Gestion efficace du service d’eau potable : faire les bons choix pour les populations

dimanche 8 octobre 2017 à 23h10min

Les 18 et 19 octobre prochains, Ouagadougou abritera un colloque national sur la gestion efficace du service d’eau potable en milieu rural et semi-urbain. Koslengar Mougabe, de l’Unicef, à travers cet entretien qu’il a bien voulu nous accorder se penche sur les enjeux de ce rendez-vous important de partage d’expériences qui devrait contribuer à assurer un service d’eau potable continu, durable, abordable et accessible à tous.

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Gestion efficace du service d’eau potable : faire les bons choix pour les populations

Vous êtes un des organisateurs du colloque national qui se tient les 18 et 19 octobre prochains à Ouagadougou sur la gestion efficace du service d’eau potable en milieu rural et semi-urbain. Quelle appréciation faites-vous à ce jour de la qualité du service d’eau potable en milieu rural et semi-urbain au Burkina Faso ?

Globalement, les milieux rural et semi urbain sont défavorisés en équipements d’approvisionnement en eau potable. Selon le rapport JMP 2017, et conformément au nouveaux indicateurs des ODD6.1, seulement 43% de la population du Burkina vivant en milieu rural a accès à des sources améliorées d’eau potable comparé à 79% en milieu urbain. Parlant de sources améliorées, on identifie les équipements qui fournissent de l’eau de qualité conforme aux normes de potabilité. En plus du manque d’équipements, persistent des grands défis dans la gestion pour la continuité de fonctionnement des équipements existants. 11% des Pompes à Motricités Humaine (PMH) et 16% des systèmes d’Approvisionnement en Eau Potable Simplifiés (AEPS) ne sont pas fonctionnels. C’est-à-dire à l’heure où je vous parle, il y’a au moins 5286 forages en panne et les populations (les utilisant) marchent plus de 30 minutes à la recherche d’autres sources d’eau (évidemment non potable). D’énormes ressources sont déployées chaque année par le Ministère en charge de l’eau et de l’assainissement et ses partenaires pour la réhabilitation des forages au détriment de la construction des nouveaux points d’eau potable.

Enfin, le niveau de fonctionnement des structures communautaires ou informelles mises en place pour assurer la gestion des infrastructures semble être bien loin des attentes. Vu les objectifs assez ambitieux de l’ODD6.1, il semble urgent de tirer les leçons des méthodes de gestion actuelle, revisiter les propositions des études et recherches en la matières et explorer d’autres possibilités de partenariats pour assurer un service d’eau potable continu, durable, abordable et accessible à tous . Voici notre motivation à organiser ce colloque.

Le Président Roch Kaboré s’est engagé à « zéro corvée d’eau en 2020 ». Il s’attaque ainsi à un symptôme bien connu de la pauvreté dans notre pays. Concrètement, de quelle manière ce colloque peut-il contribuer à éradiquer la corvée d’eau dans les villages du Burkina Faso ?

Comme je vous l’ai dit, le manque d’équipements des communautés en points d’eau potable et les pannes fréquentes et longues des équipements existants sont les principales causes de la corvée d’eau. Des femmes doivent y passer des heures, des filles doivent s’absenter de l’école pour aller chercher de l’eau. Ce colloque vise à présenter et discuter les expériences les plus récentes et les plus pertinentes en matière de gestion et de fourniture efficace du service public d’eau potable en milieu rural et semi-urbain au Burkina Faso. Concrètement, nous allons échanger sur les meilleures solutions pour éradiquer la corvée d’eau.

Le colloque se veut le déclencheur d’un mouvement de génération de connaissances, de capitalisation et de dissémination des expériences pour des adaptations rapides de nos stratégies pour mieux résoudre la question du droit humain fondamental à l’eau. Assurer l’accès universel et équitable à l’eau potable, à un coût abordable d’ici à 2030 étant notre objectif commun, il est attendu de tous les participants du colloque des échanges francs pour trouver les meilleures manières d’améliorer la qualité du service de l’eau. Si nos échanges nous permettent de proposer de nouvelles solutions pour rendre l’eau potable abordable, pour assurer sa continuité et sa durabilité, nous pourrons contribuer à la lutte contre la corvée d’eau dans nos communautés.

Qu’est-ce que Unicef fait en matière d’eau potable au Burkina, et de façon spécifique, qu’est-ce que vous apportez à ce colloque ?

En général, l’UNICEF appuie le Ministère en charge de l’Eau et de l’Assainissement (MEA) suivant ses axes programmatiques qui sont :

1) Appui institutionnel : Assistance Technique et Financier, participation et appui au cadre de dialogue sectoriel Eau et Assainissement, gestion des connaissances et apprentissage sectoriel

2) La promotion de l’assainissement rural à travers la mise en œuvre de l’Assainissement Total Piloté par la Communauté (ATPC)

3) Approvisionnement en Eau Potable et Assainissement dans les communautés, écoles primaires et les centres de santé pour augmenter la couverture des services et promouvoir le changement des comportements en hygiène.

4) Coordination du groupe sectoriel Préparation et réponse aux urgences Humanitaire WASH

De façon plus spécifique, UNICEF apporte son appui technique et financier au MEA pour la conduite d’une recherche-action sur les modèles de gestion durable du service public d’eau potable en zone rurale dans le cadre de partenariats public-privé depuis 2015. Cette recherche action se déroule dans les deux régions du Centre ouest (communes de Kyon et de Dassa) et des Cascades (commune de Niankordougou) et a pour objectif de tester comment les modèles de services impliquant la gestion déléguée (incluant les PMH) au secteur privé, combinés avec une forte composante sur la responsabilité, peuvent contribuer à offrir un accès à l’eau continu, durable et abordable dans les zones rurales à fiable et moyenne densité.

Cette recherche action a généré assez de leçons qu’il nous a paru opportun d’organiser ce colloque pour partager les résultats préliminaires et échanger avec d’autres professionnels du secteur qui se sont engagés dans différentes expérimentations sur les modèles de gestion visant à améliorer l’efficacité du service public d’eau potable en milieu rural et semi urbain. Pour organiser ce colloque, nous collaborons étroitement avec notre partenaire IRC avec qui nous sommes conjointement engagé depuis 2015 à accompagner le secteur de l’eau sur les questions de capitalisation et de gestion des connaissances qui sont essentielles pour les experts et décideurs du secteur.

Qui attendez-vous comme participants à ce colloque et quelles seront les contributions spécifiques de chacun des acteurs qui sont y prendront part ?

Nous attendons à ce colloque les universitaires, le secteur privé, les spécialistes, professionnels et décideurs du secteur aussi bien au niveau opérationnel qu’au niveau stratégique (ministères, collectivités territoriales, exploitants, partenaires techniques et financiers, bureaux d’études, ONG). Nous attendons les contributions sur les thématiques en relation avec i) Le développement, le maintien et l’amélioration du service public ii) Le recouvrement des coûts et l’accessibilité financière du service public iii) Les responsabilités mutuelles des parties prenantes, autorité publique, exploitants et usagers et iv) La planification stratégique de la gestion du service public d’eau potable à l’échelle communale ou intercommunale. Un marché des innovateurs sera aussi organisé. Il s’agit là d’un exercice ludique qui vise à stimuler les experts à mieux communiquer sur leurs solutions (outils, concepts, méthodes, ou instruments) et convaincre les autres professionnels ou décideurs à les adopter et éventuellement financer leur réplication.

Nous attendons également plusieurs experts internationaux à ce colloque. En plus de nos collègues des bureaux de l’UNICEF New York et Dakar, nous attendons tous nos partenaires de recherche tel que Vergnet Burkina, Vergnet Hydro, Hydro conseil-France.

Au total plus de 100 participants sont attendus.

Plusieurs de nos lecteurs pourraient être intéressés à participer à ce colloque. Pouvez-vous leur indiquer comment procéder et qu’est-ce qui est prévu pour partager les conclusions avec ceux qui ne pourront pas y prendre part physiquement ?

L’accès au colloque est limité à des experts et autorités déjà identifiés par le comité scientifique compte tenu des contraintes de ressources. Les invités sont tous identifiés sur la base de leur contribution aux réflexions qui seront conduites. Toutes les présentations et toutes les réflexions pendant le colloque seront publiées sur le portail web de l’eau www.eauburkina.org ainsi que sur les sites web d’Unicef et d’IRC et d’autres portails d’information publique.

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