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Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Recherches et innovations • • mardi 14 mars 2017 à 00h18min
Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

Dans cet article inspiré par un documentaire algérien, « Bons baisers de Moruroa » de Larbi Benchiha, projeté au Fespaco le 1er mars 2017 et qui y a obtenu le Prix santé et sécurité au travail, Günther Lanier revient sur les circonstances des premiers essais nucléaires français pendant la guerre d’Algérie. Des essais dont les irradiations n’avaient pas épargné l’ex-Haute Volta. Dans sa réflexion l’auteur pointe du doigt la responsabilité de l’Etat français à travers ses présidents, lesquels devraient être traduits devant la Cour pénal internationale(CPI). Lisez plutôt.

De nos jours, tout le monde comprend que les essais nucléaires représentent un immense danger public. En ce qui concerne les explosions de bombes atomiques françaises, la non-assistance à personne en danger s’y ajoute : Paris n’a rendu public la dimension du danger que plus de cinquante ans après, en 2013. Tous ceux qui étaient responsables de ces deux faits incriminants devraient, à mon avis, être traduits devant la Cour Pénale Internationale. Aussi, le dédommagement et/ou la prise en charge de toutes et tous qui ont été lésés devrait aller de soi. Pourtant, cela n’est pas le cas : même les soldats français tombés malades à la suite des essais doivent batailler dur pour obtenir un début de réparation – les Africains et Africaines n’auraient certainement aucune chance contre l’Etat français.

La Gerboise bleue

En 1958, la crise algérienne ramène De Gaulle au pouvoir en France. A la suite, en pleine décolonisation, le Général perd peu de temps pour mettre en place une Force de dissuasion nucléaire. Le 13 février 1960, le premier test de la France d’une arme à fission, nommé « Gerboise bleue », a lieu. Trois autres s’ajouteront dans les 15 mois qui suivront : les gerboises « blanche », « rouge » et « verte » – tous des essais atmosphériques, c’est à dire à l’air libre, et tous dans le Sahara algérien, dans un lieu choisi parce qu’il est inhabité, disaient les autorités françaises. On n’a pas demandé ni la permission ni l’opinion des riveraines et riverains ; en tout cas certainement pas aux gens qui habitaient la ville de Reggane. Des interviews, pourtant, attestent combien les effets de l’explosion les ont concernés, même si Reggane se trouve à une cinquantaine de kilomètres du point zéro.

Public et pourtant secret

La puissance de la première gerboise, la bleue, était de 70 kilotonnes de TNT – cinq fois la puissance de la bombe de Hiroshima qui n’était que de 13 kilotonnes TNT. Les dangers d’une telle explosion étaient suffisamment connus en 1960. Les mesures de sécurité étaient, par contre, absolument insuffisantes, et se limitaient souvent à la consigne de se coucher par terre et de ne pas regarder. Côté français, les effets et l’exposition aux rayonnements étaient bien sondés et documentés – et puis les résultats de ces recherches étaient gardés sous clé – secret défense.

En même temps, les essais nucléaires n’étaient pas du tout secrets – ce serait absurde. Il s’agissait de faire briller la France (surtout qu’elle venait de perdre son empire colonial) en tant que pouvoir nucléaire, de l’établir dans la cour des grands de ce monde (quand, en réalité, elle n’en était plus).

L’Algérie gagne son indépendance en 1962 ; l’on peut dire cela ne dérangeait plus la France. Car, entre 1960 et 1966, dix-sept essais nucléaires avaient lieu dans le Sahara algérien, les quatre essais atmosphériques de Reggane avaient été suivis de treize tests souterrains dans le massif du Hoggar, à 150 kilomètres de Tamanrasset. Quand la France des essais nucléaires quittait l’Algérie, en 1966, elle enfouissait du matériel fortement irradié dans les sables ou le scellait avec du béton dans des galeries souterraines. Mais Paris prend soin de n’instruire l’Algérie aucunement – pas en 1966 et non plus depuis, secret défense oblige.

Toute information concernant les essais (où le matériel radioactif a été caché ? à quelles doses de radioactivité les riverains ont-ils été exposés ? où est parti le nuage radioactif après l’explosion ?) a été jalousement gardée dans les archives secrètes de l’armée française. En 2013, le 4 avril pour être précis, une requête de l’association française des vétérans des essais nucléaires occasionnait une levée partielle du secret défense. Des documents jusque-là soigneusement cachés, dont la carte reproduite ci-dessus, sont finalement publiés le 14 février 2014 par le quotidien Le Parisien.

Des révélations qui auraient dû provoquer un tollé dans les pays africains touchés, mais rien...

Maintenant, nous savons jusqu’à quelle distance au moins le nuage radioactif a voyagé. La moitié est de notre pays a été touchée trois jours après l’explosion de la bombe, soit le 16 février 1960, la moitié ouest le jour suivant, soit le 17 février 2017. La majorité des informations concernant les essais nucléaires français est toujours classée secret défense. Nous – les citoyens lambda mais aussi les Etats africains – n’ont pas droit au regard.

Paris n’a pas arrête pas ses essais nucléaires en 1966. De Gaulle les déménage seulement aux îles du Pacifique, en Polynésie, à Moruroa surtout. En 1996, lorsque le dernier a lieu, le décompte faisait état de 210 essais nucléaires. En Polynésie comme en Algérie, des « autochtones » et des soldats français ont été irradiés et gravement lésés.

De Gaulle et ses successeurs doivent être traduit à la CPI

Côté Afrique, la Cour Pénale Internationale (CPI) a souvent subi et continue de subir des reproches qu’elle serait anti-africaine. Lorsque l’on passe en revue les cas jugés par la CPI et ceux qui le sont pas encore, les reproches faits à la juridiction internationale se justifient. Cela même si la procureure générale est la juriste gambienne Fatou Bensouda, et même si la première vice-présidente est aussi africaine, Joyce Aluoch du Kenya. La Cour Pénale Internationale (CPI), active depuis 2002, juge des individus ayant commis génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou crimes d’agression quand la juridiction nationale n’a pas la volonté ou la compétence pour juger ces crimes.

Les Etats africains sont tous membres de la CPI, pendant que la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, la Turquie et Israël ne le sont pas.

Cependant, au cours de l’année 2016, le Burundi, la Gambie et l’Afrique du Sud ont initié les procédures pour quitter la CPI. Pour ce qui concerne la Gambie, son nouveau président Adama Barrow a fait marche arrière, et le gouvernement sud-africain va devoir ré-initier la procédure pour vice de forme. Mais en même temps, le dernier sommet de l’Union Africaine fin janvier 2017 a tenté d’arriver à une action continentale concernant ce retrait de la CPI. Beaucoup de chefs d’Etats africains voudraient gouverner sans être dérangés. Que leurs méfaits soient sujets à un contrôle judiciaire ne va pas du tout avec leur idée d’un exercice de pouvoir absolu.

Et comme, entre démocrates, on ne peut pas dire cela ouvertement, alors on dit qu’on est contre la CPI parce qu’elle est raciste et anti-africaine. Mais les questions essais nucléaires français soulevées dans ces derniers offre une belle opportunité pour démontrer de la partialité ou de l’impartialité tacites de la CPI. D’où la nécessité d’accuser De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy et Hollande d’avoir tous ensemble et sciemment engendré des immenses dangers publics et/ou pour non-assistance à personnes en danger sur grand échelle via les essais nucléaires et leurs conséquences désastreuses. Même si les inévitables condamnations vont en partie être prononcées à titre posthume, ce serait un merveilleux coup de semonce pour les puissants qui se croient tout permis…

Notes :
1. Je ne suis ni avocat ni magistrat – mon argument n’est pas juridique mais moral. Pour ce qui est du « danger public », le concept juridique ne semble pas bien circonscrit en français – à la différence de « public-order crime » ou « danger to the public » en anglais et « Gemeingefährdung » en allemand. Pour ce qui est de la “Non-assistance à personne en danger“ voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Non-assistance_%C3%A0_personne_en_danger.

2. Le dessin de la gerboise vient de : M. Charles D’Orbigny, Dictionnaire Universel d’Histoire Naturelle. Atlas., Paris (MM. Renard, Martinet et Cie.) 1849, je l’ai trouvé sur : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:FMIB_46818_Gerboise_ordinaire.jpeg?uselang=fr.

3. J’ai confectionné la carte sur base de http://www.mondialisation.ca/le-sahara-contamine-durablement-par-luranium-la-mort-lente-en-differe/5369951 et http://tipaza.typepad.fr/mon_weblog/2014/02/essais-nucl%C3%A9aires-de-reggane-r%C3%A9v%C3%A9lations-compromettantes-pour-la-france.html.
4. Photo du bâtiment de la Cour Pénale Internationale à la Haye de Hanhil, 10 septembre 2006, source :
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Building_of_the_International_Criminal_Court_in_The_Hague.jpg
5. Sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_essais_nucl%C3%A9aires_fran%C3%A7ais se trouve la liste des 210 essais nucléaires.
6. Le documentaire “Vent de Sable – le Sahara des essais nucléaires“ de Larbi Benchiha, 57 minutes, Algérie 2008, est disponible sur https://www.youtube.com/watch?v=HKm6MXasgVo. Ce film a été tourné cinq ans avant la déclassification partielle des documents secret défense, il n’est donc pas tout à fait à jour. Mais ça ne rend pas les interviews moins vraies.

Vos commentaires

  • Le 14 mars 2017 à 01:58, par djobala En réponse à : Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

    CPI là doit voir cas de Saro et de Bush. oubien CPI ne juge que an on a tué moins de 1million ? Sako à fini lybie et continue de tuer lybiens (par les consequences). Il a fait la lutte contre le developpement (que le France fai dans ses colonie) en Lybie. Tout president de USA et France devrait etre poursuivi par la CPI.

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  • Le 14 mars 2017 à 09:20, par Zangoté En réponse à : Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

    Restez là toujours à vous plaindre ! Si la France a délocalisé ses essais nucléaire, c’est par pur humanisme. Si non elle pouvait continuer et puis Y A RIEN ! Il faut comprendre que les autres ne viendront pas nous protéger à leur place. Il faut asseoir un pouvoir générationnel avec des têtes qui changent mais une politique extérieure et un comportement patriotique qui inspire la crainte et le respect. On nous flatte et nous aussi on se laisse flatter. On pleurniche comme des bambins affamés qui attendent qu’on vienne prendre soin d’eux. Quelle honte que d’être là et de ne pas pouvoir appliquer la réciprocité entre Etat ! Même l’Algérie se fout de nous et nous prive de visas mais on ne fait rien. on a peur parce qu’on pense que c’est seulement la richesse d’un pays qui le rend respectable et craint. Même avec un peu de moyen on peut se faire respecter. Allez dans nos villages voir ce qui s’y passe. Si jamais tu descends là-bas avec ton véhicule, avec ton argent et que tu nargues un pauvre paysan assis sur son vélo avec sa culotte en lambeau, tu verras qui de vous deux peut faire mal à l’autre. Si tu n’as pas la chance, le paysan t’expédiera ad patres en moins de 3 mois et sera même fier d’en parler. Tout cela pour vous dire que c’est pas parce qu’on est pauvre qu’on ne peut pas faire mal. Et personne ne viendra nous aider à nous défendre. Si tu n’as pas la force, il faut être malin...

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  • Le 15 mars 2017 à 17:24, par SOSTHENE NANA En réponse à : Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

    CE QUI SE FAISAIT IL YA 1000 ANS SE FERA DEMAIN,APRES DEMAIN,ET AINSI DE SUITE.RIEN DE NOUVEAU SOUS CE SOLEIL.JAI TOUJOURS RÊVER DE M’ENGAGER MAIS CE QUI EST MARRANT EST QUE CEUX QUI ONT LE BON MESSGAGE,DEMEURENT DES MAUVAIS MESSAGERS.QUAND ON CEDE LA PLACE DE LA LEGITIMITÉ A CELLE DE LA LÉGALITÉ.LESSAIE NUCLEAIRE DANS LE DESERT ETAIT LEGITIME POUR LA FRANCE PAR CONTRE NOS LEADERS AFRICAIN TROUVAIENT UNE FORME DÉGALITÉ DANS CETTE ESSAIE.NOUS GENERATIONS ACTUELLES NE POUVONS QUE VIVRE LETERNEL RECOMMENCEMENT.

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  • Le 16 mars 2017 à 13:55, par Bara En réponse à : Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

    La CPI doit se prononcer, il en va de l’avenir des démocraties en Afrique.

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  • Le 18 mars 2017 à 17:36, par Jean-Paul Vimare En réponse à : Essais nucléaires français dans le désert algérien : Le Burkina Faso a été irradié en 1960…

    Le Burkina Faso a été irradié en 1960. Non contaminé, c’est pire, comme le sud de l’Algérie, et tout les pays sur la carte. Mais ça, merci de ne pas censurer. La France sous le régime colonialiste à fait 4 tirs nucléaires, dites les Gerboises, Mais l’Algérie du FNL, dans un pays libre et indépendant, suite aux accords d’Évian signés le 18 mars 1962 aurait pu refuser les 13 autres tirs. Le 1er mai 1962, l’accident du Béryl, a été un des pires de tout les essais nucléaires, suite à la rupture d’une porte blindée. Mais ça n’a pas empêché le gouvernement Algérien se continuer cette complicité. Donc 13 autre tirs ont été fait, personne ne s’ai posé de question. Les valises, circulaient entre la France et l’Algérie, avec des milliard. Personne ne s’ai penché sur cette histoire, car nous serions traités de révisionniste. La guerre d’Algérie a belle et bien existé, avec son triste cortège de victimes. Mais il faut relire le rapport du Général Ailleret, qui à donné l’ordre de cessez le feu. De plus Ailleret, patron du CEA en 62, comme par hasard négociait depuis 1957 avec le FNL, tout en cherchant des sites probables en France, et il en est sortit un sous accord d’Evian. En fait les vrais accords. De plus la France n’avait pas une force navale, assez importante dite Alpha 1, pour aller contaminer la Polynésie ! Dons c’est en 66, que le grand déménagement à eu lieu, et de plus avec la remise des installation militaire du camp d’Hamoudia, et surtout son terrain d’aviation stratégique. Voilà l’histoire en quelques mots..
    Jean-Paul Vimare. Historien vétéran du nucléaire.

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