Le Gal Pingrenoma Zagré ambassadeur au Ghana : Une nomination ‘’mouta mouta’’ ?

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • lundi 29 mai 2017 à 00h24min

Le général Pingrenoma Zagré va troquer son treillis contre le costume de diplomate. Il a été nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Burkina Faso près la République du Ghana, au conseil des ministres du 24 mai 2017. Ancien chef d’Etat-major général des armées (CEMGA), il est l’un des témoins de premier plan du coup d’Etat de septembre 2015 du général Diendéré. Pendant que certains dont l’actuel CEMGA, ont salué « son sang-froid », qui a évité une confrontation fratricide entre frères d’armes, d’autres ont dénoncé l’attentisme et sa prétendue connivence avec le Gal. Diendéré.

Le Gal Pingrenoma Zagré ambassadeur au Ghana : Une nomination ‘’mouta mouta’’ ?

L’expression ‘’mouta mouta’’, c’est le chef de l’Etat qui nous l’a apprise. « C’est le manque de transparence, ce sont des négociations souterraines », avait-il expliqué. Ainsi, tout ce qui n’est pas clair est ‘’mouta mouta’’. Tout ce qui a un agenda caché est ‘’mouta mouta’’.

Ce qui a retenu l’attention de bien de Burkinabè dans les nominations du conseil des ministres du 26 mai 2017, c’est celle du Gal. de Brigade Pingrenoma Zagré au Ghana en tant qu’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Non pas que l’ancien pensionnaire de l’école spéciale militaire de Saint Cyr en France (1979-1981), va flotter dans ses nouveaux habits de diplomate. Pour rappel, l’homme est titulaire d’une maitrise en relations internationales et d’un diplôme de 3ème cycle (DESS) en études diplomatiques et stratégiques obtenus au centre d’Etudes diplomatiques et études stratégiques (CEDS) à Paris en 1994.

Mais le coup d’Etat est passé par là, en septembre 2015. En attendant que le procès fasse toute la lumière sur cette affaire, les souvenirs des jours qui ont précédé le putsch n’ont pas été balayés. L’opinion n’a pas oublié. Pendant que ‘’les enfants de Diendéré’’ (les éléments du régiment de sécurité présidentielle, RSP) faisaient régner la terreur en ville et dans les quartiers de la capitale, les chefs militaires sont restés dans un silence suspect pendant des jours.

Ils ont traversé la ville d’Est en Ouest, du Nord au Sud, comme ils le souhaitaient. Les seuls signes de résistance, c’étaient des barricades, des cailloux et surtout une volonté indéfectible d’une population prise en otage. En tout cas, la résistance spontanée dans les rues n’a pas trouvé immédiatement le soutien des forces loyalistes, commandées par le Chef d’Etat-major général des armées Gal. Pingrenoma Zagré.

Ce n’est pas non plus sous les ordres du grand chef que les ‘’boys’’ encore loyalistes sont venus des provinces pour arrêter les hommes en tenue léopard (l’uniforme de l’ex RSP). On a vite fait de parler d’une certaine connivence entre les chefs militaires et les putschistes. Vrai ou faux ? Par la suite, au moment de l’instruction du dossier, le colonel Tuandaba Coulibaly (Chef d’Etat-major de la gendarmerie), le commissaire Lazare Tarpaga (Directeur général de la police nationale), n’avaient pas daigné répondre à la convocation du juge.

Complices ou stratèges ?

Avec le nouveau régime, tous ceux qui commandaient les troupes des forces de défense et de sécurité en septembre 2015 ont été remplacés, certains avec diplomatie. Le Gal. Pingrenma Zagré a cédé sa place au Gal. de brigade Oumarou Sadou. Le Contrôleur général de police Jean Bosco Kienou a remplacé Lazare Tarpaga qui aurait rendu sa démission sur fond de grogne dans les rangs du corps de la police. Enfin, le Colonel Tuandaba Marcel Coulibaly a cédé sa place au colonel Omer Marie Bruno Tapsoba.

« Face à des moments très critiques vécus par nos forces Armées et d’ailleurs par toute la nation, vous avez su user de stratégies et de sang-froid pour éviter à nos forces armées une confrontation fratricide », avait reconnu le Gal. de brigade Oumarou Sadou lors de sa prise de commandement le 4 janvier 2017.

Est-ce ce ‘’sang-froid’’ qui a été récompensé avec ce poste d’ambassadeur convoité jadis par le général déserteur ? Ou le chef de l’Etat a-t-il voulu soustraire l’ancien CEMGA à la justice au moment où l’instruction du dossier du coup d’Etat est pratiquement terminé et sera enfin jugé (Enfin, nous espérons) ?

Dans le jugement des dossiers Madi Ouédraogo et autres poursuivis dans le cadre du projet d’attaque de la Maison d’arrêt et de correction des Armées (MACA) ; et celui de Ali Sanou et compagnie jugés dans l’affaire de l’attaque de la poudrière de Yimdi, les accusés et leurs avocats avaient demandé la comparution des généraux Pingrenoma Zagré et Gilbert Diendéré parce qu’ils étaient au courant de ‘’certaines choses’’.

Le président du tribunal militaire Seydou Ouédraogo avait opposé une fin de non-recevoir et les conseils des accusés avaient parlé ‘’d’une parodie de justice’’. A ce moment, Pingrenoma Zagré était sur le territoire national. Maintenant qu’il sera loin, mieux avec comme bouclier l’immunité diplomatique, va-t-on revivre le même scénario des deux ‘’petits procès’’ ( Madi et autres dans le projet d’attaque de la MACA ; et Sanou Ali dans l’attaque de Yimdi), au moment du jugement du dossier tant attendu ?

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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