Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

LEFASO.NET | Herman Frédéric Bassolé • samedi 19 août 2017 à 06h59min

A des milliers de kilomètres de la mère patrie, ils sont toujours prêts à hisser haut le drapeau du Burkina Faso, dans les études comme dans les affaires. Jeunes et ambitieux, ils le sont face à l’adversité. Williams Kaboré est l’un d’eux. Etudiant non-boursier en ingénierie informatique à l’Université de Tamkang en République de Chine-Taïwan, il est également le fondateur de deux entreprises. Il s’agit de MondesAffaires.com, le site d’affaires le plus utilisé au Burkina Faso avec plus d’un millier d’annonces actives et un demi-million de pages vues par an ; et Inzaka (inzaka.com) qui permet aux utilisateurs d’acheter des marchandises en Asie sans se déplacer. Portrait !

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Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

« Le succès ne dépend pas de la famille dans laquelle on grandit mais de la conviction personnelle que l’on a ». Tel est le conseil que Williams Kaboré donne à quiconque veut se lancer dans l’entrepreneuriat. Lui qui a toujours été fasciné par les ordinateurs et appareils électroniques, depuis sa tendre enfance et qui, à l’adolescence, a été piqué par le virus de l’entrepreneuriat. « Dans ma famille, on a toujours eu une grande liberté de choix de carrière, mais mes parents m’ont toujours dit de faire la part des choses entre ce qui leur appartient et ce qui m’appartient. Et quel que soit ce que je choisis de faire, je dois toujours tout donner pour être le meilleur dans le domaine. J’avais 14 ans, mais ces conseils m’ont obligé à raisonner comme un adulte indépendant », se rappelle encore Williams Kaboré

Mais avant de se lancer dans les affaires, le jeune Williams a appris à programmer différents types de logiciels tout en étant un fin observateur de la société. Au bout de 2 ans de réflexion et de planification, il décide de créer MondesAffaires.com après avoir convaincu ses parents de lui prêter un modeste capital de départ qui est devenu plus tard un don. « Ils étaient impressionnés par le travail accompli. Pendant 3 mois, j’étais enfermé dans ma chambre à écrire le code du site web, à planifier le développement de l’entreprise et à communiquer avec d’autres programmeurs sur Skype pour prendre des conseils », nous confie-t-il. Et ce n’est que le 27 septembre 2014 que le site a été officiellement lancé soit deux mois avant le départ du jeune entrepreneur pour la Chine-Taiwan afin d’y poursuivre ses études.

Une fois sur l’île de Formose, il fallait suivre pendant une année un cours de mandarin. Cette étape, le jeune Williams l’a franchie sans problème et aujourd’hui il parle bien le chinois-mandarin. Un atout qui lui permet aujourd’hui de jouer à l’interprète pour les commerçants et hommes d’affaires africains qui fréquentent habituellement Taiwan. Après donc ses cours de langue, il s’est inscrit à l’Université de Tamkang en ingénierie informatique. Débordé par les études en première année, il a été rejoint plus tard par deux autres associés dans l’administration de MondesAffaires.com.

Et malgré les difficultés de parcours, le jeune burkinabè dit être fier de son entreprise qui, à l’en croire, est de loin le site d’annonces le plus utilisé au Burkina Faso avec plus d’un millier d’annonces d’affaires actives et un demi-million de pages vues par an. Malgré cette performance, l’équipe veut aller plus haut et plus loin. « Nous avons un plan d’action pour les 10 prochaines années qui pourra nous assurer une meilleure intégration sur le marché burkinabè et une croissance stable en termes de nombre d’utilisateurs et de revenus. Ce qui nous permettra d’avoir les moyens pour mettre en place des services encore plus bénéfiques pour nos utilisateurs », a indiqué le fondateur de MondesAffaires.com.

En plus de cette entreprise, Williams Kaboré est également le fondateur et président de Inzaka (inzaka.com), une entreprise qui permet à ses utilisateurs d’acheter des marchandises en Asie sans se déplacer, ce, grâce à une équipe dynamique en Asie qui aide les commerçants et particuliers africains à produire les marchandises et assurer la logistique jusqu’à la destination finale. Les matériels de construction, les produits solaires, agricoles, informatiques, électroniques, industriels et les pièces auto sont les mieux vendus, selon le jeune Williams. Présent en ce moment au Burkina, il rencontre des partenaires et clients dans le but d’obtenir des accords stratégiques et finaliser la mise en place d’un certain nombre de services.

Williams Kaboré, c’est aussi une personnalité forgée à Taiwan où il a remarqué une grande différence entre la façon de penser et de travailler des Asiatiques et celle des Africains. « L’Africain typique, face à une situation délicate, essaie de fuir la réalité par divers moyens dont la religion et l’alcool principalement et n’agit pas vraiment pour résoudre le problème. Il espère qu’un miracle va se produire. Le plus souvent, ce miracle ne se produit pas et la situation s’empire. Je suis un croyant pratiquant, mais je me dis que Dieu ne viendra pas résoudre les problèmes qu’on peut résoudre nous-mêmes sinon, nous ne serions pas dotés d’un cerveau. L’Asiatique typique en revanche est permanent présent dans sa vie et ne laisse rien à l’incertitude. Face à une situation délicate, Il évalue de façon lucide et réaliste les options disponibles et applique de façon assidue la meilleure option. »

Que dire du sens élevé de patriotisme des Taiwanais ? Selon Williams Kaboré, les chinois font toujours passer l’intérêt de la nation avant leurs intérêts personnels et en presque trois ans, il affirme n’avoir pas vu encore de grève. « Quand ils sont mécontents, ils passent par des moyens formels pour le faire comprendre et si il n’y a pas de suite, ils continuent d’aller au travail mais manifestent de façon pacifique dans leur temps libre pour attirer l’attention du Gouvernement ». Comparaison n’est pas raison, mais le jeune entrepreneur pense que les Burkinabè ont du potentiel qu’ils devraient mettre au service de la nation par le travail. « Nous pouvons continuer à grever pour tout et rien mais l’expérience de nos aînés a démontré que cela n’a pas beaucoup d’effets car la solution à un bon nombre de problèmes comme le manque d’emploi est entre les mains de la jeunesse », a-t-il déclaré avant de conclure : « les eaux douces ne font pas les bons marins ».

Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 19 août à 16:23, par Jean Bouda
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    FELECITATIONS JEUNE FRERE. TU ES UN EXAMPLE A SUIVRE. J’AIMERAIS UN JOUR ECHANGE AVEC TOI.

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  • Le 19 août à 23:23, par bonne chance
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    tout le soutien de tes compatriotes. si l’africain pense de cette maniere c’est qu’on lui a dit qu’il n’y a qu’un seul chemin trace par les occidentaux qui va vers le bonheur. l’africain est tres intelligent mon frere. lis le discours de leopolds II.

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  • Le 20 août à 07:26, par SORE. À. FATAF
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Un parcours inspirant et un dynamisme à encourager. Bonne chance pour la suite

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  • Le 20 août à 11:26, par Le sage
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Félicitation pour ton dévouement et ta vision pour le Burkina et l’Afrique tout entier. Je voudrais que les uns et les autres (politiciens et, syndicats, élèves, étudiants, bref toutes les couches du pays...) lisent attentivement dans une méditation profonde le sens des propos suivants de ce petit frère (lourd de sens et plein d’enseignement) :
    "Que dire du sens élevé de patriotisme des Taiwanais ? Selon Williams Kaboré, les chinois font toujours passer l’intérêt de la nation avant leurs intérêts personnels et en presque trois ans, il affirme n’avoir pas vu encore de grève. « Quand ils sont mécontents, ils passent par des moyens formels pour le faire comprendre et si il n’y a pas de suite, ils continuent d’aller au travail mais manifestent de façon pacifique dans leur temps libre pour attirer l’attention du Gouvernement ». Comparaison n’est pas raison, mais le jeune entrepreneur pense que les Burkinabè ont du potentiel qu’ils devraient mettre au service de la nation par le travail. « Nous pouvons continuer à grever pour tout et rien mais l’expérience de nos aînés a démontré que cela n’a pas beaucoup d’effets car la solution à un bon nombre de problèmes comme le manque d’emploi est entre les mains de la jeunesse », a-t-il déclaré avant de conclure : « les eaux douces ne font pas les bons marins »."

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  • Le 22 août à 04:39, par Kaba Walakou
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    C’est toujours bien beau de dire qu’en Asie en Allemagne ou ailleurs les travailleurs grèvent peu ou pas du tout parce qu’ils seraient patriotes. Seulement, dites nous aussi comment se comportent le patronat et les gouvernants dans ces contrées.

    Il faut vous rendre à l’évidence : le comportement des travailleurs dans nos pays est toujours une réplique, au rabais, au comportement des gouvernants et des employeurs.

    Remarquez les entreprises étrangères (françaises par exemple) installées dans nos pays ou qui y ont un contrat occasionnel : il y’a peu ou presque pas de grève dans ces entreprises ; pourquoi ?

    Rappelez vous : il y’a quelques années au Burkina deux entreprises, l’une burkinabè l’autre française, avaient en charge la construction d’une de nos routes nationales (la numéro 1). Chaque entreprise avait son tronçon de route à construire et elles travaillaient simultanément avec un délai contractuel avoisinant deux ans. L’entreprise étrangère a enregistré un et un seul arrêt de travail soit disant pour réclamer des primes de lait (les travailleurs savaient qu’ils en avaient le droit). Dans l’autre entreprise les grèves étaient à répétition pour des retards de salaire atteignant six mois pour certains travailleurs. Dites nous si en Taïwan ou ailleurs dans les pays où il n’y aurait pas de grève, quel est le seuil de retard de salaire toléré ?

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  • Le 24 août à 13:32, par BAMA
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Bonjour,
    Félicitations à William pour cette détermination.
    Je suis d’accord avec lui quand il dit que les Burkinabé ont un potentiel. C’est vrai, on est intelligent, bosseurs mais nous ne savons pas saisir les opportunités quand il faut.
    On a des atouts : intégrité, loyauté, travailleur.
    Le Burkinabé a besoin de s’ouvrir et il découvrira ce dragon qui dort en lui comme ce fut le cas des pays asiatiques depuis les années 50.
    Pour cela, j’invite M. Kaboré à proposer une coopération entre Chine Taiwan avec des écoles, universités et même des collèges et centres de formations pro du Burkina dans le sens d’établir un enseignement par le web. Le e-learning sera d’un grand avantage pour réveiller l’esprit de nombreux compatriotes.
    Merci

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  • Le 24 août à 18:07, par TAPSOBA DESIRE
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Bravo et bon vent à toi ! Espérons que ton séjour au pays sera très concluant.

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  • Le 30 août à 09:40, par IDO
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Felecitation a toi Williams et bon courage tu fais la fièrté de ton pays

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  • Le 31 août à 18:07, par Bagoro
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Ton histoire doit inspiré bien d’autres jeunes à emboîter ton pas et pour y arriver il faut retenir ceci : vouloir + croire + agir= reussite totale

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  • Le 1er septembre à 23:08, par mobutu
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    c’est bien beau ce que le jeune homme a entreprit. Seulement l’arbre ne doit pas cacher la foret. cet enfant a eu l’argent où pour payer ses billets de voyage, ses frais d’inscription, de logement, de restauration en chine, sans bourse. Ceux qui sont simples d’esprit seront pris au piège , mais pas les nous autres. un cadre supérieure de la fonction publique ne peut pas offrir cela à son enfant ; donc soyons modeste dans nos éloges. il peut y avoir du blanchiment à coté surtout que la période de départ du jeune homme correspond avec la fuite de BLAISE COMPAORE

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    • Le 29 septembre à 17:53, par RAWA
      En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

      Malghré tout ce que tu dis, il faut reconnaitre que de tous les enfants dont les parents sont riches et qui pouvaient voyager et autre comme tu dis, ils sont rares à avoir un el raisonnement. Il faut donc bien le lire et réfléchire à ce que ce jeune homme dit car le plus important dans cette affaire, c’est son témoignage de ce qu’il a vu ailleurs et qui pourrait transformer la vie de nombreux jeunes burkinabè qui en général attendent tout du gouvernement.

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  • Le 2 septembre à 15:57, par KABORE Zacharie
    En réponse à : Taiwan : Un Burkinabè de 20 ans à la tête de deux entreprises

    Bravo ! Courage ! De ma part,il n’ya même pas de pauvre sauf celui qui decide de l’être. Si l’Afrique est toujours pauvre, ce sont les Africains qui en sont responsables. Ce n’est ni Dieu ni rien.

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