Journée mondiale des enseignants : Discours du ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation

vendredi 6 octobre 2017 à 02h16min

L’occasion de la journée mondiale des enseignants célébrée ce 5 octobre, est belle pour moi, pour saluer le monde enseignant du Burkina Faso et lui témoigner toute l’importance que les Ministères en charge de l’éducation accordent au rôle qu’il joue dans notre système éducatif.

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Journée mondiale des enseignants : Discours du ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation

Cette journée commémore la signature de la Recommandation OIT/UNESCO de 1966 concernant la condition du personnel enseignant. Cette Recommandation constitue le principal cadre de référence portant sur les droits et les responsabilités des enseignants à l’échelle mondiale. Cette année, l’UNESCO a placé la journée mondiale des enseignants sous le thème « Enseigner en liberté, autonomiser les enseignants ». Ce thème nous interpelle particulièrement au Burkina Faso et j’y reviendrai.

Je voudrais tout d’abord rendre un vibrant hommage aux enseignants qui nous ont quittés pour une retraite bien méritée après une vie entièrement consacrée à la formation des jeunes générations. J’ai aussi une pensée pieuse pour ceux qui ont été rappelés à Dieu cette année. La Nation reconnaissante ne les oublie pas, et ils continuent de vivre dans la mémoire des hommes et des femmes qu’ils ont formées.

Chères enseignantes, chers enseignants,

Le thème de cette année « Enseigner en liberté et autonomiser les enseignants » prend tout son sens dans le contexte actuel de notre pays. Est-il besoin de rappeler que notre pays fait face à l’hydre terroriste et que notre administration, dont l’école est confrontée à cette menace terroriste dans la région du Sahel ? En s’attaquant lâchement à l’école, ce sanctuaire du savoir et du futur, c’est non seulement à la liberté d’enseigner qu’ils s’attaquent mais aussi à notre liberté et à notre avenir à tous.
Je voudrais ici saluer la résilience des communautés du Sahel et notamment des enseignants, qui ont refusé de plier l’échine et de reculer devant la logique de la terreur. En effet, grâce au retour rapide des enseignants dans les classes après les attaques, nous avons pu sauver l’année scolaire dans la région. Les programmes ont été achevés et les examens ont pu se dérouler normalement.

Il est évident que nous ne céderons pas devant la violence extrémiste et l’Etat burkinabè a pris des mesures pour le renforcement de la sécurité au Sahel. Parce que c’est aussi un problème de développement, le Gouvernement a rapidement mis en place le programme d’urgence pour le SAHEL, d’environ 415 milliards pour développer les secteurs vitaux telles la santé, les infrastructures, l’eau, la téléphonie mobile, l’Administration et bien sûr l’éducation.

Par ailleurs, avec les partenaires financiers et techniques, le Ministère de l’Education a entrepris de former les personnels de l’Education à l’enseignement en situation d’urgence.

Chers enseignantes, chers enseignants,

L’UNESCO à travers la journée mondiale des Enseignants entend mettre en lumière la nécessité d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Le Chef de l’Etat, son excellence Monsieur Roch Marc Christian Kaboré et son Gouvernement partagent la conviction que les conditions de travail peuvent avoir un impact déterminant sur la qualité de l’éducation. C’est pourquoi, malgré un contexte économique difficile, nous avons dans un dialogue avec les partenaires sociaux, posé des actions dans le sens de l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants. Il s’agit notamment de :

-  La relecture consensuelle de l’organigramme ;
-  La revalorisation des indemnités et prises en charge des examens et concours ;
-  La rétrocession des logements d’enseignants aux collectivités territoriales ayant permis l’octroi de l’indemnité de logement à tous les enseignants ;
-  La tenue effective de toutes les conférences, à l’exception de deux qui sont néanmoins programmées ;
-  L’élaboration de textes importants dont le texte sur le statut de chef d’établissements, sur la fixation des frais d’inscription et de participation des élèves au fonctionnement des établissements publics et sur la réglementation du recrutement des élèves en complément d’effectifs, tous en cours de validation.

Cette année, nous allons poursuivre les réformes pour rendre le système éducation plus performant et donner de meilleures conditions de travail aux enseignants autour :
-  du renforcement de l’offre en infrastructures scolaires et universitaires tout en prenant en compte l’engagement du Chef de l’Etat de résorber les salles de classes sous paillote en 2020 et d’accroitre l’accès à la formation aux métiers.
-  De l’amélioration de la qualité de la chaîne de certification et la sécurisation de nos diplômes, nous avons achevé l’informatisation du BAC, du BEPC et le processus d’informatisation du CEP sera achevé cette année.

-  De l’amélioration de la qualité de l’enseignement à travers la dotation des CEB de budgets conséquents pour accompagner les enseignants dans un encadrement de proximité et de qualité, et la mise en œuvre d’innovations pédagogiques comme les pédagogie inclusive, l’enseignement en situation d’urgence, la formation à distance, etc.

-  De la maitrise de la gestion des ressources humaines et la répartition du personnel sur le territoire pour éviter le déficit d’enseignants en zone rurale. Aussi les mouvements de personnel se feront désormais directement pour les postes disponibles.

Nous tenons à rassurer le corps enseignant de notre disponibilité à continuer le dialogue avec eux et tous les partenaires sociaux pour que toutes les réformes, toutes les innovations soient le produit de la contribution de tous les acteurs. L’année scolaire écoulée, nous avons eu une quarantaine de rencontres avec les partenaires sociaux et cela témoigne de notre inclination au dialogue.

Chères enseignantes, chers enseignants,

Aucun Burkinabè ne doute de l’importance du rôle de l’enseignant dans le devenir d’une nation. Vous êtes à la base de tout développement car c’est à vous et à nul autre qu’il revient de former les ressources humaines de la nation. Il n’y aurait ni médecins, ni ingénieurs, ni militaires ni politiques, en somme aucune ressource humaine qualifiée sans votre bienveillante action.

Par contre, il est une autre de vos responsabilités qui est souvent occultée mais qu’il me paraît opportun d’aborder aujourd’hui. C’est la dimension morale de l’enseignement. En effet, au-delà de la formation de la jeunesse de la nation aux différents métiers et du fait d’être les premiers architectes à bâtir la nation, vous avez la mission- combien exaltante- d’amener à l’humanité des jeunes hommes encore aux caractères encore indéterminés.

Un de vos collègues, Chaïm Ginott distribuait une lettre aux enseignants en chaque début d’année scolaire pour attirer l’attention des enseignants sur la nécessité au-delà de l’instruction et de la formation, d’aider à faire de l’apprenant un être moral, un homme qui s’adosse à de vraies valeurs, celles du vivre ensemble, de la compassion, de l’honnêteté, de l’altruisme. Cet homme avait échappé aux chambres à gaz nazi pendant la seconde guerre mondiale. Aussi écrit-il dans cette lettre :

« Mes yeux ont vu ce qu’aucun homme ne devrait voir : des chambres à gaz construites par des ingénieurs instruits, des enfants empoisonnés par des médecins éduqués, des nourrisson tués par des infirmières qualifiées et entraînées…. des bébés exécutés et brûlés par des diplômés de collèges et d’universités. Je me méfie donc de l’enseignement.

Ma requête est la suivante : aidez nos élèves à devenir des êtres humains… La lecture, l’écriture, l’arithmétique ne sont importantes que si elles servent à rendre nos enfants plus humains ».

Aussi, face aux nouvelles menaces, c’est à cette véritable maïeutique que l’enseignant devrait s’atteler, que son enseignement ne s’arrête plus à l’instruction mais serve à mettre dans la société burkinabè des hommes plus humains.

Devant l’incivisme qui prospère comme une mauvaise herbe dans nos écoles, vu l’intolérance et l’extrémisme violent qui gagnent la cité, l’enseignant de 2017 à l’urgente tâche d’assécher le terreau de ces déviances en inculquant à la jeunesse scolarisée des valeurs d’humanisme. Le Burkina d’aujourd’hui et de demain aura le visage que l’enseignant voudra lui donner. D’où l’importance de votre rôle et la responsabilité qui vous incombe. Pour ma part, j’ai confiance en vous, entièrement confiance en votre capacité à changer les choses, pour le bien de tous.

Vive les Enseignantes et les Enseignants !
Que Dieu bénisse le Burkina Faso !
Je vous remercie

Jean-Martin Coulibaly
Ministre de l’Education nationale et de l’Alphabétisation

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