Paul Taryam Ilboudo, maire de la commune de Loumbila : « Tout le monde fonce à Loumbila pour acheter des terres… »

lundi 17 octobre 2016 à 23h49min

Le conseil municipal de la commune de Loumbila vient d’adopter son budget pour l’exerce 2017 à l’issue d’une session tenue du 11 au 13 octobre 2016. Après un premier rejet, le bureau a procédé à des réaménagements et a finalement réussi l’approbation de l’ensemble des conseillers. Au lendemain de ce vote, les populations étaient invitées à nettoyer la cour de la mairie. A l’issue de cette activité citoyenne, nous nous sommes entretenus avec le maire de la commune, Paul Taryam Ilboudo, sur cette initiative citoyenne, mais aussi sur les péripéties de l’adoption du budget. Aussi, le maire revient sur sa vision stratégique durant sa mandature. Il parle également de la pression foncière exercée sur les terres de Loumbila et ses environs.

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Paul Taryam Ilboudo, maire de la commune de Loumbila : « Tout le monde fonce à Loumbila pour acheter des terres… »

Lefaso.net : A votre appel, la population a pris d’assaut la cour de la maire pour une opération de salubrité, quel était l’objectif d’une telle initiative ?

Paul Taryam Ilboudo : Vous avez dû constater que la cour de la mairie est envahie par de mauvaises herbes. Nous avons voulu faire appel à une opération citoyenne. Au lieu de prendre des manœuvres pour nettoyer la cour de la commune, nous avons fait appel aux filles et fils de la commune de Loumbila pour enlever ces herbes. L’idée, c’est que les gens prennent conscience que les locaux de la mairie appartiennent à tout le monde, pas au maire, pas aux conseillers, c’est à tous les fils et filles de Loumbila. C’est pourquoi nous avons lancé cette opération citoyenne.

Quelle appréciation faites-vous de la mobilisation ?

Je trouve qu’elle est très bonne. Nous sommes en période de travaux et si les paysans ont laissé leurs travaux pour venir répondre à cet appel, on ne peut qu’être très satisfait.

Cette initiative vise à faire participer la population, mais est-ce qu’elle n’est pas aussi liée à des difficultés de trésorerie ?

Non, pas du tout. Ce n’est pas lié à une question budgétaire. On a quand même des possibilités de prendre quelques manœuvres pour faire ce nettoyage, mais on n’aura pas inculqué dans la tête de chaque fils et fille que l’affaire de la mairie est l’affaire de tout le monde.

Vous venez d’adopter votre budget pour l’exercice 2017, parlez-nous des péripéties qui ont jalonné l’adoption du premier budget de votre mandat ?

Ce n’est pas facile. C’est notre premier budget puisque nous venons de commencer il y a juste trois mois. Donc, nous avons élaboré notre budget pour l’exercice 2017. La session ordinaire s’est tenue du 11 au 13 octobre 2016. Nous nous sommes rendu compte au début que les besoins sont énormes parce que nous avions amené chaque village à élaborer un document qui fait le point de tous les besoins de la commune, classés par priorité et par village. Maintenant, nous voulons faire un programme étalé sur cinq ans. Mais, les gens pensaient qu’en 2017, on pouvait résoudre tous ces problèmes. Les discussions fortes qu’il y a eu le mardi (ndlr, 11 octobre), c’est parce que chaque conseiller voulait une école, un forage, un CSPS dans son village. Et il y a des gens qui estimaient qu’ils étaient lésés parce qu’on a donné à tel village et non à leur village. A la lumière des dissensions qui ont amené à ne pas pouvoir voter le budget le mardi, le bureau s’est réuni, a tenu compte des observations des uns et des autres et a retravaillé le budget. A titre d’exemple, il y a des villages où on avait prévu réaliser deux forages, on a enlevé un forage pour en donner à un village qui n’en avait pas, on a baissé certains aspects de fonctionnement pour pouvoir augmenter les investissements, pour pouvoir faire une salle de classe, pour démarrer la construction d’une école dans tel ou tel village…

C’est ce que nous avons fait et nous re-soumis le budget le jeudi 13 octobre 2016. Et le budget a été voté à l’unanimité et par acclamation. Donc, on a pu retrouver l’unité et les gens ont compris que ce n’est que le budget 2017 et que les autres besoins seront pris en compte en 2018, 2019, 2020.

A combien se chiffre ce budget 2017 ?

Le budget 2017 est estimé à 290 260 236 FCFA. Dans ce budget, il y a 191 370 000 FCFA de recettes propres, soit 65,93%. Nous avons mis l’accent sur de nouvelles recettes. Donc, par rapport au fonds propres de 2016, nous avons un taux d’augmentation de 48,52%. Nous avons également mis l’accent sur l’investissement. Sur le budget total, nous prévoyons un investissement de 30%. Or, l’obligation qui est faite, c’est d’investir au moins 20% des recettes. Nous sommes à 30% et les années à venir, nous pensons augmenter ce taux d’investissement parce que c’est les investissements structurants qui vont permettre à la commune de se développer rapidement.

On a également mis l’accent sur le renforcement de capacités. Ça veut dire qu’il y a des structures qui existent tels que les comités villageois de développement, les comités fonciers villageois, les commissions de conciliation villageoise, les comités de gestion des centres de santé et de promotion sociale, les comités de gestion au niveau des établissements primaires et secondaires… Nous allons renforcer les capacités de tous ces acteurs pour qu’ils puissent maîtriser leurs rôles pour mieux agir et apporter chacun sa contribution pour le développement de la commune.

Vous parlez de nouvelles recettes, à quoi cela renvoie ?

Pour les nouvelles recettes, on a surtout essayé d’augmenter le taux de contribution au niveau du foncier. Pour avoir un permis urbain d’habiter à Loumbila, c’était un timbre de 5000F seulement. Le conseil municipal a estimé que c’est trop faible et donc, nous l’avons porté à 25 000F. Il y a une pression foncière sur Loumbila qui est presqu’un quartier de Ouagadougou maintenant. Et tout le monde fonce à Loumbila pour acheter des terres. Nous sommes contents que les gens veuillent venir à Loumbila. Mais, si vous avez de l’argent pour acheter nos terres, apportez un plus pour que le conseil municipal puisse faire des forages, des CSPS, des écoles…

A l’hectare, l’ancien conseil municipal avait décidé que les redevances étaient de 250 000F. Nous avons estimé qu’il faut augmenter. Si tu es fils de la commune, nous avons porté la redevance à 500 000F. Si tu n’es pas fils de la commune, nous avons porté la redevance à un million de francs par hectare. Si c’est pour des investissements économiques, nous avons porté la redevance à 1,5 million de francs seulement. Quand des gens viennent acheter l’hectare à quatre, cinq, six millions dans la zone éloignée ; si c’est autour de la ville de Loumbila, il y a des gens qui paient l’hectare à 25, 30 ou même 40millions de francs. Si quelqu’un peut sortir cet argent, il peut quand même sortir un million ou un million et demi pour le conseil municipal de Loumbila pour que nous puissions construire des CSPS, des forages, des écoles… Voilà là où on a mis le doigt pour augmenter les recettes et lutter contre la spoliation du foncier à Loumbila.

Qu’est-ce qui est prévu pour assurer la transparence dans la gestion des fonds issues de ces nouvelles taxes et redevances ?

Dans notre plan stratégique, nous avons mis l’accent sur la redevabilité. Ça veut dire que tout ce que nous allons faire va être transparent et nous allons rendre compte régulièrement à la population pour qu’elle sache ce qu’on a gagné comme argent, ce qu’on a fait avec cet argent. Si nous voulons que les gens contribuent, il faut qu’ils se rendent compte que c’est vraiment utile pour eux –mêmes, d’une manière transparente. C’est pourquoi, nous avons dit qu’à Loumbila, il y a une nouvelle gouvernance démocratique, transparente et efficace.

Quelle est votre vision pour la commune de Loumbila durant votre mandature ?

Nous voulons que Loumbila, dans cinq ans, soit une commune unie, à économie compétitive où la sécurité et le bien-être social sont assurés et les atouts agro-sylvo-pastorales valorisés. Voilà notre vision stratégique pour le quinquennat. Elle se décline en trois axes :

- les services sociaux de base avec cinq secteurs prioritaires (santé et promotion sociale, éducation, eau potable et hydraulique, hygiène et assainissement, sport et loisirs) ;

- le développement économique avec neuf secteurs prioritaires (agriculture, maraîchage, élevage, pêche, transport, promotion économique locale, énergie solaire, artisanat et tourisme, commerce) ;

- la gouvernance avec six secteurs prioritaires (fonctionnement des services communaux, ressources financières, genre, sécurité, inter-communalité et coopération décentralisée, promotion de l’esprit de redevabilité sociale).

Pour nous, il faut une appropriation et une mise en œuvre de l’approche de redevabilité sociale dans la gestion de la mairie. La redevabilité sociale est définie pour nous comme l’obligation pour les détenteurs du pouvoir de rendre compte aux citoyens des résultats des actes de gouvernance. Elle doit aussi permettre à ces derniers de porter leur appréciation par des sanctions positives ou négatives. La redevabilité sociale est un point important de l’axe de la gouvernance.

Un appel à lancer à la population de Loumbila ?

Mon appel, c’est vraiment que la cohésion sociale, la paix et la sécurité soient renforcées à Loumbila et nous faisons appel aux fils et filles de la commune pour que cet objectif puisse être atteint

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