« Ça m’étonne qu’une trentaine de partis politiques se réunissent pour pondre un argument aussi bas », Zéphirin Diabré au sujet de la réaction de la majorité présidentielle sur le meeting du 29 avril

LEFASO.NET | Par Oumar OUEDRAOGO • mercredi 26 avril 2017 à 00h36min

Le meeting du 29 avril prochain aura bel et bien lieu. Une ‘’petite affaire’’ qui fait ‘’trembler tant’’ le pouvoir MPP et ses alliés. L’opposition politique signe et appelle à la mobilisation dans la cuvette de la Maison du Peuple. C’est ce qu’on peut résumer de cet entretien que nous a accordé en cette matinée de mardi, le Chef de file de l’opposition politique au Burkina-Faso (CFOP-BF), Zéphirin Diabré, au siège de l’institution. A quelques jours de ce rendez-vous politique qui fait l’actualité, M. Diabré fait une analyse des « tentatives de boycott du meeting », scrute la déclaration des partis de l’Alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP) sur le meeting et jette un regard sur la sortie de certaines organisations de la société civile (OSC) et organisations de commerçants ... Bref, Zéphirin Diabré bat en brèches et mate … !

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« Ça m’étonne qu’une trentaine de partis politiques se réunissent pour pondre un argument aussi bas », Zéphirin Diabré au sujet de la réaction de la majorité présidentielle sur le meeting du 29 avril

Lefaso.net : Attaques terroristes répétées, morosité économique, flambée du front social avec ses mouvements de grève, cherté de la vie… La situation n’est-elle pas suffisante pour donner raison à ceux qui pensent que le moment n’est pas opportun pour un meeting, le 29 avril prochain !

Zéphirin Diabré : C’est l’avis de ceux qui le pensent. Un meeting pour un parti politique, c’est une activité normale et quotidienne. On me disait encore que hier, le Président de l’Assemblée nationale (président du MPP) était en meeting à Bouroum-Bouroum (où se tiendront les élections municipales complémentaires du 28 mai prochain, ndlr). A ce que je sache, la campagne n’est pas officiellement ouverte.

Un meeting, c’est une rencontre entre une organisation et ses militants. Je ne vois pas, en quoi on a besoin d’une question d’opportunité. Nous sommes une opposition, notre rôle est de faire notre travail et de le faire savoir aux Burkinabè, de mille et une manières ; on peut le faire par des déclarations (écrites ou verbales), des conférences de presse, des mémorandums, mais aussi par une rencontre avec nos militants pour partager avec eux, notre sentiment sur la situation nationale.

Donc, les fameuses théories fumeuses, selon lesquelles, ce n’est pas opportun, je ne sais pas où est-ce ceux qui les véhiculent les trouvent. Chaque jour que Dieu fait, d’autres organisations, notamment syndicales, sont en activités ici ; elles font des sit-in, des marches, des grèves…. Qu’ils aillent dire à ces gens-là que ce n’est pas opportun. Ces organisations le font parce qu’elles sont mécontentes. De la même manière, l’opposition le fait parce qu’elle veut apporter une certaine appréciation à la situation nationale, la partager avec ses militants et leur donner le cap du combat à mener.

Lefaso.net : Peut-on revenir sur ce qui justifie la retenue de ce meeting ?

Zéphirin Diabré : Pour un parti politique ou une opposition, on n’a pas besoin d’une raison spéciale pour tenir un meeting. Même si nous étions d’accord avec le régime en place, même si on applaudissait le régime en place, ça n’empêche pas de tenir un meeting, qui n’est autre qu’une rencontre avec nos militants. D’autant plus maintenant qu’effectivement, il y a des raisons liées à la situation nationale, que nous avons décrites dans notre mémorandum et qui font état, en tout cas, d’un échec de la gouvernance du MPP, sur tous les plans (la relance économique, le chômage des jeunes, la corruption qui est en train de répartir, la question d’accès aux soins de base).

En 2016, dit-on, 4000 Burkinabè sont morts de paludisme dont 3000 enfants. Pendant ce temps, on nous annonçait qu’il y avait la gratuité des médicaments. Si tel est le cas, elle doit commencer par les soins contre le paludisme ! Alors, toutes ces questions font qu’on a de la matière aujourd’hui pour parler à nos militants et leur indiquer le cap. Il y a une raison spéciale aussi qui fait que ce meeting va se tenir ; c’est l’occasion qu’il va offrir de publier une nouvelle plate forme de l’Opposition, qui va indiquer nos attentes communes sur un certain nombre de questions (il y en a pas beaucoup, mais on a réussi quand même à avoir des positions communes et il est bon qu’on les fasse connaître à l’opinion).

Lefaso.net : Si on admet qu’on n’a pas forcément besoin de raisons pour tenir un meeting, on peut tout de même discuter du moment… !

Zéphirin Diabré : Est-ce que le Burkina est en guerre ? En guerre civile, en guerre ethnique ? Je suis surpris ! Quel est le moment opportun qu’il faut pour qu’une opposition rencontre ses militants ? Il n’y a pas un moment opportun pour cela. Au contraire, c’est quand il y a des problèmes qu’il faut que les organisations politiques, notamment l’opposition, rencontrent leurs militants ! Mais, vous le savez, tous ceux qui abondent dans cette théorie-là, sont des gens commandés par le MPP pour faire valoir une opinion. Mais, nous n’allons pas nous laisser distraire par ces bavardages.

Lefaso.net : Justement, à quelques jours de ce rendez-vous, on note que les sorties se succèdent, notamment du côté de la majorité qui tend à démontrer que le moment n’est pas propice à cette activité ; qu’est-ce que cela vous inspire ?

Zéphirin Diabré : Ce sont forcément des manœuvres qu’on devine aisément. Nous sommes tous des hommes politiques. Donc, nous savons que beaucoup de ceux qui parlent, sous le couvert d’OSC (organisations de la société civile) et d’organisations de commerçants et autres, sont en réalité des activistes du MPP. Ce n’est pas un secret pour nous ! Vous savez, nous étions ensemble au CFOP (CFOP-BF, ndlr), donc je sais quelle organisation appartient à qui. En son temps, ce sont les dirigeants du MPP eux-mêmes qui m’ont révélé les liens qu’ils avaient avec telle ou telle organisation.

Donc, tout cela m’amuse. Toutes ces attitudes montrent bien qu’il y a une fébrilité, une panique au niveau du pouvoir, que d’ailleurs on ne comprend pas. En quoi le fait de réunir des militants et des sympathisants dans une enceinte fermée comme la Maison du Peuple pour leur faire l’état de la situation nationale, doit amener un pouvoir à la fébrilité ? Ça veut dire quelque chose. Soit qu’il est conscient qu’il a échoué, soit qu’il a peur de la population. Il a sans doute peur que les circonstances qui l’ont amené au pouvoir-là se répètent. Mais la meilleure manière pour lui d’éviter cela, ce n’est pas de distribuer de l‘argent à des associations de commerçants ou à des jeunes ; c’est plutôt de travailler et de travailler bien pour résoudre les problèmes des Burkinabè.

Lefaso.net : Oui, parlant d’organisations satellites, il n’est pas exclu que l’opposition en ait aussi !

Zéphirin Diabré : ça, c’est vous qui le dites, moi je ne m’inscris pas dans ce registre.

Lefaso.net : Mais on vous a vu avec des commerçants tout dernièrement à la faveur de cette affaire de révision de prix des boutiques… !

Zéphirin Diabré : Ce n’est pas la même chose, ce ne sont pas des organisations que nous chapotons. Par contre, je peux vous dire que je connais bien la liste des organisations de toutes natures qui ont été créées par le MPP et qui sont financées par le parti. Puisque ce sont eux qui me l’ont dit en son temps (sauf si ça a changé).

Lefaso.net : N’empêche que nombre de Burkinabè n’ont pas compris votre promptitude à aller au contact des commerçants sur cette affaire de révision de prix des boutiques… On pense que vous surfez pour le meeting qui est programmé !

Zéphirin Diabré : Non, je surfe pour les camarades qui constituent l’opposition municipale. Nous avons une opposition municipale, et nous, nous voulons qu’elle puisse, le moment venu, renverser démocratiquement le maire et prendre sa place. Et donc, c’est normal que, quand elle a un combat qu’elle mène, je sois à ses côtés. D’autant plus qu’il (le maire) nous a fourni des arguments, donc on ne va pas laisser passer cette occasion ! Et si demain c’était à refaire, je le referai ! Et d’ailleurs, vous avez vu qu’il a reculé ! Mais au moins, l’opinion a compris que c’est grâce à l’opposition municipale, grâce à nos camarades conseillers municipaux issus des différents partis de l’opposition, que cette reculade a eu lieu. Si demain, il y a une campagne électorale, ne vous en faites pas, l’argument va ressortir.

Lefaso.net : On assiste également à un tir groupé sur la CODER et le lien est vite établi entre celle-ci et le CFOP-BF pour justifier une démarche contre-nature ; qu’en dites-vous ?

Zéphirin Diabré : On a tellement expliqué la notion d’opposition, qu’on a décidé de ne plus répondre à ce genre de choses. Celui qui estime que c’est une confusion, c’est son affaire… Mais, ceux qui sont nos militants sincères, et nos sympathisants, ou des démocrates non manipulés, eux savent bien faire la part des choses. L’opposition est plurielle, elle est composée de plusieurs partis politiques, qui ont, chacun, leur liberté. C’est cela aussi un Etat de droit.

Lefaso.net : A ce jour, peut-on dire que toute la trentaine de partis politiques affiliés à l’institution contribuent effectivement, chaque parti, à la mobilisation ?

Zéphirin Diabré : Bien sûr ! Le Comité d’organisation qui a été mis en place comprend tout le monde et tous sont à pied-d’œuvre. Mais savez, ce n’est pas une ‘’grosse affaire’’, c’est juste un meeting à la Maison du Peuple. Mais, je sais que le pouvoir a peur, parce qu’il imagine que viendront ensuite les marches à partir de la Place de la révolution. Ça aussi, c’est le rôle d’une opposition. Quand on parle par exemple de contexte, je remarque qu’au Niger, l’opposition est dehors, avec la société civile et les syndicats, alors qu’en termes de contexte, le terrorisme est plus présent au Niger que chez nous.

Au Mali, l’opposition est dehors, elle marche et elle est à la fois dehors et au sein de l’Assemblée nationale où elle dépose même une motion de censure. Pourtant, c’est le Mali qui est l’épicentre du combat contre le terrorisme. Et là-bas, les gens n’en parlent pas, c’est ici qu’il y a contexte !

Lefaso.net : Vous dites que ce meeting n’est pas une « grosse affaire », doit-on comprendre qu’il n’y a aucune pression sur l’opposition par rapport à ce meeting ?

Zéphirin Diabré : Non, non, pas du tout.

Lefaso.net : N’avez-vous pas peur d’échouer ?

Zéphirin Diabré : Pas du tout, on n’a aucune pression sur nous.

Lefaso.net : Mais, on peut penser que l’avenir politique de « Zèph. » (je m’excuse de la légèreté) et/ou de l’institution CFOP-BF même est engagé à travers ce meeting !

Zéphirin Diabré : Les opinions, il y en a plusieurs, vous le savez ! Nous sommes habitués maintenant à entendre toutes sortes de choses, mais ça ne nous divertit pas. Ce qui importe pour nous d’abord, c’est l’opinion de nos militants et nos sympathisants ; puisque c’est le socle politique sur lequel on s’appuie. Maintenant, l’opinion des gens d’en face, ils peuvent en faire ce qu’ils veulent.

Lefaso.net : Vous arrive-t-il souvent de penser aux éventuelles conséquences d’un échec de ce meeting ?

Zéphirin Diabré : Je ne pense pas qu’on peut avoir un échec à ce niveau. Si c’était une marche à partir de la Place de la révolution, là on peut estimer qu’on peut ne pas mobiliser suffisamment de personnes. Mais, réunir des centaines de personnes pour leur parler d’un programme politique de l’opposition, en quoi ça peut être un échec pour nous ?

Lefaso.net : Certaines OSC vous accusent de ne pas vous préoccuper des blessés de l’insurrection populaire alors que vous avez été le métronome de la lutte qui a abouti au soulèvement ayant entraîné la perte en vies humaines. Quelle est votre réaction ?

Zéphirin Diabré : ça, c’est leur opinion. Je ne suis pas obligé de la partager. D’abord, ces OSC, quand je regarde leurs dirigeants, je constate que ce sont des gens qui ont un pied dans la politique et un pied dans les OSC. Je sais que beaucoup d’entre eux sont des supplétifs du MPP (c’est le MPP qui me l’a dit en son temps, donc…). Ensuite, je suis surpris que ce soit à moi qu’ils s’adressent ! Nos camarades qui sont au pouvoir-là, ils étaient avec nous au CFOP-BF (Chef de file de l’opposition politique au Burkina-Faso), non ! C’est ensemble qu’on a appelé aux manifestations et aujourd’hui, Dieu leur a donnés le pouvoir avec les moyens que cela implique.

Qu’est-ce qu’ils ont fait pour les blessés de l’insurrection ? Et au lieu de les interpeller, ce sont nous, pauvres opposants, qu’ils viennent interpellés. Moi, je n’ai aucun levier, pour régler cette question. Mais, au moins, on a la chance qu’une partie de l’ancienne opposition est maintenant au pouvoir. Normalement aujourd’hui, on ne devrait même plus parler de problèmes liés à ces blessés et à ces martyrs ; puisqu’une grande partie de ceux qui étaient avec nous, sont aujourd’hui au pouvoir (ils tiennent la Présidence du Faso, l’Assemblée nationale, le gouvernement, etc.).Qu‘est-ce qu’ils attendent pour régler cette question ? Pourquoi ces fameux leaders d’OSC ne posent pas la question à eux et c’est à moi qui suis resté à l’opposition qu’on vient poser cette question ? Ça montre donc que c’est téléguidé.

Lefaso.net : Certainement pour dire que l’opposition se doit d’interpeller le pouvoir sur ces questions !

Zéphirin Diabré : On le fait à longueur de journée. Lors de la commémoration de l’an II de l’insurrection populaire, la moitié des interventions ont porté sur la question de la justice, par rapport à la prise en compte de nos martyrs, nos blessés. Peut-être que ceux qui parlent ainsi n’étaient par-là, certainement qu’ils étaient occupés à festoyer ou à dîner avec leaders du MPP. Mais en tout cas, ceux qui sont venus ont constaté qu’on a mis cette question au centre de nos préoccupations et on ne manque pas d’occasion pour la rappeler. Mais je le dis, nous n’avons pas de moyens pratiques, ce ne sont pas nous qui sommes au pouvoir. Et ça fait mal, que des camarades qui étaient avec nous, à battre pavées et rues…, et qui sont maintenant au pouvoir, avec tous les moyens qu’ils ont, ne se soucient pas des camardes qui sont tombés au champ de bataille.

Lefaso.net : Au cours de votre dernière conférence de presse sur le meeting, vous dénonciez des achats de conscience et tentatives de division du CFOP-BF de la part du pouvoir MPP. Quel est le constat à ce jour, après la dénonciation ?

Zéphirin Diabré : ça continue ! Ils distribuent toujours de l’argent à certaines organisations pour organiser le boycott de l’évènement. J’ai vu certaines organisations de prétendus commerçants dans la presse, qui depuis hier (lundi 24 avril, ndlr), découvrent soudainement qu’être commerçants, ça ne fait pas la politique. Mais quand j’ai regardé de près les visages, j’ai reconnu encore des gens que le MPP m’avait indiqués comme proches de lui. Ça fait donc rire. Mais, ce n’est pas cela qui va régler les problèmes. Ce qui va régler les problèmes de ce pays, c’est quand on s’y attaque vraiment. Sinon, ils peuvent distribuer autant d’argent qu’ils veulent, ce n’est d’ailleurs pas notre problème. Mais, je pense que ce serait plus judicieux qu’ils réservent leurs milliards-là pour que, lorsque nous allons décider d’aller à la Place de la Révolution (parce qu’il y aura plus de monde), ils les utilisent pour corrompre plus de monde.

Lefaso.net : On sait que l’argent a toujours été déterminant dans les actions politiques, n’avez-vous pas cette crainte que le pouvoir arrive à diviser l’opposition à un moment donné ?

Zéphirin Diabré : Oui et non. Oui, parce que l’argent a effectivement, à un moment donné, joué un grand rôle. Non, parce que les choses ont maintenant changé ; les militants de l’opposition sont maintenant vigilants (même les citoyens qui ne s’adonnent pas à la politique). Passer d’un camp à l’autre, si vous ne faites pas attention, vous allez le payer très cher. Les militants vous ont élus ou vous suivent parce que vous avez dit que vous êtes opposant. Si vous trahissez, les militants vont vous demander des comptes !

Lefaso.net : « Le contexte socio-politique de notre pays, marqué par les agressions terroristes, commande de la part de tous les acteurs la retenue et une prise de conscience quant à la nécessité de se solidariser afin de donner une riposte appropriée aux ennemis de notre peuple et d’instaurer un climat de paix et de cohésion nationale, gages de tout développement ». Lit-on dans la déclaration de l’APMP signée du 20 avril 2017 sur la situation nationale. Quel commentaire faites-vous de ce passage ?

Zéphirin Diabré : C’est l’un des arguments les plus légers que j’aie entendus de la part de responsables politiques de cette nature. Est-ce que le Mali et le Niger sont moins que nous dans la situation d’attaques terroristes ? Est-ce que cette situation les empêche d’avoir des meetings ou marches-meetings ? Nous, c’est une simple réunion dans l’enceinte de la Maison du peuple. S’ils n’ont ont pas grand-chose à dire, je crois que c’est mieux qu’ils se taisent. Ça m’étonne qu’une trentaine de partis politiques se réunissent pour pondre un argument aussi bas, aussi terre-à-terre.

Lefaso.net : On vous prête également l’intention de saboter le PNDES !

Zéphirin Diabré : Est-ce que quelqu’un d’intelligent peut penser qu’on sabote le PNDES ? En quoi un parti politique peut boycotter le PNDES, honnêtement. Le PNDES, c’est un programme que le Président et son gouvernement déroulent ! En quoi nous empêchons son déroulement ? En fait, ils n’ont rien à dire. Ils sont venus nous annoncer qu’ils ont eu 18 000 milliards. Je suis un spécialiste des tables-rondes et quand vous m’aviez interrogé en son temps, j’ai dit qu’on les prend aux mots. Il y a quelques jours le Président de l’Assemblée nationale a dit au Premier ministre (Discours sur la situation de la nation), que s’il vient l’an prochain et qu’il ne dit pas où sont ces 18 000 milliards-là, l’hémicycle sera petit. Donc, ils n’ont qu’à s’occuper de ça. S’ils font de sorte que le PNDES marche, les populations vont les applaudir, pas besoin de suivre l’opposition.

Lefaso.net : On peut aussi penser que jauger la mise en œuvre du PNDES à ce stade, sur un mandat de cinq ans, c’est quand même très tôt pour les résultats qui sont demandés par l’opposition !

Zéphirin Diabré : ça, c’est leur vision et nous ne sommes pas obligés de les suivre dans cela. Nous, nous avons aussi notre vision. Ils ont annoncé qu’ils ont eu de l’argent, il faut qu’on commence à voir les réalisations ; parce qu’il y a l’effet d’annonce quand on sort de ces réunions (tables-rondes, avec leurs propos à caractère diplomatique) et il y a la réalité de la gestion de l’économie. Ce sont eux qui ont fait le tapage qu’ils ont eu 18 000 milliards. S’ils avaient pris le soin d’expliquer un peu aux gens, ils allaient comprendre. Mais non, ils sont venus en fanfaronnade dire qu’ils ont eu 18 000 milliards, ça y est, on démarre. Eh bien, les Burkinabè veulent voir du concret !

Lefaso.net : Après un moment d’accalmie, on assiste ces temps-ci à une reprise des mouvements d’humeur sur le front social, notamment à travers certains départements ministériels ; comment analysez-vous cette situation ?

Zéphirin Diabré : ça m’inspire qu’il faut dire à ces gens de l’APMP-là, d’aller dire à ces personnes qui manifestent, que le contexte n’est pas opportun pour défendre leur intérêt. On me dit encore que ce matin, il y a un sit-in au ministère des infrastructures. L’APMP n’a qu’à faire une déclaration pour leur dire que ce n’est pas opportun, qu’elle dise aux syndicats que ce n’est pas opportun. Les gens se battent parce qu’ils ont des intérêts à défendre, c’est leurs droits et ils ont le droit de le faire.

C’est au gouvernement d’y apporter une réponse. Vous voyez, la question des policiers, il y a quelques jours ; cette situation a été mal gérée par le gouvernement. D’autant plus qu’ils (les policiers) ont posé des questions concrètes ; ils ont dit qu’il y a l’argent que la police gagne à travers ses services facturés. La question est simple : cet argent va où ? La meilleure réponse, c’est de faire preuve de transparence ! Pas seulement vis-à-vis de la police, mais vis-à-vis même de la nation ! Chaque année, la Police doit nous dire, dans les activités facturées au niveau des privés, voilà ce qu’on a récolté et voilà comment ça a été réparti. Pourquoi veut-on cacher tout cela ?

Lefaso.net : Mais, nous sommes quand même dans le domaine de la grande muette !

Zéphirin Diabré : Oui, c’est la discipline, mais ce n’est pas le mouta mouta ! Pourquoi veut-on cacher ça ? Dans d’autres pays, on le dit ! Où est le secret d’Etat de nous dire, la police a récolté telle somme, voilà comment c’est réparti. Il faut même s’assoir avec les jeunes et définir une clé de répartition (ceux qui sont sur le terrain, ceux qui sont dans les autres services, la hiérarchie, etc., ce que chacun gagne.). Les jeunes vont comprendre. Mais, s’il n’y a pas de transparence, ils vont certainement se poser des questions.

Lefaso.net : Vous disiez lors de votre dernière conférence de presse, et en réplique aux propos du Premier ministre sur la situation de la nation, que les acteurs politiques sont des « adversaires » et non des « ennemis ». Alors, vous arrive-t-il souvent, d’appeler Roch Kaboré, Salifou Diallo ou Simon Compaoré, pour parler de sujets d’intérêt national ou de tout et de rien ?

Zéphirin Diabré : Il y a des occasions où on se voit.

Lefaso.net : En dehors des caméras et dictaphones, je veux dire

Zéphirin Diabré : Non, pas forcément. Normalement, c’est avec le Chef de l’Etat que l’opposition a un rendez-vous, qui était prévu pour tous les six mois. On s’est réuni une seule fois, en juillet 2016, et depuis lors, il n’a plus donné signe de vie. Donc, nous estimons que ça ne l’intéresse pas et nous aussi, nous vaquons à nos occupations.

Lefaso.net : Mais pourquoi n-y-a-t-il pas ce contact en dehors de toutes ces cérémonies, surtout lorsqu’on sait que vous avez quand même partagé des projets, mené une lutte ensemble… ?

Zéphirin Diabré : Mais, allez-y leur demander, ce sont eux qui sont au pouvoir !

Lefaso.net : Cela ne vous empêche pas de faire le pas, non plus !

Zéphirin Diabré : Pourquoi nous allons le faire ? Ce sont eux qui sont au pouvoir, ils n’ont pas dit qu’ils ont besoin de nos avis et conseils…. !

Lefaso.net : En dehors des entités (partis politiques), vous êtes quand même des Burkinabè ayant, de surcroît, partagé des moments historiques !

Zéphirin Diabré : Ce n’est pas une question d’ennemis. Ils sont au pouvoir. S’ils ont besoin de nos avis et conseils, ils savent comment faire. Ils rencontrent d’autres personnes, tout un tas d’organisations à longueur de journée ! Mais, s’ils estiment que l’opposition n’est pas digne d’être rencontrée par eux, nous nous continuons notre travail. De toute façon, nous, nous publions nos opinions, nos observations et nous faisons même des propositions. Regardez par exemple sur la relance économique de Bobo-Dioulasso, nous avons fait des propositions (même sur la relance de l’économie nationale).

Sur la lutte contre le terrorisme, j’ai dit (et je le répète pour l’APMP), au congrès du MPP, qu’il faut qu’on se mette ensemble parce que la nation est en danger. Quand les terroristes frappent, ils ne font pas la distinction entre militants de l’UPC, MPP…, ce sont des Burkinabè qu’ils frappent. Jusqu’à ce jour, ils n’ont même pas appelé pour me dire quoi que ce soit, encore moins dire, ce que tu as dit-là est vrai, asseyons-nous et discutons autour de cette question de lutte contre le terrorisme. Que voulez-vous que je fasse ?

Lefaso.net : Quel sera le contenu du meeting du 29 avril ?

Zéphirin Diabré : Le meeting sera marqué par un certain nombre d’interventions. Il sera également marqué essentiellement par la présentation de la plateforme de l’opposition sur les points communs (que je ne vais pas évoquer maintenant). Le reste, c’est comme d’habitude, une animation classique avec l’intervention clé, qui est celle du Chef de file de l’opposition politique.

Lefaso.net : Quel est le message à l’endroit des populations burkinabè par rapport à ce meeting ?

Zéphirin Diabré : Nous les invitons à venir écouter le message de l’opposition pour en savoir davantage sur l’appréciation que nous faisons de la situation nationale et surtout des perspectives de lutte que nous dégageons pour obliger le gouvernement à prendre au sérieux leurs préoccupations.

Lefaso.net : A l’ensemble de la classe politique, Majorité comme Opposition ?

Zéphirin Diabré : Tout le monde est invité, y compris les partis membres de la Majorité. Ce ne sont pas uniquement nos sympathisants que nous invitons ; mais tous les Burkinabè ; quelle que soit la couleur politique à laquelle ils appartiennent, ils sont les bienvenus. Qu’ils viennent écouter, quitte à ne pas être d’accord. C’est cela aussi la démocratie. Enfin, j’appelle les uns et les autres à la sérénité et à ne pas avoir peur des messages alarmants qu’en entend ici et là. Nous, nous sommes une opposition qui avance, et avance de manière sereine.


Lire aussi : Situation nationale : L’Alliance des Partis et Formations Politiques de la Majorité appelle les acteurs socio-politiques à privilégier le dialogue franc et honnête


Entretien réalisé par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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