Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

Par Abdoul Karim Sango • jeudi 4 janvier 2018 à 00h25min

Les années se succèdent et se ressemblent pour la plupart de nos compatriotes ! En cette veille de fin d’année, comment ne pas sacrifier à cet exercice de bilan de l’année écoulée et envisager ensemble les perspectives pour 2018.

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Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

Le monde se porte globalement mal. Plus besoin de se déplacer au pôle Nord pour vivre les effets manifestes du changement climatique. Le capitalisme sauvage conduit le monde vers une sorte d’auto destruction. Hélas ! C’est en ce moment que les États unis un des grands pollueurs du monde décident de tacler l’accord historique de Paris sur l’environnement. Dans cette épreuve de force, les africains qui polluent le moins seront encore les grandes victimes.

Après avoir appauvri les pays du sud par l’exploitation des ressources naturelles et en soutenant des régimes de prédation des ressources, l’occident riche de notre pauvreté rejette à ses frontières les migrants venus du sud. Quelle honte face à tant d’inhumanités ! Restez chez vous et mourrez dans la pauvreté, tel est le message des peuples civilisés qui ont accouché de toutes ces belles déclaration en matière de droits de l’homme.

Combien d’africains de tous âges sont-ils morts engloutis dans les eaux de la méditerranée ! Il faudra bien que la Cour pénale internationale juge les dirigeants occidentaux pour complicité de faits de crimes contre l’humanité. Déjà, il y a plus d’une dizaine d’années, la mort de deux jeunes adolescents guinéens dans les soutes d’un avion d’une compagnie belge avaient alerté le monde sur ce phénomène.

Mais comme d’habitude, quand il s’agit de l’Afrique, passé l’instant de l’émotion, le monde a continué de fonctionner à son rythme normal. Il est illusoire de penser que ce sont des mesures de protection qui viendront à bout de ce phénomène. On ne mettra jamais fin à cette immigration vers ce qui est à tort présenté comme étant l’eldorado si les conditions minimales indispensables à la préservation de la dignité humaine ne sont pas réunies sur le continent africain. Nos frères ivoiriens ont cette formule malheureuse pour traduire le drame que vivent de nombreux jeunes africains « cabri mort n’a pas peur de couteau » !

Quant à l’Afrique, on peut affirmer que le continent est toujours à la recherche de ses marques. La pauvreté extrême constitue la chose la mieux partagée des peuples. C’est dans un tel contexte que les États africains doivent faire face à l’hydre qu’est le terrorisme. Il faut l’affirmer clairement, encore une fois l’Afrique est une victime collatérale de ce monstre créé de toute pièce par l’occident dans sa volonté de domination culturelle du monde arabe. Edward Said avait mis en garde contre cet impérialisme culturel, il produit toujours des monstres.

Il est immoral de demander aux africains de consacrer leur maigres ressources à la lutte contre le terrorisme alors que l’occident est entièrement responsable de ce qui se passe par exemple dans le Sahel. Si pendant plusieurs décennies, aucun investissement réel n’y a été fait pour apporter un mieux-être au peuple du Sahel, nous devons admettre que la situation que traverse la Libye y est davantage pour beaucoup.

Nul ne conteste aujourd’hui le fait que la chute de Kadhafi (que nous n’avons jamais soutenu) a fait de la Libye un non État. Ainsi, ce pays est devenu un repère de tous les grands mouvements djihadistes anti occidentaux. Si l’occident finance la force du G5 Sahel, elle n’en souffrira pas ! Mais si les États du G5 Sahel mettent beaucoup d’argent dans cette affaire, des secteurs vitaux comme la santé, l’éducation et l’emploi des jeunes en pâtiront. Sans développement, il est impossible de combattre le terrorisme ! L’extrême pauvreté est un terreau fertile pour l’expansion de ce phénomène.

La démocratie se consolide sur le continent. L’exemple venu du Libéria rend optimiste sur l’avancée de la démocratie et de l’État de droit. Pour qui connaît l’histoire de ce pays, c’est une révolution démocratique qui vient de s’opérer à un double niveau.

D’abord l’élu n’est pas un politicien professionnel comme on le voit en Afrique. Il n’est pas bardé de diplôme comme on en a le complexe sous nos tropiques oubliant que le diplôme ne vous rend pas intelligent. L’homme le plus idiot peut obtenir des diplômes. Mais ce qui est fondamental à nos yeux, c’est que Weah n’est ni homme des réseaux ni homme riche. C’est un homme du peuple ! Et c’est ce genre de dirigeants dont le continent a besoin. Cet exemple pourrait inspirer positivement les jeunes africains issus de milieux modestes. Au Kenya des juges ont eu le courage historique d’annuler les résultats du premier tour des élections. Du jamais vu ! Raila Odinga a raté le train de l’histoire en boycottant le second tour.

Au Zimbabwe, l’armée avec une certaine élégance a mis fin au long règne de Bob et à sa tentative de patrimonialisation du pouvoir. Comme quoi nous devons tous apprendre à quitter la scène politique avant d’en être éjecté de façon humiliante ! La suite des événements n’augure pas de lendemains meilleurs dans ce pays frère. Mais nous avons la conviction que les choses iront en s’améliorant dans ce pays.

Au plan national, l’année 2017 a été très dure et rude pour le peuple Burkinabè ! Sur le plan des libertés et de la démocratie, la tendance est globalement très satisfaisante. C’est quand même surprenant que dans ce Burkina post insurrectionnel d’aujourd’hui des individus puissent rêver de faire un coup d’État ! Nous avions l’illusion de croire qu’après le coup d’État le plus idiot de 2015 selon les mots du président Alpha Condé, plus personne n’y penserait encore dans ce pays. Réglons nos contradictions dans le cadre institutionnel aussi imparfait soit-il ! Si le projet de nouvelle constitution était adopté, notre pays franchirait un autre pas de géant dans la construction démocratique.

La justice est le maillon le plus faible de la gouvernance actuelle dans notre pays. Jamais les juges n’ont bénéficié d’un environnement aussi favorable pour mieux faire leur travail qui est de juger dans des délais raisonnables mais aussi rendre des décisions conformes à la loi. Mais à quoi assiste-t-on, cela fera bientôt plus de deux ans que les grands dossiers de la République n’avancent pas au rythme que souhaite le peuple. Les juges oublient souvent cela, la justice est rendue au nom du peuple et de ce point de vue ils doivent rendre les décisions en étant en phase avec le peuple.

Comprenons-nous très bien, quand nous faisons une telle affirmation ce n’est pas pour dire que le peuple doit interférer dans la mission du juge. Le principe de l’indépendance de la justice est non négociable ! Mais cette indépendance, les juges doivent en saisir tout le sens et la responsabilité qui l’accompagne. Sur la corruption qui mine notre société, rien n’avance ! Ce qu’on appelle couramment les gros dossiers, rien ne bouge !

Même le dossier Guiro qui date de plus de 5 ans est bloqué à la cour de cassation au point où le mis en cause a attrait l’État burkinabé devant la Cour de justice de la Cedeao qui l’a débouté. Mais ça pose un problème très sérieux d’efficacité de notre système judiciaire. Comment lutter efficacement contre la corruption lorsque les principaux mis en cause ne sont pas jugés et sanctionnés à la hauteur de leurs crimes. Les procès ne peuvent pas trainer en longueur de cette façon. C’est contraire à tous les grands principes en matière d’administration de la justice.

Balloté entre les attaques terroristes et le front syndical, le gouvernement n’a pas satisfait aux attentes du peuple. S’il ne faut pas nier les efforts faits dans certains secteurs comme la santé (pour les 0 à 5 ans et les femmes enceintes) et les infrastructures, on peut noter que l’indice de satisfaction des populations est assez faible et révélateur du malaise social. Ce n’est pas le dernier sondage effectué dans le cadre du présimètre qui nous contredira.

En 2018, il faudra en particulier veiller sur les nombreux chantiers de route pour s’assurer qu’ils sont réellement exécutés. Mais des réponses plus efficaces doivent être apportées à l’emploi des jeunes. Cela passe nécessairement par la modernisation de l’agriculture et la promotion des PME/PMI. Comme nous l’avons déjà indiqué sur cette page, ce qui est attendu du gouvernement ce n’est pas tellement les réponses immédiates qu’il entend apporter à cette crise sociale et sociétale.

Avec un peu d’honnêteté on peut aisément comprendre que cela n’est pas possible ! Le gouvernement doit davantage rassurer sur les voies et moyens permettant d’espérer des lendemains meilleurs pour notre peuple. Ne l’ayant pas compris, les tentatives pour apporter des solutions immédiates à certains problèmes se sont révélées être un piège duquel il a du mal à sortir.

Dans la dernière crise qui oppose le gouvernement aux syndicats de l’éducation, la surenchère quelque que soit le camp d’où cela provient va compromettre dangereusement l’avenir de nos enfants. Pour notre part, et nous l’avons déjà indiqué plusieurs fois, la seule solution viable ne peut provenir que d’un dialogue direct et franc entre le monde syndical et le président.

La question du niveau des traitements des agents publics est un problème global qui ne peut se régler de façon sectorielle. Plus que les salaires, le gouvernement doit investir davantage dans l’éducation et la santé en améliorant considérablement la qualité de l’offre. Il doit mettre de façon volontariste en application la loi sur le bail d’habitation pour faciliter l’accès au logement qui grève sérieusement le budget des ménages. De façon spécifique, en 2018, il convient d’organiser les états généraux de l’éducation nationale.
Bonne et heureuse année 2018
Que Dieu veille sur notre nation !

Abdoul Karim SANGO, Juriste, Enseignant de droit public à l’Enam

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Vos commentaires

  • Le 4 janvier à 12:26, par sylas
    En réponse à : Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

    Voici ce qui est dit de façon souple. L’espoir est permis pour 2018. Merci Professeur. Il faut toujours chercher la solution dans des débats fructueux. Le Burkina est plein d’intellectuels, mais où trouver des sages pour gérer notre case commune ?

  • Le 4 janvier à 13:09, par Yamkoul
    En réponse à : Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

    Voilà qui est bien dit, Monsieur le Juriste. Analyses de la situation du pays, accompagnées de propositions constructives. Merci Monsieur Abdoul Karim SANGO pour votre contribution.

  • Le 4 janvier à 18:12, par Badisak
    En réponse à : Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

    Merci pour cette analyse objective, saine et sans parti pris assortie de propositions concrètes de sortie de crise. C’est ce qu’on demande aux intellectuels ; on n’a pas forcément besoin d’être aux affaires pour apporter sa part de contribution à la nation face à l’adversité. J’approuve les propositions émises à travers cette contribution bien pertinente de mon point de vue.

  • Le 4 janvier à 18:31, par MAXWELL
    En réponse à : Burkina Faso : 2018, année de tous les espoirs !

    Félicitations Monsieur Abdoul Karim Sango pour cette analyse sans complaisance susceptible de faire avancer les choses. C’est une contribution très constructive qui reconnait les efforts dans certains domaines mais appelle les dirigeant à redoubler d’efforts dans d’autres domaines.

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