Adjudant-chef Bernard Samandoulgou, chef de poste de Yimdi « J’ai compris que quelqu’un nous a vendus »

LEFASO.NET | Par Tiga Cheick Sawadogo • mardi 4 avril 2017 à 00h11min

Ce 3 avril 2017 au tribunal militaire, les témoins de l’attaque de Yimdi sont passés donner leurs versions. Le chef de poste de la poudrière le jour de l’attaque a révélé qu’il y a eu une taupe dans son équipe, ce qui a facilité la tâche aux ‘’visiteurs’’. Une accusation vigoureusement réfutée par le mis en cause pour qui c’était le sauve-qui-peut. Même le chef aurait pris la tangente. Ils n’ont pas fui, c’est un repli tactique, un décrochage, a relativisé le commissaire du gouvernement.

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Adjudant-chef Bernard Samandoulgou, chef de poste de Yimdi  « J’ai compris que quelqu’un nous a vendus »

Place maintenant aux témoins dans l’affaire de l’attaque de Yimdi qui occupe depuis une semaine le tribunal militaire de Ouagadougou. Sept sont passés. Naturellement, c’est le chef de poste du dépôt d’armes qui est passé premièrement donner sa version. L’Adjudant-chef Bernard Samandoulgou a été formel. Abou Ouattara, ex-RSP et de garde le jour de l’attaque, a été la taupe. Il s’en explique.

D’abord, c’est lui qui a pris le mot de passe pour le remettre aux éléments de garde. D’habitude, c’est par talkie walkie que le mot de passe journalier est communiqué aux différents postes. Mais le jour de l’attaque, les talkies walkies de deux postes étaient en panne. Et c’est Abou Ouattara qui s’est proposé d’apporter les papillons contenant les mots de passe aux éléments de garde.

Ensuite, pendant qu’ils étaient attaqués, l’adjudant-chef a ordonné à ses hommes de sortir avec des armes pour la riposte. Abou Ouattara n’est pas sorti. « Il discutait avec la sentinelle ». Enfin, juste avant l’attaque, il est resté longtemps au téléphone. Et quand il recevait un appel, il disait ‘’oui bébé’’ et s’éloignait vers les toilettes pour ne pas être entendu.

Pour toutes ces raisons, le chef de poste est formel. ‘’J’ai compris que quelqu’un nous a vendus’’ et c’est Abou Ouattara.

Le président du tribunal appelle alors le mis en cause pour une confrontation. Abou Ouattara nie les faits, avec verve. « C’est mon supérieur, mon papa, mais ce qu’il dit n’est pas vrai ». Selon lui, il n’est pas sorti pour la riposte parce que, quand l’attaque a débuté, tout le monde a pris la fuite. Il cite des noms de ceux avec qui il s’est sauvé. Même l’adjudant-chef a pris ses jambes à son coup, avec des sandales. Son supérieur reconnait être sorti avec des sandales, mais avec une arme pour tenir tête aux assaillants, parce qu’il n’y avait pas de temps à perdre pour porter les Rangers.

Foi de l’adjudant-chef Samandoulgou, contrairement à ce que les accusés avancent, il y a bel et bien eu échanges de coups de feu. Quand il a ordonné d’ouvrir le feu, ce sont les intrus qui ont engagé le combat. Certes ses hommes ont pris la fuite, mais lui et deux autres militaires sont restés pour les repousser. Un de ses éléments a même pris une balle au pied et est toujours alité. Les tirs auraient duré environ huit minutes. Et c’est aux environs de 5h 30mn que les fuyards ont commencé à revenir au camp.

« Je suis mal à l’aise de le dire, mais il (l’adjudant-chef) a fui », a enfoncé le sergent Ollo Stanislas Poda. Il ajoute qu’un des éléments qui s’était endormi est même sorti avec sa moustiquaire pour se sauver.

Pour le commissaire du gouvernement Alioune Zanré, ce n’était pas une fuite, mais une manœuvre, un repli tactique, un décrochage et c’est normal quand on est surpris par des tirs.

Zakaria Koussoubé était la sentinelle du poste 4. C’est lui qui a été neutralisé avant que le commando ne poursuive son opération. « Quand j’ai vu quelqu’un s’approcher, j’ai intimé l’ordre de s’arrêter. J’ai lancé le mot de passe, il a donné la bonne réponse, et pendant ce temps, j’ai entendu du bruit derrière moi, quand je me suis retourné pour voir ce qui se passait, il a mis un pistolet sur moi. C’est ainsi que j’ai été neutralisé. Ils nous ont attachés nous 5 au poste », a-t-il relaté.

Le jour de l’attaque, le mot de passe était "Désert" et réponse "Déserteur". En cas d’intrusion, l’élément en faction devrait dire ‘’désert’’ et si en face on lui répondait ‘’déserteur’’, il pouvait laisser passer.

Confusion. Pendant que Zakaria Koussoubé dit que c’est lui a intimé l’ordre à l’intrus de s’arrêter avant qu’il ne donne le code, son chef, Aziz Ouédraogo lors des enquêtes préliminaires a déclaré que c’est plutôt lui qui a donné la sommation. Pourtant, selon la sentinelle, son chef n’était pas dehors.

Un arsenal chez Chef Ali

Dans la soirée, c’est le matériel saisi chez le sergent-chef qui a été présenté à la barre. Chez lui à domicile, et chez son maçon Ousmane Bilgo, les enquêteurs ont retrouvé entre autres, 9 fusils kalachnikovs crosse en bois, un fusil kalachnikov PKMS, 4 fusils AKMS, 1 pistolet lance-grenade, 41 chargeurs garnis de 30 cartouches chacune. 12 obus de HK 40 mm. 1297 cartouches. 2 bandes de PKMS. 8 housses de chargeur. "C’est exact", a reconnu le sergent-chef. Il a par contre demandé à ce que son blouson qu’il dit avoir acheté en Suisse à 180 euros lui soit restitué. C’est ce qu’il portait quand on l’a arrêté à Léo.

Ce 4 avril 2017, l’heure sera aux réquisitions du commissariat du gouvernement et aux plaidoiries des avocats de la défense.

Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net

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