Handicapé visuel et fabricant de savon : Saïdou Sondo un exemple pour la jeunesse

mercredi 17 août 2016 à 23h01min

Le handicap n’est pas une fatalité. Ainsi peut se résumer l’histoire de Saïdou Sondo, producteur de savon et handicapé visuel. Après avoir perdu la vue à la suite d’un glaucome mal soigné, Saïdou Sondo ne baisse pas les bras. Il décide d’apprendre un métier afin de gagner dignement sa vie. Aujourd’hui, il est à la tête d’une unité de production de savon qui emploie six personnes. Il est par ailleurs formateur agréé auprès du FAFPA (Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage). Nous l’avons rencontré pour lever le petit coin de voile sur son histoire.

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Handicapé visuel et fabricant de savon : Saïdou Sondo un exemple pour la jeunesse

Lefaso.net : Présentez-vous, s’il vous plait ?

Je m’appelle Sondo Saïdou. Je suis responsable de l’entreprise Atelier savonnerie Saïdou (A.SA.SA.).

Avant, j’étais voyant. Un jour, j’ai décidé d’aller en Côte d’Ivoire chez mon oncle. Une fois là- bas, j’ai eu un glaucome. Ma mère avait aussi cette maladie des yeux. Je me suis soigné en vain, je n’ai pas pu guérir et j’ai perdu la vue. C’est suite à ça que je me suis rendu dans un centre (ABPAM) pour apprendre un métier. J’ai suivi deux années de formation et j’ai appris l’artisanat, notamment à tisser des lits picots.

J’ai également été formé au métier de standardiste par l’ONATEL en 2000 à l’Ecole nationale de télécommunication. Il y avait des propositions d’emplois pour moi en tant que standardiste, mais j’ai refusé. J’avais déjà commencé à produire le savon et j’ai vu que ce serait plus rentable que de travailler pour quelqu’un. C’est ainsi que j’ai demeuré dans la fabrication de savon jusqu’à maintenant.

Parlez-nous de vos débuts dans la production de savon

C’est véritablement en 2006 que j’ai commencé à produire en grande quantité le savon. En 2007, j’ai décidé de faire de mon entreprise, une entreprise formelle. J’ai donc fait les démarches pour obtenir les papiers et aujourd’hui mon entreprise est dans le secteur formel. En 2008, j’ai été lauréat d’un concours organisé par la Maison de l’Entreprise et j’ai reçu trois millions de l’Union Européenne. Avec cet argent, j’ai acheté du matériel de production de savon et de la matière première.

Concrètement comment arrivez- vous à doser et produire malgré votre handicap ?

Dans la saponification, tout est dosé, mesuré. Je pèse les produits qui entrent dans la fabrication du savon, ce qui me facilite la tâche. J’ai aussi des récipients pour mesurer les liquides. Par exemple, je pèse la soude par kilogramme que j’attache dans des sachets. Pendant la fabrication, si j’ai besoin de deux ou de trois kilos, il me suffit de prendre deux ou trois sachets. J’ai aussi un appareil qui contrôle la densité de la soude pour ne pas agresser la peau des utilisateurs. Mon handicap ne me dérange en rien dans la fabrication du savon. En outre, j’ai des personnes qui travaillent avec moi. Ils font donc le mélange selon les quantités que je leur dit d’utiliser. C’est pourquoi c’est nécessaire pour moi de travailler avec des personnes de confiance qui respectent ce que je leur dit.

En dehors de la production de savon, menez-vous d’autres activités ?

Je mène d’autres activités en dehors de la production de savon. A travers des recherches que j’ai menées auprès de mes frères et d’amis, j’ai pu découvrir la fabrication de l’engrais, un fertilisant qu’on fabrique à partir du phosphore du Burkina, de l’azote, etc. Pour le moment, j’en fabrique en petite quantité, trois tonnes par an. A cause du manque de financement, je ne peux pas lancer une production à grande échelle.

Je suis également formateur au niveau du ministère de la jeunesse et formateur agréé au FAFPA. Je forme les groupements et associations de femmes sur la saponification.

Combien de personnes employez-vous dans votre entreprise ?

J’emploie six personnes de façon permanente. Pendant les vacances, je recrute des jeunes qui vendent mes produits en ville et dans d’autres provinces du Burkina Faso.

La savonnerie nourrit donc son homme ?

Je gagne bien ma vie par la production de savon. Je fabrique toutes sortes de savons, du savon médical, de toilette, de lessive, etc. Et comme je suis formateur en saponification, je donne aussi des formations un peu partout, donc je ne me plains pas. Il y a des pharmacies qui prennent mes savons pour les revendre et aussi des boutiques qui vendent mes savons.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans votre travail ?

Comme je vous le disais, chaque vacance, je fais la promotion de mes produits en recrutant des jeunes qui se promènent pour vendre à Ouaga, ou vendent en province. Il y a certains qui n’hésitent pas à disparaître avec les savons. Il y aussi des commerçants qui prennent les produits, qui versent une partie de l’argent et le reste, il ne me le donne jamais. Il y a aussi des escrocs qui prennent le savon sans me payer.

Un appel à lancer aux jeunes ?

Je voudrais dire aux jeunes que le chômage n’existe pas au Burkina, chacun peut se débrouiller pour s’en sortir. Il suffit d’avoir de la volonté. Moi j’ai appris plusieurs métiers. A part le savon, j’ai appris l’élevage, l’artisanat, le commerce. Chacun peut essayer de s’en sortir dans un domaine bien précis. Personne ne doit dire qu’il n’y a pas de travail, tout le monde peut faire quelque chose.

Justine Bonkoungou (Stagiaire)
Lefaso.net

P.-S.

Contact de M. Sondo : 78836930

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