Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

LEFASO.NET | Par Moussa DIALLO • samedi 11 mars 2017 à 00h10min

Les villages de Nassoumbou, Diguel, Baraboulé, Goundoumbou, Kéréboulé, Tongomael, Kourfayel… ont reçu la visite des terroristes ces derniers temps. Ces séries d’attaques se sont souvent soldées par des morts d’hommes et de nombreux blessés. Les députés membres de la Commission défense et sécurité avait souhaité effectuer une mission pour apporter soutien et réconfort aux populations qui y vivent et travaillent. Mais, l’exécutif leur a suggéré de différer cette mission, estimant que le moment ne sied pas. Pour certains élus, dire que la situation sécuritaire n’est pas propice pour qu’un député s’y rende, c’est simplement envoyer de mauvais signaux à ceux qui ont choisi de travailler au Sahel, malgré le contexte difficile.

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Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

En 2016, la région du Sahel a connu près d’une dizaine d’attaques terroristes. En 2017, en seulement deux mois, il y a déjà eu plusieurs attaques. Pire, ces fous de Dieu qui écument la région se sont rendus dans des écoles de la province du Soum pour sommer des instituteurs d’enseigner désormais l’Arabe et le Coran en lieu et place du programme officiel. Aux institutrices, ils leur ont demandé de porter le voile. Ils sont passés à l’action le 03 mars dernier en abattant le directeur de l’école primaire de Kourfayel et un parent d’élève qui s’y était rendu. Ce qui a encore accru la psychose qui régnait déjà au sein de la population. L’inhumation de cet instituteur le même jour, sans reconnaissance de la nation, a été mal vécu par plus d’un.

Depuis le début de ces attaques, il n’y a eu aucune mission officielle du parlement burkinabè pour apporter du réconfort aux populations et leur assurer du soutien de la représentation nationale. A cette période où règne la psychose, la commission Défense et sécurité (CODES) de l’Assemblée nationale avait enfin décidé de rectifier le tir. Mais, sur avis de l’exécutif, elle consent de renvoyer cette mission aux calendes grecques, sous le prétexte que « la période de ne sied pas ».

« La commission Défense et sécurité a demandé à y faire un tour. Je me suis rapproché de l’exécutif, mais le moment n’est pas opportun. Donc, pour le moment, nous allons différer cette sortie. Pour l’instant, c’est des opérations militaires, je ne suis pas sûr que les députés de la commission défense, il y a beaucoup qui savent faire huit ‘’kil’’ », a ainsi informé Salifou Diallo lors de la séance plénière du 07 mars 2017.

« Je m’inquiète des signaux que nous envoyons aujourd’hui »

Le report de cette sortie au moment où la population du Sahel a le plus besoin de soutien et réconfort n’est pas du goût de certains élus. Et Ahmed Aziz Diallo, le député-maire de Dori, élu sous la bannière du Parti pour la démocratie et le socialisme/Parti des bâtisseurs (PDS/Metba), a tenu à le faire savoir. Il dit s’inquiéter du message qu’ils envoient ainsi à ces populations.

« Nous avons des populations qui sont là-bas qui croisent la croix et la bannière à longueur de journée, nous avons des fonctionnaires qui décident de rester pour travailler auprès des populations et beaucoup d’organismes qui y travaillent tous les jours. Moi, je m’inquiète des signaux que nous envoyons aujourd’hui en disant que les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour qu’un député s’y rende. Je m’inquiète du signal que nous envoyons, et je souhaiterais que l’on reconsidère cette question parce que cette mission est très importante à ce stade », s’est-il indigné.

Cette position ne sera donc pas reconsidérée comme souhaitée par l’élu du Séno. En tout cas, pas au cours de la plénière du 07 mars. Le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo se contente de reprendre les arguments de l’exécutif pour tenter de le persuader de la justesse de ce report. « Actuellement, il y a un certain nombre d’opérations sous régionales qui sont en train de se mettre en place avec l’opération Barkhane dans les localités du Sahel. Je ne peux pas vous dire plus. Donc, la période ne sied pas. C’est pourquoi je dis attendons le feu vert après ces opérations pour qu’on puisse envisager la mission à laquelle je me propose même de participer », explique-t-il.

Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un refus définitif, et demande de faire confiance à l’avis des techniciens en la matière. Car, rappelle-t-il, « ce n’est pas indiqué que les députés aillent perturber les dispositifs qui sont là-bas. Si les techniciens de la sécurité nous disent de différer notre démarche, il faut qu’on accepte pour ne pas aller gêner l’armée là-bas. La question n’est pas un refus définitif. Peut-être que dans deux semaines ou même deux jours, ils peuvent nous dire d’aller. Mais si vous allez entrer dans les combats, vous perturbez leur dispositif ».

Néanmoins, reconnait le président du parlement, « nous savons que les populations du Sahel ont besoin aujourd’hui de réconfort et d’assurance ». Différer cette mission des parlementaires n’est certainement pas pour rassurer les populations qui y travaillent quant au soutien des élus nationaux en cette période difficile.
D’ailleurs, les organisations syndicales de la région du sahel ont organisé une marche, ce 10 mars 2017, pour exiger du gouvernement, plus de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 11 mars à 07:08, par le russe
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Chèr(e)s Honorables, quand l’exécutif vous dit de patienter, cela ne veut pas dire d’annuler. Vous savez que la zone n’est pas totalement sous contrôle. Imaginez des députés pris en otage, c’est pas vilain ça ! Quant à l’enseignement de l’arabe, je pense qu’avec les écoles bilingues, cela est possible ; puisque que c’est une langue dont nous avons besoin comme l’anglais, l’allemand, etc , mais il n’est pas question d’enseigner le coran dans les écoles publiques laïques. Que ces terroristes et non des djihadistes aillent en enfer !

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  • Le 11 mars à 07:15, par war
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    C’est plus sage d’attendre car les djihadistes seraient tres heureux d’avoir 2 a 3 deputes en otages en plus du docteur helliot pour faire pression sur le faso.C’est un conseil sinon chaque depute est libre d’aller ou il veut meme sur la ligne ou zone de front.Et puis en verite les maires sont sur place travaillent avec les populations et l’armee pour securiser les populations.Mr le ministre de la defense dite a ceux qui veulent y aller de le faire mais en assumant les risques et avec leur propre securite car ici on doit laisser la politique politicienne.vous devez normalement attendre la mise en place du dispositif national et internationale avant d’envoyer une mission reduite de 3 a 5 deputes de verification.Les engins a 2,3 ou 4 roues sont interdits la nuit et il ya comme un couvre feu .il ya combien de deputes aptes au sport dans cette AN

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  • Le 11 mars à 08:23, par Filsdupaysan
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Si la periode ne sied pas pour aller soutenir nos braves travailleurs dans cette partie du pays, jedirai qu’il est mieux pour nous qui y travaillons de rejoindre aussi nos villages rrespectifs.
    Le député etant un elu du peuple doit etre au cote de ce peuple. Aussi, pourquoi depuis les attaques c’est maintenant vous decidez d’aller ? Si vous ne venez pas, alors trêve de paroles.

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  • Le 11 mars à 08:24, par lewang
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Pour une fois je suis d’accord avec cette décision que certains veulent exploiter à fonds. Ecouter, c’est comme une scène de crime qu’on encercle pour recueillir des pièces à conviction et on vous empêche d’y accéder. Je ne suis pas du domaine mais imaginer une délégation de l’AN sur le terrain, combien de FDS pour leur sécurité ? cela peut contribuer à bouleverser le dispositif sécuritaire sur le terrain tant en nombre d’hommes, en matériel et je ne sais quoi encore ? De toute façon différer ce n’est pas annuler....ils ne partaient pas pour arrêter des terroristes de toute façon. Chez nous il n’y a pas de délai pour présenter des condoléances !

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  • Le 11 mars à 08:29, par Cequejenpense
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Qu’il y a des combats là bas ? Mais Salifou, vous mentez en plus. Lol. Les barbares viennent nous tuer puis ils repartent. Vous avez peur ? Ah le confort de Ouagadougou. C’est ainsi que les dirigeants s’accommodent des attaques terroristes. Je le disais sous un poste précédent. Comme à Bamako, temps que leur pouvoir n’est pas menacé ils s’en foutent de la sécurité des populations.

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  • Le 11 mars à 09:10, par Sidpasata Veritas
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    - Moi j’aurai préféré, entre le "tout ou rien", un moyen terme. S’il n’est pas possible de garantir la sécurité d’un groupe important de députés, il reste peut-être encore possible de garantir au moins une courte visite d’une demie-journée du président ou du vice-président de l’AN afin de manifester la solidarité de toute la nation avec les habitants de cette zone. Cela doit pouvoir se faire sans perturber les dispositifs de l’armée, à moins alors que les dispositifs en question soient si fragiles qu’ils ne résisteraient même pas aux mouvements de battement d’ailes d’un papillon dans la zone. Dans ce cas il faudra avouer le naufrage de l’État dans ladite zone.
    Ne rien faire sous prétexte de ceci ou de cela, c’est mépriser le sort de nos concitoyens de la zone et c’est encourager les hordes criminelles qui veulent rendre cette région ingouvernable !

    - Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec l’internaute n°1 "le russe" qui envisage qu’il soit possible d’enseigner l’arabe dans les écoles publiques sous prétexte de bilinguisme. Je n’ai rien contre l’arabe et les écoles bilingues, mais je refuse catégoriquement que l’État cède, même partiellement, à l’injonction des bandits. Ce n’est pas à ces voyous de dire à l’État souverain du Burkina ce qu’il doit faire dans ses écoles, et on n’acceptera rien de leurs diktats.
    Personne, en dehors du peuple burkinabè et ses représentants légitimes ne doit venir nous dicter ce qu’il faut faire dans nos écoles.

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  • Le 11 mars à 09:12, par Leduc
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Je ne vois point où se trouve le problème. L heure pas à la propagande, mais à la guerre contre les terroristes. Et là le politique doit sagement suivre les instructions des militaires sans même broncher, puisqu ils n y vont pas pour livrer bataille ni avec une solution quelconque aux problèmes de sécurité, mais pour des raisons politiques. Or. Il ne sert à rien de vouloir apporter un soutien aux populations éprouvés, lorsque ce geste, bien que responsable et patriotique, expose la nation à d autres pertes. Il est plutôt sage de patienter jusqu’à nouvel ordre. Cela n a rien de contraire à l éthique politique. Il ne traduit pas non plus l insouciance de qui que ce soit vis à vis des populations du sahel, puisque ces populations elles mêmes reconnaissant la gravité de la situation ont déjà pris des dispositions minimales pour leur sécurité et ne souhaitent pas que des gens perturbent ce dispositif pour si peu ou viennent se jeter dans la gueule du loup pour aggraver leur tristesse . Laissons les préjugés dans cette situation. Suivons plutôt les instructions des militaires. Cependant celui qui veut y aller peut y aller sans engager l État qui n aura rien à nous dire si d aventure il autorisait une telle mission contre les recommandations des services de sécurité et que ça tourne mal. Ça sera la traduction de l incompétence des décideurs.
    En conclusion je soutiens la sage décision du PAN.

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  • Le 11 mars à 09:21, par TAPA
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Bonjour,
    Je suis d’avis avec ces propositions de l’exécutif. Je propose a ce que chaque députe en attendant la période favorable, soutienne les FDS par un apport en ressources financières. J’attends que dans quelques jours on dise que les députe ont cède 5% de leurs salaires a partir de fin AVRIL 2017 pour cette cause juste : la défense de l’intégrité de notre territoire.

    Peuple du Burkina, soutenez nos FDS et le pays tout entier en leurs apportant des ressources financières par quelques moyens que ce soit pour venir a bout de ces terroristes.

    Au fonctionnaires et travailleurs de tout rangs, accepter une coupure mensuelle a la source de 1% du salaire pour un Burkina nouveau.

    Ensemble nous vaincrons.

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  • Le 11 mars à 09:39, par J&B
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Aux grands maux, les grands remèdes. Ce qui se passe actuellement dans le Nord est identique au scénario qu’on a tous suivi au début de la crise malienne. Il ne s’agit de festivités ou de colloques pour que des élus ou membres du gouvernement partent s’exhiber à coût de millions. Non !
    Ce qu’il faut, c’est permettre aux officiers de faire une évaluation - non politisée - de la situation. Après quoi, les FDS, s’appuyant sur leur caractère republicain, devront imposer une solution militaire appropriée. Si des élus ou l’exécutif fait obstacle on les met aux arrêts.
    Le Nord, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui un champs de guerre. On n’a pas besoin de Barkane ou d’une armée sous-régionale. Nous avons assez de soldats bien entrainés. La zone Nord doit être bouclée et passée au peigne fin. Il y’aura certes des bavures et des dommages colatéraux, mais c’est plus acceptable que de laisser notre pays en proie à des damnés et terroristes.

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  • Le 11 mars à 10:56, par ragomzanga
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Nous ne devons pas céder à la peur...
    Sin non le sahel et bien d’autres provinces seront comme le nord mali...
    Il faut la présence de l’ETAT dans ces localités, il faut que la vie poursuivre son cours normal, il faut trouvez des stratégies de résistances qui ne sont pas que militaires....
    C’est notamment la question culturelle...
    RAGOMZANGA

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  • Le 11 mars à 12:04, par Tuansui
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Il ne faut pas être trop zélé. Ce n’est pas un jeu. Vous allez vous déplacer avec combien de personnes pour assurer votre sécurité ?

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  • Le 11 mars à 16:00, par SAE
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Mr #Cequejepense#, malheureusement vous pensez penser trop juste à tel point que vous êtes passé à côté de la plaque. Quand on veut critiquer, il faut être juste, réaliste, objectif et professionnel.
    Les critiquer d’avoir pris l’initiative tard je n’en disconviens pas, mais là vous avez tord :
    - quand le Président de l’AN dit cela c’est qu’il a ses raisons fondées, car les Autorités sous mises au courant des opérations militaires en cours et programmées,
    - les FDS ne peuvent pas divulguer n’importe comment leurs opérations et planning à tout le monde, c’est secret défense.
    Cordialement !

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  • Le 11 mars à 16:36, par SAE
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Chers journalistes, de grâce choisissez judicieusement désormais les titres de vos écrits avant de les publier. Je ne suis pas un journaliste mais je pense que les titres doivent épouser l’idée général du texte. On peut puiser quelques mots d’intervenants pour formuler le titre mais qui doit épouser l’idée général. Tel que dit c’est paniquer les lecteurs. On pourrait simplement #La situation sécuritaire actuelle fait reporter une mission des élus de l’AN au Sahel#. Un journaliste doit être juste, objectif et impartial dans ses écrits. S’il veut rapporter un fait il doit être fidèle. S’il veut critiquer aussi qu’il adopte une démarche analytique et pour être juste et objectif. Il doit avoir une intention de bien faire et non de nuire. Le journaliste doit être professionnel.

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  • Le 13 mars à 12:44, par Balguintogsba
    En réponse à : Insécurité au Sahel : Quand les députés envoient de mauvais signaux à la population

    Arrêtons tout ça svp.
    Cultivons le patriotisme : mourir pour sa patrie.
    Je lance une large mobilisation à tous les patriotes préoccupés par la défense de la patrie.
    On va tous se rendre au Nord pour combattre les moins que rien qui sont en train de troubler l’ordre.
    "N’a lara, an sara !"
    Patriotes levons nous tous ensemble. On va partir pour le nord, sauver nos frères, sauver notre pays en train de sombrer. C’est la seule manière d’en finir avec ses lâches en une 1/2 journée.
    Dieu bénisse le BURKINA FASO.

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