Insécurité routière à Ouagadougou : Toucher du doigt l’ampleur de l’incivisme des usagers

samedi 11 juin 2016 à 12h00min

Dans le cadre de la lutte contre l’incivisme, le Service régional de la circulation et de la sécurité routière du centre et la Police municipale ont entamé, depuis le 31 mai dernier, une opération spéciale de saisie d’engins en situation irrégulière. Selon le Commissaire principal de police, Bangré Moussa Kaboré, à la date du 8 mai, ce sont 995 engins à deux roues, 129 véhicules et 10 tricycles qui ont été saisis. Aussi, au titre des documents, 123 permis de conduire et 81 cartes grises, ont été saisis. Pour permettre aux hommes de médias d’être témoins de l’incivisme de certains usagers, la Police nationale a initié pour eux une tournée, ce jeudi 9 juin 2016 à Ouagadougou.

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Insécurité routière à Ouagadougou : Toucher du doigt l’ampleur de l’incivisme des usagers

Il est 7h18 mn au feu tricolore de l’alimentation la Surface. Une douzaine de motos ont été saisies par les éléments de la Police nationale. Les conducteurs de ces engins ont commis des infractions contraventionnelles. C’est le cas notamment de Malick Sigbéogo. Pris sur le fait, il a admis avoir emprunté la piste non-cyclable parce qu’il avait une urgence. « Je partais déposer mes dossiers pour le concours de l’armée dont le délai est presqu’arrivé » a-t-il expliqué. Il reconnait toutefois sa faute : « Ils ont raison. On ne doit pas circuler sur la grande voie à moto et encore moins bruler le feu tricolore ». Le jeune homme a imploré la clémence des policiers, mais sans succès.

Tout comme Sigbéogo, Alima Sawadogo est tombée entre les filets de la police. Pour elle, il s’agit d’une injustice. « J’étais stationnée lorsqu’on m’a interpellé. Mais je me disais que c’était juste un contrôle de routine. Je ne peux pas voir quelqu’un pour une infraction que je n’ai pas commise » a-t-elle indiqué, toute remontée et les larmes aux yeux. « Ce n’est pas pour un non respect de feu. On vous a plutôt arrêtée pour défaut de plaque d’immatriculation », finit par lâcher un policier.

A chacun des usagers dont l’engin a été saisi, c’était la même ritournelle. « Passez au Service régional de la circulation et de la sécurité routière du centre (SRCSRC) dans une semaine munis des pièces de vos engins et la somme de 6000 F CFA pour les engins à deux roues ».

Traque aux usagers inciviques

De l’alimentation la surface, cap sur l’avenue Charles De Gaules précisément au niveau du feu tricolore de l’Hôpital pédiatrique. Ici également, la moisson est bonne et les discussions interminables. Daouda Tiendrébéogo dont la monture a été saisie estime qu’il n’est pas en infraction. « Quand je passais, le feu était orange. Et je puis vous assurer que si ce n’était pas le cas, j’allais m’arrêter » a-t-il ajouté. Pour ce contrevenant, la sanction d’une semaine n’est pas « raisonnable ». « Je loge à Kossodo et je prends mes cours au SIAO. Maintenant, je suis obligé d’emprunter les taxis » ronchonne-t-il. Lui aussi a négocié, mais cela n’a pas porté fruit visiblement. « J’ai parlé mais ils n’ont pas essayé de me comprendre » a-t-il confié aux journalistes.

Du rond-point SOGEL B du SIAO en passant par celui de la Patte D’Oie, c’est le même train-train. Des éléments qui s’attèlent à saisir les engins et les permis de conduire des usagers récalcitrants. Un fait des moins attendus s’est produit à la Patte d’Oie. L’accompagnant d’un conducteur, certainement frustré d’avoir été interpellé par les forces de l’ordre pour défaut d’immatriculation, a verbalement agressé les journalistes. « Je vais casser vos caméras » a-t-il menacé avant de revenir à de meilleurs sentiments. « Je m’amusais avec vous », s’est-il excusé lorsqu’il a compris que les journalistes étaient sur les nerfs. La voiture en question a été conduite en fourrière comme c’est le cas d’ailleurs pour la plupart des engins saisis.

Lorsque nous arrivions au SRCSRC, il était 9 heures. Dès notre entrée, nous avons pu échanger avec Assane Tiendrébéogo qui venait de récupérer sa moto. Il s’est confié à nous : « J’ai brûlé le feu orange devant l’ancienne Assemblée nationale et on a saisi ma moto. Après 7 jours, j’ai pu enfin l’a récupérer après avoir payé la contravention de 6000 F CFA ».

Un sentiment de satisfaction…

Depuis le début de cette opération, Moussa Bangré Kaboré dit avoir senti « une légère baisse » de l’incivisme routier. Il en veut pour preuve, le fait qu’au premier jour de l’opération, ils se sont retrouvés avec 364 engins saisis. De nos jours, a-t-il informé, la moisson va de 90 à 120 engins par jour. Au-delà de cette baisse, l’opération a permis de retrouver deux engins volés dont une a été restituée à son propriétaire, une étudiante. « Nous sommes en train de faire les vérifications pour trouver l’intéressée » a-t-il poursuivi.

L’opération prend fin ce 10 juin 2016. Toutefois, le Commissaire principal de police se veut rassurant : « Avec ou sans les autres, nous allons continuer l’opération (…) ».

Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

P.-S.

Lien utile : lefaso.net/spip.php ?article71606

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