Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

vendredi 16 décembre 2016 à 20h55min

Dans la tribune ci- après, Dr Ablassé Ouédraogo, président du parti Le Faso autrement, Economiste Expert International sur les questions de développement, émet des réserves sur les chances de réussite du Plan national de développement économique et social (PNDES).

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Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

Le PNDES a un coût de mise en œuvre estimé à 15.395,4 milliards de francs Cfa dont 63,8%, soient 9.825 milliards de francs Cfa doivent être financés en interne sur les ressources propres du Burkina Faso et 36,2% soient un montant de 5.570 milliards de francs Cfa financés par les partenaires et investisseurs étrangers.

La Conférence des partenaires du Burkina Faso pour le financement du Plan National de Développement Economique et Social (PNDES), tenue à Paris en France les 7 et 8 décembre 2016, a obtenu le montant agrégé des intentions de financement public et privé de 18.000 milliards de francs Cfa (23 milliards d’Euros), soient 8.000 milliards de francs Cfa par la Conférence consacrée au secteur public hors partenariat public-privé et 10.000 milliards de francs Cfa par le Forum des investisseurs.

Ces résultats paraissent fabuleux pour le Burkina Faso. Le Burkinabè, patriote et soucieux du développement de son pays que je suis, aurait voulu sauter de joie et exulter, mais l’économiste expert international des questions de développement et de financement du développement que je suis, ne peut qu’être perplexe et suggérer aux gouvernants, toutes raisons gardées, d’avoir le triomphe modeste et de modérer leur enthousiasme en faisant une communication discrète et de vérité, sans triomphalisme ni populisme à l’endroit des populations, pour éviter un retour de bâton très douloureux. Les raisons évidentes de ma retenue sont les suivantes :

 En matière de développement, les opérations comme celle de la conférence de Paris ne sont que des essais qu’il faut transformer. C’est une triste réalité qui commande donc la prudence surtout dans le domaine de la mobilisation des ressources où l’élément déterminant demeure la confiance mutuelle entre le pays bénéficiaire et ses partenaires. Et les populations doivent savoir que le Président du Faso, SEM Roch Marc Christian KABORE et son gouvernement n’ont pas ramené des valises d’argent liquide de leur voyage de décembre 2016 à Paris. Ce ne sont que des intentions.

 Des incertitudes planent encore sur la mobilisation concrète et effective des ressources financières mentionnées dans les intentions de financement exprimées par les partenaires qui ont des conditionnalités que le Gouvernement doit remplir telles que celles soulignées dans le communiqué final, et ainsi libellés :« Les défis majeurs auxquels le Gouvernement devrait trouver des réponses appropriées, notamment la consolidation de la paix et la réconciliation nationale, la bonne gouvernance, l’Etat de droit, le renforcement des capacités de l’administration publique, l’amélioration du climat des affaires et le choix judicieux de projets structurants pouvant contribuer significativement à la réduction de la pauvreté ». D’ailleurs, et comme nous le savons tous, les bailleurs de fonds ne donnent pas leur argent par charité. Et une question nous rend dubitatifs sur la matérialisation des intentions de financement des partenaires : Sommes-nous vraiment sur la voie de la réconciliation nationale au Burkina Faso ? En cela, plus que des paroles et des intentions exprimées et répétées par les gouvernants au sommet de l’Etat, il faut des gestes et des actes concrets de réconciliation.

 A ces contraintes imposées par les partenaires de l’extérieur, il convient de souligner que la situation actuelle du Burkina Faso est pleine d’incertitudes et caractérisée par une absence de confiance mutuelle entre les Burkinabè, de paix sociale, de stabilité politique et de sécurité, toutes choses qui, égales par ailleurs, ne créent pas un environnement attractif et favorable pour la relance des investissements et de l’économie.

 Au-delà de ces contingences qui sont une réalité qui se vit au quotidien, le Burkina Faso ne dispose pas des capacités d’absorption pour consommer tous les financements que l’on fait miroiter. D’ailleurs, il est impossible pour notre pays de trouver les moyens requis dans les délais impartis pour la mise en œuvre en exécution du PNDES pour préparer et élaborer les documents de projets, négocier, signer et ratifier les accords et les conventions de financement y relatifs et utiliser efficacement et rationnellement tous les fonds faisant l’objet d’une intention de financement.

 La structuration du financement du PNDES, qui demande au Burkina Faso d’en couvrir 63,8%, est irréaliste et irréalisable et plombera certainement l’exécution de nombreux projets dont la mise en place des fonds de contrepartie nationale posera problème, car le contexte interne actuel de notre pays ne le permet pas, à moins de vouloir continuer à jouer sur la corde du populisme et d’exceller dans la vraie démagogie. Les 10.000 milliards de Fcfa (63,8% du coût total du PNDES), demandés à notre pays au titre de la contrepartie dans le PNDES, sont au-delà de ses moyens, de ses capacités de production et même de ses potentialités.

 Le PNDES couvre la période 2016 -2020 et à y regarder de très près, il y a le risque que des contraintes endogènes empêchent sa mise en œuvre :

• 2016 se termine et rien n’a été enregistré dans l’exécution des projets du PNDES ;

• 2017 ne bénéficiera pas de financements issus des résultats de la conférence de Paris, car les partenaires travaillent à partir de planifications et programmations anticipées et 2017 ne peut plus être pris en compte dans les programmes déjà ficelés ;

• 2018 pourrait enregistrer les premiers financements de projets du PNDES à travers des accords et des conventions négociés, signés et ratifiés dans sa seconde moitié si la rigidité administrative est gérée avec souplesse et flexibilité ;

• 2019 est une année pré-électorale et comme telle, les préoccupations et priorités des gouvernants seront beaucoup plus politiques que la mise en œuvre du PNDES ;

• 2020 est l’année des élections législatives et du Président du Faso. Ce sera une année en roue libre pour l’exécution du PNDES.

Ce sont autant d’indices qui nous imposent d’avoir le triomphe modeste afin de ne pas déchanter plus tard.

 Avec le renforcement de la démocratie dans notre pays, l’alternance à la tête de l’Etat est une possibilité. Et si cette hypothèse de l’alternance est effective et qu’une nouvelle équipe s’installe aux commandes de l’Etat, qu’adviendra-t-il du PNDES ? La disparition au profit d’un autre programme certainement ;

 Si ce scénario plausible se matérialise, le PNDES ne connaîtra concrètement qu’une exécution partielle et certainement que notre pays vivra une période de décroissance sur la période 2016-2020. Sur la dernière décennie, notre pays a connu un taux de croissance au dessus de 6%. En 2014 et 2015, le taux de croissance du Burkina Faso est tombé à 4%. Avec les incertitudes politiques, économiques, sociales et au plan de la sécurité actuelles, la croissance économique, sur le moyen terme voire sur la période couverte par le PNDES, dépassera difficilement les 5% alors que le taux de croissance annuel moyen escompté par le PNDES est de près de 8%. Le Burkina Faso aura tout simplement marqué ainsi un recul dans le processus de son développement économique et social.

Et nous demeurons convaincus que nous aurions dû faire autrement surtout que des voix s’élèvent aujourd’hui pour dire qu’on pouvait effectivement mobiliser les ressources internes si la réconciliation était effective. Travaillons donc tous à la réconciliation nationale, à l’unité nationale et à la cohésion sociale. Cela commence par le dialogue inclusif.

Ouagadougou, le 15 décembre 2016

Dr Ablassé OUEDRAOGO
Economiste Expert International sur les questions de développement

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Vos commentaires

  • Le 16 décembre 2016 à 22:37, par Le Vigilent
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    A propos de la mobilisation effective des ressources annoncees, l’economiste expert international des questions de developpement ne nous apprend rien de nouveau au regard des mises au point du President du Faso, Premier ministre et de la ministre de l’Economie, des finances et du developpement.
    En ce qui concerne la mobilisation des ressources internes, l’economiste expert international sur les questions de developpement estimes que les previsions sont irrealistes sans donner des elements probants pouvant justifier un tel pessimisme.
    A propos des conditionnalites des partenaires, notre expert antonne l’hymne de la reconciliation selon les saints patrons de la CODER, celle qui peut se passer de la justice, un peu a l’image que celle tragi-comique organisee par Blaise Compaore un certain 30 mars. La reconciliation, celle qui passe obligatoirement par le chemin de la Verite puis de la Justice et du pardon, est bel et bien inscrite en lettre d’or dans le contrat social auquel adhere la quasi totalite des Burkinabe epris de paix et de justice et qui rejettent toute forme d’impunite d’ou qu’elle vienne. C’est une telle reconciliation vraie et sincere qui peut convaincre les partenaires et non celle des pigeons laches au stade du 4 oaut.

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  • Le 17 décembre 2016 à 01:28, par Wéoghobiiga
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Ablasseries de Ablasseries. De l’air. C’est jalousie qui va te tuer.
    Il faut oublier ton vieux ancien titre de "Economiste Expert International sur ..." ça, c’est ton avant. Maintenant-là, nous on s’en fout d’expert international. Point// BARRE ! On travaille avec experts locaux et ça marche.
    Pardon, faut t’occuper de benbao au lieu de polluer les espaces d’échanges saints.

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  • Le 17 décembre 2016 à 01:36, par Wéoghobiiga
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Ablassé, tu n’as pas de parents ou d’amis pour de dire de quitter la politique parce que la politique t’a laissé ? A toutes tes sorties, c’est le ridicule et le pathétique qui se disputent.

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  • Le 17 décembre 2016 à 02:37, par Sidpawalemdé Sebgo
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Quand le mossi musulman du plateau central dit "dialogue inclusif", on a l’impression d’entendre "Incluez moi dans le gouvernement, sinon...". Le problème, c’est que cela ne semble pas impressionner qui que ce soit, Roch le dernier, et qu’on semble très bien se passer de son expertise en "diplomatie de développement" et "d’économiste international". Alors ?

    Une question au président de la CODER : Qu’en était-il du "dialogue inclusif" quand après avoir accueilli à bras ouverts les leaders du MPP dans l’opposition et avoir lutté avec eux pour la chute de Blaise Compaoré, il a demandé que Roch Kaboré soit déclaré inéligible ? N’aurait-il pas pu pratiquer le "dialogue inclusif" avec son camarade du CFOP au lieu de vouloir "l’exclure" ? En ce moment là, le "Burkina ne nous appartenait-il pas tous" ? pour parler comme son excellence...

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  • Le 17 décembre 2016 à 04:38, par Sinangou
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Ablassé Ouedraogo ou l’art de ne parler pour ne rien dire...

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  • Le 17 décembre 2016 à 06:21, par Hess
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Évidemment, Monsieur Ablassé Ouédraogo connait bien le sujet. Expliqué comme tel, même les profanes peuvent comprendre les réserves émises. C’est l’Expert qui a parlé. Merci donc.

    Quant à la question de la réconciliation, dans la bouche de M. Ouédraogo elle reste cependant des plus ambiguës. Pourquoi l’homme politique ne prône t-il pas la justice simplement ? Cela aurait le mérite d’être clair. Tout le monde sait que la qualité du système de justice, le niveau de l’état de droit sont des critère voir des gages pour les investisseurs internationaux privés comme public. Il dit que ce n’est pas de la charité. Vrai. Alors qui va aller mettre son argent dans un pays ou la loi n’est pas respecté et la justice fonctionne mal ? Sans justice, y compris la justice sociale, point de sécurité. Sans sécurité pas d’investisseurs étrangers majeurs ni en nombre. Il faut nous clarifier un jour la réconciliation et son rapport avec les investissements...

    Bref, le le flou du propos de l’homme politique peut obstruer la perception de l’analyse de l’expert. C’est un peu dommage même s’il est dans son rôle d’opposant.

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  • Le 17 décembre 2016 à 07:32, par DJANGO
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Selon Ablasse l’échec de ROCK et de son MPP est sûr certain. Malgré qu’il soit le plus grand économiste du monde ROCK ne va jamais le prendre dans son gouvernement. Donc en 2020 notre prochain président sera Ablasse sans aucun doute. À défaut d’être député avec le FASO AUTREMENT, il sera président avec la CODER. La reconciliation est déjà en marche autour du savant économiste moaga musulman du plateau central.

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  • Le 17 décembre 2016 à 10:32, par OUMAC dit le chauvinisme
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    L’hadji Ablassé, c’est combien de Beaufort, tu as bu dans ton maquis Benbao,pour venir pondre une telle incartable ?Hier, aujourd’hui et demain, toujours du pessimisme sans preuve irréfragable dans Toutes enterprises du gouvernement. Oh bon Dieu ! Qu ’a -t-il fait pour subir un tel sort ? Attention, je commets une erreur indécrottable, j’oublie qu’il est opposant. Pourtant, un opposant s’ oppose à tout ce que réalise la majorité. Il a parfaitement raison. Cependant, je lui conseille d’éviter de se faire coller le statut de baudruche au sein de la CODER. Moult courage dans l ’ opposition. Bye !

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  • Le 17 décembre 2016 à 10:34, par KOBINABA
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    C est malheureux de voir un intellectuel de la trempe de Ablasse se comporter de facon aussi ridicule.Comme quoi avoir des diplomes est une chose et etre intelligent dans la vie une autre.Sinon apres le score minable obtenu par Ablasse il doit savoir que sa legitimite se limite a sa maison.Et meme la c est a voir parce je ne suis pas sur que sa progrniture sera fier d un pere qui parle a tout va.Meme si le succes du PNDES est a relativiser lui Ablasse apres avoir promis son echec devait faire profil bas.En fait le CDP connaissant les limites de Ablasse l utilise pour regler son compte a son ancien allie le MPP.Sinon au nom de quoi Ablasse va etre le president de la CODER.Comme ils savent qu il est "tiigr bouanga" ils l utilisent sinon le CDP sait qu il fait parti de ceux qui les ont chasse du pouvoir.Mais Ablasse est un "je m en fou" prions pour lui.

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  • Le 17 décembre 2016 à 10:40, par RITON
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Merci KOBINABA tu as tout dit.belle analyse plus rien a dire sur Ablasse et son machin de Coder.

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  • Le 17 décembre 2016 à 15:45, par Jonassan
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Bizarre, le spécialiste ne base aucune formule rationnelle pour soutenir son approche mais se satisfait d’une vue empirique ; de son analyse apparait plutôt une tendance pessimiste politico-partisane qu’une analyse scientifique rigoureuse. Mon Dieu, la politique est-elle l’opium qui transforme nos intellectuels en tonneaux vides ?

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  • Le 17 décembre 2016 à 20:49, par V@dor
    En réponse à : Mise en œuvre du PNDES : Les réserves de Dr Ablassé Ouédraogo

    Cette sortie de notre "Ablassé National" me fait réagir par la citation ci-dessous de James Freeman Clarke : « La différence entre le politicien et l’homme d’État est la suivante : le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. »

    Et dans le cas présent, l’on voit bien qui pense aux élections prochaines en évoquant l’alternance en 2020 qui viendrait balayer le PNDES...

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