Insécurité au Sahel : « Tout porte à croire que certaines sources ont été dévoilées », pense François Paul Ramdé de l’Union fraternelle des croyants de Dori

LEFASO.NET | Par Herman Frédéric Bassolé • vendredi 10 mars 2017 à 01h08min

Au rang des acteurs qui œuvrent pour la promotion du dialogue et la culture de la paix au Sahel, figure l’Union fraternelle des croyants (UFC) de Dori. Longtemps, cette organisation a bataillé pour une coexistence religieuse et culturelle, notamment à travers des activités socio-économiques bâties autour du « bouli », ce puissant levier de développement à l’échelle village. Aujourd’hui, face à une situation sécuritaire délétère dans le Sahel, le coordonnateur de l’UFC, François Paul Ramdé, est conscient que sans une véritable implication de l’Etat, une revue des mécanismes des projets et programmes et une collaboration civilo-militaire gagnante, le terrorisme gagnera du terrain. Nous l’avons rencontré, le samedi 4 mars 2017 à Dori. Entretien.

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Insécurité au Sahel : « Tout porte à croire que certaines sources ont été dévoilées », pense François Paul Ramdé de l’Union fraternelle des croyants de Dori

Lefaso.net : Vous êtes le coordonnateur des projets et programmes de l’Union fraternelle des croyants de Dori. Comment est née cette organisation ?

L’Union fraternelle des croyants est née dans un contexte de famine, celle de 1969-1970. Vivait à Dori un père rédemptoriste du nom de Père Lucien Bidaud qui assistait les populations dans ces moments difficiles. Pendant cette famine, des partenaires ont envoyé des vivres pour soutenir les populations. Plutôt que de faire distribuer ces vivres par les chrétiens, le Père Bidaud a souhaité la mise en place d’un noyau interreligieux autour de la distribution. Ainsi naquit l’UFC. Mais, il faut dire que la mise en œuvre de ce noyau n’a pas été aussi simple que cela.

En 1969, c’était la période des Pères Blancs dans une Haute-Volta nouvellement indépendante. Evidemment, les musulmans se posaient beaucoup de questions. Ils se demandaient si le Père Bidaud ne cherchait pas à les baptiser. Dieu merci, ce Père Blanc avait beaucoup d’amis musulmans. Il y avait donc des gens qui connaissaient ses intentions d’aider vraiment les populations. Les gens ont donc adhéré. Par la suite, il y a eu une sorte de conversion de toutes les parties aussi bien musulmane que catholique parce que les gens ne voient plus l’autre comme un étranger mais comme un frère.

Lefaso.net : Vous l’avez dit, au départ il n’y avait que des musulmans et des catholiques. Les protestants vous ont-ils rejoints par la suite ?

Dans les activités, les protestants sont intéressés. Mais, de manière formelle ils n’ont pas fait une demande d’adhésion. Pour être membre statutaire, il faut faire une demande d’adhésion explicite. Mais lorsque nous organisons des activités qui intéressent les communautés religieuses, ils y sont invités et participent activement. Cela est encourageant et nous espérons que demain ils verront qu’il n’y a aucun danger à entrer dans l’UFC, si c’est cela qui limite un peu leur engouement à faire la démarche personnelle d’adhésion. Notre organisation est un cadre pour mieux se comprendre et respecter les différences des uns et des autres. Il n’est pas question pour les catholiques de chercher à baptiser les musulmans et vice versa.

Lefaso.net : L’un de vos domaines d’intervention de l’UFC, en plus du volet socioéconomique, c’est la promotion du dialogue et de la paix. Comment se porte ce dialogue au Sahel ?

Il est difficile de se juger. Je sais qu’ici, musulmans et chrétiens trinquent avec des contenus différents dans les verres. Ailleurs, sous d’autres toits, ils ne trinqueront jamais ensemble. Ils seront assis distinctement. Avec l’action de l’UFC, les gens s’acceptent. Il n’est pas rare de voir l’Evêque sur le lieu de la prière des musulmans et leur souhaiter bonne fête de Ramadan ou de Tabaski, ou l’Imam faire pareil à l’église. A Dori, on a compris que c’est Dieu qui a voulu la différence.

Si nous voulons jouer le rôle de Dieu à la place de Dieu, on aura failli. S’il y a différence, c’est parce que Dieu l’a voulu et d’ailleurs c’est déjà mis en exergue dans les livres saints. Dans le Coran, il est dit que si Dieu avait voulu que tous soient musulmans, il l’aurait fait. Sur une échelle de 1 à 10, je pense qu’on dépasse la moyenne à Dori en ce qui concerne le dialogue social même si le contexte actuel dans d’autres provinces du Sahel trouve malheureusement des actes de radicalisation qui font honte d’ailleurs à tous les croyants qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Dieu ne veut pas de sang pour vivre.

Lefaso.net : Que fait concrètement l’UFC sur le terrain pour la promotion du dialogue et de la paix ?

Notre zone d’intervention est nationale et même régionale. Nous avons organisé des activités régionales qui embrassent plusieurs pays. Il y a eu la caravane des jeunes pour la paix qui a sillonné le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Nous sommes capables d’aller au-delà de la région du Sahel et nous l’avons déjà fait, que ce soit sur le plan du développement ou de la promotion du dialogue. Pour ce qui est de ce dernier volet, il faut dire que les activités de développement sont pour nous des moyens de promouvoir la paix. Pourquoi ? Parce que ces activités de développement dans les « boulis », ces activités de production maraichère permettent aux populations de se frotter, de discuter ensemble. En plus de cela, l’alphabétisation et la promotion de la personne handicapée sont des occasions pour nous de promouvoir une coexistence pacifique.

Nous avons également des stages et des formations des ateliers spécifiques sur des thématiques du dialogue interreligieux et interculturel que nous organisons au profit des jeunes le plus souvent. Pour des thèmes comme le dialogue et l’exigence de foi, nous invitons un imam, un prêtre, un pasteur de revenir sur les fondamentaux qui sont les ressources de sa foi et de dire en quoi ce dialogue est une exigence de foi. En voyant les leaders religieux prôner le dialogue, les jeunes se convainquent qu’on ne doit pas se combattre parce qu’on est différent, mais qu’on doit s’enrichir de ces différences.

Nous sommes ici (Lieu de l’entretien, NDLR) dans le centre de dialogue pour la paix « Dudal Jam » qui a connu la formation de plusieurs jeunes du Burkina. C’est d’ailleurs l’ensemble de ces jeunes-là que nous avons récupérés pour faire la caravane des jeunes pour la paix en 2012. Des jeunes de 13 régions du Burkina ont été aussi formés à Ouagadougou.

Suivant les thématiques et suivant les partenariats, on arrive à initier des activités qui sont financées de part et d’autres au profit des jeunes, surtout dans le domaine de la formation, des relations publiques. Si on agit sur la base, il faut agir aussi sur les leaders parce que ceux qui prêchent dans les temples, les églises et les mosquées doivent avoir un message cohérent avec la base. Il ne faut pas que nous allions dire que les différences sont sources d’enrichissement personnel au niveau de la base des différentes communautés alors qu’au sommet, les leaders ont un autre message.

Lefaso.net : Le terrorisme gagne du terrain dans le Sahel. Qu’est-ce qui facilite son avancée aujourd’hui dans cette partie du Burkina Faso ?

Il y a un certain nombre d’éléments qui sont des terreaux favorables. Le Sahel est l’une des régions les moins favorisées du Burkina. Il y a certaines zones qui sont tellement enclavées que la présence de l’Etat n’est pas aussi sensible qu’ailleurs. Au début des indépendances et même plus tard, affecter quelqu’un au Sahel était synonyme de punition. Nous avons malheureusement laissé perdurer un certain nombre de mécanismes qui ne permettent pas de valoriser les potentialités locales et qui puissent garder les personnes.

Il faut dire aussi que la région du Sahel est à la croisée des chemins avec le Mali et le Niger. Dans ces deux autres pays, le climat de coexistence n’est pas aussi évident au regard des conflits et des attaques qui s’y déroulent. Nos frontières sont tellement poreuses que les gens circulent de partout. La radicalisation est une réalité et l’Etat doit mettre les moyens pour se mettre dans un positionnement qui lui permette de regagner la tête parce que tout est mis en œuvre pour faire fuir l’Etat dans les zones afin de pouvoir les transformer en des zones de non-droit pour des activités de terrorismes mais aussi des trafics de tout genre. Toutes ces activités criminelles ne veulent pas avoir un œil de l’Etat à côté. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Entretien réalisé par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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