« Falagountou sera très bientôt un paradis au milieu du Sahel », promet le maire de la commune, Saïdou Maïga

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO • jeudi 23 mars 2017 à 17h15min

Falagountou. Une commune rurale située à environ 300 km de Ouagadougou et à 50 km de Dori (chef-lieu de la région du Sahel, d’où elle révèle). Cette légendaire localité n’était jusque-là connue, que lorsqu’elle servait de cliché. En clair, évoquer le nom ‘’Falagountou’’, c’est pour une illustration parfaite d’une punition, d’une situation de calvaire. Depuis quelques années (notamment avec le processus de décentralisation intégrale, le désenclavement du chef-lieu de la région, l’implantation de la mine d’or d’Essakane), Falagountou écrit une nouvelle page de son histoire. Porté à la tête de cette circonscription à la faveur du scrutin du 22 mai 2016, Saïdou Maïga, ministre de l’environnement sous la transition, a la hargne de venger sa localité sur l’image que l’opinion a d’elle. En cette journée de dimanche, 19 mars 2017, et après avoir pris part la veille à Dori aux assises régionales du Sahel sur la nouvelle Constitution, c’est un maire plein de punch que nous avons suivi dans sa commune. Visites de terrain, concertations..., le tout, sous un soleil d’aplomb. C’est dans cette ambiance également qu’il a bien voulu répondre à nos questions, et sans langue de bois. Mais, pour des raisons liées au contexte national, nous avons décidé de nous passer de certaines matières de notre entretien. Regard du bourgmestre, également ancien député, Saïdou Maïga, sur la vie de sa commune, Falagountou, pour laquelle il rêve grand !

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« Falagountou sera très bientôt un paradis au milieu du Sahel », promet  le maire de la commune, Saïdou Maïga

Lefaso.net : Comment se porte, à ce jour, la commune rurale de Falagountou ?

Saïdou Maïga : On peut dire que la commune de Falagountou se porte très bien. Depuis environ une année que nous sommes installés, nous pensons avoir posé un certain nombre d’actes pour améliorer la gouvernance au sein de notre circonscription. Je prendrai pour exemple, les restitutions que nous faisons ; aujourd’hui à Falagountou, après chaque session du conseil municipal, les conseillers, accompagnés d’une équipe de la Mairie, tiennent une assemblée générale villageoise pour faire le compte-rendu du contenu de la session aux populations et recueillir leurs critiques et leurs attentes. Je prendrai aussi en exemple l’ensemble des projets qui sont mis en œuvre ; en moins d’une année, nous avons pu donner un forage à chaque village, électrifier (grâce au solaire) l’ensemble des écoles de la commune. Outre cela, nous avons pu octroyer un moulin à chaque groupement de femmes par village. Ce sont donc de petits actes qui sont déjà posés au niveau village. Un autre exemple est notre budget, qui est à plus de 600 millions et nous pensons qu’avant la fin de l’année (2017), on passera à plus d’un milliard ; parce que nous avons surtout amélioré le recouvrement de l’ensemble des taxes (chacun sait qu’il doit payer ses impôts, et il les paie). Ce sont, entre autres, ce qu’on peut dire de la commune.

Lefaso.net : Lors de la campagne, vous avez énuméré un certain nombre d’axes que vous avez jugés prioritaires ; à ce jour, maintenez-vous toujours la tendance ou l’avez-vous revue à la baisse ?

Saïdou Maïga : Bien sûr, ces axes demeurent et nous avons commencé à mettre en œuvre tout ce que nous avons promis. Nous avons dit par exemple que nous ambitionnions mettre à la disposition des populations de chaque village, surtout des femmes, une garderie et pour cela, nous sommes en train de relire notre Plan communal de développement (PCD). Nous avions également dit, que nous allons mettre l’eau à la disposition des populations. A à ce jour, il n’y a pas un seul village de la commune où il n’y a pas de l‘eau. En tout cas, nous avons fait suffisamment de forages, nous pouvons dire que nous sommes la commune la mieux lotie dans la région du Sahel en matière d’accès à l’eau. Nous avons dit que nous ferons de l’éducation, une priorité.

Cela est également en train d’être déroulée, pour ne pas dire que c’est déjà mis en œuvre. Nous soutenons par exemple la CEB dans l’encadrement des enseignants pour leur formation continue (nous avons budgétisé la prise en charge intégrale de ces activités d’encadrement). Toujours à ce titre, le maire, lui-même, a mis à la disposition des élèves, ses indemnités ; ce qui a permis de prendre en charge une dizaine d’élèves à travers l’octroi de bourses. Donc, l’ensemble de ces actes nous tiennent vraiment à cœur.

Lefaso.net : Outre l’éducation, quelle est votre politique en matière de développement et de promotion du ‘’capital humain’’ (quand on sait que la première richesse, ce sont les hommes) ?

Saïdou Maïga : Nous avons pris l’engagement d’accompagner les jeunes diplômés et non diplômés dans leur formation professionnelle. Pour l’année (2017), nous sommes en train de finaliser une proposition d’inscription d’une dizaine de jeunes dans les grandes écoles, notamment à l’ENAM (Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature), à l’ENAREF (Ecole Nationale des Régies Financières), à l’ENESA (Ecole Nationale d’Elevage et de la Santé Animale), dans les ENEP (Ecole Nationale des Enseignants du Primaire). Nous prendrons en charge et leur inscription et leur pécule de subsistance durant leur temps de formation.
En plus, nous comptons inscrire quelques jeunes pour la conduite de gros engins et pour les permis de conduire.

Lefaso.net : De nombreux exécutifs locaux souffrent de manque de cohésion, entraînant des blocages avec malheureusement pour certains, la dissolution. Comment jugez-vous l’ambiance de travail au sein de votre Conseil ?

Saïdou Maïga : Nous n’avons pas de problème de cohésion au sein du Conseil municipal de Falagountou ; lorsque vous vous référez aux différents procès-verbaux, vous constaterez qu’à 99,99%, les décisions sont prises à l’unanimité des conseillers. Or, vous savez que le MPP compte 16 conseillers, le PDS/Metba un conseiller et douze pour l’UPC. Si on réussit à fédérer tout ce monde autour des grandes décisions de la commune, cela veut dire que, vraiment, la cohésion y est. Nous irons plus loin, en disant que nous sommes certainement la seule commune au Burkina, qui a pu renouveler à 99%, ses conseils villageois de développement (CVD). Beaucoup ont tenté, mais ce n’était pas facile. Chez nous, sur quatorze villages, treize ont vu leur CVD renouvelé, le seul qui n’est pas encore effectif est aussi en cours de renouvellement. Donc, côté cohésion, nous n’avons pas du tout de difficulté ; parce que nous avons mis la politique politicienne de côté, nous nous battons pour résoudre au quotidien, les problèmes de la communauté.

Lefaso.net : Un redécoupage de la frontière entre le Burkina et le Niger est intervenu en 2015, emportant cinq de vos villages qui doivent désormais appartenir à la république du Niger. Quel est l’impact de cette nouvelle donne sur vos actions sur le terrain ?

Saïdou Maïga : Effectivement, il y a cinq villages de la commune (sur les quatorze) qui doivent rejoindre le Niger. Et à ce jour, c’est le statu quo. Et c’est dommage, parce que ce genre de décisions, quand on les prend, il faut aller jusqu’au bout de sa logique. Aujourd’hui, la commune de Falagountou ne peut faire aucun investissement sérieux dans ces villages. Certaines écoles de ces villages sont par exemple dans un état de délabrement inimaginable. Mais nous ne pouvons pas les réfectionner, parce que du jour au lendemain, ce sont des infrastructures qui seront reléguées à un autre pays. On pénalise les enfants de ces villages parce que le Niger ne peut pas intervenir, nous aussi nous ne pouvons pas intervenir et au finish, ce sont les populations qui en pâtissent. C’est donc un problème. Nous attendons de voir, au plus haut niveau, au plan national, ce qui sera décidé. Nous disons que c’est dommage… et certainement qu’il faudra réfléchir de manière plus approfondie là-dessus. Nous avons aujourd’hui des ressources assez importantes pour cette commune ; à quatorze villages, si vous avez un budget qui va bientôt tourner autour d’un milliard, et si vous vous retrouvez à neuf villages, qu’est-ce qu’il faut faire ?

Lorsque vous finissez de faire face aux dépenses les plus urgentes, les plus prioritaires, vous risquez de tomber dans le gaspillage. C’est pour cela que nous avons lancé le débat, pour dire qu’il faudra nécessairement que les communes voisines, qui ont souvent d’innombrables villages (plus de 70 villages pour la commune de Dori, plus de 80 pour celle de Gorom-Gorom…), qui sont proches de Falagountou puissent rattacher certains de leurs villages à notre commune, pour qu’ils puissent bénéficier au moins des investissements et ambitions que nous avons. Cela va permettre de booster le développement dans la région de manière générale. Ce sont des réflexions que nous murissons et dans les prochaines semaines, nous allons entreprendre des démarches dans ce sens.

Lefaso.net : C’est dire qu’avec cette nouvelle donne, l’administration doit aussi revoir le découpage du territoire !

Saïdou Maïga : Bien évidemment ! La commune de Falagountou sera bientôt de neuf villages, celle de Seytenga 27 villages, une vingtaine pour Markoye, Gorom-Gorom est à plus de 80 villages et Dori plus de 70 villages. Or, nous (Falagountou) frôlons un peu le budget des communes urbaines. Est-ce que nous allons continuer à rester dans nos neuf villages, alors que nous savons que des villages qui sont à côté n’ont pas d’écoles pendant que nous en avons, nos écoles sont électrifiées et eux, ils n’ont pratiquement rien. Ce sont autant de questions de fond qu’il faut trancher courageusement. Obligatoirement, il faudra que d’autres villages soient rattachés à la commune de Falagountou. Mais, il faut aller beaucoup plus loin : les cinq villages qui sont maintenant la propriété du Niger, qu’est-ce que nous voulons faire de leurs populations qui souhaiteraient revenir sur le sol burkinabè ? Il faudra nécessairement accompagner le chef-lieu de la commune (de Falagountou) pour prévoir des infrastructures, des logements et, au besoin, des activités génératrices de revenus pour ces populations qui sont prêtes à tout abandonner pour rejoindre le Faso par patriotisme. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Entretien réalisé par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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