« La question de la sécurité est une opportunité à saisir pour renforcer la citoyenneté… », Pr Augustin Loada sur la politique de sécurité

LEFASO.NET | Oumar L. OUEDRAOGO • samedi 18 février 2017 à 19h49min

Le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), de concert avec son partenaire, le Fonds canadien d’Initiatives locales (FCIL), a entrepris une campagne sur la participation citoyenne à la politique de sécurité. C’est dans ce cadre que l’institution a animé une conférence publique dans la commune d’Ouargaye dans la province du Koulpélogo (région du Centre-est). La communication qui a été assurée par le constitutionnaliste, Pr Augustin Loada, a regroupé enseignants, leaders d’organisations de la société civile, Forces de défense et de sécurité et bien d’autres leaders communautaires. C’était le samedi, 11 février 2017 à la Maison de la Femme de ladite commune.

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« La question de la sécurité est une opportunité à saisir pour renforcer la citoyenneté… », Pr Augustin Loada sur la politique de sécurité

« La participation citoyenne à la politique de sécurité : enjeux et défis ». C’est autour de ce thème que le CGD a entrepris, il y a quelques temps maintenant, cette croisade à travers plusieurs localités du pays. A Ouargaye, commune située à environ 240 km au Centre-est de la capitale ; localité considérée comme une zone de contrebande et où souvent, des incompréhensions existent entre populations et Forces de défense et de sécurité (FDS). Selon le conférencier, l’enseignant de droit constitutionnel à l’Université Ouaga II, la collaboration entre populations et FDS requiert un certain nombre de dispositifs. Mais avant d’entrer dans le vif de son thème, il va présenter la cartographie de la sous-région ouest africaine en matière de sécurité. Celle-ci se caractérise par la crise post-électorale en Côte d’Ivoire, la désintégration de la Libye de l’après-Kadhafi (des groupes combattants ont replié dans le grand désert), les rébellions touareg au Mali, les attaques de Boko Haram au Nigeria et chez ses voisins (notamment certaines zones du Niger).

Toujours dans l’analyse du contexte, et au plan national, le communicateur pointe entre autre, la faiblesse de l’indice de développement humain (IDH), des indicateurs de la gouvernance et des performances sectorielles (droits humains, sécurité et Etat de droit, opportunités économiques durables, développement humain).
Aussi, depuis l’insurrection populaire d’octobre 2014, le pays est confronté à une nouvelle forme d’insécurité, celle dérivant de l’extrémisme violent (une forme d’activité se rapportant au plaidoyer, à l’implication, à la préparation ou encore au soutien à la violence idéologiquement justifiée ou motivée en vue d’atteindre des objectifs sociaux, économiques et politiques).

Dès lors, les citoyens sont appelés à contribuer à faire face à la situation, quelle qu’en soient les sources. Cela peut s’incarner en s’attaquant aux causes structurelles (économiques, politiques, socio-culturelles, religieuses…) de l’insécurité, particulièrement de l’extrémisme violent mais aussi et surtout, s’y attaquer aux niveaux micro, local, des individus et des motivations.

« Ainsi, si la sécurité est historiquement un attribut essentiel de la puissance publique, elle ne saurait se réduire à une prérogative de puissante publique, exercée exclusivement par l’Etat, à travers les organes et services dédiés », relève le conférencier. La réalité étant que l’Etat n’est effectivement pas en mesure de maîtriser l’ensemble de la chaîne ; la sécurité est politiquement l’affaire de tous.
« Pour répondre à la question de l’implication des citoyens et de son extension, le processus de sécurité se doit d’être analysé à chacune de ses étapes : prévention, éducation, alerte, intervention, résilience », indique-t-il, précisant qu’il apparaît nécessaire d’analyser les degrés et les modes d’implication des citoyens en différenciant les différents aspects de la sécurité : civile, policière, économique, etc.

« Après une phase de méfiance ou de réticence, l’opinion publique est largement acquise à l’idée qu’une participation ou collaboration citoyenne est souhaitable, voire nécessaire à l’efficacité des Forces de défense et de sécurité », fait observer le communicateur pour qui, il est donc attendu des citoyens, des chefs des communautés à la base, qu’ils signalent aux FDS, tout comportement suspect et en retour, celles-ci doivent être réactives et protéger leurs informateurs.

Ainsi, « les familles, les femmes en particulier, sont les premières à détecter les signes de radicalisation chez les jeunes. Elles peuvent jouer aussi un rôle important dans l’insertion et la réinsertion des jeunes qui ont fait fausse route. Bien plus, la question de la sécurité est une opportunité à saisir pour renforcer la citoyenneté à travers la participation, l’engagement pour la Patrie ».

Comme il fallait s’y attendre, le sujet a suscité de nombreuses réactions des participants, partagées entre angoisses de cette situation, incompréhensions et révolte. Parmi les préoccupations soulevées, celle de savoir s’il faut faire un lien entre les attaques actuelles et le défunt régime, des questions liées à la justice, aux associations Koglweogo.

De l’avis de l’ex-ministre de la Fonction publique et du travail, il faut aussi impliquer les religieux dans la lutte contre le terrorisme, lutter contre la pauvreté, la mauvaise gouvernance, l’ignorance et assurer une bonne éducation (enseignements). Aussi encourage-t-il à l’encadrement des associations Koglweogo pour éviter les risques d’un basculement vers une situation similaire à celle centrafricaine.

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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