A l’heure de la fermeture des classes

Ceci est une contribution de Karim Kaboré, Intendant au Lycée Départemental de Poura-Mine, sur l’école burkinabè. • mercredi 24 mai 2017 à 00h32min

Quand la cloche de la rentrée scolaire sonne son glas, tous les élèves se ruent vers les classes à la quête du savoir. Après huit (08) mois de dur labeur, le secondaire ferme ses portes alors que le primaire doit encore attendre un mois pour être en vacance. Les tout petits peuvent-ils avoir l’esprit en classe quand les grands frères sont en vacance ?

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A l’heure de la fermeture des classes

Quand on se rend compte que l’accès à l’éducation est un indicateur pour le développement d’un pays, on ne doute pas d’un instant de la préoccupation des autorités à une éducation de masse et de qualité. Malheureusement, le constat est amer quand on entend dire que l’enseignement est un secteur non productif. Qui des cadres de l’administration ou du secteur informelpeut se passer des produits de l’école ? La productivité d’un secteur n’est pas seulement les résultats immédiatement engrangés et mesurables en terme de finances, mais l’apport du secteur dans l’économie du pays à court ou à long terme.

Si la place de l’éducation dans le développement d’un pays n’est plus à démontrer, il reste néanmoins à déplorer le contenu de son enseignement dans certains pays qui reste en deçà des attentes de la population. Contrairement au système éducatif anglo-saxon qui privilégie la pratique à la théorie, l’école française forme des bureaucrates qui n’attendent que d’être recrutés par la fonction publique sans aucune initiative dans le secteur informel. Et pour que ce secteur soit réellement productif, il faut lier la théorie à la pratique. Vous verrez sans doute des ingénieurs en agriculture incapables de construire une diguette. Tout le monde se plait dans les bureaux climatisés alors que certaines compétences doivent être mises en valeur sur le terrain.

A l’heure où la plupart des classes ferment leurs portes, on ne peut que déplorer la disparité du calendrier scolaire entre le primaire et le secondaire. Les élèves de ces deux niveaux d’enseignement sont tous rentrés à la même date en octobre pour le début des cours. En fin mai, c’est la fermeture officielle des classes pour le secondaire. Dès même la première semaine de mai, certains élèves du secondaire étaient déjà en vacance surtout les établissements privés qui privilégient le mercantile au bien des élèves. Pendant que les grands frères sont à la maison, les petits frères du primaire ont encore un mois et demi pour être en vacance. Si l’on sait que les enseignants du primaire, en dehors des classes de CM2 ne font plus réellement la classe et que les élèves n’ont plus l’esprit en classe à cause de la fatigue, pourquoi ne pas revoir le contenu du programme d’enseignement pour libérer les deux niveaux d’enseignement (le primaire et le secondaire) au même moment. Faut-il étaler l’année scolaire sur une période de neuf mois, qui, en réalité se résume à moins de sept mois de travail effectif ?

Le contenu du programme d’enseignement, au primaire comme au secondaire est assez lourd au Burkina et souvent en déphasage avec les réalités du milieu. Les enseignants peinent à finir le programme de l’année. Au lieu de surcharger la tête de l’enfant avec des notions qui lui seront très peu utiles dans sa vie active, un contenu bien élaboré et adapté aux réalités du milieu allègera la tâche des enseignants qui seront à leur tour très productifs. C’est en conciliant école et réalités du milieu que l’on pourra lutter contre l’école des certifiés chômeurs pour une école beaucoup plus pratique où l’intégration dans la fonction publique sera le dernier recours du diplômé. Il ne suffit pas d’alphabétiser en masse mais d’élaborer le contenu du programme d’enseignement de façon à ce qu’il soit profitable à l’élève.

Si rien n’est fait, la colère ou la déception de ces certifiés chômeurs fera couler beaucoup d’encre et de salive. Si l’école qui est le creuset du savoir doit former des délinquants, elle a donc perdu sa mission première, celle d’ouvrir l’esprit de l’enfant en lui donnant les compétences nécessaires à affronter la vie. C’est donc de cette école réformée que l’on pourrait sans doute construire un pays émergent où chaque citoyen scolarisé tirera profit du produit de l’enseignement.

Karim KABORE
Intendant au Lycée Départemental de Poura-Mine
abdoulkaka@yahoo.fr

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Vos commentaires

  • Le 24 mai à 07:07, par Honnete
    En réponse à : A l’heure de la fermeture des classes

    Je suis en accord avec votre ecrit,ce système fatigue tant nos enfants et n’est pas forcément bénéfique pour les enfants.
    Pour ma part,après la dernière évaluation,mon enfant ne part plus et est déjà en vacance,et cela ne l’empêche pas de tenir les premiers rangs

    Répondre à ce message

  • Le 24 mai à 09:28, par elkab
    En réponse à : A l’heure de la fermeture des classes

    Mon frère a tout dit.Merci à toi.en réalité, la qualité de l’enseignement est le dernier soucis de nos autorités.Chacun évoque tout simplement le caractère prioritaire de l’enseignement pour s’enrichir. Je le répète encore, ce secteur est en pratique, le bon dernier du point de vue priorité. Les classes dont le toit s’envole au moindre vent,des programmes (dans certaines matières) dont la durée nécessaire à l’exécution dépasse 9 mois (année scolaire).... sont pas mal d’exemples qui prouvent la négligence de nos autorités et de nous mêmes citoyens burkinabè, vis à vis de l’enseignement. Que nos autorités sachent que le peuple qui a les meilleures écoles est le meilleur peuple ; s’il ne l’est pas aujourd’hui, il le sera demain. Encore une fois de plus, merci KABORE.

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