‘’Salifou Diallo n’a pas été ethniciste, régionaliste ; il a simplement aimé les hommes qui travaillent...’’, Mamadou Ouattara, responsable MPP du Yatenga

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO • jeudi 24 août 2017 à 11h15min

Ouahigouya vit aux rythmes des derniers réglages pour accueillir la dépouille mortelle de Salifou Diallo. Ce mercredi, oreilles tendues à 189 km (aéroport international de Ouagadougou) où était attendu dans l’après-midi, le corps en provenance de Paris, les responsables en charge de l’organisation des obsèques ont, à divers niveaux, bravé la grosse pluie qui s’est abattue pratiquement toute la journée sur la ville. Au siège provincial du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP, parti au pouvoir), sis au secteur 2 de Ouahigouya, un livre de doléances est ouvert, l’allure est aux hommages « au camarade » Salifou Diallo. Bien que tenaillé par les multiples sollicitations, le premier responsable de la section provinciale MPP du Yatenga, Mamadou Ouattara, un des ‘’fidèles lieutenants’’ de Salifou Diallo, n’a pas évité nos questions ...

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 ‘’Salifou Diallo n’a pas été ethniciste, régionaliste ; il a simplement aimé les hommes qui travaillent...’’, Mamadou Ouattara, responsable MPP du Yatenga

Lefaso.net : A 24heures de l’arrivée de la dépouille mortelleà Ouahigouya, comment votre parti vit les préparatifs ?

Mamadou Ouattara : Nous sommes dans la phase de pleins préparatifs pratiques des obsèques de notre grand camarade, le président du parti. On retiendra qu’au niveau de la Place de la nation, des hommages lui seront rendus, au niveau de sa résidence privée où il sera inhumé, à la grande mosquée de Ouahigouya où aura lieu la prière mortuaire. Tout est en train d’être mis en œuvre donc pour honorer la mémoire de cette illustre personnalité qui nous a quittés brutalement.

Lefaso.net : Comment avez-vous, personnellement, appris le décès de Salifou Diallo ?

Mamadou Ouattara : J’ai appris la nouvelle aux environs de 5 heures du matin. J’étais à Ouagadougou. C’est un ami qui m’a appelé, lui-même il était dubitatif. Quand il m’a dit ça, je n’ai pas cru, j’ai pensé à une rumeur. Aussitôt, je me suis adressé à une personne encore plus proche de lui (Salifou Diallo). Cette dernière me l’a confirmée. Mais, j’avoue que c’était comme un conte... Et jusqu’à présent, j’ai du mal à me convaincre que c’est une réalité. C’est comme une fiction... ; parce que, la veille de son décès, jusqu’à 22 heures, il avait communiqué avec certains de ses proches, il avait déroulé ses rendez-vous avec son protocole particulier, j’étais également informé d’un certain nombre de rendez-vous. Donc,... vous voyez qu’on est toujours sous le coup de l’émotion, on essaie de se ressaisir... Mais, ce ne sera pas de sitôt. C’est une grande perte, en ce sens aussi qu’il était une référence pour nous. Il était un combattant, un patriote, un bâtisseur, un modèle. Quand on perd donc une personne qui a ces vertus, on ne peut pas ne pas être affecté. Et très profondément affecté.

Mais, à l’image de celui-là qui est parti ; qui a trébuché, mais ne s’est jamais laissé tomber (il s’est toujours relevé, il ne s’est jamais laissé gagner par le découragement), nous allons faire de cette disparition, un tremplin pour pérenniser, immortaliser ses principes sacrés à savoir le travail, le courage, la conviction et le souci permanent de travailler pour le bien-être et le mieux-être des populations du Burkina et même de l’Afrique.

Lefaso.net : Mesurant la place qu’a occupée l’homme dans la localité et le choc politique que pouvait entraîner la nouvelle de sa disparition, quelle a été la disposition que vous avez tout de suite prise en direction des structures de base de votre section ?

Mamadou Ouattara : Effectivement, la nouvelle, au-delà d’ébranler, tétanise, paralyse. Mais, en tant que premier responsable du parti dans la province, c’était une obligation de trouver au plus profond de moi, des ressources, dans un sursaut, pour essayer de montrer à mes camarades que certes, Salifou Diallo est parti, mais il a laissé beaucoup de ‘’Salifou Diallo’’ qui vont poursuivre et pérenniser les valeurs qu’il a tant défendues. Dès que nous avons appris la nouvelle, et sur instructions des premiers responsables du parti, nous sommes venus rencontrer les militants des structures du parti pour leur remonter le moral, leur dire que la mort n’est pas une fatalité ; la mort comme celle de Salifou Diallo doit nous servir de tremplin pour pérenniser ses idéaux.

Nous sommes également allés dans la famille même de Salifou Diallo, auprès de sa mère et là, nous avons été édifiés par la sagesse avec laquelle, cette maman à accueilli la mort de son enfant. C’est elle-même qui nous a prodigué des conseils, pour dire que c’est un destin, qui nous attend tous, que nous devons l’accepter et que ce qui nous reste, c’est de prier, prier et encore prier pour lui. Je vous avoue que cette attitude nous a beaucoup réconfortés. Nous nous attendions à la retrouver avec des larmes. Mais, c’est plutôt elle qui nous a reçus, nos larmes aux yeux et nous a réconfortés. C’est dire que c’est aussi une maman qui est profondément croyante et qui pense que son fils n’a pas démérité, que durant son séjour sur terre, il a joué sa partition.

Et quand quelqu’un joue sa partition, joue bien sa partition, et la personne part, certes, on regrette, mais on ne regrette pas son existence ici-bas. C’est le cas de Salifou Diallo. C’est l’homme que tout le Burkina pleure aujourd’hui. Au-delà du Burkina, Salifou Diallo a été un panafricaniste (il a défendu toujours des idéaux panafricanistes). Nous prions donc pour sa mémoire et demandons au Seigneur de l’accueillir dans son royaume et de le combler dans son infinie bonté.

Lefaso.net : A quand remonte votre dernier échange avec Salifou Diallo ?

Mamadou Ouattara : Je l’ai vu quelques jours (environ une semaine) après son retour de Bobo-Dioulasso où il était pour la finale de la Coupe du président de l’Assemblée nationale. C’était à son domicile à Ouagadougou. On a échangé sur des questions liées au parti, des questions d’actualité, etc. Bref, au cours de cet entretien, rien ne présageait ce qui allait arriver. Après ça, on a échangé plusieurs fois au téléphone sur bien d’autres questions. En tout cas, les images de ces échanges, surtout physiques, restent encore gravées dans ma mémoire. C’est comme si c’était hier.

Lefaso.net : Quel sera, globalement, le dispositif d’accueil à Ouahigouya ?

Mamadou Ouattara : En tout cas, ça va être un accueil très populaire. D’abord, sur tout le trajet (Ouaga-Ouahigouya), toutes les populations qui se reconnaissent en l’homme vont sortir pour lui rendre un dernier hommage. Et à Ouahigouya ici, les populations vont l’accueillir à partir de Soumyaga (à sept kilomètres de la ville). Ensuite, nous allons faire le tour de certaines grandes artères de la ville pour recevoir des hommages des populations. La dépouille sera conduite enfin au domicile où il est prévu une veillée de prière.

Le lendemain (vendredi), à la Place de la nation, il lui sera rendu des hommages publics et populaires, où tous les corps constitués vont intervenir. Puis, la prière mortuaire à la mosquée avant d’être inhumé dans sa cour sise au secteur 10 de Ouahigouya. Ce sont vraiment les grandes articulations. Je dis que c’est un au-revoir, et non un Adieu ; parce que nous allons sentir par les œuvres qu’il a laissées, par ses pratiques, son modèle, son existence parmi nous. C’est ce que nous attendons de tout homme ; que pendant son passage, il puisse marquer ce passage par des actions qui profitent à ses proches, à son pays, à toute l’Afrique. Nous allons toujours nous abreuver dans ses idées positives.

Lefaso.net : De ses actions qui vous ont marqué dans le cadre politique, quelle est celle qui vous reste encore plus vive, que vous n’oublierez jamais ?

Mamadou Ouattara : Ah oui... Lors des campagnes passées (de novembre 2015), nous étions en train d’aller à Koumbri (à environ 25 km de Ouahigouya). Sur le chemin, à chaque fois qu’il y avait un attroupement sur la route, Salifou Diallo nous disait : arrêtez-vous. Même s’il y avait dix personnes, il marquait un arrêt pour saluer les gens. Ainsi, on est arrivé dans un village, Toogo, quand nous nous sommes arrêtés, des gens (des vieux) se sont présentés à nous et ils ont tendu une enveloppe à Salifou Diallo ; de l’argent. On était tous arrêtés, surpris. Ils ont dit de prendre, qu’ils ont cotisé pour le soutenir ; parce qu’ils savent qu’il en a besoin.

Il (Salifou Diallo) a hésité un certain moment, mais nous avons acquiescé par nos regards. On lui a dit qu’un cadeau de ce genre ne se refusait pas ; ils savent que tu n’es pas dans le besoin. Ça montre jusqu’à quel point, ces braves populations s’identifiaient à l’homme. Ça marque aussi le degré de confiance que ces populations avaient placé en l’homme. Généralement, ce qu’on voit, en période de campagne, c’est que les gens s’attendent à ce qu’on vienne leur donner. Mais, que les paysans, des producteurs se cotisent pour donner.... Vraiment, ce sont des exemples rares, et ils ne le font pas à n’importe qui. Ça m’a beaucoup marqué dans mes relations avec lui.

Lefaso.net : On sait que vous avez eu un lien politique solide avec l’homme ; parce que vous avez été maire d’une des communes du Yatenga dans un contexte où certains esprits exigeaient (comme, malheureusement, dans nombre de localités) que pour pouvoir être candidat à une élection, il faut être autochtone. Il a dû peser pour combattre ces perceptions ..., dit-on !

Mamadou Ouattara : Effectivement. Nous le devons au camarade Salifou Diallo, qui n’est pas ethniciste, qui n’est pas régionaliste. Salifou Diallo aime les hommes qui aiment le travail et qui aiment travailler. Quand tu es travailleur, quand tu es honnête, quand tu es un patriote, peu importe ta provenance pour lui. Je pense que ce sont ces qualités qui m’ont permis d’exceller dans la politique ici, en dépit des préjugés que vous connaissez. Je ne suis pas le seul, beaucoup m’ont précédé dans de hautes fonctions (aussi bien politiques qu’administratives) du fait de Salifou Diallo. Il n’était pas seulement Salifou Diallo du Yatenga ; il était Salifou Diallo de Bobo, de Gaoua, de Fada, de Dori, de Banfora, etc.

Et même quand souvent il vous arrivait d’aborder ce genre de sujets, il bottait ça en touche ; parce que pour lui, quelle que soit la localité ou l’origine de quelqu’un, si tu as les qualités (que j’ai énumérées plus haut), tu es un frère, un camarade, un compagnon. C’est pour cela qu’avec lui, on ne s’est jamais senti marginalisé pour des considérations d’ordre social, géographique et je pense qu’il a montré par l’exemple et la pratique au niveau du Yatenga ici et les populations l’ont suivi dans ce sens.

Lefaso.net : Selon vous, qu’est-ce que la disparition de Salifou Diallo doit inspirer à la classe politique burkinabè ?

Mamadou Ouattara : L’un des motifs de satisfaction et de fierté que j’ai, c’est que tout le monde reconnaît les qualités de l’homme. Certes, nul n’est parfait. Mais, je crois que Salifou Diallo avait plus de qualités que de défauts. Cela s’est avéré à travers tous les témoignages que nous avons eus, ici comme partout ailleurs dans le monde entier. Nous en sommes fiers. Cela veut dire que nous ne nous sommes pas trompés d’être un camarade de Salifou Diallo, parce qu’il avait des valeurs qui doivent nous inspirer pour le temps qui nous reste sur terre. Il a des valeurs qui doivent inspirer tout homme politique, tout gouvernant et je crois que si la moitié, même le tiers, des Burkinabè ont ces valeurs, le Burkina sera un pays émergent. Et ces valeurs sont celles de travail, de probité, de patriotisme, de don de soi et de bâtisseur. Salifou Diallo a été aussi profondément altruiste, il était très sensible aux situations des autres (qu’ils soient proches de lui ou non).

Lefaso.net : On va vous permettre d’aller répondre aux nombreuses sollicitations, donc ...

Mamadou Ouattara : C’est d’inviter l’ensemble des populations de Ouahigouya et environnants, à sortir très nombreuses pour rendre un hommage mérité à ce patriote, à ce fils qui nous a honorés, qui a mis sa vie au service de sa nation ; au service des jeunes, des femmes, des vieux. Il faut lui rendre cet hommage, nous lui devons bien cela, pour tout ce qu’il a fait. Demander ensemble, dans une union de prières, au bon Dieu de le combler de toute sa grâce et de lui rendre la terre libre du Burkina légère.

Aux camarades, je dirais :après le découragement, nous devons nous ressaisir. Nous devons nous ressaisir ; parce que ce que Salifou Diallo a fait est quelque chose de singulier. Salifou était un homme exceptionnel. Et ses actions, pour pouvoir les imiter et les pérenniser, il faut qu’on ait un moral fort, il faut qu’on soit soi-même et ce n’est pas dans le découragement, l’abattement, dans la fatalité qu’on pourra le faire. Je voudrais demander aux uns et aux autres, notamment à ses camarades politiques, à mes camarades politiques, de faire de cette disparition, un tremplin pour immortaliser, irriguer les idéaux du camarade Salifou Diallo dans le Burkina tout entier.

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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