Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

LEFASO.NET | Youmali KOANARI (Stagiaire) • jeudi 9 février 2017 à 00h15min

Tempête médiatique ? Tsunami Judicaire ? Avalanche politique ? Ou simplement des révélations de malversations lors de la campagne présidentielle 2017 ? François Fillon, le candidat des Républicains (LR), un des favoris de la présidentielle 2017 est au cœur d’une importante affaire politico-judiciaire, l’obligeant à revoir ses ambitions, dans lequel les medias jouent le rôle premier.

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Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

Le candidat « honnête », puisse que c’est ainsi qu’il se définit, François Fillon, se retrouve au centre d’un scandale après les révélations de l’hebdomadaire satirique, le canard enchaîné, sur son épouse, Penelope, alors qu’il était député de la Sarthe.
Dans son édition du mercredi 25 janvier 2017, le Canard enchaîné a révélé que Penelope Fillon, épouse de François Fillon, a été rémunérée en tant qu’assistante parlementaire de son mari, député de la Sarthe de 1998 à 2002 puis de son suppléant, Marc Joulaud, de 2002 à 2007, sur l’enveloppe réservée aux députés et sénateurs pour la rémunération des assistants parlementaires basés à l’Assemblée ou dans les permanences des circonscriptions.

Le Scandale ici n’est pas d’avoir embauché sa femme, car, en effet, le fait d’embaucher des proches comme collaborateurs n’est pas interdit pour les parlementaires, à condition que ce ne soit pas un emploi fictif. Mais on le soupçonne plutôt d’avoir employé fictivement sa femme car, aucune preuve n’atteste de son travail effectué à ce poste et rare sont ceux qui disent l’avoir connu à ce poste. Le canard enchaîné dit n’avoir trouvé aucune trace du travail de Pénélope Fillon. On le reproche donc d’avoir rémunéré sa femme en tant qu’assistante parlementaire sans qu’elle n’ait fait un boulot. Donc, un emploi fictif.

Le 26 janvier 2017, sur la chaîne télévisé française TF1, François Fillon dément les allégations du canard enchaîné en affirmant que son épouse a accompli « un travail à temps complet d’assistante parlementaire » à travers la correction de ses discours, a reçu plusieurs personnes à sa place, l’a représenté dans divers manifestations…
Le 1er février dernier, l’histoire a pris un autre soubresaut ; le Canard enchaîné enfonce davantage le clou en publiant un nouvel article chiffrant à 831 440 euros, brut la somme perçue par Penelope Fillon, contrairement aux 500 000 estimés une semaine avant, ajoutant un emploi d’assistante parlementaire entre 1988 et 1990.

Le journal précise également que deux des enfants du couple auraient perçu 84 000 euros brut, pour des emplois d’assistants parlementaires quand François Fillon était sénateur, entre 2005 et 2007. Egalement dans l’émission « envoyé spécial » du 2 février 2017, la chaîne France 2 diffuse une vidéo du « Sunday Telegraph » datant de mai 2007 dans laquelle Penelope Fillon était en interview avec la journaliste britannique Kim Willsher, elle y affirmait n’avoir jamais été « l’assistante de son mari ni quoi que ce soit d’autre ». Contredisant les affirmations de son époux lors du débat du 26 janvier 2017 sur TF1.

Le 7 février, le Canard enchaîné n’est pas au bout de ses révélations. En effet, il publie que Penelope Fillon aurait perçu 45 000 euros d’indemnités de licenciement payés par l’Assemblée nationale (16000 euros en août 2002, puis 29000 euros en novembre 2013). Selon le palmipède (le canard enchaîné), Penelope Fillon a perçu en août 2002 « 16 000 euros d’indemnités, soit l’équivalent de cinq mois de salaire ». De plus, Penelope Fillon aurait touché, à l’été 2002, un double salaire pour son travail d’assistante de son époux avec qui le contrat a pris fin le 21 août puis de son suppléant, Marc Joulaud qui l’a embauchée le 13 juillet. Entre le 2 mai 2012 et décembre 2013, elle aurait également touché environ 5000 euros bruts par mois de la Revue « des deux mondes », propriété de Marc Ladreit de Lacharrière (PDG de Fimalac), un ami de François Fillon.

Si le canard enchaîné reconnaît la légalité des indemnités de licenciement des assistants parlementaires, pour lui, les sommes perçues dans le cas du licenciement de Pénélope qui, selon lui, sont bien au-delà de celle prévus par la loi. En effet, pour lui selon le code de travail français les indemnités minimums sont calculées en fonction du salaire de référence et de l’ancienneté du collaborateur parlementaire. Quand un assistant a entre un et dix ans d’ancienneté, son indemnité correspond à 1/5e de mois de salaire de référence par année d’ancienneté. Autrement dit : pour cinq ans d’ancienneté, un collaborateur parlementaire devrait toucher l’équivalent d’un mois de salaire.

Par la suite, François Fillon conteste les chiffres avancés par le Canard enchaîné, qui explique que son épouse avait touché 16.000 euros en 2002, puis 29.000 euros en novembre 2013, en disant : « la somme reçue par Mme Penelope Fillon en novembre 2013 n’est pas de 29.000 euros, comme le prétend le Canard, mais de 7.754,02 euros, comprenant les congés payés. Il confond certainement avec une somme de 29.565,43 euros qui correspond au total du bulletin de paye du mois d’août 2007 au terme de cinq ans de collaboration avec Marc Joulaud. Quant à la somme de « 16.000 euros » dont le Canard enchaîné prétend qu’elle l’aurait reçue en août 2002, elle lui a en fait été payée en juin 2002, à l’issue de 51 mois de collaboration en tant que ma collaboratrice parlementaire et s’élève exactement à 16.616,93 euros. Enfin, chacune de ces trois sommes inclut le salaire du mois concerné, les indemnités ne représentant qu’une partie de la somme figurant sur le bulletin de paye ». Et François Fillon d’accuser l’hebdomadaire satirique de commettre de « nombreuses erreurs dans l’analyse des informations figurant sur les bulletins de paye » dans le seul but de « nuire » au candidat.

Le 25 janvier 2017, le même jour ou l’enquête du Canard enchaîné est publiée, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet national financier pour des chefs de détournement de fonds publics abus de biens sociaux et recel de ces délits.
A qui profite ce scandale ?

A la gauche ? En l’occurrence Emmanuel Macron qui sans doute voit ses intentions de vote grimper au détriment de celle de Fillon ? Ce dernier qui se réclamait pourtant être le candidat « honnête », est désormais vu comme « malhonnête ».
A la droite elle-même ? Notamment Alain Jupe qui se voit désormais comme celui à même de représenter les républicains aux présidentielles au regard de Fillon plus en plus désavoué ?

Au Front National ? Marine Le Pen qui est également mis en cause dans une affaire d’emplois fictifs de collaborateurs parlementaires au parlement européen, peut se targuer désormais ne pas être le seul personnage politique prise dans une affaire judiciaire ?

A la presse Française notamment le canard enchaîné qui une fois de plus confirme son pouvoir et redore son blason comme dans l’affaire de diamants de Bokassa avec François Mitterrand ?

Cette affaire suscite beaucoup d’interrogations. Dominique Strauss-Kahn à la veille de la présidentielle 2012 était également vu comme un des candidats favoris. Il s’est vu mis en cause dans une affaire judiciaire qui a grillé toutes ses chances. Conjuration d’une officine politique ? La suite nous le dira, peut-être !

Youmali KOANARI (Stagiaire)
Lefaso.net
Source : le monde.fr, le figaro, l’express

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Vos commentaires

  • Le 9 février à 03:54, par sidwaya sorgho gomis
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    C’est une très bonne chose si en France ou partout ailleurs dans le monde la presse peut contribuer à écarter de la fonction présidentielle des personnes peu vertueuses.

    Chaque fois que dans un pays une personne malhonnête est écartée d’une fonction importante (président de la république, ministre, DG etc.) c’est au peuple que cela profite.

    Peu importe si dans l’ombre des concurrents en profitent aussi. Le plus important c’est l’intérêt du peuple et c’est ce qu’il faut mettre en avant.

    Que la presse burkinabè suive l’exemple du canard enchaîné en faisant des "REVELATIONS VRAIES" à des moments bien choisis !

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    • Le 9 février à 16:30, par Suzanne
      En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

      Méfiez-vous des politiciens car Fillion a des ennemis dans son propre camp surtout parmi les perdants et dans l’opposition.
      Croyez-vous que les perdants à la primaire de la droite ont digéré leur perte ?
      Alors qui veut abattre son chien l’accuse de rage. Qui peut connaitre la vie de Fillion si ce n’est que ses collaborateurs de droit ?
      Je souhaite qu’on critique nos politiciens sur leur projets programmes que de rentrer dans leur vie privé pour mieux les orienter. Cela aura plus d’impact sur la vie de la nation.
      Que les Français disqualifient Fillion pour les ragots de couloir alors qu’il pouvait apporte un plus, est-ce une bonne chose pour la France ?
      Nous avons tous un défaut qu’il faut amener à corriger afin que cela soit bénéfique aux autres et à la nation mais pas nous dénigrer.
      En tant que journaliste, il faut être réaliste et non subjectiviste car vous avez en face de vous un autre monde : le politique
      Le Burkina a besoin aujourd’hui des hommes objectifs, réalistes pour aider nos politiciens à voir plus clair et mieux diriger le pays des hommes intègres qui a perdu sa dignité par nos mauvais comportements qui met parfois mal à l’aise.
      L’insurrection n’est pas nait d’un hasard mais du mauvais comportement de certains de nos dignitaires qui courent pour leur intérêt.
      Qu’aucun journal ne soit comme le canard enchaîné s’acharnant sur un individu comme si il cherchait à l’empêcher de ce présenter à la présidentielle Française.

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    • Le 9 février à 19:11, par ne soyons pas trop naïf !
      En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

      Vous êtes très naïf car tous les coups (bas) sont permis. Que ce soit vrai ou faux, peu importe ! dans le cas Fillon (que je n’apprécie pas), c’est de l’acharnement médiatique qui pourrait lui profiter au final si le peuple le reconnait comme victime ou comme un combatif.... Que dire de la présomption d’innocence car jusqu’à preuve du contraire, Fillon n’est pas coupable ! N’oublions pas que pelenope gate est un filon (très) juteux pour le canard enchainé (les chiffres de vente du canard ont explosés et, chaque jour, on distille une info nouvelle). Les déclarations sur le revenu sont officielle et les revenus de Pénélope avec son mari sont déclaré au fisc. Le fisc, lui-même, s’il avait un doute, aurait pu enquêter et ne l’a pas fait depuis des décennies ! Alors, écoutons les médias et encourageons les dans leur travail d’investigation mais ne soyons pas béat et suiviste à tout va ....

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  • Le 9 février à 06:46, par Yves bertholin
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    L affaire Bokassa concernait Valéry Giscard d’Estaing et non François Mitterrand

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  • Le 9 février à 10:07, par kwiliga
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    "Penelopegate" ou quand les journalistes font leur boulot !
    Oui, quand les journalistes font leur boulot, cela contribue à assainir la société !
    Et avant de chercher à quel adversaire politique ça profite, soyez donc persuadez que c’est au peuple et à la démocratie que cela profite. Sinon, changez de métier !!!
    Au fait Macron, pour vous, c’est la gauche ?

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  • Le 9 février à 11:10, par sheiky
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    IL y a un adage qui dit que les français sont comme les crêpes. Ils tombent toujours du même côté. Ils battent le record des coups bas politiques et surtout ce qui concerne les ambitions politiques. Quand on sait que nos pays, surtout francophones, fonctionnent sous la coupe et le modèle de la France, il y a de quoi comprendre comprendre nos malheurs. Pire certains de nos dirigeants sont des experts en matière de politique à la française ou les intérêts égoïstes et la politique politicienne priment sur la méritocratie et les intérêts supérieurs. Je ne dédouane pas François FILLON, mais c’est quand même curieux que des dossiers sortent seulement quand on en juge l’utilité. Il est clair que c’était connu et qu’on l’attendaient au tournant. Qu’il s’expose et on le détruit publiquement et à jamais. Pour moi ce n’est pas cela la justice ni une fierté pour les français.
    Espérons que nos dirigeants pourront un jour s’émanciper de ce type de modèle et qu’une nouvelle génération décomplexée, ambitieuse et visionnaire prennent le relais dans nos pays.

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    • Le 9 février à 19:28, par pauvre adage
      En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

      regardez la paille dans l’oeil de son voisin alors que vous avez une poutre dans le votre. Et, oui, les scandales de ce type, vous les trouvez partout aussi bien dans les pays francophones qu’anglophones et autres. J’adore votre histoire de crêpes mais elle est fausse comme si vous jouez à pile ou face avec votre pièce de monnaie (si vous jouez suffisamment, votre résultat sera proche d’une fois sur deux sauf si vous trichez ! Vous parlez de justice alors que l’on n’est même pas à ce niveau ! Bref, regardons au BF, on crie justice pour un certain Norbert Zongo et nous en sommes où aujourd’hui ? Si Fillon reste candidat, les français pourront toujours le rejeter par la voix des urnes même si la justice n’aura pas statuée sur le fond ! Je rappelle que chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite ! à bon entendeur, salut ! En OFF, quand il s’agit de parler foot, les burkinabè sont présents et s’excitent mais dès que l’on parle des problèmes sociétales, il n’y a plus personne !

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    • Le 10 février à 07:13, par kwiliga
      En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

      Ham bon, vous trouvez que nos hommes politiques ne sont pas suffisamment décomplexés...?
      Mais qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? Vous voudriez les voir directement cracher au visage du peuple ?
      En tous cas, chez nous, quand un bon journaliste essaie de mener une investigation, on l’élimine !

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  • Le 9 février à 11:36, par ROCCA
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    Comme chez nous les francophones c’est du copier coller, est ce que ce phénomène n’existerait-il pas dans nos parlements ???

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  • Le 6 mars à 08:12, par Clavier Gérard
    En réponse à : Présidentielle 2017 en France : « Penelopegate » ou le pouvoir des medias ?

    Pas de cris de "pucelles effarouchées" SVP messieurs les médiats....Vous savez très bien que les politiciens de tout bord le font aussi !! Du rste y a qu’à voir le nombre de "licenciements" des membres de leur famille "travaillant" pour eux qui ont eu lieu depuis la début de l/affaire par les élus... Comme par hasard !

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