« Une seule santé » : Les dirigeants ouest-africains s’engagent à améliorer la capacité de riposte aux situations d’urgence

mardi 15 novembre 2016 à 21h11min

Vendredi dernier, à l’occasion de l’exceptionnelle Conférence Régionale de l’Afrique de l’Ouest sur l’approche « Une seule santé » à Dakar (Sénégal), des ministres de la santé, de l’agriculture et de l’environnement ont réitéré leur engagement à travailler ensemble afin de prévenir et riposter rapidement aux menaces pour la santé publique en Afrique de l’Ouest. Cette collaboration survient 3 ans après que le premier cas de l’épidémie à virus Ebola a été détecté dans la région.

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« Une seule santé » :  Les dirigeants ouest-africains s’engagent à améliorer la capacité de riposte aux situations d’urgence

L’approche « Une seule santé » demande aux responsables politiques et aux professionnels de la santé de tenir compte des liens inextricables entre santé humaine, santé animale et environnement lorsqu’ils élaborent les systèmes et programmes de santé publique ainsi que les programmes de recherche. Au cours des dernières années, 75% des maladies émergentes infectieuses ont été transmises par des animaux ou des produits animaux. On pense ainsi que le virus Ebola a été transmis à un enfant d’une zone rurale de Guinée par un animal infecté, déclenchant une flambée épidémique qui a atteint plus de 28 000 personnes, dont les capitales de 6 pays d’Afrique de l’Ouest. En adoptant une approche intégrée de la santé publique, les communautés et les pays peuvent cependant détecter une épidémie chez les animaux avant qu’elle ne se soit transmise aux humains.

La conférence – organisée par le Bureau régional de l’Afrique de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS/AFRO) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CÉDÉAO), en collaboration avec des partenaires régionaux et internationaux — constitue à ce jour l’engagement politique le plus fort en faveur de l’approche « Une seule santé ». Vendredi dernier, 38 ministres venant de 16 pays de l’Afrique de l’Ouest ont approuvé un communiqué officiel dans lequel ils s’engagent à mettre en œuvre l’approche « Une seule santé » tant à l’intérieur des pays qu’entre les Etats. Il s’agit d’une étape majeure en ce qui concerne la mise en œuvre de la Stratégie régionale pour la sécurité sanitaire et les situations d’urgence 2016-2020 qui a été agréée lors de la Soixante-sixième session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique à Addis Abeba en août dernier.
« Les épidémies et crises sanitaires, beaucoup d`entre elles provenant des animaux, ont ôté la vie et les moyens d`existence d`un bon nombre de personnes, pénalisant sévèrement nos économies et nos industries, et mettant à genoux des systèmes de santé publique déjà surchargés, » a dit le Dr Matshidiso Moeti, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. « Pour faire face à d’aussi graves enjeux, le monde ne peut tout simplement pas se contenter d’une approche inconstante de la sécurité sanitaire. Au contraire, il est vital de créer des systèmes et une coordination efficaces – tant à l’intérieur des pays qu’entre ceux-ci – afin de détecter, signaler et combattre la transmission de maladies qui affectent les humains comme les animaux. »
L’Afrique de l’Ouest est actuellement confrontée à des flambées épidémiques de plusieurs maladies zoonotiques, telles que la grippe aviaire dans la volaille au Nigéria et la fièvre de la Vallée du Rift au Niger, ainsi qu’à des menaces sanitaires à transmission vectorielle, comme la souche de virus Zika du Brésil détectée au Cap-Vert et en Guinée-Bissau. Ces maladies ont de graves conséquences non seulement sur la santé mais aussi sur la sécurité alimentaire et la sécurité économique. La flambée épidémique du virus Ebola a ainsi coûté près de 600 millions de dollars US à la Guinée, au Libéria et à la Sierra Leone, tandis que depuis 2013 le coût de la grippe aviaire pour la région s’élève à des milliards de dollars.
En outre, l’utilisation excessive et inappropriée des antibiotiques chez les animaux et dans les cultures provoque l’émergence d’agents pathogènes résistants aux antibiotiques – rendant plus difficile et plus onéreux le traitement des maladies infectieuses courantes et des infections bactériennes. Cependant, une approche qui incorpore la santé humaine, la santé animale et l’environnement permet de préserver l’efficacité de ces médicaments en surveillant attentivement et minutieusement leur usage.
Le communiqué officiel signé par les ministres contribuera à renforcer la coordination à l’échelle régionale et à soutenir des systèmes solides pour prévenir et enrayer les flambées épidémiques. Cet accord annonce également la création d’un cadre qui aidera les pays à travailler ensemble dans un contexte transfrontalier et intersectoriel et garantira une réelle intégration des efforts en matière de santé humaine, santé animale et d’environnement. A terme, ce cadre servira de base aux pays d’Afrique de l’Ouest pour mener des programmes concertés de préparation et de riposte aux urgences sanitaires, tant au niveau national que sous–régional, et permettra ainsi de contrôler les épidémies avant qu’elles ne se transforment en crises sanitaires nationales et internationales.
Les Etats Membres ayant ratifiés l’accord se sont engagés plus précisément à mener des évaluations de risques nationales et à mettre en place des mécanismes d’alerte en cas d’épidémie de maladies courantes et de maladies émergentes sur leur territoire. Il incombera à chaque gouvernement d’intégrer les laboratoires chargés des échantillons humains et animaux afin d’améliorer d’une part la rapidité du diagnostic des maladies et d’autre part la détection de la transmission au niveau national d’agents pathogènes résistants aux médicaments — une étape essentielle dans la lutte contre la résistance aux antimicrobiens (RAM).
Ces engagements apporteront ensemble un nouvel élan aux pays d’Afrique de l’Ouest pour faire de la sécurité sanitaire et de la riposte aux menaces pandémiques une priorité. A terme, cela contribuera aussi à faire progresser les mesures et les engagements existants, tel que le Règlement sanitaire international (RSI). Le RSI est un instrument législatif garantissant que chaque pays développe les capacités nécessaires pour prévenir, notifier et riposter aux risques de santé publique susceptibles de franchir les frontières et de menacer la population mondiale.
Le rôle directeur de l’OMS dans l’organisation de la conférence sur l’approche « Une seule santé » s’inscrit en continuité avec son engagement à améliorer les capacités de la région pour éviter et mieux contrôler les situations d’urgence sanitaire. Cette vision est exposée dans l’audacieux Programme de transformation lancé l’an dernier par la Région africaine.


Déclaration de Dakar

Nous, les Ministres responsables de la santé humaine, de la santé animale, de l’agriculture, de la faune, de la flore sauvage et environnementale des pays d’Afrique de l’Ouest, réunis le 11 novembre 2016 à Dakar, au Sénégal,

Notant avec préoccupation que plus de 75 % des maladies émergentes et réémergentes qui ont touché les humains au cours de la dernière décennie provenaient d’animaux ou de produits animaux, et que beaucoup d’entre elles étaient susceptibles de se propager largement et devenir des risques pesant sur la sécurité sanitaire mondiale avec des effets socioéconomiques négatifs importants ;

Préoccupés par la récente flambée sans précédent de la maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest, qui a infecté plus de 28 000 personnes, causé plus de 11 000 décès et dévasté les économies nationales avec des pertes du produit intérieur brut estimées à US$ 219 millions en Sierra Leone, US$ 188 millions au Liberia et US$ 184 millions en Guinée ;

Conscients de la flambée actuelle de la grippe aviaire hautement pathogène H5N1 qui s’est propagée de façon constante dans un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest ces deux dernières années dévastant les fermes avicoles et menaçant la santé humaine et la sécurité alimentaire ;

Préoccupés par les flambées en cours et récurrentes de fièvre de la vallée du Rift et de fièvre de Lassa en Afrique de l’Ouest, qui pourraient se propager dans les pays voisins ;

Préoccupés du fait qu’aucun pays de l’Afrique de l’Ouest ne s’était doté, au mois de juin 2016, des principales capacités prévues par le Règlement sanitaire international (RSI, 2005) ni de compétences essentielles au titre du Processus des performances des services vétérinaires (PVS) ;

Particulièrement préoccupés de constater qu’aucun pays d’Afrique de l’Ouest n’a acquis toutes les capacités de base requises pour prévenir, détecter et combattre les maladies infectieuses émergentes, les zoonoses et la résistance aux antimicrobiens ;

Convaincus qu’à la lumière du changement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes aggravent le risque d’apparition et de propagation de maladies infectieuses chez les animaux, les plantes et les êtres humains ;

Reconnaissant que les mouvements transfrontaliers d’animaux domestiques et sauvages posent des risques sanitaires potentiels ;

Conscients de ce que les risques pour la santé, à l’interface entre l’homme, l’animal et l’environnement, constituent une préoccupation majeure pour la sécurité sanitaire et qu’il a été recommandé que les pays renforcent différents mécanismes de collaboration entre divers secteurs et partenaires ainsi qu’avec les institutions mondiales, comme stipulé dans l’accord de collaboration tripartite de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) ;

Rappelant la Résolution A/RES/70/1 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptant les Objectifs et les cibles du Programme de développement durable (ODD) à l’horizon 2030 ;

Rappelant en outre l’Agenda 2063 adopté par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine lors de la 24e session ordinaire tenue à Addis Abeba, en Éthiopie, du 30 au 31 janvier 2015, en vue d’une stratégie régionale pour optimiser l’utilisation des ressources de l’Afrique au profit de tous les Africains ;

Rappelant la première conférence interministérielle sur la santé et l’environnement en Afrique qui s’est tenue à Libreville, au Gabon, en 2008, dont le point culminant a été l’adoption de la Déclaration de Libreville visant à promouvoir une approche intégrée de l’élaboration des politiques relatives aux secteurs de la santé et de l’environnement ;

Ayant connaissance des rôles et responsabilités décisifs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), des pays voisins, de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS) et du Centre régional de santé animale (CRSA) dans l’appui à la mise en œuvre des cadres susmentionnés moyennant le renforcement de la coordination multisectorielle et des capacités internes aux pays en matière de prévention et de détection des épidémies en Afrique de l’Ouest et de riposte à celles-ci ;

Prenant note de la nécessité urgente de rendre opérationnel le Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies (CRSM) de la CEDEAO conformément à la décision des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO lors des 47e et 48e sessions ordinaires qui ont eu lieu, respectivement, à Accra en mai 2015 et à Abuja en décembre 2015, et de la nécessité de coopérer avec les pays voisins ;

Saluant le solide leadership national des pays de la CEDEAO pour avoir établi des mécanismes fonctionnels de coordination des partenaires qui ont contribué considérablement au succès de la mise en œuvre d’interventions de santé publique harmonisées pour lutter contre la récente épidémie de maladie à virus Ebola ;

Reconnaissant et accueillant avec grande satisfaction l’engagement, le mandat et les rôles de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS), du Centre régional de santé animale (CRSA), du Bureau interafricain des ressources animales de l’Union africaine (IBAR-IA) et de plusieurs partenaires dont l’Agence pour le développement international des États-Unis (USAID), les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) en matière de plaidoyer, d’orientations techniques et de mobilisation de ressources pour la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé » en Afrique de l’Ouest ;

1. ENGAGEONS NOS GOUVERNEMENTS à :

1) Mettre en place des mécanismes nationaux solides pour la coordination intersectorielle et les partenariats en vue de faciliter la mise en œuvre des initiatives mondiales et régionales actuelles, une meilleure harmonisation et un meilleur partage de l’information entre les secteurs de la santé animale, humaine et environnementale conformément à l’approche « Une seule santé » ;

2) Appuyer l’institutionnalisation et l’appropriation de l’approche « Une seule santé » à tous les niveaux au moyen d’une provision budgétaire réservée aux activités « Une seule santé » ;

3) Renforcer la collaboration transfrontière et le partage d’informations entre les pays ;

4) Adopter et/ou mettre en œuvre un cadre régional « Une seule santé » et d’autres initiatives pour renforcer la sécurité sanitaire ;

5) Participer à l’évaluation sous-régionale des dangers et des risques et à la détection des maladies prioritaires communes et de leurs déterminants pour les secteurs de la santé humaine et animale en menant des évaluations nationales des risques ;

6) Renforcer la collaboration entre les réseaux de prédiction, d’alerte précoce et de surveillance pour la santé humaine, la santé animale et la sécurité alimentaire, et la surveillance environnementale ;

7) Renforcer les mécanismes d’alerte nationaux et sous-régionaux pour les maladies prioritaires communes à tendance épidémique dans les secteurs de la santé humaine, animale et environnementale ;

8) Partager régulièrement, au moyen de mécanismes de coordination, les données de surveillance entre les différents secteurs, les pays, les partenaires et les organismes internationaux, s’il y a lieu, et promouvoir l’utilisation de plateformes électroniques ;

9) Utilisant les opportunités qu’offrent le Programme d’action pour la sécurité sanitaire mondiale et d’autres initiatives connexes, acquérir et maintenir les principales capacités nationales conformément au Règlement sanitaire international (RSI, 2005) de l’OMS et aux normes internationales de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), et les intégrer dans les systèmes de surveillance environnementale ;

10) Appuyer la collaboration et le travail en réseau des laboratoires de santé animale et humaine aux niveaux national, sous-régional et régional pour améliorer la prédiction, la détection, la confirmation rapide et exacte et la caractérisation approfondie des agents pathogènes émergents, et la surveillance de la résistance aux antimicrobiens ;

11) Appuyer les activités du Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies (CRSM) et du Centre régional de santé animale (CRSA) de la CEDEAO, et des comités nationaux du Codex Alimentarius en matière de renforcement des capacités des pays d’Afrique de l’Ouest en prévention et détection des événements de santé publique et de riposte face à ceux-ci, quelle que soit leur origine, ainsi que d’amélioration des connaissances relatives à l’interface humain-animal-environnemental en menant des recherches opérationnelles pour la prise de décisions reposant sur des bases factuelles ;

12) Mener de toute urgence et/ou mettre à jour régulièrement une évaluation externe conjointe des capacités essentielles requises en vertu du Règlement sanitaire international(RSI, 2005) et des compétences essentielles au titre du Processus des performances des services vétérinaires (PVS), et à la planification conjointe de la préparation et de la riposte aux niveaux national, sous-régional et régional au moyen d’une approche faisant appel à l’ensemble de la société ;

13) Veiller à une meilleure intégration de l’approche « Une seule santé » dans les plans multisectoriels nationaux et régionaux de protection environnementale, de résilience et de sécurité alimentaire, et dans les plans de mise en œuvre des accords multilatéraux pertinents ;

14) Veiller au suivi des étapes prévues pour accomplir la démarche « Une seule santé » au moyen d’un mécanisme de coordination solide spécifiant clairement le rôle, les responsabilités et la responsabilisation des parties prenantes concernées ;

15) Présenter des rapports de situation sur la mise en œuvre du cadre stratégique régional et des recommendations de la réunion technique sur l’approche « Une seule santé » à l’occasion des réunions de comité, des sommets, et des réunions présidentielles et ministérielles ;

16) Contribuer au renforcement de la capacité d’intervention rapide en Afrique de l’Ouest en réponse aux événements de santé publique ayant une portée internationale ;

2. APPELONS NOS INSTITUTIONS SOUS- RÉGIONALES, RÉGIONALES ET NOS PARTENAIRES (OMS, OIE, FAO, Commission de l’UA et institutions affiliées, PNUE, OIM, USAID, CDC, la Banque mondiale, la BAD et autres nouveaux partenaires) à :
1) Faire le plaidoyer et mener conjointement la mobilisation des ressources intérieures et extérieures pour la mise en œuvre du cadre stratégique régional pour l’approche « Une seule santé » ;

2) Fournir un appui technique aux États Membres dans la mise en œuvre du cadre stratégique régional pour l’approche « Une seule santé » ;

3) Mobiliser conjointement des ressources pour rendre opérationnels le Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies (CRSM) et le Centre régional de santé animale (CRSA) de la CEDEAO ;

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