Tolérance réligieuse et management des conflits : Des responsables de mouvements armés du nord/Mali, leaders des OSC et religieux formés à Bamako

Par Soumoubienkô Roland KI, envoyé spécial à Bamako • mardi 20 juin 2017 à 11h45min

Le groupe BLM dont le promoteur est Ouézen Louis Oulon, homme bien connu dans le landerneau médiatique Burkinabè, a organisé du 9 au 11 juin 2017 à Bamako, une conférence internationale sur la gestion des conflits et la tolérance religieuse. Plusieurs leaders religieux, des élus locaux, des responsables de mouvement au Nord Mali et des leaders des organisations de la société civile et ONG œuvrant dans le domaine humanitaire ou pour la promotion de la paix, ont pris part à cette rencontre. Des communicateurs et conférenciers ont passé en revue plusieurs thèmes relatifs à la crise malienne en vue de mieux outiller les participants à faire face à l’épineuse question de la gestion des conflits et aussi et surtout à contenir l’extrémisme religieux à travers la mise en exergue de la tolérance religieuse.

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Tolérance réligieuse et management des conflits : Des  responsables de mouvements armés du nord/Mali, leaders des OSC et religieux formés à Bamako

« Tolérance religieuse, management de conflits et paix ». C’est ce thème principal qui a fait l’objet de diagnostic par plusieurs conférenciers lors de la conférence internationale tenue à Bamako du 9 au 11 Juin 2017. Organisée par le groupe BLM dont le directeur général est Ouezen Louis Oulon, cette rencontre a été un tremplin d’échanges avec des responsables de mouvements armés du Nord/Mali, les leaders religieux et de la société civile entre eux d’une part et une opportunité pour ceux-ci d’apprendre et de s’approprier plusieurs connaissances qui devraient leur permettre de contenir les situations de crise, d’autre part.

Le choix de la capitale malienne n’a pas été un fait fortuit en ce sens que ce pays a traversé une crise dans sa partie septentrionale et continue de vivre des résurgences de l’extrémisme religieux avec des élans d’attaques terroristes et d’insécurité. D’où, ce choix en vue d’outiller quelques personnes ressources en matière de prévention et de gestion des conflits et surtout pour promouvoir la tolérance religieuse. Pour réussir cet objectif, des conférenciers parmi lesquels l’expertise Burkinabè et malienne avec le Dr Mahamoudou Ouédraogo, Pr Mamadou Samaké, analyste politique, professeur à l’université, Dr Mahamoudou Ouédraogo, ancien ministre, homme de culture Burkinabè et surtout les hommes des religions musulmane et chrétienne bien connu comme Mohamed Kimbiri, Mamadou Sidibé ont pu partager leur savoir avec les participants.

Les thèmes abordées au cours des trois journées de façon assidue ont été aussi variés que les personnes participantes. Ces thèmes que sont : « Parvenir à la paix », « corrélation Islam et terrorisme », « Le processus de paix au Mali : difficultés et perspectives », « le rôle de la communication dans la gestion des crises », « la communauté musulmane malienne face à la montée de l’extrémisme », « la communauté chrétienne face à l’extrémisme religieux », « difficultés de conversations » ont permis de ressourcer les participants en vue de les rendre plus aguerris à affronter les difficultés relatives à la promotion de la paix.

La communication inaugurale a été assurée par le directeur général de BLM, Ouezen Louis Oulon qui a introduit la rencontre en développant au profit des participants des techniques de négociations. Pour lui, pour parvenir à la paix, il faut savoir entre autres manager les différences et les intérêts via l’acceptation de la différence, la renonciation à ses droits pour prévaloir la paix. Il a préconisé que chacun s’engage pour la paix en vue d’éviter la guerre qui n’a que des conséquences fâcheuses. « La guerre endeuille les familles, fait échouer le business et menace notre sécurité personnelle de sorte qu’aucune action fructueuse n’est possible », a justifié le directeur général de BLM. 

La paix est la norme et elle est prépondérante par rapport à la guerre, a- t-il insisté. A en croire celui-ci, la médiation est indispensable en cas de conflit pour permettre à différentes parties de fumer le calumet de la paix. C’est pourquoi, il a exhorté les participants à œuvrer pour que le Mali sorte la tête de l’eau et puisse endiguer définitivement la crise qui l’a travers depuis quelques années. Ce rôle revient aux acteurs qui, une fois de retour dans leur localité d’origine doivent savoir mettre en application les connaissances apprises afin ces connaissances ne restent pas lettres mortes mais qu’elles puissent faire l’objet de restitution au profit de tous. Et de poursuivre que si l’homme est capable de guerre, c’est qu’il est capable également de paix.

Pour mieux illustrer cela, il a indiqué que le conflit est une création humaine et que si la guerre est de la nature humaine, c’est que la paix l’est aussi. Il a invité les participants à mettre l’accent sur un schéma tripartite qui consiste à prévenir les conflits, les résoudre au cas où ils surgissent et les contenir pour leur disparition. Cette communication n’a pas manqué de susciter l’intérêt des participants qui ont témoigné clairement, avoir y tirer grand profit. Pour la suite, la seconde conférence afférente à un thème aussi d’actualité que suscitant des débats intitulé comme : « Corrélation islam et terrorisme » a été développé par un prédicateur et promoteur d’une radio en la personne de Mohamed Kimbiri.

C’est l’occident qui pointe un doigt accusateur aux musulmans en utilisant les symboles de l’islam pour justifier des actes terroristes
Celui-ci a expliqué que l’islam ne prône pas l’extrémisme religieux et que c’est l’occident qui pointe un doigt accusateur aux musulmans en utilisant les symboles de l’islam pour justifier des actes terroristes. Il a cité l’exemple de Charlie Hebdo en France. Il a martelé que l’islam préconise la paix. Pour endiguer ces difficultés qui poussent à assimiler la religion musulmane aux actes terroristes, il a recommandé qu’il faille mettre l’accent sur la bonne communication en matière de prédication pour véhiculer le bon message tel que cela est enseigné par le coran.

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Ouézzin Louis Oulon, directeur général de BLM : « Les conversations difficiles peuvent facilement conduire à des guerres destructives mais cela doit nous conduire sur le chantier de la discussion et de la négociation »

Quant au directeur général de BLM, il est revenu à la charge sur un autre thème relatif à la promotion de bonnes pratiques de conversations autour du thème : les conversations difficiles. Toute chose qui permet d’éviter certaines crises qui pourraient émaner des conversations. De la qualité de la conversation, le message de paix pourrait être véhiculé et des crises pourront être contenues. Cela est valable aussi bien au travail, en famille qu’en société de façon générale, a indiqué Louis Oulon.

C’est dans la même veine qu’a abondé l’ancien ministre Mahamoudou Ouédraogo en mettant l’accent sur la communication en crise conformément au thème par lui évoqué comme : « Place de la communication dans la survenue et la gestion des crises ». Pour lui, la communication est à l’avant-garde de toutes les actions humaines. « La communication est holistique parce qu’elle forme un tout. Elle permet de résoudre les crises mais exige une capacité d’écoute », a étayé Mahamoudou Ouédraogo. Il a invité les uns et les autres à savoir s’abreuver à la source de la communication sociale basée sur l’oralité telle que promue dans la société traditionnelle africaine, sous l’arbre à palabre. Sous l’arbre à palabre, les africains parlaient et arrivaient à désamorcer les tensions en mettant l’accent sur la communication. Il faut savoir s’appesantir sur la renaissance car, c’est le passé qui sert d’ingrédients pour le futur, a-t-il souligné.

« Comment oublié notre passé et où trouvez les ingrédients pour le futur », s’est interrogé Mahamoudou Ouédraogo. Il a encouragé les participants à être de bons communiquant sociaux en faisant en sorte que la renaissance soit une réalité et que la solidarité soit de mise. Dr Mahamoudou Ouédraogo est revenu sur l’origine des touaregs. Le thème par lui développé à ce propos, était formulé comme suit : « Origine et évolution de la crise touarègue ».

« Si la question des touarègs est mal traitée, elle aura des conséquences dans toute la sous-région »

Pour l’ancien ministre Burkinabè, le problème de la crise touarègue est régional et n’épargne aucun pays à savoir le Niger, l’Algérie et le Burkina. Ce qui lui a fait dire que si le problème touareg n’est pas réglé, c’est tout le monde qui sera concerné par les conséquences néfastes. En faisant la genèse de l’histoire des touarag, Mahamoudou Ouédraogo est revenu sur la définition en arabe de Touareg. Pour lui, Touareg en arabe Tawarek signifie : les oubliés de Dieu. Selon une étude menée par un ministre des affaires étrangères nigériennes, Jean Salifou, les touaregs ont un nombre estimé à 1 million 300 personnes repartis dans plusieurs pays. Ils sont 650 000 au Niger, 400 000 au Mali, 20 000 au Burkina, 20 000 en Lybie et 30 000 en Algérie, selon cette étude, a rappelé Mahamoudou Ouédraogo.

Ces touaregs sont organisés, en casques subdivisé en chefs, guerriers, artisans et esclaves. Il a salué l’initiative de la tenue de la rencontre en vue de revenir sur la question de la crise malienne. « Le développement ne peut être une réalité sans formation. Les pays les plus développés sont ceux-là dont les citoyens sont les mieux formés au monde. Les questions traitées sont essentielles en ce sens qu’elles parlent de stabilité. Les frontières héritées de la colonisation ne sont pas un rempart contre les phénomènes comme le terrorisme. Pour preuve, nous pouvons citer ce qui se passe au Nord de notre pays. Toute chose qui n’était pas prévisible, il y a dix ou quinze ans. Si le Mali tombe d’autres pays vont suivre parce que c’est tout comme la théorie du domino. Le Burkina aussi a vécu la révolte touarègue lorsque c’était la Haute-Volta. Si la question des Touaregs est résolue, cela nous est également profitable ainsi que le Maghreb à savoir le Maroc, la Tunisie et l’Algérie ainsi que les pays au sud du Sahara. Nous pouvons faire un parallèle avec la question kurde. Les problèmes qui concernent les peuples à cheval sur plusieurs frontières, ne doivent pas être traités par un seul pays. Ce sera une erreur. Si la question des touarègue est mal traitée, elle aura des conséquences dans toutes la sous-région », a mentionné Mahamoudou Ouédraogo.

« Nous dispensons dans la sous-région des modules dans le sens de la promotion de la paix à savoir au Burkina Faso, au Niger et au Mali ou en Mauritanie afin de mettre à côté du fusil un peu de fleur et de parfum pour résoudre les conflits »

C’est dans le même ordre d’idée que l’organisateur principal, Ouezen Louis Oulon a emboité en justifiant la tenue de la conférence en ces termes : « La sous-région est confrontée à des questions cycliques notamment la crise au Mali qui n’est plus l’apanage du Mali uniquement en ce sens que le Burkina Faso, le Niger, la Côte d’Ivoire sont interpellés par cette situation ». Il fallait, a-t-il noté, que des leaders religieux, d’OSC soient mobilisés en vue de les outiller à l’école de la diplomatie publique. Tout être humain peut avoir des limites objectives dans l’appréhension des problèmes et dans la résolution des conflits. D’où la nécessité de se familiariser avec des techniques d’apprentissage pour transformer les situations conflictuelles en situation de conversation qualitative, reste possible tant que les acteurs ont un minimum de la connaissance de la science humaine, a laissé entendre le directeur général de BLM. 

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Une photo de famille des participants à l’issue de la conférence internationale sur la tolérance religieuse tenue à Bamako (Ph. Dr)

« Les conversations difficiles peuvent facilement conduire à des guerres destructives mais cela doit nous conduire sur le chantier de la discussion et de la négociation. C’est pourquoi, nous dispensons dans la sous-région des modules dans le sens de la promotion de la paix à savoir au Burkina Faso, au Niger et au Mali ou en Mauritanie afin de mettre à côté du fusil un peu de fleur et de parfum pour résoudre les conflits », a précisé Ouezen Louis Oulon. Il a traduit son satisfecit par rapport à la qualité des participants qui ont été diversifiés et qui viennent également de la région du Nord Mali notamment des leaders d’OSC touaregs et des chefs de mouvements armés du Nord Mali. Par exemple l’un des responsables de mouvements armés au Nord Mali a témoigné publiquement qu’il a pu tirer son épingle du jeu dans les négociations menées lors de la médiation Burkinabè, à Alger, Tunis et à Genève grâce à la formation reçue précédemment avec BLM, a mentionné Louis Oulon.

C’est effectivement ce qu’a laissé entendre, Boubacar Touré, le vice-président de la commission défense de la coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). En rappel, ce mouvement se compose de plusieurs structures du nord Mali à savoir la Coalition pour le peuple de l’Azawad (CPA), le mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil de l’Unité de l’Azawad (HCUA), le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), la coordination des mouvements et forces pour la résistance II (CMFPR II). Le secrétaire général du CMA a partagé son expérience en étayant l’intérêt des formations par lui reçues par BLM sur les techniques de négociation pour la promotion de la paix en cas de crise. « La formation que j’ai reçue m’a permis de traverser toutes les étapes de négociations sur la crise malienne que ce soit pour l’accord de Ouagadougou, la médiation algérienne, en Tunisie ou à Genève en Suisse. Cette formation est d’un intérêt certain qu’il faut travailler à pérenniser », a confié Boubacar Touré du CMA.

Pour sa part, Aneyssoum Dicko, élu local de la commune de Gossi dans la région de Tombouctou a indiqué que cette formation est un renforcement de capacités pour lui en ce sens qu’il n’est pas à sa première participation. « En 2014, j’ai eu l’opportunité de prendre part à une rencontre de ce genre. J’entends restituer ce que j’ai reçu une fois de retour dans ma commune d’origine. Nous aurions souhaité qu’une rencontre pareille se tienne sur le terrain afin qu’elle puisse bénéficier au maximum de participants. C’est d’une telle formation qu’ont besoin les populations du Nord. Nous aurions souhaité que notre gouvernement nous fasse bénéficier périodiquement de telles formations », a-t-il martelé. Almougamar Ag. Agaly, sociologue originaire de Tombouctou a souligné l’importance indéniable de la formation. Il a réitéré son engagement à faire profiter aux populations de sa localité d’origine de la formation reçue. « Nous allons continuer de semer la graine de ces outils de négociations », a conclu Louis Oulon.

Par Soumoubienkô Roland KI, envoyé spécial à Bamako

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