Abdoulaye Mien, Conseiller municipal de Ouri : « Les masques sont un élément fondamental de notre culture, ils peuvent être un facteur de développement »

mardi 11 avril 2017 à 20h56min

Du 15 au 17 avril 2017, la commune rurale de Ouri dans la région de la Boucle du Mouhoun va vivre aux rythmes des Masques. Cet évènement, qui est à sa deuxième édition, sera patronné par le ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, Tahirou Barry et co-parrainé par le ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, Maurice Dieudonné Bonanet et l’opérateur économique, Isidore Gnanou. A quelques jours de l’ouverture officielle, Abdoulaye Mien, membre du comité d’organisation, nous plonge dans le vif de ce rendez-vous culturel. Occasion pour le Conseiller municipal de Ouri, élu également au Conseil régional de la Boucle du Mouhoun, de ‘’vendre’’ sa commune et partager sa vision d’élu local.

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Abdoulaye Mien, Conseiller municipal  de Ouri : « Les masques sont un élément fondamental de notre culture, ils peuvent être un facteur de développement »

Lefaso.net : Comment peut-on présenter globalement la commune rurale de Ouri ?

Abdoulaye Mien : Ouri est une commune située à 27 km de Boromo (chef-lieu de la province des Balé d’où elle relève, à 189 km à l’Ouest de Ouagadougou sur la RN°1). Ouri est localisable sur l’axe Boromo-Dédougou (chef-lieu de la région de la Boucle du Mouhoun, sur la RN°29) en passant par Safané, une voie non bitumée mais praticable. La commune de Ouri compte 19 villages. C’est une localité agricole avec essentiellement le mil, le sorgho, le sésame, le maïs, etc. On a aussi le fleuve Mouhoun qui côtoie la commune, si fait qu’elle est une zone favorable à l’agriculture.

Lefaso.net : Quels sont les grands défis auxquels fait face la commune de Ouri ?

Abdoulaye Mien  : L’emploi des jeunes reste une préoccupation majeure pour le Conseil municipal. Etant dans un pays qui n’est pas arrosé, alors qu’il est essentiellement agricole, le Burkina Faso traverse, surtout dans les zones rurales, ce qu’on peut appeler une « période morte ». Une fois la saison des pluies prend fin, les jeunes ne vont plus au champ, ils sont à la maison et c’est ce qui oblige nombreux d’entre eux à quitter les campagnes pour la ville (le fort taux de l’exode rurale). Il faut donc réfléchir à comment faire face à une situation pour permettre aux jeunes de s’occuper pendant ce moment de flottement ; trouver les moyens pour leur permettre de toujours pratiquer l’agriculture, l’élevage… à tout moment de l’année où ils le souhaitent. C’est une préoccupation réelle pour le Conseil municipal, qui a jeté les réflexions sur la question afin de développer des initiatives. Outre cet aspect, l’enclavement de la commune est une difficulté, parce que sans routes, la mobilité humaine est très pénible, voire impossible par moments à certains endroits. Ce qui limite les mouvements des populations et jouent sur le dynamisme économique. Ne serait-ce que le bitumage de l’axe Boromo-Dédougou, principale voie d’accès à la commune, longue de 90km, pourrait être un énorme soulagement. Cela est même important, parce qu’il y a une société minière qui est située dans les environnants (communes voisines).

Lefaso.net : Quelles sont les forces de votre commune, sur lesquelles est-elle à même de s’appuyer dans son élan de développement ?

Abdoulaye Mien : Il faut dire que depuis le processus de communalisation intégrale, en 2006, toutes les équipes qui se sont succédé à la tête de la commune ont joué, chacune, leur partition. Le souci a toujours été de travailler au développement et ce sont sur des acquis que le Conseil municipal actuel s’appuie pour poursuivre le combat contre la pauvreté et pour le bien-être des populations. C’est donc dire qu’il y a déjà un existant que nous allons poursuivre avec le concours de toutes les filles et tous les fils de la localité ainsi que des partenaires. Ensuite, le chef-lieu de la commune est en ce moment électrifié et c’est déjà un grand pas ; cela soulage les populations et permet de développer des activités économiques. C’est déjà un bon appui pour poursuivre ce que les autres ont fait. Le Conseil municipal bénéficie aussi du soutien des populations et cela est une force dans le combat que nous menons.

Lefaso.net : Peut-on avoir une idée sur la coloration politique du Conseil municipal et comment se passe l’ambiance de travail, quand on sait que nombre de communes souffrent d’un manque de cohésion ?

Abdoulaye Mien : Le Conseil municipal est composé de 38 conseillers, soient deux par village, provenant de trois partis politiques. Il s’agit du MPP avec 25 conseillers, 12 pour l’UPC et 1 conseiller pour le CDP. En terme d’atmosphère de travail, on peut dire que c’est de principe que, partout où il y a regroupements d’hommes, l’on assiste à des mouvements. Mais, ce qui est important, c’est de pouvoir surmonter ces réalités pour mettre en avant l’essentiel, ce pour quoi on a été élu. Aujourd’hui, la commune de Ouri n’a pas de problèmes relatifs à cela. Le maire, Daouda BARRY a su impulser une dynamique de cohésion au sein du Conseil municipal. Nous faisons tout en équipe, les discussions se mènent dans les cadres réservés à cet effet. Chacun de nous, conseillers, est conscient de la lourdeur des tâches sur le terrain. Ce que les populations attendent de son exécutif local, c’est le résultat, le travail. Rien d’autre. Nous avons donc dépassé le moment de la politique, c’est l’heure de la mobilisation pour le travail ; les efforts doivent être jetés sur les questions de développement. Notre politique en ce moment, c’est le développement de la commune. Il y a un temps pour faire la politique et il y a un temps pour le travail.

Lefaso.net : En neuf mois de fonctionnement, quelles sont les bases que vous avez pu jeter ?

Abdoulaye Mien : Dès sa prise de fonction, le Conseil municipal s’est attelé à faire un inventaire de tout ce qui existe dans la commune, notamment en termes de projets. On a par exemple le projet d’appui aux communes de l’ouest du Burkina Faso en matière de gestion du foncier rural et des ressources naturelles (PACOF/GRN) qui est présent dans quinze communes dont la nôtre. Il s’est agi pour nous de faire un état des lieux pour savoir où on en est, quelles sont les insuffisances et voir sur quel aspect on peut mettre l’accent. On a aussi travaillé sur l’état civil pour l’informatiser. Il y a aussi les sessions que nous avons pu tenir à bonne date et régulièrement (deux sessions ordinaires et une session extraordinaire).

Lefaso.net : Au plan culturel, on sait que c’est une localité roche en sociétés de masques et un festival y est même dédié dans votre commune, Ouri. Dans quelques jours, va se tenir la deuxième édition de ce rendez-vous culturel, pouvez-vous nous en parler ?

Abdoulaye Mien  : Effectivement, nous sommes à la deuxième édition du Festival de Masques à Ouri. C’est u évènement qui se tient tous les deux ans. L’initiative était portée par une association (NENIABELEMDA) et lorsque le Conseil municipal est arrivé, il l’a approchée pour voir dans quelle mesure on pouvait porter ensemble l’initiative et surtout pouvoir l’élargir et l’institutionnaliser. Les masques sont un élément fondamental de notre culture et nous pensons que si on s’organise, ils peuvent être aussi facteur de développement.

Lefaso.net : Quel est l’objectif poursuivi à travers cette initiative ?

Abdoulaye Mien : Nous cherchons à l’institutionnaliser. Ensuite, travailler à en faire une industrie qui va créer de l’emploi (entretien des masques, conception des tenues et autres accessoires des masques, érection d’un site touristique dédié uniquement aux masques, formation de jeunes pour participer à d’autres festivals nationaux et internationaux, formation à la danse de masques …, etc.). C’est aussi un cadre à travers lequel, on fait la promotion de la richesse culturelle de notre localité. Les troupes participent déjà aux festivals de masques de Boromo (échelle provinciale), de Dédougou (échelle régionale), etc. Les masques de Ouri sont une identité culturelle pour la localité et nous comptons même poser la première pierre de la ‘’Maison des Masques’’ dans les mois à venir.

Lefaso.net : Deuxième édition, c’est un jeune festival ; quelle est votre attente cette année, en termes de participation de sociétés de masques, de festivaliers et quel sera le contenu de ces 72 heures de fêtes ?

Abdoulaye Mien : Pour la participation des troupes, chaque village va présenter ses masques. C’est notre culture, il ne faut pas qu’elle tombe dans les oubliettes. C’est une occasion de maintenir le cap, présenter toute la richesse des masques. Outre les masques de la commune, il y aura d’autres masques invités d’autres localités du pays. On aura une rue des masques où l’on pourra voir toutes les sociétés de masques.

Durant ces trois jours, on aura aussi une sorte de foire dédiée aux partenaires de la commune, qui vont exposer, dire ce qu’ils font pour la commune, permettre aux populations de les connaître, etc. C’est dire qu’en dehors de l’aspect culturel, ce festival est un tout.

De façon précise, on aura dès la cérémonie d’ouverture, la présentation des groupes de masques, l’ouverture et la visite de la rue marchande. Durant ces 72 heures, il y aura aussi la visite de sites touristiques, des rencontres avec les PTF (partenaires techniques et financiers), des prestations d’artistes traditionnels, la danse de masques, des conférences publiques.

Quant aux festivaliers, en plus des populations de la commune et environnants, des ressortissants de la localité vivant ailleurs, nous attendons de nombreux autres venus du Burkina et de l’étranger.

Lefaso.net : Comment peut-on concilier le caractère sacré des masques et l’aspect populaire ?

Abdoulaye Mien : Effectivement, ça peut paraître paradoxal. Mais, toutes les dispositions sont prises pour cela. Il y a un dispositif pour dissocier ce qui est sacré de ce qui peut être exposé au public. C’est simplement une question d’organisation et c’est une initiative qui implique toutes les couches sociales, surtout les personnes âgées. Pas d’inquiétude à se faire pour cela. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Entretien réalisé par O.L.O
Lefaso.net

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