Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

Par Abdoulaye BARRY, journaliste politique • jeudi 26 janvier 2017 à 00h00min

Le second tour de la primaire élargie du parti socialiste se tiendra ce dimanche 29 janvier pour départager Benoît Hamon, député de Trappes et l’ancien Premier ministre, Manuelle Valls. Les sondages sont une fois de plus passés à côté de la plaque. Comment comprendre que le favori, grand communiquant lui-même, se retrouve dans une position de challenger ? Notre confrère Abdoulaye Barry a porté son regard sur la communication politique de Manuel Valls, ses forces et ses faiblesses. Décryptage

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Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

Le premier tour de la primaire élargie du parti socialiste a livré ses résultats depuis dimanche soir. Le favori des sondages, Manuel Valls (31%), se retrouve désormais dans une position de challenger face à Benoît Hamon(36%), le nouveau favori pour le 2nd tour prévu dimanche 29 janvier. Pour espérer rattraper son retard l’ancien maire d’Evry a décidé de s’attaquer ouvertement à son adversaire et son programme « qui ne peut que générer plus d’impôts et ruine du budget de l’Etat ». La tâche est de plus en plus difficile pour lui.

Comment expliquer cette « défaite programmée » de l’ancien Premier ministre ? Son passage à Matignon a, sans doute, porté un coup dur à son image et réduit ses chances d’être élu Président de la République. Avant de prendre la tête du gouvernement, Manuel Valls alors ministre de l’intérieur, était l’une des personnalités préférées des Français. Il a suffit de quelques mois pour que François Hollande, au plus bas des sondages, l’entraine inexorablement dans sa chute avec son bilan jugé catastrophique par les Français. Responsable en partie de l’action gouvernementale, Valls aura du mal à convaincre ses compatriotes qu’il peut apporter une réponse adéquate à leurs aspirations. Mais cet obstacle ne semble pas insurmontable. Le vrai handicap de l’ancien Premier ministre réside dans sa communication politique et singulièrement son image.

Les grands spécialistes français rétorqueront que Manuel Valls est lui-même « un professionnel de la communication » pour reprendre les termes du politologue Denis Pingaud. C’est une évidence. « Dans nos démocraties modernes, la communication n’est pas un vain mot. Elle est le véhicule de l’action, de la réforme au service de l’intérêt général. L’action politique doit donc être conduite dans une parfaite intégration des contraintes de la communication. A l’heure des chaînes d’information continue et des réseaux sociaux, maîtriser le message adressé aux Français demande le plus grand professionnalisme » a-t-il affirmé le jour de son premier conseil des ministres en tant que Chef du gouvernement.

Mais attention à ne pas commettre l’erreur fatale que font généralement nos hommes politiques et certains responsables de la COM qui consiste à confondre (hyper)médiatisation et bonne communication. Les médias sont des canaux traditionnels de communication. Et, depuis la campagne présidentielle américaine de 2008, Barack Obama a inauguré les réseaux sociaux comme outil incontournable de la communication moderne. Les médias et les réseaux sociaux sont des leviers de communication et non la communication elle-même. Mais il faut reconnaitre que c’est la télévision qui a radicalement modifié, pour toujours, les règles du marketing politique et mis un terme aux méthodes traditionnelles des discours fleuves et démagogiques. Désormais, la politique tient à l’image qui doit être minutieusement soignée. La preuve fût donnée lors de la présidentielle américaine de 1960 qui opposa Kennedy à Nixon. Le monde découvre pour la première fois un débat télévisé entre deux candidats à la présidentielle. Lors du face-à-face John Kennedy marque tous les esprits. En plus de sa jeunesse, sa beauté rayonnante ne laisse personne indifférent ; impeccablement habillé, rasé de près, posé, JFK séduit l’Amérique entière avec son aisance devant les caméras face à un Nixon, mal en point, transpirant à grosse goutte et donnant l’air d’un être fatigué et désemparé. Kennedy gagne le débat et l’élection présidentielle du 8 novembre.

Dans la communication d’une manière génale et la communication politique en particulier, la forme est plus importante que le fond. Et, c’est là où Manuel Valls pêche. Certes son discours politique révèle l’expérience, la compétence et l’autorité. Mais sa communication non verbale est exécrable en ce sens que l’expression de son visage renvoie à la tristesse. Même ses rares sourires semblent forcés, et manquent de naturel et d’humain. Or tristesse et charisme ne font pas bon ménage. La tristesse dégage des ondes négatives et repousse. Tous les leaders charismatiques ont en général une image sympathique même quand c’est le fruit d’un long et minutieux travail en coaching politique : Obama, Chavez, Sankara, Clinton, Trubeau, Chirac etc. A leur contact, ils vous séduisent par les ondes positives qu’ils dégagent.

Le deuxième handicap de Manuel Valls est son tempérament. Contrairement à un Benoît Hamon qui donne l’image d’un homme innocent, sincère et posé, Valls renvoie l’image d’un homme impulsif et agressif. A la moindre question embarrassante d’un journaliste, il fait preuve d’agressivité. L’agressivité traduit généralement un manque de sérénité, une fragilité et une instabilité émotionnelle. On ne peut pas confier les destinées d’une nation à un homme qui ne maîtrise pas ses propres nerfs. Mais apparemment Manuel Valls a décidé de mettre en avant son image d’homme d’autorité. C’est un atout dans un contexte où l’idée que les Français se font de la grandeur de leur pays est mise à rude épreuve par les différentes attaques terroristes qui ont touché le cœur de la France.

L’autorité et la fermeté constituent l’une des qualités de l’ancien locataire de l’hôtel Matignon qui aspire au palais de l’Elysée. Il entend ainsi surfer sur des vagues dont les Français sont aujourd’hui nostalgiques ; les époques où la fonction présidentielle avait toutes ses lettres de noblesse. Du Général Dégaule à Chirac en passant par Pompidou, Giscard et Mitterrand, les différents présidents sous la Ve République ont incarné la grandeur de la fonction présidentielle telle que les Français la concevaient. Elle sera, malheureusement, banalisée par Nicolas Sarkozy et François Hollande qui l’ont désacralisée en la dépouillant de tout son mythe.

Vouloir incarner l’autorité est un message fort à l’endroit des Français qui peut se traduire ainsi : « nous pouvons être ce que nous fûmes ». D’ailleurs c’est l’une des raisons qui expliquent que dans les sondages la majorité des électeurs de la gauches française estiment que l’ancien Premier ministre a la carrure ‘’présidentiable’’. L’autorité est une offre politique vendable mais elle est insuffisante.
Pour gagner une élection, l’autorité, l’expérience, la compétence, l’intégrité et l’engagement politique ne suffisent pas. Leonel Jospin et Edouard Baladur en ont fait l’expérience amère lors de la présidentielle française de 1995 remportée par Jacques Chirac. Pour réussir en politique, il faut savoir convaincre l’électorat. Pour convaincre il faut séduire. Et pour séduire, il faut maîtriser les clés de la communication politique. Manuel Valls a une semaine devant lui pour raccorder les violons de sa communication politique s’il veut réaliser son ambition de gouverner la 5e puissance du monde.

Abdoulaye BARRY, journaliste politique

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Vos commentaires

  • Le 25 janvier à 20:33, par Embrouille
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Mr Barry, pour être crédible, commencez par vous tenir au courant de l’actualité politique française. Mr Benoît Hamon n’est pas le maire de Trappes. C’est plutôt Mr Guy Malandin. Un peu de rigueur si on se prétend journaliste politique !

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  • Le 25 janvier à 20:56, par Yann
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Benoit Hamon n’est pas maire de trappes. D’ailleurs il n’est pas maire mais député

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  • Le 26 janvier à 06:34, par Nelson CONGO
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Merci pour ce bel article de réflexion. Mais Manuel VALLS se serait sur-estimé croyant qu’il ferait partie de rares exceptions qui partiraient de Matignon à l’Elysee. Pourtant, l’histoire politique française l’a démontré qu’il faut éviter Matignon qui veut aller à l’Élysée. VALLS l’apprendra à ses dépens car le débat télé de mercredi révèle l’avantage socialiste de Benoît HAMON en attendant l’appui de "électorat droite"...

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  • Le 26 janvier à 06:38, par Soka
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    C’est bizarre, mais la photo en grand au début de l’article ne renvoie ni à Valls, ni à Hamon. Est-ce le journaliste qui se fait une opération de charme, euuuh... de com ? Surtout que A. Barry est journaliste politique, il aurait peut-être des vues sur un poste intéressant ? Cela me fait penser aux affiches publicitaires invitant à des séances de prière à Jésus : sur l’affiche, on a l’impression que c’est l’orateur que l’on va prier ou adorer... tellement sa photo couvre l’affiche. L’illustration doit concerner plus le contenu que l’auteur de l’article, je pense.
    Vous dites : "Du Général Dégaule à Chirac en passant par Pompidou",... sans oublier le Général De Gaulle !
    En plus votre article est long, alors que vous y remettez en cause les discours fleuves, certes, en politique.

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  • Le 26 janvier à 08:34, par Habib
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Bel écrit, document pédagogique aussi, pour les étudiants en communication. vous êtes la preuve que nous avons chez nous en Afrique des avertis qui savent analyser l’actualité internationale.
    Le journaliste est l’historien du présent. C’est ce qu’on a toujours attendu de vous. Et vous le faites très bien.

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  • Le 26 janvier à 09:46, par L’Intègre
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    "Tous les leaders charismatiques ont en général une image sympathique même quand c’est le fruit d’un long et minutieux travail en coaching politique : Obama, Chavez, SANKARA, Clinton, Trubeau, Chirac etc. A leur contact, ils vous séduisent par les ondes positives qu’ils dégagent."

    ha oui ! sur tous les plans au niveau mondial, mon CAPITAINE vient toujours parmis les premiers ; même si on aime pas le lièvre, il faut reconnaître qu’il court. qu’il repose en paie.

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  • Le 26 janvier à 10:20, par Bob le justifier
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Bel article certes mais constitue malheureusement l’expression de l’asservissement des élites francophones à la métropole française. si la libération de nos pays doivent passer par nos intellectuels j’avoue que l’Afrique francophone aura du chemin à parcourir. désormais je suis l’actualité française à minima. France 24, RFI et bien d’autres médias français à grande diffusion sur l’Afrique francophone ne sont que des outils de prolongements de la colonisation.
    d’ailleurs je ne suis pas ses débats liés aux primaires de gauche comme de droit. Comme eux-mêmes ignorent royalement la vie politique des sous hommes que nous sommes, j’ignore également la leur.
    l’actualité politique française doit se résumer à sa seule expression. point barre et non une fin en soi.
    A quand la libération de l’Afrique. Pauvres élites pauvre AFRIQUE. a quand le réveille

    Cordialement Bob le justicier

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  • Le 26 janvier à 10:24, par Soromadi
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Bonne lecture critique et pédagogique. Mais je suis un peu dubitatif sur vos observations car Trump avait me semblait pire que Valls en ce qui concerne "l’émission des ondes négatifs" mais il a remporté la présidentielle américaine. A ne moins que vous revenez sur la communication politique de Trump pour me faire voir le contraire. Je suis en partie d’accord avec vos observations mais je pense que l’efficacité de la communication politique est plutôt tributaire de la stratégie politique de base des candidats que des recettes communicationnelles.

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  • Le 26 janvier à 11:23, par Sidpawalemdé Sebgo
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Comme Soromani (internaute 8), je crois qu’il faut vraiment être soi même un communicateur pour réduire le succès politique à la seule communication. De façon générale, l’article pêche par de nombreuses approximations qui montrent que l’auteur privilégie en toute chose la forme sur le fond :

    1°) Comme beaucoup l’ont relevé, Benoit Hamon n’est pas le maire de Trappes. Il a bien été conseiller municipal de cette localité mais pas maire, et a d’ailleurs quitté ce poste quand il a été élu conseiller régional d’île de France, poste qu’il cumule avec celui de député des Yvelines quand il n’est pas au gouvernement.

    2°) Dire que Manuel Valls serait le premier à passer de Matignon à L’Élysée, c’est méconnaitre que Jaques Chirac et Nicholas Sarkozy ont été premiers ministres avant d’être président, ce qui est surprenant pour un journaliste politique. La difficulté pour un ancien premier ministre est de se démarquer du bilan de son président si celui-ci est jugé mauvais, mais ce n’est pas insurmontable. Et si le bilan est bon et que le président n’est pas candidat, c’est au contraire un avantage.

    3°) Bien avant Manuel Valls, un certain Nicholas Sarkozy s’est montré agressif et "peu souriant", ce qui ne l’a pas empêché de devenir président. Certains observateurs disent même qu’il sert d’exemple à Manuel Valls.

    4°) L’autorité est une chose, l’autoritarisme une autre. Manuel Valls a non seulement déçu de nombreux Français en appliquant avec François Hollande un programme de droite alors qu’ils ont été élus par le peuple de gauche, mais il a eu recours plusieurs fois au vote bloqué à l’assemblée pour empêcher le débat parlementaire et la contradiction sur les projets de lois de son gouvernement, sans compter les passages en force face aux syndicats. Se dire démocrate de gauche et ouvert au débat et à la négociation après ça ne passe pas chez les socialistes. Or, les sondages ne traduisent pas ce que les votants à la primaire (socialistes et radicaux de gauche), pensent. C’est ce que Emmanuel Macron a compris pour ne pas s’y présenter.

    Quand à ’l’explication" du résultat du premier tour des primaires de gauche en France, elle est simple : Aux États Unis et en France, comme dans d’autres pays du monde, les sondages et analyses des journalistes ont été souvent en décalage avec les faits lors des élections récentes. Les logiques d’appareils et de "systèmes" sont mis en échec par le "pays réel". Les "faiseurs d’opinion" ne font plus l’opinion car eux mêmes loin des réalités de la population. Vous autres sondeurs et journalistes avez donc déclaré "favori" Manuel Valls à tort. Point barre !

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  • Le 26 janvier à 13:32, par Eddie
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Excellent travail mon frère. La bande d’aigris vous pouvez disparaître de notre vue ?

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  • Le 26 janvier à 14:50, par boka
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    C’est pas parce qu’on s’est fait serrer les colles par dadis camara qu’on doit se prétendre journaliste politique.la vie politique française a ces réalités que même les fameux"expert"de la politique française en perde parfois leur latin.Et si vous analisiez ce qui se passe sur votre continent ?Les sujets poilitique c’est pas ca qui manque non !!!!

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  • Le 26 janvier à 17:46, par coco
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Excellent papier informatif et référencé. Merci mon frère, tu es le meilleur de ta génération. Laisse les aigris, ils ne savent que dénigrer . Tu es promu à un bel avenir

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  • Le 26 janvier à 18:06, par Baba
    En réponse à : Opinion : Vers la défaite d’un pro de la com en France

    Excellent document à valeur universitaire. Belle plume.

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