"Le gouvernement fait du sur place", déplore Siaka Bayoulou, secrétaire général du syndicat des Gardes de sécurité pénitentiaire

samedi 25 juin 2016 à 08h21min

Plus d’extraction et d’escorte des détenus vers les palais de justice, plus de garde à vue au niveau des centres pénitentiaires burkinabè. C’est ainsi depuis plus de deux mois. Les Gardes de sécurité pénitentiaire (GSP), après avoir obtenu sous la transition l’adoption de deux décrets portant classement indiciaire et régime indemnitaire, exigent l’application desdits décrets. Contre toute attente, le conseil des ministres a adopté de nouveau les deux décrets le mercredi 22 juin 2016."Rien n’a changé, le gouvernement fait du sur place", pense le secrétaire général du syndicat, Siaka Bayoulou.Entretien !

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Lefaso.net:Cela fait maintenant 72 jours que les GSP observent un mouvement d’humeur. Pouvez-vous nous rappeler les motifs de ce mouvement ?

S.B :Ce mouvement a démarré depuis le 13 avril 2016 et cela pour demander au gouvernement la signature de deux décrets à caractère financier qui ont été adoptés en conseil des ministres depuis le 23 décembre 2015. Il s’agit du décret portant classement indiciaire des emplois de fonctionnaires du corps de la Garde de sécurité pénitentiaire et du décret portant régime indemnitaire et avantages en nature alloués au personnel de la Garde de sécurité pénitentiaire.

Malheureusement, le régime de la transition est parti sans signer ces deux décrets-là. Lorsque le nouveau gouvernement est arrivé, nous l’avons approché à plusieurs reprises en tant que structure syndicale, pour voir dans quelle cadre la signature pouvait se faire afin que nous puissions éviter une situation de dysfonctionnement au sein du ministère de la justice. Nous avons attiré l’attention du gouvernement, mais l’administration n’a pas jugé bon de satisfaire cette demande et c’est ce qui a entrainé ce mouvement d’humeur-là dans les établissements pénitentiaires depuis plus de deux mois.

Lefaso.net : Concrètement en quoi consiste ce mouvement d’humeur ? Que faites-vous pour manifester votre mécontentement ?

S.B :Ce mouvement a consisté en la suspension de deux activités à savoir tout ce qui est extraction de détenus, d’escorte en direction des palais de justice et la garde à vue des détenus. Comme le gouvernement est en train de trahir son engagement, de manifester un certain recul, nous avons décidé de ne plus recevoir ses indélicats jusqu’à ce qu’on puisse aller jusqu’au bout de cet engagement qui a été pris depuis environs six mois

Lefaso.net:La semaine dernière, les familles des détenus à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) ont manifesté pour demander à l’autorité de ne pas faire la sourde oreille à vos revendications car leurs proches sont toujours en attente de jugement. Cette manifestation vous a-t-elle réconforté dans votre lutte ?

S.B :Pour nous, cette manifestation vient en appui à ce que nous avons déjà dit au Gouvernement pour éviter les conséquences que les familles et les détenus sont en train de subir aujourd’hui. Mais il est arrivé une situation où on n’avait plus le choix et c’est dans ce cadre-là que les familles ont manifesté. Peut-être que ça va permettre au gouvernement de comprendre qu’il y a effectivement quelque chose qui ne va pas sur le terrain. Je pense qu’ils devraient même le savoir. Si ça a trainé jusqu’à plusieurs mois, ça montre à quel point aujourd’hui, nous avons un régime qui ne prend pas vraiment en compte les questions pénitentiaires.

Lefaso.net : Le 22 juin dernier, le conseil des ministres a adopté les deux décrets pour lesquels votre syndicat est en mouvement. Pourtant ces décrets avaient été déjà adoptés sous la transition. Vous estimez donc que le gouvernement fait du sur place...

S.B :Nous, nous disons que le gouvernement fait du sur place. Depuis que nous avons commencé le dialogue avec les autorités, la question d’une nouvelle ré-adoption des décrets n’est jamais venue sur la table. Le gouvernement ne nous a jamais dit que l’adoption des décrets sous la régime de la transition posait problème. Nous étions donc surpris qu’on vienne ré-adopter les mêmes décrets. Nous nous sommes demandé si on n’avait pas changé de fond. Nous nous sommes rendus auprès du ministre [le ministre de la justice, René Bagoro précédemment ministre de l’habitat et de l’urbanisme sous la transition, NDLR] pour comprendre. Il nous a fait savoir que comme ça été adopté sous le régime de la transition, pour des questions de forme, il fallait réintroduire le décret.

En tout cas, les questions de formes sont secondaires par rapport au problème principal qui était posé et sur lequel on s’entendait. Il ne faut pas donner l’impression à l’opinion publique qu’on a traité de la question qui fait débat alors qu’on a décidé de traiter des questions de forme qui n’étaient pas à l’ordre du jour. Il faut donc donner la juste information à l’opinion pour lui dire que le problème demeure toujours. Il n’ a pas évolué. On était tous unanimes, que ce soit le gouvernement ou la partie syndicale, que les décrets avaient été adoptés et que c’était la question de la signature qui faisait débat. Il faut signer pour qu’on puisse passer à autre chose.

Lefaso.net : Sous la transition, il y a eu beaucoup de mouvements concernant des décrets d’application de lois adoptées notamment chez les acteurs de la justice tels que les magistrats, les greffiers, enfin les GSP. Est-ce un effet de mode ?

S.B :Ce n’est pas un effet de mode. En rappel, ces décrets-là ont été prévus par la loi portant statut du personnel de la Garde de sécurité pénitentiaire que l’assemblée nationale a adoptée depuis Mai 2014. Depuis ce temps-là, la loi a prévu plus d’une dizaine de décrets d’application. Mais aujourd’hui, vous verrez que nous sommes toujours sur les deux premiers décrets et le gouvernement refuse de signer. Ce n’est donc pas un effet de mode. Nous sommes dans une logique qu’il faut que les gens comprennent. Ce n’est pas parce que les uns manifestent que nous nous sommes levés également pour imiter. Il y a une logique et il faut appliquer. Nous avons fait des concessions, nous avons accepté de perdre certains avantages à un moment donné pour qu’on puisse adopter.

Lefaso.net : Quels avantages ?
S.B:Je prends les décrets portant classement indiciaire et grille indemnitaire. Au départ, la commission pluridisciplinaire [La commission tripartite qui regroupait des agents du ministère des finances, du ministère de la fonction publique et celui de la justice, NDLR] avait proposé des taux donnés. Il y a eu deux scénarii. De ces deux scénarii, c’est le scénario à minima que le gouvernement a retenu. Mais vous verrez, qu’ils ont raboté certaines indemnités de ce scénario sous prétexte que les taux sont encore élevés alors que c’est eux qui ont bien voulu mettre la commission en place, commission qui a travaillé pendant près de 21 jours pour produire ce document-là. Nous avons accepté cela, pour que les décrets soient adoptés.

Nous n’avons jamais imaginé que le gouvernement allait essayer de faire un recul. La commission a promis que la date d’effet était janvier 2015. Mais, ils sont venus nous dire que compte tenu des contraintes budgétaires, il fallait accepter que ça soit en janvier 2016. Nous avons accepté tout ça pour que le document puisse arriver sur la table du gouvernement... Après analyse en assemblée générale, il est ressorti que les choses n’ont pas bougé. Depuis hier, nous avons des rencontres avec l’administration pour voir dans quel cadre on peut arriver à une situation heureuse. Nous sommes ouverts au dialogue mais que l’administration puisse montrer qu’elle est de bonne foi.

Lefaso.net : Concrètement en quoi l’application de ces décrets va changer la vie des GSP ?

S.B :Bien entendu quand on parle de grille indemnitaire et de classement indiciaire, on parle de questions salariales. Et qui parle de salaire, parle d’amélioration de conditions de vie. Et si ça va un peu à la maison, on peut être aussi dans demeilleures conditions de travail. Les deux sont liés. Mais au-delà, nous disons aussi à l’administration de ne pas occulter les questions d’équipements qui sont posées au niveau des centres pénitentiaires. Nous ne nous limitons pas aux questions financières.

Lefaso.net : Quelles sont les perspectives à présent ?

S.B:Les choses n’ont pas encore changé sur le terrain mais comme les discussions sont en cours, nous disons que si le gouvernement est de bonne foi, il ne devrait plus se poser de problème après l’adoption. S’il y a une volonté dans ce sens-là, vous verrez que les choses vont également s’améliorer sur le terrain. Si le gouvernement reste dans cette situation-là, ne donne pas la bonne information et a tendance à berner l’opinion publique, je crois que les choses ne vont pas changer.

Lefaso.net : Et à quand la fin de votre mouvement ?

S.B :
Tout va dépendre de ce que chacun aura à faire comme effort. Mais aujourd’hui, nous nous disons que la question des signatures des décrets d’application est un préalable. Signature ne veut pas dire que le même mois, le salaire va tomber dans le compte de qui que ce soit. Si c’est signé, on aura senti que le gouvernement a fait au moins un pas. Mais du moment que le gouvernement n’a pas fait un pas, je ne saurai vous dire quand le mouvement va s’arrêter.

Entretien réalisé par Herman Frédéric Bassolé
Lefaso.net

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