“Nous avons décidé d’accompagner les FDS en tout temps et en tout lieu”, Django, Chef des Koglwéogo de l’Est

LEFASO.NET | Entretien realisé par Soumaila Sana • jeudi 20 octobre 2016 à 23h50min

Quand on dit Koglwéogo (ces groupes d’autodéfense dont le Burkina est coutumier), c’est indubitablement le premier nom qui revient incessament. Courageux, intègre, principiel,... les qualificatifs ne manquent pas pour désigner celui qui a créé de toutes pièces et dirige les bénévoles pour la défense de la région de l’Est, cette zone jadis en proie aux braquages et à la délinquance de tout genre. De Fada Ngourma où il a installé la première cellule d’autodéfense sous la bannière de l’association TIN KUBI U DOGU (du Gourmantchéman “Protégeons la cité”), son expertise est sollicitée par d’autres contrées du pays où il procède à des installations d’autres cellules d’autodéfense. Moussa Thiombiano à l’Etat civil, mais plutôt connu sous le surnom Django puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous a reçu fin septembre dernier dans son quartier général à Fada Ngourma. Sans langue de bois, il s’est prononcé sur son initiative d’autodéfense essentiellement. Lisez plutôt !

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“Nous avons décidé d’accompagner les FDS en tout temps et en tout  lieu”, Django, Chef des Koglwéogo de l’Est

Lefaso.net : Bonjour ,veuillez vous présenter ?

Thiombiano Moussa alias Gjango (T.M.D.) : Je m’appelle Thiombiano Moussa dit Django. Je porte ce surnom depuis 18 ans et il est connu de tout le monde.

Nous avons visité votre quartier general, qui est bien organisé d’ailleurs. Dites-nous, depuis la prise de l’arrêté ministériel interdisant le port d’armes des koglwéogos en ville, quel est l’état des lieux ?

Dans le milieu où nous sommes, on n’est pas en temps de guerre, donc nous portons les armes pour quelque chose ; quelqu’un qui va en combat ne peut pas aller avec le bois ou avec des gourdins. Depuis ce temps, nous nous sommes organisés, quand mes éléments portent des armes, soit ils ont une sortie ou une direction. Donc on va en combat. Avec ces coupeurs de route qui étaient partout, on ne sait jamais. Il faut continuer à les combattre.

Nous avons eu vent de ce que dans la Région de l’Est, les braquages, les vols, en général le grand banditisme a dimunié, quelle a été votre politique ?

On ne peut pas aller très loin en commentaire, je leur ai dit que ce n’est pas parce qu’on a été plus loin à l’école qu’on est plus intelligent que celui qui est analphabète, donc chacun devrait apporter sa pierre pour le développement de ce pays. Je me suis dit que par rapport à cela, même si on déployait toute l’armée dans les zones du Burkina, on n’allait pas pouvoir couvrir tout le territoire. Aujourd’hui, grâce aux bonnes volontés, l’Association TIN KUBI U DOGU qui veut dire "Protégeons nos cités", j’ai pu déployer des hommes partout dans notre région, même dans les hameaux de culture. Il me reste 3% de la région à installer à cause de la saison hivernale qui l’empêche actuellement, mais j’irai jusqu’au bout.

Dites nous comment arrivez-vous à vous occuper de tous vos hommes ? Même s’ils sont volontaires, il faut manger, effectuer les déplacements,...quelle est votre source de financement ?

Jamais ! je n’ai pas de source de revenus. Jusqu’à l’heure où je vous parle, seulement c’est grâce aux bonnes volontés, car chacun se dit que le combat, il est pour tout le monde. Les braqueurs ne braquent pas seulement ceux qui sont habillés, c’est tout le monde.

Je dois revenir à qui n’est pas koglweogo dans la région. Tout le monde souhaitait la paix. Dieu merci il y a la paix, la santé aujourd’hui et chacun vaque à ses occupations sans inquiétude, donc le développement va venir. Sans la paix, la santé, il n’y aura pas de développement. Avec ces coupeurs de route, combien de vies avons- nous perdues ? Dieu seul sait. Donc j’évite de dire beaucoup de choses sur ces coupeurs de route qui ont fait beaucoup de dégâts. Mais jusque-là, je n’ai tué aucune seule personne, seulement je veux que tout le monde se range.

Hormis les bonnes volontés qui vous aident, n’avez-vous pas reçu une aide de l’Etat ?

Jamais ! Jamais ! C’est pouquoi j’évite de dire beaucoup de choses. Je me dis qu’il y aura une rencontre avec l’Etat, c’est mon souhait et vous aurez l’occasion de tout comprendre. L’homme ne doit pas se jeter les fleurs, cela doit venir d’autrui. Certes le début a été difficile, on ne nous croyait pas, on n’attendait pas de nous un tel succès, la diversion aussi d’idées etc....Nous avons décidé d’accompagner les FDS en tout temps et en tout lieu. Etre leurs petits frères, nous ne pouvons pas venir remplacer la gendarmerie, la police et la justice. Nous-mêmes n’aimerions pas cela. Nous venons en appui pour arrêter le grand banditisme, nous venons en appui pour éradiquer le vol. Je ferai un bilan au forum que nous allons organiser bientôt. Vous sauriez le nombre des voleurs et d’armes que nous avons pu arrter et récupérer. Ce jour-la, j’aurai un mot à dire au ministre, car nous allons l’inviter. C’est pour cela j’évite de dire certaines choses ou divaguer. Sinon je n’ai rien reçu comme aide venant l’Etat. Je suis en bons termes avec la gendarmerie, la police et la justice pourquoi pas.

Comment se passe la collaboration avec les FDS, comme vous êtes en bons termes ?

(Rire). Actuellement ça ce passe tres bien, j’en ai arrêté beaucoup de bandits que j’ai été identifier chez eux, auquel je peux en compter plus d’une cinquantaine. Voila comment j’ai reussi à arrêter certaines personnes sans les emprisonner. Je repète, il n’y a pas de petit scorpion (bandit). Quand j’arrête un bandit je l’amène a la gendarmerie avec des preuves, parce qu’on ne peut pas arrêter quelqun sans preuve, c’est ainsi avec la police aussi. J’évite de dire beaucoup de choses, rendez_vous au forum.

Certains comportements des koglwéogos laissent souvent à désirer (les cas du Niger et Youndé). Votre opinion ?

Très bien, je dis peut _être quand on va à l’école pour un ou deux ans tu n’as pas les mêmes réflexions que quelqu’un qui n’a pas été à l’école. Quand on parle de la loi, elle est faite pour ceux qui savent lire et écrire. Celui qui ne sait pas lire ni écrire, la loi c’est quoi ? C’est une imposition. Donc il faut continuer la sensibilisation. Un exemple : pour apprendre à lire les 26 lettres de l’alphabet, il faut prendre du temps. Sinon il y a des élèves souvent très têtus dont on a marre et qu’on renvoie de l’école. Il faut que l’Etat continue la sensibilisation. Le règlement intérieur de mon association, je l’ai traduit en plusieurs langues nationales (goulmantchéman, mooré, fulfuldé et bien compris le français) afin de permettre à mes éléments de comprendre, pour ceux qui ne savent pas lire en français pour éviter beaucoup de choses. Le décret du ministre je l’ai également traduit dans les trois langues. Nous ne sommes pas là pour remplaçer les forces de l’ordre quand même ! Il faut travailler en collaboration avec eux. Mon mal aujourdh’ui est que j’ai envoyé des éléments dans toute la région avec des groupes de dix avec cinq motos par groupe pour la sensibilisation mais comment vont_ils travailler (le carburant, la restauration etc..) ? Toutes ces motos, c’est grâce aux bonnes volontés. Si j’ai 1000 francs pour manger, je m’arrange avec 500 francs et je mets l’autre 500 de côté. Comme j’ai le courage de vouloir amener mes frères sur la même rive que moi, voila pourquoi je continue le sacrifice. Je ne suis pas seul, tous ceux qui sont avec moi ont la bonne volonté. Il arrive de fois que des éléments effectuent des dépenses sur fonds propres lors de nos missions et cela les rend fiers car ils ont contribué.

Dites-nous quelle relation vous entretenez avec les koglwéogos des autres régions, plus précisement, Kaboré Boukary le lion dit wibga (épervier) ?

Par rapport à cela, le koglwéogo n’est pas limité simplement à tous ceux qui se presentent à nous, c’est couverture nationale. Ce qui traduit que les braqueurs n’avaient ni frères ni soeurs. Quand on te prend, on t’a pris, quand c’est ton tour de te tuer, on va te tuer. Même ton propre fils peut te tuer s’il découvre que tu es allé le dénoncer. Je suis en bons termes avec tout le monde. Tout Burkinabè, qui entend parler de Django, veut voir Django ou avoir un fils comme lui. Mes souhaits est que même si je ne serai plus de ce monde un jour, qu’il y ait quelqu’un qui va me remplacer valablement pour la vérité, rien que la vérité. Bien avant et à mon âge actuel, je n’ai pas besoin de mentir pour être grand ou le plus riche du Burkina.

Quel est votre dernier mot, surtout à l’endroit des autorités

Je suis grand et je reste grand. Il y a un adage mossi qui dit : "kiil laa men laa paraag yee"(ça s’est incliné mais le contenu n’a pas coulé). Mais si ça se verse, c’est foutu. Donc ce qui est incliné peut toujours être relevé. C’est pourquoi j’évite de dire beaucoup choses. Moi à mon âge, je peux avoir les mêmes enfants qui portent la tenue et ont les mêmes grades qui sont officiers aussi partout. Je repète, nul n’est au dessus de la loi. Je pense que la loi aussi est faite pour les populations. Elle ne doit pas être au dessus des populations, elle doit être au dessous. Nous allons nous retrouver à la grande table et le débat sera très ouvert. Vous êtes la bienvenue dans la région de l’Est plus précisément à Fada N’Gourma, car vous êtes des gens qui nous accompagnent (population). Donc "soyez soufflé d’un bon vent". Merci beaucoup.

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