Agression des policiers en faction : L’écrivain Jérôme Ouoba appelle au civisme

mardi 6 septembre 2016 à 19h05min

L’incivisme en général et celui routier en particulier est devenu, apparemment, une règle au Burkina. Depuis un certain temps donc, bon nombre d’impairs ont été commis sur des FDS dans l’exercice de leurs fonctions, en l’occurrence dans la régulation de la circulation routière. Le phénomène a l’air de devenir si trivial mais aussi la quadrature du cercle, serait-on tenté de penser, à telle enseigne que nous nous inquiétons sur la gouvernabilité de ce pays à long terme si rien n’est fait et au plus tôt.

RÈagissez ‡ cet article Réagissez
Agression des policiers en faction : L’écrivain Jérôme Ouoba appelle au civisme

Partout, des actes d’incivisme se servent à la louche. L’incivisme sévit un peu partout dans le monde, mais celui de notre pays parait démentiel et contagieux. Oui, l’incivisme, presque inarrêtable, avance à grandes enjambées au pays des « hommes intègres ». Mais où se trouve d’ailleurs l’intégrité des Burkinabè (ou plutôt de ces Burkinabè inciviques) ? Ou que signifierait finalement « intègre » ? Etre intègre n’est-ce pas avoir une conduite irréprochable ou tout au moins acceptable ? L’homme intègre enfreint-il à souhait les feux tricolores ? L’homme intègre contusionne-t-il à tort ou tue-t-il son compatriote ? Qui est cet homme intègre qui détruit en revendiquant des « droits » sous prétexte que les gouvernants n’écoutent que le langage de la violence ? Nenni !

Ce qui se voit actuellement dans les actes et comportements des Burkinabè ne rime aucunement avec le burkindlim qu’on a tant rabâché depuis l’Insurrection populaire d’octobre 2014. Certes, nul ne peut se vanter d’avoir le monopole de l’intégrité ou de la morale. Néanmoins, le vivre-ensemble renferme des exigences et des principes naturels de conduite dont la transgression engendre sans contredit la chienlit. Du reste, si nous nous sommes insurgés contre une dictature pour demeurer ou retomber dans une telle barbarie, aussi ignominieuse et ignoble qu’elle soit, c’est peine perdue.

La tolérance, la dignité, le sens de la responsabilité, le respect d’autrui, l’amour du prochain et j’en oublie, sont les vertus qui devraient guider chaque Burkindi dans son comportement de tous les jours. Si au lieu de cela, nous nous haïssons, nous ne nous respectons pas, nous bafouons les lois et règlements, nous nous entretuons,… Où est notre patriotisme ? Cette attitude passéiste est aux antipodes de la position on ne peut plus claire de Mohandas Gandhi, l’inconditionnel pourfendeur de la violence, selon qui : « Nul Homme qui aime son pays ne peut l’aider à progresser s’il ose négliger le moindre de ses compatriotes ». En tout cas, je n’arrive pas à m’expliquer ces actes moyenâgeux que posent certains de nos compatriotes. Intéressons-nous aujourd’hui à un fait : les agressions des policiers en faction.

Elles n’ont de cesse de se multiplier, ces agressions. Hélas ! Et on se rappelle, comme si c’était hier, ce cas très malencontreux de Rasmané Doussongou percuté mortellement par ce hors-la-loi « anthropophage », ce desperado sans état d’âme, toujours en cavale. Puisse son âme reposer en paix ! Regardons ce scandale ! Comment peut-on comprendre qu’un humain puisse marcher sur son congénère de la sorte, sans s’arrêter, en jouant des flûtes de surcroit. Comme c’est dégueulasse ! N’est-ce pas le summum de l’animosité, ça ? Qu’on me prouve le contraire.

Avant cet incident macabre, bien d’autres cas d’agressions s’étaient produits, comme celui de ce taximan qui avait sorti son marteau pour s’attaquer à des Volontaires adjoints de Sécurité alias VADS qui l’avaient interpellé alors qu’il tentait de forcer le passage en direction de l’échangeur de l’Est (c’était en face de la Pédiatrie Charles De Gaulle). Cet incident s’était soldé par deux blessés : un VADS et le taximan en infraction.

Puis suivit une succession de faits de cet acabit. Il y a eu cet indélicat qui a roulé sur un policier et qui s’est retrouvé sur le lit de l’hôpital avec ce dernier, la victime et son agresseur étant tous les deux blessés. Il y a également la situation de Oumarou Zongo, ce flic qui a été trainé sur le macadam par un camionneur impitoyable qui, préoccupé par son appel téléphonique, se fichait des vies humaines. Ce énième incident, on en connait les corollaires : le policier s’en est sorti avec une fracture brachiale.

Le dernier acte d’incivisme (en tout cas parmi ceux médiatisés) fut le plus inattendu, le plus étonnant. C’est le cas de ce gendarme qui a brûlé le feu, et comme si cela ne suffisait pas, aurait en plus giflé le policier qui l’a apostrophé. Beaucoup, comme moi, sont certainement surpris et même froissés au superlatif par cet acte innommable de ce pandore. Qu’un agent des forces de l’ordre se comporte avec une telle désobligeance envers son collègue, ça commence à sentir le roussi. C’est gravissime. Lui qui est censé mieux connaitre la loi et travailler à son application ! Sans être entièrement d’avis (sur l’idée de réaction vindicative) avec Malcom X qui avance que : « Soyez calme, soyez courtois, respectez la loi, respectez tout le monde ; mais si quelqu’un lève la main sur vous, envoyez-le au cimetière », je pense avec beaucoup d’espoir que la loi sera appliquée dans toute sa rigueur, et que par ricochet toutes les sanctions qui siéent devraient lui être infligées sans considérations corporatistes.

Et tout cela s’est passé dans la seule ville de Ouagadougou. Pardon, aimons-nous un jour. Martin Luther King nous donne d’ailleurs ce conseil : « Nous devons apprendre à vivre comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». Sans compter ces autres exactions, ces dédains, ces mépris et coups de dent de toutes sortes dont sont victimes ces FDS dans l’exercice de leurs fonctions dans bien d’autres localités à l’instar de ce policier municipal de Dori dont les cols auraient été serrés par cette femme à qui il aurait reproché d’avoir mal garé sa monture. Quel monde à l’envers !

Ces cas sont sans doute légion. Sans être avocat de personne, je pense sans fausse modestie que nous gagnerons à accompagner un tant soit peu nos vaillants policiers dans leur mission qui consiste en substance à assurer notre sécurité. Bien sûr, ils ne sont pas toujours tous irréprochables, ces policiers ; il y a des brebis galeuses dans toute catégorie humaine ; mais elles sont aussi toujours les moins nombreuses.

Ils sont aussi nombreux, ces éléments des forces de l’ordre dont la vie a été ôtée par des bandits de grand chemin ou des terroristes, ne donnons point raison à ces derniers-là. Si les terroristes nous terrorisent, ne nous terrorisons pas, pour évoquer ainsi l’adage qui dit que si la pluie vous frappe, ne vous frappez plus entre vous. Alors, réfléchissons par plusieurs fois, sans fatuité ni infatuation, avant de poser des actes face à ces policiers et autres FDS. Aidons-les à nous aider, à nous protéger. L’incivisme n’a jamais fait route avec le développement. Des pays comme la Chine Taiwan (où le permis de conduire à moto par exemple serait obligatoire) ont fait un bond économique grâce à la discipline de leurs habitants. Au demeurant, il a été dit que les contrôles de ces derniers temps ont permis de réduire considérablement la fréquence des accidents. A qui profitent ces avancées ? Et ce pactole évalué à hauteur de centaines de millions de francs engrangés par le Trésor public grâce à la traque des contrevenants ? Chères FDS, ayez toujours la force de faire contre mauvaise fortune bon cœur, mais toujours avec le professionnalisme, il est encore des Burkindi pour vous accompagner et vous encourager.

Puisse le Très-Haut être notre guide, puisse-t-il bénir et sauver le Burkina Faso !

Ouoba Jérôme/Ecrivain

Imprimer l'article

Vos commentaires

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.


Newsletter

Chaque matin, recevez gratuitement toute l'actualité du jour par mail. Inscrivez-vous à la newsletter


LeFaso.net
A propos..
Flux  RSS 2.0
Plan du site
Nous contacter
Condition d'utilisation
Responsabilité
Cookies et cache
Version mobile
Publicité
Partenariat

LeFaso.net © 2003-2017 LeFaso.net ne saurait être tenu responsable des contenus "articles" provenant des sites externes partenaires.
Droits de reproduction et de diffusion réservés