De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

mercredi 8 mars 2017 à 00h08min

Cet article n’a pas la prétention de proposer un diagnostic exhaustif de la situation de la Fonction publique. Cela dépasse de loin les compétences de l’auteur. Au demeurant ceci est une critique sous l’angle des rapports que l’auteur a avec certains fonctionnaires comme tout citoyen, des rapports concitoyens qu’il a écoutés avec intérêt. Et pour s’écarter du sérieux trop sérieux, des anecdotes qui existent sur le sujet qui sans mauvaise foi ne sont pas gratuites, car dans les envolées lyriques, et même dans les blagues les moins subtiles, il y a toujours une part de vérité, le ressentiment de ceux qui les entretiennent.

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De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

Une amie me demandait un jour : « Pourquoi la Fonction publique est dans cette situation ? » Elle présumait : pourquoi autant de corruption, tant d’incompétence prétendue ou réelle, tant de laxisme, tant de désengagement. Enfin tant de choses à faire ? J’ai depuis réfléchi à la question, exploré des pistes, mais toujours pas une ultime conclusion. Mais on se comprend ; le sujet est complexe.

D’emblée, rendons hommage à des hommes et femmes dévoués : j’ai vu dans l’exercice de leur fonction des femmes qui se sacrifiaient pour cet idéal innommable qu’on appelle Etat. J’ai vu des hommes se lever de bonheur, marcher tête levée une heure pour aller donner des cours à des enfants assoiffés de savoir dans les villages les plus reculés de l’Afrique.

J’ai vu des fonctionnaires au bord des larmes parce que impuissants face aux doléances des populations en manque d’eau qui à bout de souffle viennent à leurs oreilles raconter pour espérer. J’ai vu des infirmières courir dans tous les sens pour sauver un nouveau-né et sa mère, parce que le village ne s’est décidé à les conduire au centre de santé que quand on les a sentis mourants.

J’ai vu aussi des agents de l’état civil crier sur une pauvre dame venue légaliser l’acte de naissance de son garçon. J’ai vu des agents retarder des procédures, attendant le moment ou épuisé le requérant appellerait pour proposer quelques billets de milles.

J’ai vu des responsables compromettre l’avenir de concitoyens par des décisions basées sur le seul fait de l’intérêt personnel ou celui de la famille restreinte quand ils se sont trouvés à des postes de responsabilité dans les rouages de la grande innommable. J’ai vu des policiers faire abus de leur pouvoir contre leurs frères éloignés, parce que pour le prix d’un fusil, la force se trouvait de leur côté. Mais on ne s’étale pas sur ce qui heurte la sensibilité. C’est humain. Passons.

On pourrait, si on devait classer les citoyens en rapport avec l’Etat en 3 groupes distincts, considérer ceci : les oubliés de la société moderne, si on veut les oubliés de l’Etat – le fonctionnaire moyen au milieu – et enfin le groupe de ceux qui ont réussi ou qui le prétendent, ceux qui font et défont l’Etat.

Le fonctionnaire dans l’esprit de mon amie est celui qui se trouve au milieu du classement, puis celui au sommet de la pyramide. L’un est accusé de nonchalance, de manquer de dévouement. L’autre est accusé de corruption, entre autres.

La position des gens du milieu est à plaindre. Parce que d’un côté, ils sont victimes des « grands » qui leur harcellent la vue avec de grosses cylindrées parce que leur position le leur permet. Si permettre est le mot qu’il faut. Au bas de l’échelle, ils ont la vue des oubliés qui au fil de petits boulots cherchent à s’en sortir. Il s’agit là d’une situation délicate. Pris entre la peur de lâcher le fil et de se retrouver démuni et la pensée que finalement je peux aussi devenir riche comme mes supérieurs. Qu’est ce qui explique l’abondance chez ses supérieurs ? Peu de choses enfin. Si ce n’est qu’ils ont accès en apparence à des ressources qui ne sont pas les leurs. Et qui on s’imagine appartiennent à tout le monde. Donc à personne.

On peut envisager une compréhension. Le traitement salarial du fonctionnaire moyen n’a pas évolué énormément depuis l’indépendance et la première administration. Pourtant le coût de la vie, lui, se décuple toutes les décennies. Qui sont-ce donc ces fonctionnaires qui ne sont pas à l’abri du besoin élémentaire ? Des individus qui utilisent leur parcelle de pouvoir pour corriger des artefacts.

De salaire stagnant à salaire rampant, on arrive à la situation présente. Ou finalement tout ou presque tout le monde va dans la Fonction publique par défaut. Notre système éducatif produit beaucoup de diplômés. Mais de niveaux pratiques variables, tristement. C’est ainsi que les moins doués se reconvertissent en agents de l’Etat. Du moins la majorité de ceux qui restent longtemps. Et quand les plus doués s’y collent, ils pensent bien que leur salaire ne justifie pas l’effort. Qu’est-ce donc qu’un fonctionnaire qui n’a ni assurance maladie ni mutuelle de santé.

Certaines personnes supportent mal le pouvoir. Non dans le sens où elles en ont peur. Mais parce qu’elle leur est ce que la drogue est au Junky. L’une des protubérances de la machine étatique est d’avoir laissé libre cours aux pulsions primaires de tels individus. Le drame pour le citoyen lambda, c’est que contrairement au tabac qui soul le fumeur, le malade du pouvoir se soule à coup de ceux qui cherchent les services de l’état.

Les conditions des fonctionnaires s’amélioreront. A petits pas. Parce que les options ne sont pas énormes. Mais des fonctionnaires riches d’argent, ce ne sera pas pour demain. En effet, qu’est donc qu’un budget national qui paie à 80% des salaires ? Un système non viable.

Vu sous cet angle, notre machine étatique a plus besoin de fonctionnaires dévoués à une cause que de jeunes en quête d’emploi. S’il est vrai que des hommes de sacerdoce existent dans les monastères, ce sont des hommes de cette étoffe que le Burkina a besoin.

Priva Kabré

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Vos commentaires

  • Le 8 mars à 11:03, par Leicora
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    Mon frère belle analyse de la situation. La fonction publique est en souffrance parce que ceux viennent pour servir l’état et le peuple sont devenus minoritaire. Au pays des hommes très intègres, les gens viennent se servir au service de l’état. Des agents qui viennent se lézarder, à ceux qui sont là pour se climatiser au compte de l’état, aux directeurs qui pillent l’état et leurs agents, sans oublier les décideurs laxistes, tout le monde est coupable.
    La solution ne sera pas facile, mais les langues vont se délier petit à petit et avec le peuple qui est de plus en plus informé ça va finir par arriver.

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  • Le 8 mars à 11:46, par maxwell2
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    incompétence et affairisme sont le sport favori de ce ministère. un ami après sa formation de conseiller pédagogique du secondaire est reclassé en P7 depuis 2013. il perçoit bien son salaire de P7 mais à la fonction publique il est toujours professeur certifié. Et il n’est pas le seul. comment peut-on comprendre cela ? Et le billetage de 2015 ? qu’a-i-il servi ? A donné des frais de missions à des individus ? Il faut que les choses changent dans ce ministère le plus tôt.

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  • Le 8 mars à 12:23, par Pseudo-prom
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    Merci mon ingénieur...je comprend pourquoi tu as fui la "grande innommable".
    Courage !

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    • Le 9 mars à 01:10, par Biriman N’Diaye
      En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

      Belle analyse dans l’ensemble, mais des éléments majeurs manquent pour comprendre la situation. Sur le plan du traitement salarial, il y a un gros problème qu’il faut avoir la courage de résoudre tôt ou tard. Souvent, le Gouvernement demande la masse dédiée au paiement des fonctionnaires sans pour autant aller jusqu’au bout de la logique pour dire comment est repartie cette masse. C’est plutôt de coté qu’il faut voir...En effet, à diplôme égal, certains fonctionnaires de la même catégorie peuvent payer d’autres quatre fois et il restera de la monnaie...Dites moi, quel est ce fils qui acceptera que le père change le véhicule d’un de ses frères tout en disant qu’il manque d’argent pour changer lui sa moto ? Il faut un traitement équitable des agents de la fonction publique et cette décision demande du courage, chose que refuse nos dirigeants et de ce fait, bonjour les grèves et les frustrations paralysent notre fonction publique. Je déconne....

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  • Le 8 mars à 23:13, par Passiri
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    L’analyse est vraiment pathetique doublé de rancoeur injustifié ! Ces maux existent partout ! Que soit dans le privé que dans la fonction publique !

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  • Le 9 mars à 08:47, par Burkinabé
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    Belle analyse !Mais je pense que le problème se trouve depuis le recrutement.Si les concours étaient dirigés en fonction des formations (finances pour ceux qui ont fait par exemple les séries finances) au finale on aura l’Homme à la place qu’il faut !

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  • Le 9 mars à 08:52, par SOS
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    belle analyse, je suis fonctionnaire mais j’avoue que c’est très difficile la fonction publique, le comportement de certains fonctionnaires est désolant, décevant, triste ; à titre d’exemple pour le mandatement des agents après leurs formations c’est la croix et la bannière, lassent d’attendre vous êtes obliger de cotiser quelque chose pour soit disant motiver ceux qui traitent vos dossiers.Ces gens ne sont pas payer ou quoi ? Il en est de même pour les corrections des indemnités il faut toujours faire quelque chose, ya n’a même qui prennent près de la moitié, que faire avec cet argent non beni ? Tu fais couler quelqu’un pour vivre mieux alors qu’à la fin du mois tu perçois le même salaire, que faire, je propose un audit des toutes les soldes des différents ministères pour vraiment déceler les causes de cette gangrène qui n’honore pas

    Répondre à ce message

  • Le 9 mars à 10:06, par elyse,
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    Evidemment !!! Recherche de pitance ne rime pas toujours avec vocation ; c’est là que découle tous nos maux. Dans ce cas de figure, C’est la rancœur qui est malheureusement secrétée sur les pauvres usagers.
    Peu sont ceux qui parviennent à se rabattre sur Dieu et Le laisser régner dans leur cœur et dans l’exercice de chaque tache de leur métier, Lui demander de leur faire percevoir la noblesse du travail qu’ils abattent au quotidien,....Lui demander de bénir le peu qu’ils en tirent.
    Que DIEU nous aide tous.

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  • Le 9 mars à 12:22, par paysannoir
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    Internaute4 Passiri, je pense que lorsqu’on rien dire, il faut se taire. Fasonet est pour moi une tribune d’informations, de formation en vue d’une transformation. Quand vous dites même dans le privé, ces comportements existent, quelle compréhension vous avez du terme "privé". Prenons moi qui suis entrepreneur agricole. Vous croyez que je vais accepter que parmi le personnel, certains se permettent de venir à 8h sans raison valable ou partir à 11h parce que je suis absent ? Est ce que je peux me permettre d’aller maquis à l’heure où il faut irriguer mon champ ou suspendre le labour par aller rencontrer une PP. Si un privé fait ça, son affaire coule. Là je peux être d’accord c’est que ce sont les privés qui corrompent les fonctionnaires pour accéder à tel ou tel marché. Et l’auteur dénonce la corruption. Où se trouve ton problème ? je vais terminer en citant un savant "la fonction publique est la seule entreprise où les derniers à arriver, rencontrent les premiers à partir". Il faut aller dans certains maquis dans nos provinces à 10h pour voir la pause des fonctionnaires. Comment on peut boire la bière et retourner travailler ? Est ce que mon ouvrier que je paie régulièrement, qui reçoit des sacs de sorgho et de maïs en fin de campagne, à qui tu fais des gestes de temps en temps, peut abandonner le champ pour aller boire du dolo ou du quimapousse ? Il sera viré le même jour. Mais est ce le cas des fonctionnaires qui utilisent les ressources de l’état pour travailler pour lui_même.

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  • Le 9 mars à 14:08, par verité
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    La discrimination salariale est à l’origine de la pluspard des maux de la fonction publique. en outre, il y a le favoritisme dans l’allocation des postes qui paralyse l’administration par un blocage généralisé.

    Répondre à ce message

  • Le 9 mars à 14:29, par verité
    En réponse à : De quoi la fonction publique est-elle le nom ?

    La discrimination salariale est à l’origine de la pluspard des maux de la fonction publique. en outre, il y a le favoritisme dans l’allocation des postes qui paralyse l’administration par un blocage généralisé.

    Répondre à ce message

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