La jeunesse africaine rend hommage au général Tiemoko Marc Garango

lundi 6 mars 2017 à 23h29min

Il y a deux ans, le 6 mars 2015, le général Tiémoko Marc Garango nous quittait. L’Institut général Tiémoko Marc Garango pour la gouvernance et le développement (IGD) et les jeunes leaders africains qu’il encadre s’en souviennent.En effet, c’est ce deuxième anniversaire de la disparition de l’illustre homme d’Etat que l’IGD et son partenaire, la Fondation internationale du parti du centre suédois (CIS), ont choisi pour lancer la première session du Program for Young Politicians in Africa (PYPA) au titre de l’année 2017 à Lomé au Togo.

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La jeunesse africaine rend hommage au général Tiemoko Marc Garango

Ce programme dont le général Garango fut le parrain de la première promotion en 2012 couvre 11 pays africains dont sept en Afrique de l’ouest.
En Afrique de l’ouest, de 2012 à 2014, environ 150 jeunes issus des partis politiques du Niger, du Mali, du Burkina et du Bénin ont été formés. Depuis 2016, le PYPA s’est élargi au Sénégal, au Togo et à la Cote d’Ivoire. La session de Lomé qui s’est ouverte ce 6 mars pour dix jours rassemble 43 jeunes participants issus du Togo, de la Cote d’Ivoire et du Sénégal.

Les participants ont observé une minute de silence en la mémoire de l’illustre défunt avant le début des travaux. Dr Abdoul Karim Saidou, chargé de programme à l’IGD, a donné aux participants un bref aperçu sur son parcours exceptionnel et a invité les participants à suivre son exemple.

Le Général Tiémoko Marc Garango (1927-2015)

Il faut rappeler que l’Institut pour la gouvernance et le développement (CIS) dirigé par le Pr Augustin Loada a été fondé en 2008 à l’initiative d’un groupe d’intellectuels d’Afrique de l’ouest. En 2010, il prit le nom du Général Tiémoko Marc Garango pour rendre hommage à cette personnalité qui a marqué l’histoire du Burkina par son sens de l’intégrité, de la rigueur et du patriotisme.

Qui est le Général Garango ? L’homme était Intendant Général de 1ère classe (Général de division 3 étoiles) des forces armées nationales du Burkina Faso. Né le 27 juillet 1927 à Gaoua (Burkina Faso), il débute une carrière militaire en 1940 en Côte d’Ivoire dans l’armée française qu’il servit dans plusieurs régions du monde (Extrême-Orient, Maghreb, Afrique de l’ouest, France etc.). Dans sa riche carrière, le Général Garango a obtenu plusieurs diplômes universitaires et militaires en Afrique et en Europe dans des disciplines variées : droit, économie, finances publiques, science politique etc.

Après l’indépendance du Burkina en 1960, il fut transféré dans la nouvelle armée voltaïque et admis à l’Ecole Supérieure d’Intendance de Paris de 1963 à 1965. En formation au Commissariat de l’Air de Salon-en-Provence (France) depuis septembre 1965, il fut rappelé au Burkina Faso (alors Haute-Volta) pour servir dans le gouvernement issu du soulèvement populaire qui a conduit l’armée à prendre le pouvoir le 3 janvier 1966.

Nommé ministre de finances et du commerce jusqu’en 1976, il parvint à redresser et assainir les finances publiques du jeune État. Le néologisme « garangose » fut inventé pour décrire ce sens de rigueur et d’austérité dans la gestion des finances publiques. Brillant gestionnaire, très apprécié par sa rigueur et son sens du travail bien fait, il a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire économique et financière du Burkina Faso.

Au poste de ministre des finances et du commerce, le Général Garangoimpulsa plusieurs réformes financières et économiques au Burkina Faso et dans la sous-région ouest africaine. Il fut président de la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) de 1968 à 1970, Gouverneur du Fond Monétaire International (FMI) de 1966 à 1971. Dans le cadre de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA), il présida le comité des ministres des finances chargé de la réforme de cette institution de 1972 à 1975. Ce travail aboutit, entre autres, à la création de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD). En 1992, le Général Garangoprésida la commission permanente de concertation État/secteur privé au Burkina Faso. Il présida aussi le comité de sages chargé de réfléchir sur l’avenir de l’UEOMA en 1998.

L’homme fut également ambassadeur du Burkina Faso dans plusieurs pays du monde (Allemagne, Etats-Unis, Suisse, Brésil, Argentine etc.) où il participa activement au rayonnement international de son pays et à la mobilisation des ressources pour le développement. Nommé premier Médiateur du Faso en 1994 à 2000, le Général Garango a travaillé à l’ancrage de cette nouvelle institution dans le paysage institutionnel burkinabé et aussi contribué à la préservation de la paix sociale.

Au cours de sa longue et brillante carrière politique, militaire et diplomatique, il a obtenu plusieurs titres honorifiques nationaux et internationaux, parmi lesquels on peut citer :

• Commandeur de l’Ordre National Voltaïque
• Grand-Croix de l’Ordre National Burkinabé
• Grand Officier de l’Ordre National Voltaïque
• Commandeur de la Légion d’Honneur Française

Le GénéralGarango a publié en 1971 un ouvrage retraçant son expérience dans le domaine des finances publiques (Livre blanc. Le redressement financier de la HauteVolta). En 2007, il publia Devoir de mémoire qui restitue toute sa trajectoire d’homme d’État et rassemble ses témoignages et analyses de la vie politique, économique et sociale du Burkina Faso et de l’Afrique. De nombreux documents édifiants sur son parcours hors pair et l’histoire du Burkina Faso y ont été méthodiquement rassemblés et présentés.

Ce n’est donc pas un hasard que si les jeunes bénéficiant du programme PYPA en font une source d’inspiration et un modèle. Au cours de cette session qui s’ouvre à Lomé, les modules suivants seront dispensés :Idéologies politiques, approche genre, approche jeunes, planification stratégique, gouvernance et démocratie, partis et systèmes de partis, leadership, approche basée sur les droits humains. D’autres modules seront dispensés lors des prochaines sessions, il s’agit notamment de la communication politique, de la prévention et gestion des conflits, de la bonne gouvernance, etc.

D’éminents facilitateurs africains et européens sont mobilisés dans l’administration des modules suivant une approche participative et interactive. La seconde session de formation se tiendra en juillet à Dakar au Sénégal. Les participants recevront leurs attentions lors de la troisième et dernière session prévue à Grand Bassam en Côte d’Ivoire en octobre.

Ouagadougou, 26 janvier 2013, le Général Garango en compagnie des participants de la 1ère promotion du PYPA dont il fut le parrain.

Entre les sessions, les participants élaboreront et mettront en œuvre des mini projets par pays sur des thématiques relatives à la participation politique des jeunes et aux droits humains. Au mois de novembre 2017, les participants de la promotion 2016 seront invités à une session des alumnis à Ouagadougou au Burkina Faso en vue d’évaluer leurs parcours et réfléchir sur les perspectives d’avenir quant à leur participation politique.

Dans le contexte africain marqué par l’érosion de l’intégrité, la quête du gain facile et la paresse intellectuelle des élites, le PYPA se présente comme une réelle opportunité pour la jeunesse africaine pour prendre en charge son destin et assumer ses responsabilités dans la gestion des affaires publiques. Dans cette perspective, l’héritage du Général Garango reste une source d’inspiration féconde pour ces jeunes très ambitieux et engagés à jouer leur partition dans la construction d’une Afrique démocratique, stable et prospère.

Une des valeurs que le Général Garango a défendues, c’est l’alternance générationnelle. Lors d’une interview à la radio nationale du Burkina le 10 juin 1992, il lui a été demandé s’il accepterait de retenir au gouvernement si on lui faisait appel. Sa réponse mérite d’être citée : « Vous savez, il y a deux principes qui dictent mes actions. Le premier est que chaque chose a son temps et le deuxième est que personne n’est indispensable ! Quand nous étions jeunes, nous étions pleins d’énergie, nous étions pleins de dynamisme et aussi pleins d’illusions et nous avons fait ce que nous avons pu, et du mieux que nous pouvions, et nous avons passé le relais aux jeunes.

C’est à eux de poursuivre ce que nous avons fait, de consolider si nécessaire, d’améliorer, de perfectionner. Aujourd’hui, je peux dire qu’au Burkina, nous avons suffisamment de jeunes, suffisamment de compétences pour faire ce travail. Je ne suis pas indispensable ! Mais je suis utile comme nous tous nous sommes utiles à quelque chose. Mon rôle, c’est d’être à l’arrière garde, c’est-à-dire d’aider, de conseiller, si on me le demande bien entendu ! Mais ceux qui doivent être à l’avant-garde, ce sont les jeunes ». Réponse pleine de sagesse et d’une brûlante actualité !

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