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Assemblée nationale : L’art de faire du Salifou sans Salifou Diallo de Alassane Sakandé

Accueil > Actualités > Politique • LEFASO.NET | Moussa DIALLO • jeudi 11 janvier 2018 à 07h30min
Assemblée nationale : L’art  de faire du Salifou sans Salifou Diallo de Alassane Sakandé

Le 19 Août 2017. Salifou Diallo, alors Président de l’Assemblée nationale tirait sa révérence. Pour le remplacer, Alassane Bala Sakandé est élu, le 08 Septembre. Il promet de marcher sur les pas de son prédécesseur qui avait véritablement donné une nouvelle âme au parlement burkinabè. Quatre mois après sa prise de pouvoir, que dire de la gouvernance « Bala Sakandé » ?

Petit à petit, Alassane Bala Sakandé tente d’imprimer sa marque à la tête du parlement burkinabè. Dès l’ouverture de la session budgétaire, le 27 septembre 2017, les retardataires se sont vus refuser l’accès à l’hémicycle, dont des journalistes. Mais, cela est vite abandonné dès la séance plénière suivante. Pire, les absences des députés sont de plus en plus perceptibles. Quelques fois, l’hémicycle peine à réunir une cinquantaine de députés sur les 127. Surtout lorsqu’il s’agissait des séances consacrées aux questions orales. Une des plaies du parlement au cours de la session budgétaire de l’année 2017, c’est sans conteste l’absentéisme. Le défunt président Salifou Diallo avait promis avant son décès de faire le point sur les absences.

Lors de la traditionnelle cérémonie de présentation de vœux de nouvel an, le 05 janvier 2018, Alassane Bala Sakandé a fustigé l’absentéisme et les retards aussi bien des députés que du personnel administratif. Mieux, il promet mettre en place un système de contrôle pour lutter contre ces absences injustifiées et autres retards. Et pour réussir, il compte sur le partenariat avec le Syndicat autonome du personnel de l’administration parlementaire (SYNAPAP) pour assurer, en amont, la sensibilisation sur les droits et devoirs des fonctionnaires parlementaires avant de passer éventuellement aux sanctions.

Le consensus cher à Salifou Diallo se poursuit

Lors de la plénière consacrée à l’élection du nouveau Président, le 08 septembre, l’on se souvient que les différents groupes parlementaires avaient demandé au président Sakandé de suivre les sillons tracés par Salifou Diallo, notamment la gestion consensuelle adoptée depuis l’installation de la 7e législature. Pour l’instant, les sillons tracés par Salifou Diallo sont bien suivis. A tire d’illustration, lors du renouvellement du bureau du parlement intervenu le 21 décembre 2017, aucun groupe parlementaire n’a été oublié. Mieux, sur les cinq postes de vice-présidents, l’opposition s’en tire avec trois (Kassoum Traoré de l’UPC, Alfred Sanou du CDP et Lona Charles Ouattara de l’UPC-RD). Malgré la création d’un nouveau groupe parlementaire, tous les anciens groupes ont préservé leurs postes. Sauf le MPP qui a dû céder certains de ses postes au nouveau groupe parlementaire qui se réclame pourtant de l’opposition. Même si dans les premiers actes posés (notamment les votes), il s’aligne sur les positions de la majorité.

Le groupe UPC-RD est reconnu. Lorsque le président du groupe parlementaire UPC proteste lors de la séance plénière consacrée à l’examen du budget de l’Etat, gestion 2018, le président Alassane Sakandé le renvoie au règlement intérieur du parlement. Mieux, il lui demande plutôt de militer pour la relecture du règlement du parlement, car, en l’état actuel, rien ne s’oppose à la création de ce groupe parlementaire qui respecte toutes les conditions. Une proposition interviendra-t-elle lors de la relecture annoncée dans les prochains jours ? En attendant, le Président Sakandé annonce que cette relecture vise à accorder plus de places aux femmes dans le bureau de l’Assemblée nationale (aucune femme actuellement), ainsi que dans les commissions générales (une femme sur six) et les bureaux des groupes parlementaires.

Alassane Sakandé s’est aussi fait remarqué hors du parlement

Le successeur de Salifou Diallo tente tant bien que mal de ne pas flotter dans sa nouvelle tenue. En plus du travail parlementaire à l’Assemblée nationale, Alassane Sakandé a allé à la rencontre des populations, d’abord des quartiers périphériques de Ouagadougou, puis à Bobo-Dioulasso. Là aussi, il a su impliquer la plupart des groupes parlementaires, opposition comme majorité. D’ailleurs, il a entamé ces visites par les arrondissements dirigés par l’opposition. Des promesses aux populations, mais pas que cela seulement. Dans un langage direct qu’on lui connait, il leur a aussi mis face à leur responsabilité, notamment sur la question des lotissements dont la levée de la mesure de suspension est partout réclamée. Mais beaucoup d’analystes ont vite fait de qualifier ces sorties d’inopportunes. Ce n’est pas au pouvoir législatif d’équiper des écoles en tables-bancs ou des maisons de la femme et/ou des jeunes en mobiliers. Mais, son discours semble bien accueilli dans ces quartiers où la majorité de la population peine à assurer deux repas au quotidien.

Bobo, un voyage fait de symboles

Pour sa première sortie officielle, hors de Ouagadougou, c’est Bobo-Dioulasso qui a été choisi par le président Sakandé. Là, il y arrive en véritable star, à bord d’une compagnie de transport en commun, le 15 décembre 2017. Puis, il effectue la grande prière de vendredi à la vieille mosquée de Dioulassoba, avant de faire le tour des autorités religieuses (communautés musulmane, catholique et protestante), puis des chefferies traditionnelles (Bobo, Dioula, Peulh).

Le lendemain, il visite trois centres de prise en charge des enfants en difficultés dont deux orphelinats. A SOS Village d’enfants, le Président Sakandé, très ému par la situation des centaines de mômes y recueillis, écrase quelques larmes. Puis, encore dans le symbole, il décide de consacrer la moitié de salaire de base aux orphelinats du Burkina. « L’exemple doit venir d’en haut », soutient-il. Puis, il se rend à l’université Nazi Boni où il déjeune au restaurant universitaire, visite les dortoirs des étudiants et prend quelques engagements pour améliorer les conditions de vie des pensionnaires du temple du savoir de Nasso.

Alassane Sakandé et les enfants de l’élite politique et syndicale

Depuis son élection à la tête du parlement burkinabè, Alassane Sakandé n’a cessé d’utiliser un discours rassembleur. Lui, qui était connu pour être très critique vis-à-vis de l’opposition, veut en faire désormais un « allié ». Mais, lors de la restitution des résultats de la commission d’enquête parlementaire sur le système d’enseignement au Burkina, la nature de l’homme semble l’avoir rattrapé. Il s’en prend ouvertement aux syndicats. Il fustige les leaders politiques et syndicaux qui incitent les élèves à déserter les salles de classe pour des grèves. Pourtant, soutient-il, la plupart de ceux-ci inscrivent leurs enfants dans des écoles chèrement payés, généralement hors du Burkina. Il va jusqu’à demander aux élèves et étudiants de d’exiger désormais à ces leaders de mettre leurs enfants en première ligne lors des manifestations. Un discours très critiqué.

Certes, il est difficile de remplacer Salifou Diallo, mais Alassane Sakandé essaie tant bien que mal de faire du Salifou Diallo sans Salifou Diallo. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il marque « son territoire » autant que faire se peut. Avec ses atouts et ses limites.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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