Le PNDES pas à pas : I. Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

mardi 15 novembre 2016 à 22h34min

Le Burkina Faso connaît une croissance économique erratique depuis 1960. Cette fluctuation de l’activité économique, en conjonction avec une forte croissance démographique (3,1% par an), n’a pas permis d’enregistrer un véritable progrès en termes de développement économique et social. De 1960 à 2014, le revenu par habitant n’a augmenté que d’environ 2% l’an, ce qui n’a pas permis d’améliorer considérablement les conditions de vie des Burkinabè.

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Le PNDES pas à pas : I.	Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

En 2014, l’Indice de développement humain (IDH) ressortait à 0,420, faisant du Burkina Faso, un pays à faible niveau de développement. Cette situation est la conséquence de la persistance de la pauvreté dont l’incidence se situait à 40,1% en 2014, d’un fort taux d’analphabétisme des personnes de plus de 15 ans se situant à 65,5%, d’une espérance de vie de moins de 60 ans, ainsi que d’une forte exploitation et consommation de ressources naturelles.

Le Burkina Faso connaît également des mouvements migratoires qui se traduisent notamment, par un exode rural notable et une migration internationale ancienne et importante.

Dans la perspective d’un développement humain inclusif et durable, les principales problématiques qui se posent sont relatives à la persistance des inégalités sociales, aux insuffisances du système productif national, à la faible qualité des ressources humaines, à l’inefficacité et à l’inefficience de la gouvernance.

1.1. UNE DYNAMIQUE SOCIALE PEU EVOLUTIVE ET MARQUEE PAR DES INEGALITES PERSISTANTES

1.1.1. LES ACQUIS MAJEURS DES POLITIQUES DE DEVELOPPEMENT ANTERIEURES

Divers acquis peuvent être mis au compte des politiques de développement antérieures, particulièrement du CSLP et de la SCADD qui ont couvert la période 2000-2015. Ils touchent notamment les domaines de la gestion de l’économie, du social et des infrastructures économiques.

La gestion de l’économie a été marquée par l’amélioration des méthodes et instruments de planification et de suivi-évaluation du développement, avec : (i) l’intégration des réponses aux problématiques du développement dans une vision prospective globale, thématique ou sectorielle, (ii) le recours systématique aux instruments et outils de planification dans la gestion de l’action publique, (iii) la mise en place de la Commission nationale de planification du développement (CNPD), afin de renforcer la cohérence entre les instruments et dispositifs institutionnels de suivi de l’action publique et (iv) la mise en place du Fonds national de préparation des projets et programmes (FONEPP), dans le but d’assurer une meilleure formulation des projets et programmes nécessaires à la mise en œuvre des stratégies de développement. En outre, la gestion des finances publiques s’est consolidée, au fil du temps. Le déficit budgétaire est passé de 3,8% du PIB en 2000 à 2% en 2015. Le ratio de la dette sur le PIB est passé de 58,2% en 2000 à 32,4% en 2015.

Au niveau local, en phase avec les dispositions de la loi portant Code général des collectivités territoriales (CGCT), toutes les régions disposent d’un Plan régional de développement (PRD) ou d’une Stratégie de développement régional (SDR) et quasiment toutes les communes, d’un Plan communal de développement (PCD).

Au plan social, les avancées majeures ont été enregistrées dans les domaines de la santé, de l’accès à l’éducation de base et à l’eau potable. En effet, le taux brut de scolarisation au primaire est passé de 45,9% en 2000 à 83,7% en 2015. En matière de santé, bien que les taux de mortalité infantile et maternelle soient toujours élevés par rapport aux valeurs ciblées en 2015, ils ont fortement reculé. Ainsi, le quotient de mortalité des enfants de moins de 5 ans est passé de 219,1‰ en 1998 à 81,6‰ en 2015. La mortalité maternelle est passée de 484 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes à 330 sur la même période. L’accès à l’eau potable s’est également amélioré. Entre 2005 et 2015, les taux d’accès en milieu rural et en milieu urbain, sont passés respectivement de 52% à 65% et de 74% à 89,9%.

En matière d’infrastructures routières, la part du réseau routier bitumé dans le réseau routier classé a connu une évolution sensible, passant de 15,75% en 2004 à 24% en 2015.

La réalisation de ces acquis n’a pas été accompagnée d’une réduction substantielle de la pauvreté et des inégalités sociales.

1.1.2. LE RECUL INSUFFISANT DE LA PAUVRETE MONETAIRE ENTRE 2009 ET 2014

Entre 2009 et 2014, l’incidence de la pauvreté a reculé de six points, passant de 46,7%, pour un seuil de pauvreté de 108 454 FCFA, à 40,1% pour un seuil de pauvreté estimé à 154 061 FCFA. La profondeur et la sévérité de la pauvreté monétaire ont également baissé passant respectivement, de 15,1% et 6,7% à 9,7% et 3,3% entre 2009 et 2014.

La pauvreté est fondamentalement rurale, avec une incidence de 47,5% contre 13,6% en milieu urbain. La pauvreté rurale contribue à 92 % à l’incidence de la pauvreté : 9 personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté sur 10 vivent en milieu rural. La baisse de la pauvreté entre 2009 et 2014 a été plus dynamique en milieu urbain (11,6 points) qu’en milieu rural (7,1 points). Cela traduit implicitement que la croissance économique a été plus profitable aux urbains qu’aux ruraux. La cartographie régionale de la pauvreté en 2014 (cf. Graphique 1) montre les disparités régionales. Il en ressort que les régions du Centre (9,3 %), du Sahel (21%), des Cascades (22,7%), des Hauts-Bassins (34,4%) et du Centre-Est (36,1%) ont une incidence de la pauvreté inférieure à l’incidence globale (40,1%). Dans les régions du Centre-Sud (40,5%), du Sud-Ouest (41,5%), du Plateau central (45,4%), du Centre-Nord (47%), de l’Est (49,6%), du Centre-Ouest (51,7%), de la Boucle du Mouhoun (59,7%) et du Nord (70,4%), l’incidence de la pauvreté est supérieure à l’incidence globale.

1.1.3. LES DISPARITES DANS L’EVOLUTION DE LA PAUVRETE NON MONETAIRE

L’évolution de la pauvreté multidimensionnelle, saisie à travers le cadre et les conditions de vie des ménages urbains et ruraux, montre les disparités spatiales du niveau de privations des populations dans l’accès aux services de base et d’opportunités de revenus.

En matière d’électricité, l’accès des ménages est globalement faible. La proportion des ménages utilisant l’électricité comme principale source d’éclairage est passée de 14,9% en 2009 à 24,4% en 2014. En 2014, elle était de 62,7% en milieu urbain contre 9,3% en milieu rural. Au plan régional, elle était de 60,6% dans la région du Centre, 43,0% dans les Cascades, 41,3% dans les Hauts-Bassins, 20,1% dans la Boucle du Mouhoun, 13,8% au Centre-Ouest, 12,3% au Nord, 10,5% au Sud-Ouest, 9,1% au Centre-Est, 8,3% au Centre-Nord, 8,1% au Plateau central, 7,1% à l’Est, 5,9% au Sahel et 5,8% au Centre-Sud.

Dans le domaine de l’habitat, en 2014, un peu plus de 7 ménages sur 10 habitaient dans des zones non loties et connaissaient un faible taux d’accès à l’assainissement, une précarité des logements et un faible accès à l’eau potable et à l’électricité. 77% des ménages habitaient dans des logements précaires (matériaux non définitifs) dont 39,5% en milieu urbain et 92% en milieu rural. Toutefois, pour l’assainissement, le taux d’accès aux infrastructures est passé de 4,7% en 2007 à 8,1% en 2014. Il était de 25,1% au Centre et de 17,5% au Plateau central. Les régions du Centre-Est, des Cascades et du Centre-Nord avaient des taux d’accès aux infrastructures d’assainissement compris entre 5% et 10% et les huit autres régions, des taux d’accès inférieurs à 5%.

1.1.4. LA VULNERABILITE SOCIOECONOMIQUE DES POPULATIONS

Le niveau d’allocation des ressources aux secteurs sociaux reste faible pour relever le niveau de développement du capital humain. En termes de contribution des secteurs sociaux (éducation, santé, protection sociale, eau et assainissement) au PIB, le niveau se situe à 7,5% en 2015 contre 6,5% en 2008. Les multiples privations constatées en matière d’accès aux services sociaux de base sont renforcées par les crises alimentaires touchant de larges couches de la population, surtout en milieu rural.

La vulnérabilité des ménages se traduit aujourd’hui, par plus de 20% de la population (plus de 3,5 millions de personnes) en proie à l’insécurité alimentaire. La malnutrition infantile chronique reste encore très élevée, bien qu’ayant remarquablement régressé de 25,6% en 2009 à 20,1% en 2014. En 2012, 32,9% des enfants de moins de 5 ans présentaient un retard de croissance.

Face à cette pauvreté rurale de masse et à cette insécurité alimentaire, il a été défini dès 2011, une vision pour la réduction durable de la pauvreté, y compris un système national de filets sociaux. Ont également été élaborés, une politique nationale de protection sociale, une politique nationale pour la sécurité alimentaire, une politique nationale pour une meilleure gestion de l’environnement et du développement durable, et un plan d’action pour accélérer les progrès dans la réduction de l’indigence, de la faim et de l’insécurité alimentaire.

Les principales difficultés du système actuel de lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité des populations sont d’une part, la faiblesse des mécanismes de coordination entraînant du gaspillage et peu d’efficacité. D’autre part, il y a le choix des instruments les plus adéquats pour un meilleur ciblage des populations pauvres et la mise en place de systèmes de suivi et d’évaluation, afin d’éclairer les choix décisionnels des responsables à différents niveaux et évaluer l’impact des différents programmes initiés.

1.1.5. LA PERSISTANCE DES INEGALITES DE GENRE ET DE L’EXCLUSION SOCIALE

En dépit des avancées enregistrées, les inégalités dans les domaines de la pauvreté monétaire, de l’éducation, de l’emploi, de l’accès aux ressources de production et aux postes électifs sont encore fortes, notamment en défaveur des femmes et des jeunes.

Au niveau des revenus appréhendés à travers les dépenses des ménages, l’inclusion sociale apparait globalement faible. Les dépenses de consommation des ménages les plus défavorisés représentent 8,4% des dépenses totales de consommation des ménages contre 44,1% pour les ménages les plus favorisés. Ainsi, en dépit des politiques et des instruments de promotion de la cohésion et de la solidarité nationale déployés, les insuffisances suivantes, sont notables : (i) l’exclusion sociale des personnes âgées et celles vivant avec un handicap, (ii) l’expansion du phénomène des enfants et adolescents en situation de rue et (iii) l’essor des pires formes du travail des enfants.

En matière d’éducation et particulièrement en ce qui concerne l’enseignement secondaire, le ratio fille-garçon est passé de 0,51 en 2004 à 0,62 en 2014, soit une progression moyenne annuelle lente de 0,011. Au niveau du supérieur, le ratio fille-garçon est passé de 0,29 en 1997 à 0,48 en 2013. En matière d’Enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP), la proportion des femmes de 16 à 64 ans formées était de 3,1% en 2010, contre une moyenne nationale de 4,5%.

Dans le domaine de l’emploi, les femmes représentaient 24,2% des effectifs du secteur public et du secteur privé formel en 2015. Il se dégage ainsi un gap à combler de 25,8% pour atteindre la parité entre les deux sexes en matière d’emploi formel. En outre, en milieu urbain, le chômage touche davantage les jeunes de moins de 25 ans (14,1% en 2014) et les femmes (9,9%).

Quant à la participation politique des femmes, en 2000, sur 111 sièges de député, seuls 10 étaient occupés par des femmes, soit 9% des sièges. En 2012, le parlement comptait 24 femmes parmi les 127 députés de la législature 2012-2014, soit une proportion de 18,89%. En 2015, la proportion des femmes au parlement était de 11,02%, soit 14 femmes sur 127 députés de la législature 2015-2020. Depuis 2000, la proportion des femmes au parlement est ainsi restée en-dessous de la cible du troisième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) fixée à 30% pour 2015.

Sur l’ensemble des gouvernements formés de novembre 2000 à janvier 2016, la proportion moyenne des femmes est d’environ 15%. Le dernier gouvernement formé le 12 janvier 2016 présente la proportion de femmes la plus forte, avec 24,14%, soit 7 femmes sur 29 membres.

En revanche, la participation de la femme à l’animation des instances locales a connu un recul entre 2006 et 2012, passant de 35,80% de sièges de conseiller municipal à 21% en 2012.

(A suivre)

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Vos commentaires

  • Le 16 novembre 2016 à 00:20, par Tinga Tonga
    En réponse à : Le PNDES pas à pas : I. Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

    Merci Blaise COMPAORE merci pour l excellent travail.

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  • Le 16 novembre 2016 à 06:15, par Gangobloh
    En réponse à : Le PNDES pas à pas : I. Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

    Les plans de développement régional et communal ne correspondent pas aux réalités locales . L’éducation est si mauvaise qu’un eleve du cours moyen ne peut écrire ou lire correctement une lettre. Comment un tel élément pourrait être productif sur le terrain surtout quand on sait que même le simple certifié veut travailler dans un bureau . La formation professionnelle dans certains secteurs ( maçonnerie , mécanique, plomberie ect.) ne suit pas à cause du niveau d’instruction très mauvais . L’agriculture connaît les même problèmes, les acteurs ne sont pas assez instruits pour l’utilisation de matériel moderne pour un meilleur rendement . En un mot , tous les secteurs du développement sont archaïques .

    Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2016 à 09:43, par MYCL
    En réponse à : Le PNDES pas à pas : I. Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

    Très belle analyse évolutive. Merci pour tous ces chiffres. Qu’a l’échelle individuelle chacun puisse apporter sa pierre, aussi petite soit elle. ça y va du devenir du Burkina Faso. L’incidence de la pauvrété a certe diminué dans le pays entre 2009 et 2014 mais cela cache beaucoup de disparités régionales. Ainsi la proportion de pauvres a augmenté dans le Centre nord, le Centre ouest, la Boucle du mouhoun et le Nord. Cela doit sonner comme un défi à relever par ces localités. Le pouvoir central doit aussi jouer son role en y orientant un certain nombre de projets de developpement tout en respectant un principe d’équité des investissements publics nationaux. C’est aussi un appel aux vives forces vives des différentes localités. Le recul de la pauvrété se traduira aussi et surtout par vos multiples investissements.

    Répondre à ce message

  • Le 16 novembre 2016 à 11:23, par lepharaon
    En réponse à : Le PNDES pas à pas : I. Analyse diagnostique de la situation économique et sociale

    j’aurai souhaité qu’en matière d’éducation le ratio fille garçon eût été présenté aussi au niveau du primaire de manière à faire un lien avec le secondaire pour faire ressortir les raisons d’abandon des filles scolarisées. au niveau de l’enseignement primaire le ratio fille garçon semble assez équilibré.
    par ailleurs les derniers chiffres de la participation des femmes à l’animation politique des instances locales sont connus (récentes élections communales), ce taux aurait aussi servi à un certain éclairage.
    les données statistiques ne doivent pas être tronquées mais livrées intrinsèquement pour des analyses objectives. se contenter des ratios les moins brillants pour traduire ou justifier une autre démarche ne me paraît pas pertinent

    Répondre à ce message

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