Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

Point de vue de Sidi Sidibé, Burkinabè de la diaspora • lundi 29 mai 2017 à 12h49min

Au-delà de notre indignation à l’instar de nombreux Burkinabè, il nous est difficile de poser mot plus juste autre que la barbarie sur la vindicte populaire dont a été victime à Ouagadougou une innocente citoyenne le mardi 23 mai 2017. Cependant ne nous méprenons pas à mesurer notre indignation à l’aune de la seule considération de genre qui nous empêcherait de percevoir toute la dimension douloureuse de cet odieux acte profondément ancré en nos sociétés.

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Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

La victime est avant tout un être humain et ce crime ne peut être sous-tendu par le fait qu’elle soit une femme. Il nous souvient personnellement d’avoir été témoin d’un cas de lynchage juste pour soupçon de vol d’une chemise sur une corde à linge en 1995 dans cette même ville de Ouagadougou. Aujourd’hui, le seul fait qui a changé est la médiatisation. Pourquoi cette propension à la violence de foule, a-t-elle traversé le temps, aussi bien les temps qui nous semblaient calmes que ceux moins calmes parfois empreints de tempête ?

Nous avons tous, une responsabilité collective qui ne peut hélas être niée. Imputer cela aux soulèvements insurrectionnels qui ont mis fin au régime de Blaise Compaoré, comme il nous est parfois donné de l’entendre, serait non seulement une paresse intellectuelle, mais aussi une grave erreur. Il est impérieux de nous pencher sur les causes réelles avec clairvoyance afin que ce phénomène ne s’amplifie encore plus, car irrigué, nourri par un mal être social de plus en plus profond comme ce qui est en train d’arriver sous d’autres contrées en Afrique en général et Madagascar en particulier où cela prend des proportions insoupçonnées.

En effet, à y voir de plus près, ces phénomènes sont légions et protéiformes, mais le genre est unique et sans équivoque aucune. Que l’on soit accusé de sorcellerie, de voleur, d’avoir commis un infanticide, d’être un pédophile ou un homosexuel, les conséquences sont les mêmes : un lynchage populaire d’une violence extrême allant jusqu’à l’autodafé. Il est même devenu difficile de circonscrire ces faits qui s’observent en effet régulièrement en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Burundi, au Gabon, au Sénégal, au Togo, au Nigéria, au Cameroun…

La question légitime qui mérite d’être posée aujourd’hui est pourquoi ? Non pas que la réponse à cette question dédouane cette foule délinquante de son crime, mais nous permettra de mesurer l’ampleur de notre combat collectif. Les comportements sociétaux spontanés ou non ne sont guère que les reflets des rapports qui régissent la société. Le respect de toute chose ne peut être séparé de la conscientisation de ce qui peut être une atteinte à cette chose, Malheureusement même si cela devrait découler de notre caractère humain, c’est le Droit qui nous le rappelle si souvent.

Justement parlons-en du droit. Il n’est efficient que lorsqu’il est accepté de tous. Qu’il soit moderne ou coutumier. Il ne peut y avoir de droit que par la légitimation d’une autorité supérieure dédiée non seulement à le faire respecter mais encline également à agir droitement dès lors qu’il s’agit de question de droit. Et quand cette autorité est dévolue à l’État dans un système institutionnel dans lequel le pouvoir public est lui-même soumis au droit, on parle alors d’un État de droit. Mais voilà que sous nos cieux l’application même du droit est devenue un écrin de frustration, de ressentiment, d’aigreur pour la grande majorité de nos concitoyens susceptibles d’être happés par cette foule délinquante.

Alors, ne pouvant se faire justice soi-même individuellement, on s’adonne via la foule, avec ferveur et sans limite à une justice de fait, une justice non judiciaire dont le dénouement est la condamnation arbitraire du présumé coupable. On est sans conteste en face d’une remise en cause de l’État, du Droit, de la justice pénale si ce n’est leur déni total. En la manière, rien ne peut être excipé à l’endroit des Koglweogo dont les agissements sont du même acabit.

Un autre vecteur de cette frustration, de cette aigreur, est l’acquisition éhontée de richesses par certains, principalement par corruption, par détournement du bien public au détriment de la grande masse en toute impunité. Ce qui entraine parfois des contradictions criantes qui devraient interpeller tous les bien-pensants. En effet comment expliquer qu’un automobiliste qui tombe en panne avec sa grosse 4x4, même en pleine brousse, voit surgir de nulle part tout un essaim de bras valides prêts à lui porter secours sans attendre aucune contrepartie, alors que si jamais par malheur ce même automobiliste était impliqué dans un accident avec un vélo, la probabilité qu’il fût lynché augmenterait avec la gravité des blessures causées et de surcroit s’il y avait perte de vie humaine. En effet dans ce dernier cas, en plus de l’immense peine causée, pour laquelle on est si souvent certain qu’il n’y aurait ni réparation ni condamnation, nonobstant notre inclination à un fatalisme démiurgique, c’est à cette injustice sociale que l’automobiliste est désormais associé.

L’être social est le premier déterminant d’une conscience sociale. Notre développement, dans son sens le plus large ne saurait plus attendre. Au vu de la démographie galopante, la compression inhérente des zones de pâturage nous exposera encore plus à des conflits entre agriculteurs et bergers en transhumance. En effet, hormis un caractère humaniste hors du commun dites-moi ce qui arrêterait le courroux d’une famille qui voit détruit par des bœufs son seul moyen de survie à savoir son champ. On conviendra alors que jamais le pire ne sera loin dans un contexte de lutte permanente pour la survie.

Nous pourrons égrener longuement les cas explosifs pouvant déboucher sur des faits de lynchage, mais cela n’apportera rien de plus au sens de notre écrit. Il y est des consciences collectives que l’on ne peut façonner que lorsque l’État s’honore de toutes ses compétences, que lorsque qu’il crée lui-même l’État, et l’incivisme en fait partie. Les nombreux cas qui découlent de préjugés, d’ignorance ou de croyance nimbée de la religion trouveront sans doute leurs solutions dans une bonne éducation !

Par ailleurs aux côtés de cette foule délinquante se trouve une autre toute aussi irresponsable aux comportements salingues, désireuse uniquement de capter des clichés de ces instants mortifères afin d’alimenter les réseaux sociaux, alors même qu’elle pourrait être poursuivie pour non-assistance à personne en danger. Nous devons désormais tous en prendre la juste mesure au-delà de tout ce que nous pouvons penser au risque de se voir lyncher soi-même un jour suite à un simple cri « Au voleur » …

Sidi M. Ahémine
SIDIBE sidibetche@gmail.com

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Vos commentaires

  • Le 29 mai à 13:29, par Aemed
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Une très bonne analyse, venant de quelqu’un qui domine bien son sujet. Nous devrions nous poser tout un chacun cette question, l’unique manière de réaliser nos.objectifs de développement en toute plénitude. Bravo !?

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  • Le 29 mai à 13:58, par Vision
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Bonne réflexion, éduquons et sensibilisons le peuple. Le peuple burkinabè, un peuple sauvage et un peuple idiot. Ce qui est arrivé à Adja Divine n’est pas de la vertu ni de la BRAVOURE !

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  • Le 29 mai à 14:04, par Alex
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Je pense que l’heure n’est plus à la sensibilisation comme l’estime certains. Il est temps que l’Etat s’affirme par la mise en place de mesures fortes.L’acte commis par ces individus barbares, voire animale à l’endroit de la pauvre dame est inacceptable. Ceci peut arriver à n’importe qui ? Imaginez que votre fille,soeur, cousine, tante, mère se fasse lyncher suite à des accusations similaires. La préoccupation est très grande et ces énergumènes doivent être appréhendés dans les prochaines heures. La sanction à leur égard doit exemplaire (minimum 20 ans) afin que ces pervers sachent que nous sommes dans une république et non dans un Etat barbare.

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  • Le 29 mai à 14:28, par Leicora
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Le plus dure à reconnaitre mème pour un intellectuel plein de bonne volonté comme toi mon parent c’est que le Burkinabé est mort de sa belle mort et ce n’est pas la faute de Blaise Compaoré, mais ne notre faute à tous. C’est le préalable à tout début de solution à notre problématique nationale. Quand des gens qui défendent soi disant la bonne cause n’ont pour seule moralité que de se servir eux mème à la soupe et non servir le peuple ne soyons pas étonnés. Comment des citoyens peuvent amender d’autres à hauteur de 700 000F CFA....sans que l’état ne réagisse. Pourquoi fuir les forces de l’ordre quand vos papiers sont à jour et dire le contraire. Mon frère au royaume des menteurs le pire est à venir..... Tant qu’on va applaudir les voleurs, huer le juste, croire que l’argent n’a pas d’odeur alors on sera tous mangés à la mème sauce. Que DIEU nous donne la chance de voir le Vrai FASO, Amina !

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  • Le 29 mai à 14:40, par Sawadogo
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Belle analyse, bon diagnostic sociologique. Je pense que l’État doit prendre ses responsabilités pour que plus jamais dans ce pays, la foule ne se rende justice. Quand la foule agit , le plus souvent, c’est sur le fait de rumeurs.
    Plus de lynchage dans ce pays, même pour les voleurs !
    . Aujourd’hui avec le développement des TIC et réseaux sociaux, c’est facile, pour peu que les autorités le veulent, d’appréhender les justiciers délinquants qui profitent de l’anonymat des foules pour laisser libre cours à la manifestation de leurs instincts bestiaux et criminels.

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  • Le 29 mai à 14:58, par Gongloma SOOKE
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Très belle analyse, pertinente et pleine de lucidité !
    Nous ne sommes plus dans un Etat de droit mais dans la jungle. Les causes en sont nombreuses mais la plus importante me semble t-il, c’est le manque criarde et l’iniquité du système judiciaire. Oui, la justice est le ventre mou de notre système démocratique. Tant que la justice n’attrapera et n’emprisonnera que des moucherons pour laisser passer allègrement les oiseaux et autres acabits, les effets de foules avec ses corollaires seront les principaux exutoire de la colère du bas peuple.
    Qu’est ce qui a bien changé dans notre système judiciaire bien que les juges soient payés si chers ?
    Tant que tous les citoyens ne se sentiront pas égaux devant la loi et des bénéfices de la nations, alors le lynchage lâche ne cessera d’avoir pignon sur rue !

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  • Le 29 mai à 15:52, par le lion
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    nous ne reconnaissons plus le Burkina moindre gestes moindre erreurs les gens veulent se rentrer dedans on va ou ? le problème même les personne âgées s’y mêlent prenons par exemple les vielles personnes membre de groupe koolweogo qui torture les individus ;on va ou avec tout ca que le gens se réveillent et se conseille

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    • Le 30 mai à 21:33, par titi
      En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

      le tramazol et autres drogues ainsi que l alcool frelaté. ... y st pr quelque chose. en plus la course a l enrichissement rapide et au m as tu vu rendent bcp aveugles. la grande frustration de certains leur enlève tte capacité de reflexion, d analyse et de retenue. c dommage car chaque être doit savoir attendre son heure, rester dans la volonté de Dieu et ne pas s aigrir parce rien ne va. seul Dieu peut changer le cours des évènements. personne ne doit envier un voleur car tôt ou tard son cas sera réglé. travaillons, travaillons et travaillons honnêtement ca ira un jrr !!!

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  • Le 29 mai à 16:42, par Ggongoni
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Depuis que tous ces actes barbares d’incivisme sont dénoncés tant par la presse qu’à travers les réseaux sociaux , depuis qu’on crie aux risques de déliquescence de l’Etat burkinabé face à la perte effrénée de son autorité ,dites moi ,bonnes gens ,quelles actions concrètes le gouvernement a engagées pour endiguer ces phénomènes ? Et pourtant des actions toutes simples de sensibilisation auraient permis, à défaut d’arrêter ces actes d’incivisme teintés de violence ,au moins de les diminuer .Par exemple des tournées d’une équipe du gouvernement pour aller parler aux gens dans les gares ,les marchés ,les abords des voies où il y a beaucoup de petits commerces etc. Vous savez ,parfois aller parler à quelqu’un lui confère un sentiment de considération .Lui expliquer que lui même ou un de ses parents peut être victime de ce qu’il promeut aujourd’hui peut l’amener à réfléchir . Il faut donc de véritables actions de sensibilisation directe auprès de certaines couches sociaux professionnelles enclin aux réactions spontanées au lieu de cet unique spot télé que l’on voit de temps en temps .Mr le ministre de la mobilité urbaine, voilà un vrai travail pour vous .Allez au boulot dès demain matin .

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  • Le 29 mai à 16:43, par Ggongoni
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Depuis que tous ces actes barbares d’incivisme sont dénoncés tant par la presse qu’à travers les réseaux sociaux , depuis qu’on crie aux risques de déliquescence de l’Etat burkinabé face à la perte effrénée de son autorité ,dites moi ,bonnes gens ,quelles actions concrètes le gouvernement a engagées pour endiguer ces phénomènes ? Et pourtant des actions toutes simples de sensibilisation auraient permis, à défaut d’arrêter ces actes d’incivisme teintés de violence ,au moins de les diminuer .Par exemple des tournées d’une équipe du gouvernement pour aller parler aux gens dans les gares ,les marchés ,les abords des voies où il y a beaucoup de petits commerces etc. Vous savez ,parfois aller parler à quelqu’un lui confère un sentiment de considération .Lui expliquer que lui même ou un de ses parents peut être victime de ce qu’il promeut aujourd’hui peut l’amener à réfléchir . Il faut donc de véritables actions de sensibilisation directe auprès de certaines couches sociaux professionnelles enclin aux réactions spontanées au lieu de cet unique spot télé que l’on voit de temps en temps .Mr le ministre de la mobilité urbaine, voilà un vrai travail pour vous .Allez au boulot dès demain matin .

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  • Le 29 mai à 17:04, par jan jan
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Vraiment mon frère tu as tout dit, très belle analyse.

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  • Le 29 mai à 17:49, par BF
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Vive mon pays, même si moi aussi ma mentalité doit changer.

    Des jeunes déchaînés qui ’abattent sur une femme...
    Des syndicats en grève illimitée...
    Un ministre qui s’assoit devant des partenaires parler de ses frères comme une femme au marché de mon village, "on a dit", "on avait dit",...

    Quelle solution pour un Burkina Faso nouveau.

    Après avoir essayé d’analyser avec sang froid la situation de mon pays, voici ma proposition pour la renaissance du Burkina Faso :

    Malgré les ambitions politiques des uns et des autres, je me dis toujours que quelque part, chacun aime le pays et pense au devenir de la population.

    Alors, je demande à chacun de laisser le "moi" de côté, et accepter ce qui suit :

    - President :
    Roch Marc Christian KABORE est le president élu, donc president de tous les Burkinabé.
    Sauf que si j’étais lui, comme François Hollande, j’allais annoncer dès maintenant que je ne serai pas candidat à ma propre succession ; quitte à préparer Simon pour me remplacer...

    - Premier ministre :
    Au temps de Blaise Compaoré, Zéphirin Diabré parlait. On ne l’a pas écouté...
    Rock est là, Zéphirin parle toujours... On ne l’écoute pas.
    Et si M. Zéphirin avait raison ?
    Alors, Zéphirin Diabré premier ministre pour qu’on essaye la solution Zeph pour le Burkina Faso.

    - Ministre des Affaires Etrangères :
    Sams’k le Jah, Là, tous les diplomates deviennent rasta, et c’est fini !
    Plus de veste forcée !

    - Ministre de la fonction publique :
    J’ai eu la chance de suivre des formations syndicales de haut niveau avec le camarade Bassolma Bazié... Nos centrales nous préparaient certainement pour la relève...
    Mais comme vous le savez, on ne peut pas trop compter sur une femme. La femme là a dû abandonner en cours de chemin pour suivre son mari...
    Bassolma est bon. Alors, on lui confie la fonction publique afin qu’il nous épargne les multiples grèves.

    - La Défense :
    Les militaires ont le sang chaud ; aussi, ils aiment le show.
    SMOKEY prend les rênes de la défendre. Chaque fin mois, il organise un show pour les militaires uniquement.
    Les artistes comme Kissatou sont aussi invités pour une coloration spirituelle.
    Les militaires payent de leur poches, on dépose la recette quelque part dans un canari chez une vieille de mon village. Le jour où des soldats ne sont pas contents, on casse le canari, et nos soldats sont calmés avec leur propre argent.

    - La sécurité :
    On envoie une délégation forte supplier Barry de la transition...

    - La justice :
    Comme les Dagaras veulent que tout soit droit là, on place Me Guy Hervé Kam là-bas...

    - Ministre de la famille et de l’éducation :
    Façon dont le pays est présentement là, c’est mieux Laurent Bado va venir nous éduquer...

    - Ministre de la Communication :
    Sana Bob est le seul qui a osé "crier" haut et fort, depuis le début, que la mentalité doit changer dans son pays. Alors, on nomme Sana Bob ministre de la communication.
    Au début de chaque conseil des ministres, il entonne sa chanson "mon pays, la mentalité doit changer".
    A chaque point de presse du gouvernement, il fait la même chose. Ça portera fruit.

    - Les finances :
    A vos propositions.

    Vive mon pays, même si moi aussi ma mentalité doit changer.

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  • Le 29 mai à 19:11, par Poko
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Mr Sidibé. Votre question doit être la suivante au regard du cas de Adja : Coupables ou pas, serons-nous tous lynchés ? Et ma réponse est oui à cause de ce qui lui est arrivé singulièrement, mais surtout à cause du lynchage subi par des millions d’autres burkinabè de 2013 à aujourd’hui à cause de leurs opinions politiques pro-CDP, pro-UNDD, pro-ADF, pro-UPC, etc.. Je me réjouis que le cas de Adja ouvre enfin les yeux des burkinabè sur la haine hideuse qui anime certains citoyens de nos jours et qui les pousse à commettre des meurtres gratuits de citoyens innocents. Si ces réactions sont un début de réveil global contre l’horreur et l’arbitraire et la tyrannie, cela me réjouit et je remercie Dieu. Il était vraiment temps, mais le mal est déjà fait.

    Cependant, je crains qu’il y ait encore beaucoup d’hypocrites et de malhonnêtes dans ce concert de désapprobation fort médiatisé et pour cause. Par exemple, je doute de la sincérité de votre présent article à moins que ce ne soit un début de mea culpa. Mr Sidibé, souvenez-vous, qu’après avoir soutenu par vos écrits multiples la non révision de l’article 37, il s’en est suivi un coup d’état civil maquillé en insurrection au cours duquel des dizaine de burkinabè ont été brulés vifs dans des maisons appartenant à des politiciens.Vous n’êtes pas le seul intellectuel de la diaspora à avoir fait votre marketing personnel réussi à cette occasion. Seulement voilà. A la suite du coup de force sensé bloqué le vote "de la loi", il y a eu des morts et des morts de causes diverses, des emprisonnements massifs d’anciens dignitaires, des violations multiples des droits de plusieurs citoyens taxés proches de "l’ancien régime". Depuis lors, notre pays sombre dans une division profonde et l’agressivité et la violence appliquées lors de l’insurrection sont reproduits par des groupuscules hors contrôle de l’Etat mis en place par le MPP. Je ne me souviens pas avoir lu un article de votre part pour dénoncer les violences commises lors de l’insurrection, les assassinats qu’il y a eu à cette occasion et les multiples autres violations des droits humains qui ont lieu depuis lors. Des pro-référendum ont été lynchés au propre et au figurés, brûlés et tués dans l’indifférence totale. Ce n’est pas pour rien qu’on appelle maintenant les survivants les "brûlés". C’est pourquoi, j’accuse votre silence complice et partisan tout au long des trois années écoulées et votre sortie tardive sur un fait ponctuel. Est-ce un début de retournement de veste face à l’échec du MPP ?

    Mr Sidibé, vous n’êtes pas sans ignorer que tout le dernier gouvernement de Blaise COMPAORE est accusé depuis Juin 2015 d’assassinat et de complicité d’assassinat sur des manifestants lors de l’insurrection d’Octobre 2014. Vous suivez certainement la parodie de justice engagée soit-disant pour identifier et punir les complices de l’assassinat de 7 manifestants des 30 et 31 Octobre 2014. Et les autres qui sont morts brulés dans les maisons ? Ne sont-ils pas des burkinabè ? Ne méritent-ils pas autant la justice que les autres tués par balles ? Et que dites-vous de ces ministres innocents et leurs familles victimes d’un lynchage médiatique continu depuis trois années, ridiculisés et humiliés à la face de la nation, traqués comme des bêtes sauvages ou des sous hommes ? Ont-ils eu tord d’accepter de servir la nation au poste de ministre ? Vous êtes chanceux de ne pas être encore lynché car des millions subissent dans l’anonymat le lynchage médiatique, psychologique, économique, sociologique des gouvernants post-insurrection. Mêmes ceux qui n’étaient insurgés ont vite adopté le langage et les codes de comportement pour éviter les exactions des zélés du régime en place. Oui, je vous apprends qu’il y a plusieurs types et formes de lynchage aux conséquences toutes destructrices. Le lynchage systématique et sans preuves est la règle de gouvernance inculquée au peuple par les insurgés avec à leur tête les leaders du MPP. Mr Sidibé, bien que brillant, votre article me parait trop théorique et quelque déconnecté de la réalité. Pourtant, il y a une riche matière pour décrire comment depuis 2014, au Burkina Faso, le lynchage a été et reste un moyen de conquête et de gestion du pouvoir par la terreur et le déni des droits humains très apprécié par le MPP.

    Je me permets de dénoncer votre manque de courage pour aller au fonds de votre analyse pour mieux illustrer la situation par des exemples patents et irréfutables. Je fais confiance à votre haut niveau intellectuel pour comprendre que ceci est une critique et une interpellation à un engagement non partisan. La nation est en danger et c’est dans notre intérêt à tous de dénoncer franchement les travers en cours dans notre société.

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  • Le 29 mai à 19:42, par moi
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    sidi, je suis totalement d’accord avec votre vision et même cela nous interpelle tous. il faut sauver le pays.

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  • Le 29 mai à 20:56, par scandaleux
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    La société burkinabè se venge toujours sur les plus faibles : la veuve, la vieille vite accusée de sorcellerie, le petit voleur d’orange, s’il est attrapé dans Rood Wooko, a toute les chances de se faire lyncher sauf s’il bat le record du monde du 100 mètres pour se réfugier à la gendarmerie. Par contre, les grands voleurs aux cols blancs sont encensés par la même foule lyncheuse car flatté avec un billet de 5 ou 10.000 F... Eux, ne sont pas lynchés. Cherchez l’erreur, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans notre société. Les valeurs n’existent plus ! s

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  • Le 30 mai à 06:18, par Ka
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Sidi je confirme : Les analyses fondées avec des argumentations solides sont bien écoutées. Et si tu as encore des critiques fondées à ta contribution pour faire avancer la recherche d’une bonne gouvernance, comme tu l’as toujours fait, n’hésite pas, nous partagerons avec joie tes idées. Quant aux autos critiques stériles des pros ancien régime, ne doivent pas être écoutées. C’est le manque d’intelligence et de la gourmandise aux gosiers larges des anciens ministres et collaborateurs de Blaise Compaoré, et qui l’ont poussé à l’irréparable les 30 et 31 Octobre 2014, qui ont rendu le pays ingouvernable de nos jours. C’est vrai, les Burkinabé sont fatigués de l’incivisme. Ayons le courage de dire la vérité. Mais n’ayons pas la mémoire courte, ‘’’quand les dignitaires de l’ancien régime et quelques-uns de leurs internautes qui n’ont plus des miettes, et qui pleurnichent comme des enfants affamés sur Lefaso .net, ont décidé dès le 31 Octobre 2014 de rendre le Faso un pays ingouvernable, il fallait s’attendre aux conséquences à long terme :’’’ Mêmes les décideurs du jours n’auront aucune solution à cet incivisme et ces lynchages sans un peuple uni pour faire oublier ces anciens dignitaires aux gosiers larges, par une justice équitable. Celles ou ceux sur cette analyse qui veulent prendre l’auteur pour un partisan, oublient que Blaise Compaorè et ses ministres qui attendent d’être jugés ont préféré le 31 Octobre 2014 l’injustice au lieu de respecter l’article 37, l’avocat du peuple, dont sa lettre et son esprit interdisent tout président prédateur de briguer 3 mandats présidentiels consécutifs. Si ces guignols de ministres aux gosiers larges oubliant le peuple souverain, avaient voulu respecté l’article 37, il n’allait pas y avoir une insurrection, ni un coup d’état à la maternelle, ni un lynchage d’où qu’il vient à un membre d’un ministre. Merci Sidi, ce qui est fait est fait. Et la seule solution contre l’incivisme et les lynchages des uns et des autres, est que nos décideurs du jour et le peuple se soude, et avoir le courage politique de rompre avec ce fléau, pour s’autoriser l’exploration d’une voie saine de vivre ensemble, avec une politique et une justice juste.

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    • Le 30 mai à 08:35, par Poko
      En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

      Vieux Ka. Je suis désolée de ne pouvoir ou vouloir vous insulter ce matin. Nous ne boxons pas dans la même catégorie et certainement vous n’arrivez pas à comprendre mon propos. Je suis certaine que Mr Sidibé me comprendra et c’est pourquoi, je m’adresse à lui. Même quand on n’est pas d’accord avec quelqu’un, il faut reconnaitre ses qualités. Et je reconnais le niveau intellectuel de Mr Sidibé. Or, ce qui nous arrive est surtout dû à l’inconstance et la subjectivité des intellectuels burkinabè de tous bords.

      Malheureusement, ce qui est fait est fait. Personne ne pourra rien charger dans les évènements tristes qui nous affectent depuis 2013 en tant que peuple. Aujourd’hui, pour avancer, il nous faut faire l’auto-critique sincère de part et d’autre. Or, à ce niveau, les insurgés n’ont pas encore commencer à faire leur propre auto-critique et continuent de lancer les pierres sur les pro-référendum et violer allègrement leurs droits fondamentaux. La manifestation de la vérité, la justice et la réconciliation passent par l’auto-critique de tous les acteurs et la reconnaissance des tords. Je vous souhaite une bonne journée Vieux Ka.

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  • Le 30 mai à 09:18, par DEMES
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    je retiens trois choses : d’abord il faut plus de justice et surtout de justice sociale sinon, nous courrons tout droit vers notre perte. le pessimisme qui m’anime dans ce cas est le fait que ce soit des hommes d’’affaires qui nous dirigent et qui s’arrosent davantage de droits pour mieux organiser le pillage du peuple.
    ensuite c’est l’éducation que nous donnons a nos enfants. sinon comment comprendre la perversion qu’on fait du téléphone portable et de la connexion internet aujourd’hui. tout le monde est devenu subitement journaliste à la recherche de scoop pour faire le buzz. certains préfèrent filmer quelqu’un qui est en danger que de le sauver.
    enfin il faut adapter notre législation à nos réalité car le sentiment que le voleur est protégé par rapport au propriétaire du bien révolte beaucoup. surtout quand des récidivistes sont libéré facilement et reviennent narguer leur victimes.

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  • Le 30 mai à 09:25, par Brice
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Bonjour
    Très belle analyse de la situation. L’État doit s’assumer ou plutôt, Nous devons nous assumer, car il n’y aurait d’État sans Nous. Le lynchage public, la justice personnelle ne résolvent rien de rien, bien au contraire.
    Mais au delà de cet acte déplorable qui s’est produit, je répète qu’il Nous faut nous assumer. En effet, loin de moi l’idée de me faire l’avocat du diable, il faut reconnaître que la victime est la première responsable de ce qui lui arrive ; en fuyant la police, elle a non seulement commis un délit (de fuite...), mais aussi mis Sa vie et la vie des autres en danger.
    Je suppose que ce qui a attiré l’attention des jeunes sur elle, c’est le fait qu’elle ait été prise en chasse par la police. Si elle s’était assumée en respectant la loi, ceci, peut être, ne serait pas arrivé.

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  • Le 30 mai à 12:42, par pual04
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    pour éduquer ,nous n’avons point besoin d’injures , car etre injurieux est la preuve que nous ne sommes pas mieux que qui on commis cet acte donc beaucoup déplorent

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  • Le 30 mai à 12:52, par Bissélé Ernest KAMBOU
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Merci, M. Brice. Je m’aprétais à dire exactement ce que vous avez dit quand je vous ai lu.Adja Divine a causé son propre lynchage : par ces temps de Jihadistes on a pas idée de voir quelqu’un fuir la Police,encore moi une femme.Pour esquiver ses poursuivant Adja devait coopérer avec la Police.Elle devait obéir aux ordres de la Police et leur expliquer pourquoi on la poursuit. Quelque soit son crime,délit elle allait mériter au bas mot la Prison et non subir des coups et blessures et, ô ! quelle ignominie !!!, permettre de se faire déshabiller en public.
    Déshabiller une femme en public,c’est le comble !

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  • Le 30 mai à 13:18, par Bernard Luther King ou le Prophete Impie
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    1) Merci de poser un problème societal. Malheureusement, nous confondons les cause et les effets des problemes. Expliquer un problème n’est pas forcément les justifier. Une des causes majeurs de cette situation en plus des raisons que vous evoquez, c’est le niveau de reflexion bas de toute l’intelligentsia burkinabè. Une fois encore, je le repète pour la nieme fois ici sur le faso.net, ne confondons pas etre intellectuel et etre lettré. Force gens pensent que prendre le temps de reflechir à un problème est une perte de temps. Le gros problème dont nous souffrons le plus est d’ordre "intellectuel" et non moral comme le pensent les 99% des gens. Quand on reflechit mal, on jugera mal les choses et on se fera une conscience deformée de la réalité. Et une conscience deformée, comme un oeil souffrant de cataracte , ne peut que conduire à des actes erronés. D’où nos problèmes par ces temps qui courent. Venez à mon ecole, celle de l’universalité d’esprit, celle qui fait la difference entre une condition necessaire et une condition suffisante.
    2) En passant, ne vous meprenez pas sur les Koglweogo et leur raison-d-être : ne prenez pas la toux, qui est une reaction de defense, pour la maladie.
    A bas Dieu, vive le respect de la vie d’autrui sur la route ! par le cognitiviste !

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  • Le 30 mai à 21:09, par Le progressiste
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Comme le disait quelqu’un : « Le problème dans ce pays est qu’il y a une portion bête de la population qui est en train de prendre le dessus sur le reste de la population. ». Cette "portion bête " prend de l’importance de jour en jour. C’est une situation qui menace la paix dans notre pays. Il est urgent d’y chercher un remède. C’est dans la loi que l’on peut le trouver. Il faut initier des lois sévères qui régissent la vie publique dans ce pays et qu’elles soient portées à l’attention de tous. Des lois régissant la vie publique bien appliquées auront certainement un impact sur ces barbaries.

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  • Le 31 mai à 09:25, par Diaspora
    En réponse à : Violences populaires : Tous coupables, serons- nous tous lynchés ?

    Ceci résume tout à fait bien le problème. C’est un beau texte. Merci et Bravo.
    Cependant,, j’ajouterais un mot concernant le « délit de faciès ». Bien sûr, il est employé sous nos cieux pour une catégorie particulière de population (non blanche, associée à un délinquant ou un sans papier potentiel). La connerie étant un état parfaitement partagé en ce bas monde, il prend une autre forme au pays. Là bas, et c’est très fort, la personne peut être jugée et condamnée parce que sa tenue est sale, déchirée ou jugée pas dans les normes : le « au voleur » lui sera facilement destiné. Comme sera jugée une femme à la jupe jugée trop courte qui peut être insultée et poursuivie publiquement. L’idée de la « norme » comme une idée fasciste qui intime à tout un chacun de s’y conformer au risque de se mettre en danger…

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