu’est l’enseignement technique.

Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

.En effet, dans leur quête souvent irréfléchie de solutions pour lutter contre le chômage, nos gouvernants se sont transformés en zélateurs de l’enseignement technique et de la formation professionnelle et font une apologie aveugle de ceux-ci dans les politiques publiques. De nos jours lorsqu’on aborde la question de l’emploi des jeunes avec nos gouvernants, ils n’hésitent pas à crier sur tous les toits qu’il faut apprendre à nos jeunes à faire quelque chose avec leurs dix doigts, à créer des entreprises, à ne plus compter sur l’Etat, à ne pas vouloir tous travailler dans la fonction publique etc. Tout ceci pour dire qu’il est temps de privilégier l’enseignement technique et c’est la raison pour laquelle, la création de lycées professionnels est devenue subitement l’une des priorités du gouvernement qui en fait la promotion à travers le Programme National de Développement Economique et Social (PNDES).

S’il est vrai qu’il faut former les jeunes depuis l’école primaire et le lycée à la mécanique, la menuiserie, la soudure, la maçonnerie, l’électricité et autres métiers, il faut aussi reconnaitre que l’enseignement technique et la formation professionnelle ne sont pas la panacée pour lutter contre le chômage des jeunes dans notre pays. C’est pourtant ce que les dirigeants actuels veulent nous faire croire en disant partout où ils passent qu’il faut arrêter de former dans nos lycées et universités des jeunes qui n’ont que des “connaissances théoriques”, des “gros diplômes” et qui ne savent rien faire d’autre que se plaindre à longueur de journée ; alors que ces mêmes dirigeants qui sont au pouvoir aujourd’hui sont titulaires de licences, de maitrises, de DESS , de DEA, de doctorat de l’enseignement général et sont des spécialistes en je ne sais quels domaines. Ils ont des CV kilométriques avec des diplômes obtenus parfois de manière douteuse dans des universités européennes et américaines qu’ils n’ont pas honte à exhiber et dont ils sont si fiers ! En un mot, je veux dire que ceux qui vouent aujourd’hui aux gémonies l’enseignement général et ses diplômes en déplorant le manque de compétences technico-professionnelles des jeunes, sont pour la plupart des pures produits de ce même enseignement général sans que cette formation ne les aient empêchés de devenir de grands hommes, de réussir et de contribuer au développement de leur pays, bien au contraire !

Il faut donc mettre fin à ce discours qui a tendance à faire croire que pour lutter contre le chômage, il faut passer à l’enseignement technique et professionnel en remettant indirectement en cause l’enseignement général. Nos gouvernants savent mieux que quiconque les véritables causes du chômage dans notre pays pour en être en partie responsables, car ce sont eux qui ont contribué à baisser le niveau des élèves à l’école primaire, à créer les retards à l’université, à clochardiser les étudiants, à donner aux jeunes des formations qui ne tiennent pas compte des besoins de nos pays.

Je ne suis pas contre l’enseignement technique et la formation professionnelle des jeunes, au contraire je suis même convaincu que c’est l’une des solutions pour réduire le chômage et la paupérisation galopante des jeunes. Seulement, je ne voudrais pas que le choix de l’enseignement technique et de la formation professionnelle se fasse en bafouant les efforts et les sacrifices des diplômés de l’enseignement général en leur reprochant de ne savoir rien faire comme s’ils étaient inutiles à la construction de notre pays.

Pour développer le Burkina Faso, toutes les formations, toutes les connaissances et tous les profils sont utiles et nécessaires car qu’ils soient techniques ou généraux, tous les enseignements se complètent. Tous les jeunes du Burkina ne peuvent pas s’orienter dans l’enseignement technique ou dans la formation professionnelle parce que si l’on a besoin de gens qui savent bricoler, monter, réparer, dépiécer, fabriquer, créer, inventer ; on a plus que jamais besoin de gens pour penser, réfléchir, écrire, faire de la recherche. Il revient au système éducatif d’être modelé de sorte à pouvoir détecter dès la classe de 3e les élèves qui sont faits pour une carrière technique et professionnelle et ceux qui sont faits pour être comme vous le pensez “des théoriciens”.

Ainsi, chers dirigeants sachez que ce que vous appelez péjorativement “les gros diplômes” sont très utiles pour le développement d’un pays comme le Burkina Faso car même dans les pays développés ou le taux de chômage n’est pas élevé, on forme toujours des juristes, des économistes, des journalistes, des sociologues, des philosophes, des psychanalystes, des criminologues, des géologues, des chimistes, des géographes, des historiens, des physiciens des théologiens et j’en passe, bref ceux que vous, vous considérez comme des “théoriciens inutiles” parce que ces pays savent qu’une société en aura toujours besoin.

Ainsi, sachez que même lorsque vous mettrez vos lycées professionnels en place pour former vos mécaniciens, vos électriciens, vos menuisiers, vos soudeurs, vos tailleurs et vos coiffeurs, qui je l’admets sont très utiles, ils ne pourront pas remplacer par exemple les médecins, les infirmiers, les enseignants, les avocats, les juges, les officiers militaires, les policiers, les gendarmes et tous les autres diplômés de l’enseignement général. Ils ne remplaceront pas non plus les fonctionnaires et les agents publics au sein de l’appareil administratif.

C’est pourquoi, je vous recommande de revoir vos discours qui promeuvent l’enseignement technique et la formation professionnelle, en promouvant et en encourageant aussi l’enseignement général car comme le disait si bien Albert EINSTEIN, « La théorie, c’est quand on sait tout mais que rien ne fonctionne. La pratique c’est quand tout fonctionne mais qu’on ne sait pas pourquoi ».

Abdoul-Rachidi TAPSOBA
Juriste, activiste indépendant de la société civile
Contacts : 71335366 ; rachtaps@outlook.fr

Vos commentaires

  • Le 22 janvier à 01:01, par wayaare En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    mn type tu es excellent.tu as une vision pertinente on a besoin de vous autre pour batir notre cher pays le BURKINA FASO

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  • Le 22 janvier à 08:26, par Le Debf En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    M Tapsoba,
    A chaque moment développement les priorité sont différentes. Je ne pense pas que les autorités nient l’importance de l’enseignement général car de tout temps on a eu besoin de philosophes, d’historiens, de juristes, etc. Ce dont il est question actuellement c’est que les autorités ont pris conscience d’une lacune réelle, la faiblesse de notre enseignement technique qui fait que pour de nombreuses spécialités et métiers on est obligé de faire recourt à la main d’oeuvre étrangère. C’est pourquoi, les écoles techniques sont en ce moment une forte priorité sans que l’enseignement général soit supprimé !

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    • Le 22 janvier à 13:56, par Anta En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

      Il n’a pas dit que les autorités nient, il a dit qu’elles insultent, elles flétrissent l’enseignement général en en faisant le bouc émissaire de leur incapacité notoire. Pourtant on n’a jamais vu les fameux économistes qui nous gouvernent sortir pour brûler publiquement leurs multiples diplômes où on ne trouve aucun qui ressemble à un diplôme de soudure. Au contraire, elles ne manquent aucune occasion pour les étaler avec suffisance comme pour prouver quelque chose. Et je parie que tous ces gens qui ont leurs enfants à l’extérieur, ne les ont pas envoyés là-bas pour faire la mécanique, la soudure, l’électricité ou la maçonnerie. Si tu veux on parie, mon frère !

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      • Le 23 janvier à 13:49, par Un bwaba En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

        Anta, on dirait que tu as lu l’interview du MENA qui étale dans le journal son cursus. Il oublie cependant de nous dire que son diplôme autrichien ne lui a pas permie de se faire reclasser à la FP à son retour, d’où sa démission pour rejoindre une ONG autrichienne car parlant un peu l’allemand. Il devrait se retrouver comme enseignant de dessin industriel. Faut nous moisir l’existance ! Le Burkia Faso est un pays désertique et tout est connu et su.

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  • Le 22 janvier à 08:28, par TICO En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    Il n’a jamais été question de fermer les écoles d’enseignement générale. Mais de diversifier l’offre de formation en proposant des formations techniques qui sont pourvoyeuses d’emploi. Est ce que vous imaginez le nombre de techniciens expatriés qui travaillent dans nos mines d’or, a la Sonabel, dans nos cimenteries et barrages en construction etc.? il nous manque des ressources humaines qualifiées en mécanique, en électronique, en électricité, en maintenance biomédicale etc.
    Il ne s’agira pas non plus de former uniquement des ouvriers qualifiés mais aussi des concepteurs dans les domaines techniques (ingénieurs et docteurs). La formation technique est un passage obligatoire pour un pays qui veut s’industrialiser. Aucun investisseur ne viendra installer son usine ici s’il n’a pas la main d’œuvre qualifiée sur place. Hors actuellement nous faisons tous les mêmes formations qui ne répondent plus au besoins du marche de l’emploi.

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  • Le 22 janvier à 10:32, par Moro En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    Je pense que l’Etat n’a jamais nié l’importance de l’enseignement général. Il faut savoir que les techniciens issus des enseignements techniques sont aussi utiles dans les secteurs que vous avez cités (la justice, l’économie, le journalisme, la sociologie, la criminologie, la géologie, la chimie, la géograpie, etc.). Le rôle de l’Etat est de mettre en place une politique pour former et relever le niveau des techniciens.

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  • Le 22 janvier à 10:45, par DAO En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    que deviennent tous les techniciens formés au lycée technique de Ouaga et au Centre autrichen de gouguin depuis des dizaines d’années ?

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    • Le 22 janvier à 12:07, par Mazawa En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

      Certains travaillent dans les sociétés minières et les entreprises et d’autres ont monté leur propre affaire.
      La formation technique est aujourd’hui une priorité qu’il ne faut pas négliger, n’en déplaise à ce juriste de cabaret qui ne comprend rien au question de développement. Il semble parler si bien de ce qu’il connaît si mal. Je l’inviterai à lire l’expérience des nouveaux pays industrialisés.

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      • Le 22 janvier à 17:12, par DAO En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

        c’est juste pour dire que nous avons des exemples sous les yeux des avantages qu’il y a à former des techniciens aussi bien niveau cycle moyen que des ingénieurs agronomes ; ingénieurs en mines ; télécom ; mécanique ; électricité ; bâtiment etc etc
        ils peuvent toujours s’installer à leur propre compte moyennant une aide financière au départ, soit à titre individuel soit en groupes et créer même des emplois pour d’autres burkinabè !
        je connais un petit qui a été embauché tout de suite avec son Bac F du lycée technique de Ouaga par une grande société industrielle de Bobo ; il était juste rentré pour les vacances !
        l’enseignement technique est une bonne chose il suffit de créer les conditions favorables permettant aux jeunes techniciens de démarrer

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  • Le 22 janvier à 11:59, par BaYelemSida En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    D’une manière générale, les programmes du système d’éducation et de formation du pays, prévoient de développer les compétences cognitives de base (attention, questionnement, logique et raisonnement, compréhension, traitement de l’information, intuition), développer les compétences communicatives et linguistiques, développer les compétences sociales et citoyennes, les compétences de vie et de développement personnel et enfin les compétences professionnelles de base. Toutefois, on note que ces programmes sont peu orientés vers le développement de compétences techniques et professionnelles.
    Aujourd’hui, un nombre de plus en plus important de jeunes complètent le niveau primaire et poursuivent leurs études au niveau secondaire. Cependant, force est de constater que la majorité de ces jeunes quittent le système éducatif sans avoir obtenu le Bac. Ces jeunes se retrouvent alors en situation de recherche d’emplois sans qualification professionnelle. Leurs perspectives d’avenir sont dès lors assez limitées ; il existe de fortes chances qu’ils viennent accroître le nombre de chômeurs et de sans-emplois exposés à de multiples problèmes sociaux.
    D’autre part, dans la majorité des pays du Nord et plus généralement les pays développés, le développement économique est étroitement lié à l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée. Il est apparaît sans ambiguïté que c’est l’enseignement technique et la formation professionnelle qui est capable de développer les compétences techniques et professionnelles dont ont besoin les secteurs économiques et par suite susceptible susceptibles de favoriser l’insertion des jeunes dans la vie économique, de répondre aux besoins du marché du travail et par suite lutter contre le chômage.
    Au regard de ce qui précède, que faut-il pour la majorité des jeunes qui quittent le système éducatif sans avoir obtenu le Bac ? Comment assurer le développement économique tant attendu : peut-il se réaliser sans une main d’œuvre qualifiée ?

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  • Le 22 janvier à 12:04, par BaYelemSida En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    D’une manière générale, les programmes du système d’éducation et de formation du pays, prévoient de développer les compétences cognitives de base (attention, questionnement, logique et raisonnement, compréhension, traitement de l’information, intuition), développer les compétences communicatives et linguistiques, développer les compétences sociales et citoyennes, les compétences de vie et de développement personnel et enfin les compétences professionnelles de base. Toutefois, on note que ces programmes sont peu orientés vers le développement de compétences techniques et professionnelles.
    Aujourd’hui, un nombre de plus en plus important de jeunes complètent le niveau primaire et poursuivent leurs études au niveau secondaire. Cependant, force est de constater que la majorité de ces jeunes quittent le système éducatif sans avoir obtenu le Bac. Ces jeunes se retrouvent alors en situation de recherche d’emplois sans qualification professionnelle. Leurs perspectives d’avenir sont dès lors assez limitées ; il existe de fortes chances qu’ils viennent accroître le nombre de chômeurs et de sans-emplois exposés à de multiples problèmes sociaux.
    D’autre part, dans la majorité des pays du Nord et plus généralement les pays développés, le développement économique est étroitement lié à l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée. Il est apparaît sans ambiguïté que c’est l’enseignement technique et la formation professionnelle qui est capable de développer les compétences techniques et professionnelles dont ont besoin les secteurs économiques et par suite susceptible susceptibles de favoriser l’insertion des jeunes dans la vie économique, de répondre aux besoins du marché du travail et par suite lutter contre le chômage.
    Au regard de ce qui précède, que faut-il pour la majorité des jeunes qui quittent le système éducatif sans avoir obtenu le Bac ? Comment assurer le développement économique tant attendu : peut-il se réaliser sans une main d’œuvre qualifiée ?

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  • Le 23 janvier à 16:47, par Sogossira Sanou En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    Je peux peut-être me tromper, mais j’ai une grande impression que vous passez tous à côté de la plaque !
    Pourquoi je le dis, tout simplement (vous allez me retorquer que nous ne sommes plus à cette époque, mais, enfin ! !), répondez à la toute simple question de POURQUOI DANS NOS SOCIETES INDIGENES PRIMITIVES, IL N’Y A PAS DE CHOMAGE ? TOUT INDIVIDU QUI NAIT A ET DOIT TRAVAILLER POUR L’ENSEMBLE DU CORPS SOCIAL ?????
    Aussi, il demeure qu’il faut fouiller dans nos trefonds pour résoudre les questions de société.
    Je pense qu’il faut former tous azimuts depuis la maternelle et c’est humblement ce qui se fait dans une société primitive ; l’ouvrier n’a pas de complexe vis à vis du gros diplomé et vice versa. Dans nos cultures authentiques, le complexe de situation n’existe pas.
    Votre école forme des complexés.
    Osez simplement changer de cap, de ne point suivre les traces de votre système colonial, de vous en démarquer et vous verrez les résultats.
    La sagesse nous enseigne que si vous allez dans les traces de quelqu’un, vous ne pourrez jamais le dépasser.
    LMD copié collé mêmé bienadapté je ne pense pas qu’il va vous sortir des griffes de maître à penser.
    D’ailleurs, pour vous dire franc, les élites dirigeantes actuelles ne vous sortiront jamais de ce système dont il ne sont que les fidèles servants locaux.

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  • Le 25 janvier à 02:24, par Gnani En réponse à : Éducation : Du rôle des gouvernements dans la dévalorisation de l’enseignement

    Mon frère très belle analyse. Il faut que nos autorités sachent que la théorie et la pratique se complètent.

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