Grève des professionnels des TIC : « Vu la sensibilité de notre corps, le gouvernement n’a même pas intérêt à … » (Salfo Ilboudo)

jeudi 7 juillet 2016 à 23h55min

Après deux sit-in et une grève infructueux, le syndicat des professionnels des TIC (SYNPTIC) revient à la charge cette fois avec une grève de deux semaines en deux temps. Du 7 au 15 juillet puis du 18 au 22 juillet 2016. Alors qu’ils débutaient leur mouvement ce matin à la bourse du Travail, les premiers responsables du syndicat furent convoqués à une réunion au sein de leur ministère de tutelle. A l’issue de cette rencontre que le secrétaire général Salfo Ilboudo qualifia de diversion, les informaticiens décidèrent de maintenir le mot d’ordre de grève. Qu’est-ce qui ne va pas ? Réponse dans cet entretien avec Salfo Ilboudo.

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Grève des professionnels des TIC : « Vu la sensibilité de notre corps, le gouvernement n’a même pas intérêt à … » (Salfo Ilboudo)

Lefaso.net : Le SYNPTIC est en grève du 7 au 15 juillet après plusieurs sit-in organisés en avril et mai. Pouvez-vous revenir sur les motifs de cette grève ?

Salfo Ilboudo  : Cette grève fait suite à notre plateforme que nous avons déposée depuis 2014 au sein du MDENP (ministère du développement de l’économie numérique et des postes, NDLR). Cette plateforme regroupe les points suivants :
- la revalorisation du diplôme d’ingénieur de travaux informatiques en catégorie A2 tout comme le diplôme d’ingénieur des travaux en eaux et forêts, en statistiques et en élevage ;

- l’indemnité spéciale d’informaticien qui a été coupée en 2014. Il faut noter que nous avons été le premier corps à avoir une indemnité spécifique. Les magistrats, ceux de la santé et les enseignants sont venus après. Après la relecture de la grille indemnitaire, ils ont purement et simplement supprimé notre indemnité spécifique. Les autres corps ont pourtant gardé la leur. Je vous rappelle que les journalistes qui n’avaient même pas d’indemnité spécifique, ont désormais, après la relecture, une indemnité vestimentaire.
Depuis les négociations que nous avons entreprises avec le MDENP, ils restent muets. Ils ne bougent pas. A chaque fois, nous sommes obligés de déposer une demande d’audience. Ils prennent le temps qu’il faut pour nous recevoir et nous devons réexpliquer la plateforme. C’est dans ce sens qu’on a haussé le ton avec deux jours de sit-in les 25 et 26 avril. Le ministère s’est précipité pour dire par voie de presse que sur instruction du président du Faso, ils vont rencontrer le ministère de la Fonction publique et celui en charge des Finances pour résoudre le problème. C’était le 27 avril. Rien n’a été fait. On a attendu plus d’un mois mais il n’y a pas eu de suite. On a donc rebeloté avec trois jours de sit-in. Pendant ce temps, ils n’ont même pas fait signe. On a poursuivi la lutte avec deux jours de grève. Ils n’ont pas réagi. On a déposé notre préavis pour cette grève, ils n’ont pas non plus réagi [c’était le 17 juin 2016, ndlr]. Ce n’est que hier, jour de fête [le mercredi 6 juillet a été célébrée la fête de Ramadan, NDLR], qu’ils nous ont appelés pour une rencontre ce matin.

Lefaso.net : Vous sortez à peine de cette réunion. De quoi a-t-il été question ?

S.I. : C’était une rencontre de diversion parce qu’ils n’ont rien proposé comme piste de solution. Ils ont annoncé qu’ils veulent mettre en place de nouveau une commission et pour laquelle ils souhaitent notre participation. Ils nous ont dit que cette commission travaillera à partir du mardi. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas dit ce qui a été fait jusque-là et il nous demande de lever le mot d’ordre de grève. Nous avons demandé à la base de décider parce que c’est elle qui a proposé la grève. Au bout des concertations, la base a décidé de poursuivre la lutte.

Lefaso.net : Quelles sont les difficultés que rencontrent les informaticiens au quotidien ?

S.I. : Il y a des difficultés majeures. Notre métier est un métier à risques. Nous voyons tout passer devant nous. Que ce soient les marchés, les salaires ou les ordres de mission. Tout ! Au niveau des impôts, des douanes, nous voyons tout. Nous sommes donc exposés à la corruption. Il y a des informaticiens dont les ordinateurs ont été volés parce que les bandits croyaient qu’ils renfermaient des données. Il y a des camarades qui ont été piégés par des financiers et qui sont actuellement à la MACO [Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou]. Notre métier est beaucoup trop sensible.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui explique selon vous la lenteur que vous décriez dans le traitement du dossier ?

S.I. : C’est seulement un manque de volonté. Ce ne sont pas des éléments nouveaux. Nous demandons juste réparation d’une injustice. Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement traine les pas parce que nous sommes tous fils de ce pays et nous avons droit à la justice.

Lefaso.net : Pensez-vous que le gouvernement soit en mesure de satisfaire vos revendications ici et maintenant ?

S.I. : Oui ! Le gouvernement est capable. Les autres ont demandé plus et ils ont eu. Cela veut dire que le gouvernement est capable. Et là n’est pas le problème. Ils ont décidé de venir au pouvoir, c’est parce qu’ils savent qu’ils peuvent.

Lefaso.net : Quelle incidence la grève d’un corps tel que celui des informaticiens peut-elle avoir sur la vie de l’administration publique ?

S.I. : Jusqu’à présent, nous n’avons pas encore fait le point mais ça se sent actuellement. Il y a beaucoup de choses qui ne marchent pas actuellement dans l’administration publique. Il y a des applications qui ne tournent pas.

Lefaso.net : Vous l’avez dit, votre métier est très sensible. Que comptez-vous faire si au bout des deux semaines de grève, vous n’obtenez pas satisfaction ?

S.I. : Nous avons lancé deux semaines de grève mais nous n’allons pas atteindre cela. Vu la sensibilité de notre corps, le gouvernement n’a même pas intérêt à ce qu’on fasse deux semaines de grève.

Lefaso.net : Que ferez-vous si c’était le cas ?

S.I. : Nous allons poursuivre, peut-être, avec une autre forme de lutte.

Entretien réalisé par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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