Commune rurale de Pibaoré : « Il faut travailler à ce qu’il y ait un pacte réel et sincère entre les élus et les populations », relève le maire, Brice Ouessene Ouédraogo

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO • mercredi 1er novembre 2017 à 23h14min

Pibaoré, de l’appellation d’origine mooré, « Piss-baoré m’moin saana ». C’est-à-dire, ‘’vider le grenier pour accueillir l’étranger’’. Comprenons par-là, Pibaoré, la terre des gens généreux, la terre d’hospitalité. Pibaoré, c’est une circonscription située à 145 kilomètres dans la partie nord de Ouagadougou, dans la province du Sanmatenga, région du Centre-nord dont Kaya est le chef-lieu de province et de région.

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Commune rurale de Pibaoré : « Il faut travailler à ce qu’il y ait un pacte réel et sincère entre les élus  et les populations », relève le maire, Brice Ouessene Ouédraogo

Localisable à environ 45 kilomètres au nord de la « cité du cuir » (Kaya), la commune de Pibaoré, forte de 28 villages, est dirigée par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) depuis les municipales générales de mai 2016. Avec ses 29 conseillers, le parti au pouvoir partage l’exécutif local avec l’opposition, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), 18 conseillers ; l’Union pour le progrès et le changement (UPC), huit élus et la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), un conseiller. En ces temps de crises au sein de nombre de conseils municipaux, Pibaoré fait partie de ces exemples qui méritent d’être promus en cette ère de développement à la base voulue par la décentralisation intégrale sur laquelle le Burkina s’est engagé depuis une décennie. Dans le cadre de notre rubrique sur la vie des collectivités territoriales, nous avLocalisable à environ 45 kilomètres au nord de la « cité du cuir » (Kaya), la commune de Pibaoré, forte de 28 villages, est dirigée par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) depuis les municipales générales de mai 2016. Avec ses 29 conseillers, le parti au pouvoir partage l’exécutif local avec l’opposition, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), 18 conseillers ; l’Union pour le progrès et le changement (UPC), huit élus et la Nouvelle alliance du Faso (NAFA), un conseiller. En ces temps de crises au sein de nombre de conseils municipaux, Pibaoré fait partie de ces exemples qui méritent d’être promus en cette ère de développement à la base voulue par la décentralisation intégrale sur laquelle le Burkina s’est engagé depuis une décennie. Dans le cadre de notre rubrique sur la vie des collectivités territoriales, nous avons rencontré son maire, Brice Ouessene Ouédraogo. Inspecteur du trésor, ce jeune cadre plein de punch partage son temps entre ses obligations dans la capitale et cette commune rurale dont il a en charge la gestion. Lucarne sur la commune de Pibaré, son exécutif local et son maire …

Lefaso.net : Jeune cadre, conseiller municipal, puis porter maire..., comment êtes-vous arrivé en politique ?

Brice Ouédraogo : C’est comme on le dit couramment, l’homme est, par nature, un « animal politique », l’a dit Aristote. Si fait que, lorsqu’on vit dans un milieu, on a très souvent vocation à s’ouvrir aux autres et à donner un peu de soi-même. Je pense que c’est cela aussi qui m’a animé ; parce que, quand on vit dans une société, on pense quand même qu’on peut apporter sa contribution, en termes d’idées, de temps, de don de soi, pour voir améliorer les conditions de vie des populations. C’est l’ensemble de tout cela qui m’a poussé en politique.

Lefaso.net : Depuis quand remontent vos premiers pas dans la politique, à proprement dite ?

Brice Ouédraogo : Je pense que c’est depuis le campus ; parce que, lorsqu’on y était, il y avait déjà des structures du parti, le CDP où je militais. J’étais en faculté de droit et c’était dans les années 95, 96.

Lefaso.net : Comment appréciez-vous l’ambiance politique ?

Brice Ouédraogo : Il faut dire qu’il y a une certaine vitalité, au niveau du jeu politique ; parce que, lorsqu’on regarde le foisonnement politique, on sent que la chose politique intéresse aujourd’hui beaucoup de gens et la situation a connu encore plus de tonus depuis l’insurrection populaire. Maintenant, il faut organiser tout cela dans le jeu politique, il faut que les gens soient véritablement formés ; parce que, lorsqu’on est en politique sans formation, sans ligne politique, un projet réel de société ou sans adhérer en réalité aux principes d’un parti politique (parce qu’on ne les connaît pas), vous comprendrez vraiment que ça terni l’image. Vous verrez que les gens parlent du ‘’politicien’’, comme un homme sans valeurs, alors qu’on devrait voir en lui, quelque de chose de noble. Un politique doit pouvoir transcender ses intérêts personnels pour penser à la communauté, penser à tout le monde. Je pense que la politique doit être appréciée dans ce sens-là.

Lefaso.net : Un aspect de la vie politique vous inspire-t-il un commentaire particulier. Si oui, lequel ?

Brice Ouédraogo : C’est véritablement dire qu’en politique, il y a des valeurs. La notion de valeurs manque dans un certain nombre de comportements dans la jeunesse. Donc, au niveau de la jeunesse, il faut demander plus d’engagement, s’accrocher aux valeurs. Si la formation politique est indéniable, il faudra aussi que les gens aient un soubassement de valeurs et de principes de vie. C’est surtout cela.

Lefaso.net : Vous faites partie des plus jeunes élus à ce poste, au-delà de l’appartenance politique, quel est le défi que vous vous êtes assigné dans ce mandat ?

Brice Ouédraogo : Qu’est-ce qui m’a amené d’abord à prendre ce mandat ? De là, on peut facilement comprendre le défi ; parce que, lorsqu’on voit les attentes des populations, la précarité de la vie au quotidien, on se dit qu’il y a de quoi mettre la main à la pâte. Il faut que les gens puissent se soigner, s’éduquer, avoir accès à l’eau (quand on voit des femmes parcourir plus de sept kilomètres pour chercher l’eau...). Ce sont ces besoins primaires qui constituent les défis pour moi aujourd’hui. Il n’y a rien de plus important que de s’approprier personnellement ces défis, en espérant voir les conditions de vie des populations connaître une améliorer par l’allègement de la souffrance.

Lefaso.net : Inspecteur du trésor…, comment arrivez-vous à concilier les deux niveaux de responsabilité ?

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Le Conseil municipal avec le célèbre guérisseur, El hadj Seydou Nagreongo (tenue traditionnelle) pour l’identification de site de construction d’école...

Brice Ouédraogo : J’aime à dire que, le maire ne doit pas se comporter comme un boutiquier ; qui ouvre sa boutique le matin, attendant l’arrivée d’un client et la referme le soir pour aller dormir. Ce qui implique qu’être maire demande beaucoup que cela. Aujourd’hui, je pense que ma position est même un avantage dans mon exercice de maire. Je suis à Ouagadougou, je rallie plus facilement la commune, de façon régulière. Aussi, un Conseil municipal, c’est une équipe et le travail se fait à tous les niveaux, pas seulement par un seul individu. C’est important, ce mouvement d’ensemble. Ma position permet aussi d’avoir une facilité d’ouverture, parce que nous sommes à l’ère de la décentralisation intégrale, impliquant que chaque commune développe des initiatives. L’ouverture, tant au plan national qu’à l’extérieur, est très importante dans cette optique. Ce qui est important, c’est la mobilisation des recettes.

Dans les communes, l‘économie est assez faible. Donc, la question de ressources se pose. Il faut entreprendre d’autres approches envers les potentiels partenaires. Voilà pourquoi, un autre défi est de pouvoir organiser cette vie économique dans le but de pouvoir donner une chance à la commune d’avoir des richesses à un moment donné. Au regard de tout cela, ma position me donne un peu d’avantage.

Lefaso.net : Comment peut-on présenter la commune rurale de Pibaoré ?

Brice Ouédraogo : Pibaoré est située sur la RN 15 (route nationale), quittant Kaya pour Boulsa, à 45 kilomètres de part et d’autre. Elle s’étend sur une superficie de 472 km2 et selon le dernier RGPH en 2006, la commune comptait 36 000 habitants (mais aujourd’hui, c’est largement dépasser, il faut aller chercher autour de 45 000 habitants à ce jour). Comme potentialités, on peut relever le couvert végétal à travers lequel les gens ont la possibilité de développer des activités rémunératrices de revenus (AGR), un barrage où les gens font la maraîcher-culture. Pibaoré est entourée par les communes de Ziga, de Boulsa, Kogo, Boala, Pissila, Boussouma.

L’activité dominante est l’agriculture. On a aussi l’élevage qui est en train de prendre forme et l’artisanat. Mais aujourd’hui, on a aussi le commerce qui se développe de plus en plus.

Lefaso.net : D’où vient le nom, Pibaoré ?

Brice Ouédraogo : Il faut d’abord dire que Pibaoré entre dans le grand canton de Pissila. Aujourd’hui, c’est le Naaba Sanem qui règne dans le grand canton de Pissila (parce que, le canton de Pissila est différent de la commune de Pissila). Pour remonter à ce nom, on nous apprend que Pibaoré est venu pour éviter la confusion lorsque le chef de canton s’est déplacé (le chef de canton a d’abord demeuré pendant longtemps à Pibaoré avant d’aller à l’actuel Pissila). Pissila, selon les personnes d’un certain âge, c’est d’abord Pibaoré. Maintenant que le chef s’est déplacé l’autre côté, ça porterait à confusion qu’on dise chef de Pissila, qui n’est pourtant pas sur le territoire d’origine. Il fallait trouver maintenant un autre nom. Pibaoré est le quartier qui abrite aujourd’hui le marché du chef-lieu de la commune. Littéralement, Pibaoré vient en réalité de « Piss baoré » (comme pour dire, Piss baoré m’moin saana), c’est-à-dire ‘’ vider le grenier pour accueillir l’étranger’’. En d’autres termes, c’est l’hospitalité. C’est donc une terre de gens généreux, toujours prêts à accueillir l’étranger.

Lefaso.net : On sait aussi que Pibaoré relève d’une zone culturellement forte ... !

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La lutte pour le reverdissement de la nature, une dynamique impulsée par l’exécutif local et appropriée par les populations

Brice Ouédraogo : Effectivement, on a même un projet sous la main dans ce sens ; le « Bag-raaga ». Lorsque vous prenez cette culture des Nionionsé, c’est vraiment un potentiel qui est dans cette commune. Nous avons à le partager avec le reste du monde. C’est un certain nombre de traditions qui ont tendance à être oublier et nous pensons les revaloriser, parce que c’est vraiment quelque chose d’extraordinaire. Le « bag-raaga », cette identité culturelle fondatrice des Nionionsé, est une composante importante de la société au niveau de la commune. C’est pourquoi nous avons décidé de valoriser cette culture, pour permettre aux gens de comprendre que c’est un réservoir culturel. Il y a donc un festival à Pibaoré en gestation.

A Pibaoré, on y trouve aussi des crocodiles sacrés et bien d’autres éléments. On se dit que, si on arrive à valoriser ces aspects, on fera de la commune une destination. En clair, la destination Pibaoré doit être connue. C’est cela aussi qui permettra aux gens de se mobiliser chaque année et de trouver une identité pour cette commune.

Lefaso.net : Vous n’avez pas connu de reprise (heureusement), comme ailleurs, alors que vous êtes au coude-à-coude avec l’opposition, ce qui était un risque d’instabilité. Comment avez-vous réussi au niveau du Conseil municipal à créer cette cohésion … ?

Brice Ouédraogo : Effectivement, et je pense aussi que cela dénote de la maturité des acteurs. C’est un peu cela aussi qu’il faut qu’on arrive à inculquer à tout le monde. C’est vraiment déplorable, que dans certaines communes, on se retrouve dans ce genre de situations, parce qu’une fois que les élections sont passées, il faut maintenant se concentrer pour travailler. On doit transcender, dès lors, un certain nombre de considérations, ce qui doit préoccuper au Conseil, c’est véritablement le développement de la commune. Chez nous, ce langage a été donné depuis le départ, les gens ont compris et ont décidé d’accompagner l’exécutif local pour qu’ensemble, on puisse avoir de véritables résultats au profit de tous.

Lefaso.net : Quelles ont été les priorités répertoriées, dès que votre équipe a été portée à la tête de la commune ?

Brice Ouédraogo : Il faut dire que les priorités étaient déjà connues, pendant la campagne, on évoquait déjà ce qui était priorités : que les gens puissent se soigner, avoir de l’eau potable, aller à l’école, etc. Quand nous sommes arrivés, on a très rapidement fait un grand projet, le projet « eau et assainissement de la commune de Pibaoré ». On a vu un cabinet d’étude, qui nous a réalisé ce projet, que j’ai déjà porté à Montpellier (France), à la foire de l’eau pour chercher des partenaires dans ce sens.

Ce n’est pas facile à supporter, lorsqu’on voit des femmes parcourir sept kilomètres pour aller chercher de l’eau (on a des villages où on n’a même pas de forages)..., c’est difficile. C’est une priorité, parce que l’eau est essentielle. Il y a aussi la question de l’école où nous estimons que, pendant longtemps, il a un peu manqué de planification ou de cohérence dans un certain nombre d’aspects. Imaginez qu’à Pibaoré, il y a 25 écoles primaires pour trois classes de 6ème. Cette année, on s’est retrouvé avec 340 admis au CEP. En plus des redoublants, les trois classes de 6ème ont fait l’effort de prendre 70 élèves chacune ; ce qui fait un total de 210 élèves. On se retrouve avec 130 élèves sous la main. Où faut-il les mettre ? Cela nous a obligés à emprunter la maison de la femme (de Pibaoré centre) et une salle dans un autre village pour en faire des salles de 6ème. Le combat actuel, c’est cela. Je sais que l’Etat fait déjà des efforts ; quand on a plus de 350 communes à gérer et les besoins se présentent partout, on est obligé aussi de frapper à des portes ailleurs, espérant que ces préoccupations trouvent solutions. C’est pour dire que toutes ces priorités existaient, elles étaient connues, on a fait la campagne sur la base de ces priorités et les populations nous y attendent.

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Le sport à la fois facteur de développement et d’épanouissement

A ce jour, nous avons construit des écoles et la normalisation des écoles se poursuivent (nous n’avons pas d’écoles sous paillotte, ce sont des normalisations), réaliser des forages, etc.

Pour que la commune soit également une destination, il faut développer un certain nombre d’infrastructures et c’est dans ce cadre que nous avons lancé la construction de l’hôtel du maire, pour permettre aux gens qui viennent à Pibaoré de pouvoir se loger.

Lefaso.net : On sait aussi qu’une des préoccupations les plus partagées par les communes, c’est l’enclavement. Quelle est la situation à votre niveau ?

Brice Ouédraogo : C’est vraiment crucial. Quand vous arrivez à Pibaoré, il y a trois voies principales qui, d’ailleurs, aujourd’hui, n’existent plus par manque d’entretien. En termes d’infrastructures routières, ce sont de gros investissements, c’est à l’échelle étatique que ce genre d’initiatives trouvent réponse. Heureusement que lorsque vous regardez dans le programme du président du Faso, décliner dans le PNDES (Plan national de développement économique et social), il y a la réhabilitation des pistes. Malheureusement, ce n’est pas désagréger, si fait qu’on ne sait pas combien de kilomètres doivent revenir à telle ou telle autre commune.[ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Interview réalisée par Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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