Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

mardi 9 mai 2017 à 19h10min

Alors que l’année scolaire 2016-2017 tire à sa fin, l’éditorialiste-écrivain, chargé de cours de journalisme, interpelle le ministre de l’éducation nationale et de l’Alphabétisation , Jean Martin Coulibaly, sur les fléaux qui minent l’enseignement secondaire, mettant en péril l’avenir des élèves. Lisez plutôt cette lettre à travers laquelle l’homme de culture appelle le gouvernement à assainir le milieu scolaire, en synergie avec les partenaires sociaux.

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Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

Monsieur le ministre,

Notre école court à sa perte.
Elle apparait avec des élèves handicapés en exubérance, des enseignants éprouvés en déshérence et une administration sclérosée, en souffrance.
Le constat est amer, mais il ne semble pas déranger outre mesure. Et tout se passe comme tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
J’ai alors hésité avant de vous écrire. Il m’a fallu mener un combat intérieur pour enjamber cette gêne rédhibitoire et en arriver à cette correspondance.
En effet, j’ai été encouragé par des signaux révolutionnaires que vous avez laissé transparaitre dans la gouvernance que vous tentez d’implémenter dans votre département.

Il nous a été rapporté avec insistance que, catastrophé par la disparité des valeurs des bons de carburant servis à vos collaborateurs, vous avez donné des instructions pour tout remettre à plat et repartir sur de nouvelles bases transparentes.
De même que vous avez bousculé de vieilles habitudes rétrogrades, en ordonnant l’affectation d’une certaine catégorie d’agents en poste au ministère, à l’intérieur du pays.

On a encore en mémoire que vous avez signé, fin mars dernier, un arrêté pour mettre fin aux abus sur les heures supplémentaires et de vacation dans les Ecoles nationales des enseignants du primaire (ENEP) du Burkina Faso.

Monsieur le ministre,

En cette veille de fin d’année encore, il m’a été donné de constater que les plaies qui abiment notre école, depuis des années, ne guérissent point. Au contraire, elles continuent de la dévorer au point qu’elle en est présentement défigurée.
De fait, les écoles-boutiques se multiplient, au mépris des règles, avec à la baguette des ogres aux ventres profonds, dont l’itinéraire n’a aucun lien apparent avec l’enseignement. Ils préfèrent ainsi recruter des bacheliers et les payer au rabais, largement en deçà des taux horaires fixés, aux dépens des enseignants capés, sortis des universités et des écoles de formation professionnelle.

J’ai vu de mes propres yeux des enseignants déserter les salles de classe, dans des établissements que je me garde de désigner, pour revendiquer leurs frais de vacation.

J’ai vu et observé des élèves séquestrer le personnel administratif d’un établissement privé, au motif qu’ils réclament le retour des enseignants en classe. J’ai vu des chefs d’établissement suspendre les cours dans les classes intermédiaires, une semaine durant, sous le fallacieux prétexte de la tenue des examens blancs du BEPC et du BAC.

J’ai vu des établissements arrêter les cours pour cette année scolaire 2016-2017 à la fin du mois d’avril. Les mieux disant cesseront de dispenser les cours dans la foulée du 12 mai prochain.

J’ai surtout été habitué à voir des établissements évoluer avec des populations supérieures ou égales à 1000 âmes, sans dispensaires, sans terrains de sport ni même des équipements sportifs, avec des latrines hors d’usage.

La fin des haricots, bon nombre d’établissements officient sans autorisation dûment délivrée par l’autorité compétente, dans des cadres vétustes, avec des bâtiments délabrés, des classes exiguës, des table-bancs inconfortables.

Certains établissements sont nichés dans des concessions, aux abords des routes, sans clôtures, d’autres sont construits aux abords des marchés, des cimetières, s’ils n’hébergent pas des maquis, des kiosques et autres endroits jugés pernicieux, de nature à favoriser la déperdition des élèves, en un mot, la dépravation des mœurs.

Monsieur le ministre,

J’ai le cœur contrit et meurtri.
Je n’imagine pas votre état d’esprit.
Tout compte fait, voudriez-vous bien vous pencher sur cette délicate question.
Je suis convaincu que l’enseignement est un domaine de si grande importance. Je reste aussi persuadé que c’est un domaine de souveraineté nationale où se joue notre avenir à tous.

On ne le dira jamais assez, l’enseignement est de la responsabilité de l’Etat. C’est parce que l’Etat ne peut pas tout faire qu’il recourt à l’expertise nationale. Ce n’est pas pour autant qu’on va laisser l’école entre les mains de prestidigitateurs gominés, peu soucieux de l’avenir et du devenir des élèves.

Monsieur le ministre,

Vous pouvez et vous devez aller au combat pour sauver notre école.
Mais pas tout seul, en synergie avec les partenaires sociaux.
Je veux parler des syndicats, des organisations professionnelles, des associations des parents d’élèves, des fondateurs d’établissement eux-mêmes.
Je ne vais pas de mains mortes, j’ébauche quelques pistes que vous voudriez bien soumettre à l’intelligence de vos conseillers et experts techniques.
Il faut aller loin, au-delà des subventions étatiques versées annuellement aux établissements privés.

Il faut arrêter les esclavagistes des siècles présents qui essaiment nos quartiers avec des entreprises scolaires qui n’ont d’autres effets que de précipiter les enfants aux portes de l’incertitude.

Il nous faut une nouvelle législation plus restreignant et coercitive.
Il faut arrêter les constructions anarchiques des écoles pour que celles-ci se conforment aux plans d’urbanisation qui prévoient des espaces à cet effet.
Il faut au besoin élargir les missions et les attributions des inspecteurs pédagogiques, si nécessaire créer un corps d’inspecteurs techniques, chargés de vérifier la qualité des infrastructures et leur conformité aux normes en vigueur, avant l’ouverture des établissements privés. Et ce travail de vérification, s’il est déjà fait, devrait être renforcé et se poursuivre à intervalle régulier, au gré des conjonctures.
Il faut conforter, au cas par cas, les établissements privés avec un personnel administratif, notamment des directeurs chargés des études et des comptables. Ces derniers tiendront la comptabilité, gèreront les charges de fonctionnement et paieront les frais de vacation et engageront, au besoin, les dépenses d’investissement entrant dans le cadre de l’année suivante. Quitte à verser en fin d’exercice annuel le bénéfice aux fondateurs d’établissement.

Monsieur le ministre,

Je ne doute pas de votre disposition d’esprit.
Je fonde espoir que vous ferez de cette question une de vos priorités.
Je fonde espoir que vous mettrez à profit ces vacances scolaires pour y réfléchir.
Je voudrais bien m’arrêter là, en partageant avec vous une citation sortie de mon cru linguistique : « L’école est le foyer de l’intelligence planétaire ».
Ne laissez alors pas la nôtre sombrer dans les profondeurs abyssales de l’obscurité.
Faites donc en sorte que l’histoire retienne que c’est vous qui avez amorcé la lutte contre ce merdier tant redouté, pardon, le naufrage collectif.

Adama BAYALA
éditorialiste-écrivain

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Vos commentaires

  • Le 9 mai à 19:28, par Lat Dior
    En réponse à : Enseignement secondaire au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    Bonne reflexion avec des mots justes. Dieu fasse que votre cri de coeur soit entendu au bonheur de tous. L’école ne nous a pas été léguée par nos ancetres, elle nous a été pretée par nos enfant. L. D.

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  • Le 9 mai à 20:35, par Mr Toc
    En réponse à : Enseignement secondaire au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    ’’ Et la prochaine fois ce sera le tour de l’éducation, toutes formes confondues que je vais aborder car là, il y a trop à dire et trop à redresser et trop de tricheries avec les privés. ’’
    Dois je en conclure que vous êtes le Kôrô Yamyélé ?????

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  • Le 9 mai à 22:55, par Le justicier
    En réponse à : Enseignement secondaire au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    il faut ajouter également le recrutement illégal et anarchique dans les concours professionnels où il y a des supers privilégiés qui ont le choix de composer plusieurs concours tandis que les candidats des corps dont les supers privilégiés peuvent postuler n’en peuvent pas composer les leurs. A titre d’illustration, un INSTITUTEUR CERTIFIE peut postuler aux concours suivants :
    - Conseiller d’orientation scolaire
    - Professorat
    - casu
    - cisu
    - etc, sans oublier ceux de leur corps à savoir : IP CPI et IEPD.
    Monsieur le Ministre, à quand la professionnalisation des corps au sein de votre département ?
    N.B : un AASU dont son concours professionnel est CASU ne peut pas faire CISU qui est celui d’un AISU et vice-versa, or les IC ont la possibilité d’en choisir un des deux. Merci

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  • Le 10 mai à 08:05, par Kôrô Yamyélé
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    - Bayala, bonne interpellation, sauf que ce ministre avec son sourire hypocrite, n’aime que des actions d’éclat pour paraitre et non être. Cet ami d’un naaba sait pourquoi il est là-bas. Qui a dit que ce naaba en question a cessé la politique ? Prochainement j’en dirai un peu plus sur les retombées que tire ce naaba à travers Mr. Coulibaly

    Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 10 mai à 08:24, par Truth
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    L’école est à l’image des dirigeants que nous avons aujourd’hui. Imaginons dans 10 ans, 15 ans ce qu’adviendra de notre école et de nos administrations publiques. Des détournements à ciel ouvert. Je pense que l’espoir n’est pas perdu. Il y a encore des compatriote qui ont un brin d’intégrité et d’honnêteté en eux, ils sauront prendre à bras le corps ce problème qui ne fait que pousser des tentacules.

    Il faudra surtout être impitoyable envers les agents indélicats qui donnent l’agrément à ces écoles-boutiques contre des broutilles sans imaginer qu’ils sont entrain de tuer l’Ecole Burkinabè à petit feu.

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  • Le 10 mai à 08:51, par Bayala Boubié
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    Un constat d’un auteur apparemment éloigné des problèmes de l’éducation au Burkina Faso qui aurait dû demander la tenue d’une première réforme à un Ministre dynamique dont il a vanté les vertus au début de la lettre. Je ne parle pas "d’assise sur l’éducation burkinabé" mais de "réforme" pour laquelle la Côte d’Ivoire peut bien nous inspirer. Sinon que l’auteur n’aurait touché qu’une des formes du problème tout en occultant un fond qui a très mal de manière congénitale.
    Le système éducatif burkinabé a besoin plus de solutions intégrées que des idées d’un observateur d’un angle. Que faire quand l’offre éducative est insuffisante alors que beaucoup attendent d’aller à l’école ? Quel est le type des écoles du continuum qui sont les classes de l’Etat ? Comment l’Etat doit réguler ou sévir alors que le même Etat propose pire que la peinture faite sur les infrastructures des promoteurs ? Il y a 20 ans déjà nous découvrons les écoles paillotes au Sahel plus précisément dans l’Oudalan avec un brave DPEBA en son temps. A l’époque, pour certains notamment nous qui devrions travailler dans ces conditions, c’était impensable et utopique. Aujourd’hui, ces écoles sont devenues des structures viables qui forment adéquatement les enseignants et les élèves.
    Comment l’ENAREF a commencé au Burkina Faso alors qu’elle fait notre fierté dans la sous région actuellement ? Comment la première ENEP de Loumbila a géré ses premières promotions ? Autant d’exemples qui montrent que l’auteur de la note doit approfondir sa réflexion sur les maux qui minent notre système éducatif avant de proposer quelque chose de mieux au Ministre.
    Au cas où ta lettre parviendra au Ministre, dis-lui de payer l’argent du continuum. C’est le problème de ceux qui ne sont pas les simples témoins mais ils ont pris le courage d’aider l’Etat en étant acteurs.

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  • Le 10 mai à 08:51, par Npiessan
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    Ce que dites est si vrai, mais cela a des implications que nos dirigeants actuels ne sont pas prêts d’assumer. Je pense que le ministre de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (Jean Martin COULIBALY) n’est pas dans son gouvernement. Il fournit beaucoup d’effort pour nous sortir d’un système que les premier responsables politiques du pays entretiennent. Et c’est bien dommage. A voir ce que ce ministre fait, beaucoup de choses devraient avoir changées ; hélas.

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  • Le 10 mai à 09:58, par Witb Yaanda
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    Chers lecteurs et lectrices, pour commencer,je dis merci à Monsieur Bayala pour son analyse sans faille sur les maux qui minent le système éducatif burkinabè et particulièrement l’éducation nationale sur laquelle il s’est appesanti.
    En vérité, notre éducation nationale (préscolaire, primaire et secondaire) souffre. Elle souffre de l’incompétence et/ou de la négligence de ceux qui la pilote. En vérité, on ne peut pas gérer l’éducation nationale sans connaitre les réalités. Le ministre actuel ne connait pas les réalités de notre école. Il réussirait mieux en étant ministre de l’éducation nationale autrichienne (suivez mon regard). Un ministre qui fait fi des vrais combats pour s’attaquer à de petits agents qu’il affecte en les traitant d’indélicats alors que c’est juste pour mieux distribuer les marchés à ses amis ne peut réussir ; un ministre qui supprime les cadres de renforcement des capacités des acteurs met d’office en échec ses actions ; un ministre qui ignore que sans données statistiques, pas de planification et bonne décision est à craindre ; un ministre qui ignore qu’ avoir de bons enseignants (préscolaire, primaire, post primaire et secondaire) commence par le sérieux que l’on accorde à la formation initiale est dangereux et me fait faire un signe de croix ; un ministre qui ......... ; un ministre qui....... Les exemples sont légions. Déjà en 9 mois de gestion, le MENA a fonctionné sous 3 organigrammes. J’affirme chers internautes.
    Toutefois, si au niveau central ça va tant bien que mal, dans les structures déconcentrées, l’administration scolaire peinent à s’installer de façon confortable. La transition burkinabè, même avec ses amateurs de ministres a pu, en ce qui concernent l’éducation assurer sans faille les examens scolaires, gérer la construction des établissement PSUT, faire emprisonner les gestionnaires mafieux de notre cantine scolaire etc.
    Sans esprit machiavélique, le Ministre de l’éducation nationale pourrait tirer au moins vers une gestion passable de son département en ayant au moins un peu d’humilité en associant ses imminents Conseillers techniques dans ses prises de décision. Il a des conseillers pleins de compétences surtout pour la gestion du post primaire et secondaire que je connais bien. Il suffit pour lui d’être réceptif et le tour est joué. "Que celui qui critique sans fondement périsse".

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  • Le 10 mai à 13:22, par Konate Abdine
    En réponse à : Enseignement secondaire privé au Burkina : Adama Bayala interpelle le ministre Jean Martin Coulibaly

    Très pertinente réflexion mon frère. Mais un conseil, ne rêvez pas trop. Nos autorités ne se pencheront pas sur ça. J’ai compris personnellement que ce n’est pas leur problème ; Leur fort, c’est encourager le désordre, l’illégalité,... En tout cas, ce qui n’arrange pas le peuple. Quand le problème est posé, il deviennent inexistant. Quand ça éclate, ils tentent de jouer aux pompiers.

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