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« Monsieur Le Ministre des Infrastructures, les réseaux sociaux et les journaux en ligne ne sont pas des « torchons » ni des serviettes » (Me Paul Kéré)

Accueil > Actualités > Opinions • Par Me Paul Kéré, avocat au barreau français • vendredi 29 décembre 2017 à 18h15min
« Monsieur Le Ministre des Infrastructures, les réseaux sociaux et les journaux en ligne ne sont pas des « torchons » ni des serviettes » (Me Paul Kéré)

L’adresse ci-après est de Me Paul Kéré, avocat au barreau français. Ce dernier interpelle le ministre des Infrastructures, Eric Bougouma, sur des « propos désobligeants, malsains, inappropriés et inopportuns, arrogamment proféré à l’occasion du lancement des travaux de désenclavement de l’axe Kantchari-Diapaga-Tansarga-frontière du Bénin ».

Monsieur Le Ministre et Cher Frère,

J’aurai souhaité vous rencontrer personnellement en audience à votre Cabinet ou lors de votre éventuel passage à Paris. Hélas, cet exercice est souvent difficile car, justement, je me suis personnellement déplacé à la Mairie de Ouagadougou lors de mon dernier séjour à Ouagadougou pour solliciter un rendez-vous avec le Maire de Ouagadougou concernant le désenclavement de la ville de Ouagadougou en partenariat PPP. Son protocole, sur instruction du Maire himself a pris mes coordonnées et depuis plus d’un mois, j’attends encore le coup de fil pour une audience concernant le sujet du désenclavement de la ville de Ouagadougou. En vain ! Et je n’attends rien d’ailleurs de cette forme sectaire de gouvernance !

Aussi, je n’ai d’autre choix que de m’adresser à vous par le biais des journaux en ligne et de leurs foras que vous méprisez au plus haut point, tout en me réjouissant désormais que le débat démocratique ait changé de nature au Burkina Faso : Désormais, si on n’est pas d’accord avec un autre concitoyen, on débat loyalement par écrit, mais on ne brûle pas sa maison et encore moins lui ôter la vie. Dieu reste incontestablement le plus fort !

Dès lors, Monsieur Le Ministre, j’ai l’insigne honneur de souhaiter, par la présente, vous apporter une cinglante contradiction démocratique à vos propos désobligeants, malsains, inappropriés et inopportuns, arrogamment proféré à l’occasion du lancement des travaux de désenclavement de l’axe Kantchari - Diapaga - Tansarga - frontière du Bénin". Vous auriez pu faire l’économie de tels propos désagréables ! Hélas !
Je ne rentrerai pas dans une quelconque considération qui a présidé à votre nomination à ce département ministériel en faisant aveuglément confiance à ceux qui vous ont nommé à ce poste.

Cependant, je vous fais simplement remarquer dans l’hypothèse où vous ne sauriez pas, loin s’en faut, que cette nomination comporte des exigences et, notamment l’obligation de réserve que vous avez foulé au pied, sans doute dans l’euphorie d’un lancement de travaux lui-même inopportun et inutilement coûteux.
En effet, il est évident qu’une large majorité de nos compatriotes est contre les dépenses exorbitantes liées au déplacement du Président du Faso juste pour assister au lancement de travaux comme cela l’a été pour la route Manga-Zabré... et tout le reste...

Nos compatriotes, dans leur large majorité, auraient souhaité que ces dépenses de prestiges et certes de visibilité politique en matière d’infrastructures soient engagées à l’occasion de l’inauguration desdites infrastructures et non pas lors des travaux de lancement. C’est un minimum, que vous partagerez aisément cet avis dans un pays où la rareté des ressources oblige à une rationalisation de la gestion budgétaire surtout que ce critère est, ironie du sort, usité pour justifier la carence dans l’inaction de certains domaines du développement.

Au-delà donc de l’inopportunité de ces dépenses de complaisance pour de simples opérations de lancement (totalement gabégiques et surtout inutiles), vous avez osé lancé au Président du Faso, son Excellence Monsieur Roch Marc Christian KABORE : « …nous sommes au deuxième anniversaire de votre accession à la tête de notre pays, mais nous ne devons pas craindre de dire que ce qui a été fait en ces deux années est beaucoup plus important que ce qui a été fait dix années auparavant… »
Mais Monsieur Le Ministre, là, vous vous moquez de l’intelligence des burkinabè qui sont loin d’écrire des "torchons" ? Vous ignorez que le Président actuel du Faso, Son Excellence Marc Christian KABORE qui vous a fait nommer à votre poste par son Premier Ministre, faisait lui-même partie de l’équipe dirigeante du CDP et a ainsi, incontestablement occupé les fonctions de Premier Ministre et de Président de l’Assemblée Nationale ?

A ce titre, il devrait être logiquement comptable et responsable également de cette période de gouvernance politique que vous décriez et c’est le moins qu’on puisse l’écrire pour la postérité. Votre mémoire est, dès lors, bien plus courte que votre propension langagière à considérer les réseaux sociaux et les journaux en ligne de "torchon". C’est donc avec consternation que ceux qui vous ont lu et écouté doivent maintenant douter de votre capacité intrinsèque à occuper ce poste ministériel ne serait-ce qu’au vu des infrastructures routières de la capitale du pays des hommes intègres. Un ministre républicain devrait plutôt avoir honte de nos infrastructures routières lamentables dans la capitale…

En effet, Monsieur Le Ministre, ayez au contraire le courage de scruter à la loupe les voies dans les six mètres de la ville de Ouagadougou, la première question qu’on ne pose est celle de savoir s’il existe vraiment un gouvernement légalement constitué dans notre pays ?

J’ignore où vous habitez à Ouagadougou (mais certainement à Ouaga 2000), mais savez-vous que les habitants de Tampouy et de Tanghin mettent une heure trente pour atteindre le rondpoint des Nations en face de la station Total ? Comment peut-on envisager des travaux de l’échangeur du Nord et de l’Est sans penser à créer provisoirement des voies de contournement adéquates ? Vous devriez donc avoir l’humilité d’observer votre devoir de réserve dans ces circonstances, à défaut d’avoir honte dans une république où vous êtes en charge des infrastructures routières. Hélas, vous avez préféré vous en prendre vertement à ceux qui essaient même sur les réseaux sociaux, de vous aiguiller en émettant des critiques constructives.
Même si vous habitez Ouaga 2000, savez-vous combien de temps un habitant de ce quartier huppé de la capitale met pour atteindre le centre-ville ? Vous devriez, là encore, en avoir honte au lieu de vous en prendre à ce que vous avez arrogamment appelé « … sur les réseaux sociaux, un peu partout dans les journaux, des torchons...".

Je suis choqué par cette injure venant d’un Ministre de la République, qui, faut-il le rappeler est passible d’une sanction pénale en dépit de votre qualité de Ministre. Vous devez savoir que votre qualité de Ministre ne vous confère, ni immunité ni privilège de considérer les réseaux sociaux et les journaux en ligne de « torchon ». S’il vous plaît, Monsieur Le Ministre, aucun réseau social ni journal en ligne n’est ni un "torchon", ni un « peureux », ni en « colère », ni « angoissé », mais bien au contraire, de citoyens patriotiques qui essaient de caresser le rêve d’une bonne gouvernance pour le bien-être des populations. C’est un objectif noble...

Contrairement à vos allégations bellicistes et provocatrices, la « dramatisation » n’est pas « devenue un procédé pour accrocher la clientèle des réseaux sociaux… ».
Vous devez le savoir : L’article 8 de la Constitution du Burkina Faso de 1991 permet à tout citoyen burkinabè d’émettre librement son opinion sans considérer les écrits des autres de "torchon".

Il n’est donc pas admissible pour un ministre de la République de soutenir que la société burkinabè « … est en train de devenir une société du soupçon, de la peur, de la délation pour rien... », c’est inexact.

Et avec tout ça, vous prétendez, tout de go, dans ce que l’excellentissime journaliste, Monsieur Tiga Cheick SAWADOGO a appelé, à juste titre, vos "envolées lyriques", garantir au Président du Faso « qu’à la fin de son mandat, le peuple burkinabè se mobilisera à nouveau pour lui donner sa confiance » et que, foi du Ministre BOUGOUMA « … 2020 est déjà dans la poche ». Abba ! Mani bug bugui !

Outre le fait que vous prenez vos vessies pour des lanternes, Monsieur Le Ministre, de telles affirmations hasardeuses n’honorent ni vous-même, et encore moins le Président du Faso qui doit plutôt le démontrer ardemment par ses actes et non par les chants de merlins enchanteurs, communément appelé en mooré, les « Naab Ka Loo ka » c’est-à-dire les collaborateurs et autre membre du protocole.

Monsieur Le Ministre, ne vous méprenez pas sur ceux qui expriment leurs opinions sur les réseaux sociaux : C’est une boussole utile ! Et ce n’est qu’en prenant en compte les aspirations profondes des populations burkinabè que vous parviendrez, avec un peu de chance (il reste encore trois ans) pour assurer au Président du Faso actuel, une éventuelle réélection en 2020, certainement pas par des invectives et de vaines incantations mystiques, mystérieuses et charlatanesques qui ne rendent, ni aucun compte de la situation politique réelle de notre pays, ni aucun service au Président du Faso.

Aujourd’hui, force est de constater, en dépit de ce que Monsieur Léonce KONE a appelé « la diabolisation du CDP » qu’après le départ inopiné du Président Blaise Compaoré, une frange partie de nos concitoyens viennent à regretter, de manière surprenante d’ailleurs ce départ-démission et se demande même s’il ne faut pas renouveler leur confiance au Président Blaise Compaoré. Faites un sondage Monsieur Le Ministre et vous le verrez....Ce n’est pas une position partisane, ni une vue de l’esprit. C’est une réalité socio-politique...

Enfin, pour ne pas sombrer dans la critique dé-constructive, il convient d’indiquer que des solutions existent pour rendre praticables nos six mètres à Ouagadougou, à Bobo-Dioulasso et dans nos treize régions. Il suffit simplement de sortir de ce sectarisme et ces stigmatisations rampantes en associant toutes les filles et les fils à la réflexion commune.

Auriez-vous seulement le courage et l’humilité d’emprunter solidairement cette voie ou préférerez-vous être renfermé dans une tour d’ivoire en continuant à considérer comme "torchon" toute critique constructive et auquel cas, votre réveil sera, sans aucun doute, douloureux ? C’est à vous de choisir, mais, de grâce, respectez l’expression plurielle démocratique de nos concitoyens !

Paul Kéré

Avocat à la Cour

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